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Mercredi 25 octobre 2006

 

 

Le commentaire de Salim Kechiouche :

Mécir (Salim Kechiouche). Photo d'exploitation. (c) D. R.


Pour Grande École, je suis plus mature, plus consciencieux, trop peut-être. Robert est très technique. Pour moi c'est une étape. Avant je n'avais pas le trac, là c'est la première fois que j'avais le trac, je connaissais mon texte par cœur six mois avant, trou noir avant de tourner.
C'est un rôle de composition, pour lequel j'ai dû changer la voix, plus douce, c'est un rôle plus gentil. C'est un vrai travail. Il fallait que je me mette en position de faiblesse, de demande, genre le petit candide. Un jour ça m'a fait chier, je suis revenu au style caillera et Robert a crisé, d'autant plus que je lui avais donné « le vrai Mécir » aux répétitions, parce que je savais que c'était cela qu'il voulait.
Le réalisateur, c'est le maître dans le vaisseau, c'est lui qui a écrit son truc. Si on a t'a donné une Super 5, c'est pas le lendemain que tu roules en Porsche. Ça l'embêtait aussi de me demander de ne pas sortir de l'enclos.
En voyant le film je me dis vraiment que ce n'est pas moi, c'est un personnage, c'est Mécir, je ne connais pas son nom. Le personnage est là, il est incarné, je suis content par rapport à ça, j'ai essayé de le servir au maximum. C'est vrai que j'avais eu le trac mais ça a servi le rôle, cette pression mise par Robert a sûrement servi à ce que le personnage soit juste. Ce trac venait des concessions que je devais faire par rapport à ce personnage. Parfois, ses réactions par rapport à sa vie m'énervaient, ça ne pouvait pas être moi.
En ce qui concerne la coupe, mes cheveux étaient plus lisses et ça donnait au personnage ce côté lisse, qui subit, même si d'un autre côté, c'est quelqu'un qui s'assume socialement, qui bouge, qui vit, il travaille, il a sa carte bleue.
Ce rôle c'est un retour sur les écrans avec un film d'auteur, Robert Salis, que je respecte et qui respecte beaucoup ses comédiens. Je sais que j'ai vraiment partagé une bonne expérience.

© Pascal Faure pour salimkechiouche.com

Fiche technique :
Avec Grégori Baquet, Alice Taglioni, Jocelyn Quivrin, Salim Kechiouche, Elodie Navarre, Arthur Jugnot, Yasmine Belmadi et Eva Darlan. Réalisation : Robert Salis. Scénario : Robert Salis et Jean-marie Besset, d’après l’œuvre de Jean-Marie Besset. Directeur de la photographie : Emmanuel Soyer.
Durée : 110 mn. Disponible en VF.




Résumé :
Un groupe de jeunes gens intègre l'une des grandes écoles où se forment les futurs dirigeants et où s'entrouvrent les portes du pouvoir. Ils sont la crème des étudiants et constitueront l'élite de demain.
Mais la vie a toujours plus d'imagination que nous. Grandes écoles, oui, grands amours aussi, difficiles à vivre parfois. Le trouble du je et du jeu, des sentiments, de l'esprit et de la chair désinhiberont leurs certitudes. Ils devront faire avec eux-mêmes, devenir ce qu'ils sont et s'apercevoir que l'école qui est grande n'est peut-êyre pas celle annoncée.
L’avis de Media-G :
Malgré les apparences, l'intrigue ressemble curieusement à celle de Maurice (James Ivory-1987), où un aristocrate britannique tombait sous le charme – sans conclure – d'un de ses copains étudiants de Cambridge. Puis, bravant les barrières sociales, tombait dans les bras d'un ouvrier et se découvrait tel qu'il était. La ressemblance s'arrête là.
Prenant le décor d'une quelconque école supérieure de commerce déshumanisée, Grande École entend parler de la Grande École de la Vie, donc du travail et celle de l'amour. Partant d'un sujet pourtant intéressant et peu traité dans le cinéma français (hormis à travers des gaudrioles effroyables à la Sexy Boys) le film trahit très rapidement ses origines théâtrales et se plante tout droit dans le décor.
Les personnages sont réduits à des caricatures monofacettes : l'ambitieux, la manipulatrice, le travailleur coincé... sans jamais essayer de voir au-delà des apparences. Seul Paul (Gregori Bacquet, formidable), torturé dans l'âme entre ses idéaux en train de se morceler et sa sexualité vacillante, donne lieu à une véritable étude de caractère. Mécir (Salim Kechiouche, épatant et émouvant) reste lui fidèle à ses convictions : c'est bien le seul qui sorte digne de cette histoire. Peu dupe de sa qualité d'objet de désir, il se laisse prendre au piège de ses émotions. Mais reste un tantinet prisonnier du cliché du bel arabe fantasmé les mains dans le plâtre : le film se prend un peu les pieds dans le tapis des clichés qu'il souhaite décrire.
Le rythme languissant n'arrange en rien cette impression de lourdeur démonstrative. Chaque effet est appuyé d'un dialogue explicatif (genre explication de texte au cas où personne n'aurait compris), le ton engoncé dans un montage mou. Ça traîne, ça se pose des questions, ça ne répond jamais : on tourne en rond, acteurs, histoire comme spectateur. La cerise sur le gâteau, ce sont les dialogues : ampoulés, déclamés comme au théâtre, ils tombent régulièrement à plat, oubliant que le passage au cinéma s'accompagne de l'oubli de la scène et que les acteurs n'ont pas à articuler comme des bêtes pour se faire entendre. Résultat : des scènes supposées emplies d'émotions (la scène d'explication finale) provoque l'hilarité de par le peu d'emprise sur la vie réelle.
Et l'amour dans tout ça ? L'amour... hum... le film ne lésine en scènes de cul à tous les étages. Peu avare en nudité masculine, on est gratifié de deux scènes de douche après un match de water-polo. Dont l'une supposée représenter le trouble du héros. Trop longue pour être honnête, elle apparaît totalement gratuite. La sexualité apparaît survoltée dans les scènes hétérosexuelles mais sensuelle, un peu hors du temps et onirique dans celles homosexuelles. Vision hédoniste d'un moment suspendu dans le temps, aboutissement du désir, cet impossible objet.
Comme dans tout film français parlant de sexualité compliquée par le désir, d'ordre et de désordre (amoureux ou professionnel), les héros ne savent pas choisir. Comme le dit le héros à la fin « je veux choisir de ne pas avoir le choix ». Mouais, un peu facile. la conclusion est au diapason du film : incapable de choisir entre théâtre et cinéma, le cul entre deux chaises d'une sexualité non épanouie. Cette description d'un monde industrialisé à outrance dans ses choix de société où les rapports sont prévus à l'avance, demeure statique, démonstrative, d'une lourdeur emphatique qui mène à un ennui grandissant. C'est très dommage car il y avait matière à moins verber et à agir plus : indécrottable prétention auteurisante à la française.
Le héros du livre et du film Maurice, prenait une décision radicale : celle de s'assumer. Celui de Grande École ne sait pas (ne veut pas ?) prendre cette décision, tout comme le film qui ne sait pas (ne veut pas ?) s'assumer comme tel.
Pour terminer, Robert Salis est le réalisateur de l'inénarrable documentaire sur le naturisme Vivre Nu – À la recherche du paradis perdu. Son dernier film, Grande École, est terminé depuis longtemps mais a peiné afin de trouver un distributeur et une fenêtre de sortie.
Grande École est sorti en DVD chez Optimale.
L’avis de Polo :
Une grosse déception que ce film qui aborde pourtant l’homosexualité d’une manière assez originale à travers la vie d’un groupe d’étudiants en grande école, promis à un avenir professionnel radieux.
Des textes qui ne sont pas sans rappeler les classiques du théâtre que nous avons tous étudiés au lycée mais qui, à l’instar de séries comme celle très célèbre du nom de Dawson’s Creek, sont parfois difficiles à imaginer dans la bouche de protagonistes aussi jeunes. Bref, un texte bien trop littéraire qui nous permet de ne pas oublier une seconde que ce film est l’adaptation d’une pièce de théâtre, ajoutant de la difficulté à la compréhension de ce scénario parfois pesant. La trame de fond reste limpide mais ce sont tous ces petits dialogues parallèles qui paraissent confus car inadaptés aux personnages.
Il ne suffit pas de montrer quelques corps masculins nus ou à demi nus pour faire d’un film « gay themed » un bon film. Il n’en demeure pas moins que cette petite touche sympathique reste un des attraits principaux de ce film dans lequel on se réjouit de revoir l’acteur Salim Kechiouche, que nous avons déjà pu suivre avec beaucoup de plaisir lors de son apparition dans le film Les Amants criminels de François Ozon ou plus récemment dans Le Clan de Gaël Morel.
Contrairement à d’autres sentiments dont on ressent moins la sincérité à travers leurs jeux, les acteurs, réussissent parfois à faire passer la sensualité de certaines scènes, malgré un texte ne leur permettant pas vraiment de s’exprimer en étant très crédibles mais il n’en reste pas moins que leur jeu est souvent plat ce qui rend certains passages plutôt désagréables.
Le thème était pourtant intéressant : Exprimer le contraste que l’on peut trouver dans ces très grandes écoles entre les certitudes de futurs dirigeants et les doutes qu’on peut avoir à un âge où tout se bouscule facilement.
Les deux points positifs de ce film restent à mon avis la nature des sentiments troubles que peut avoir le personnage principal pour son colocataire mais surtout la touche de fraîcheur apportée une fois de plus par Salim Kechiouche qui mériterait qu’on lui offre sa chance d’avoir son premier rôle.
L’avis de Olivier Valkeners (LaLucarne.org) :
Était-il vraiment besoin de prouver qu'une œuvre théâtrale s'adapte mal au cinéma ? Si cela était le cas, ce film en est la preuve ultime ! Bon d'accord, je schématise, il est vrai que de nombreuses pièces à succès se sont vues adaptées brillamment à l'écran. Mais définitivement pas celle-ci ! Des garçons de bonne famille, Paul, Louis Arnault et Chouquet (!), pétris de valeurs et de certitudes, intègrent une grande école de commerce où ils vont être formés à devenir les futurs dirigeants du monde moderne. Mais avec la cohabitation naissent sentiments et troubles. Choc des cultures et des classes, désirs charnel, intellectuel, rien ne va plus au royaume du certain et Paul perd pied.
Dès le générique, on a envie de rire. Avec un titre qui avance vers le spectateur pour emplir l'écran, comme ça se faisait dans les années 80, on sent toute la dimension de grandeur et de théâtralité pompeuse que le réalisateur a voulu insuffler à son film. Et peut-être aussi le fait qu'il n'ait plus réalisé de fiction depuis 84 ! On ne sait si c'est par ambition artistique ou pour s'éloigner du réalisme des documentaires filmés entre temps par Salis, mais bien qu'ayant été retravaillée, la pièce n'a nullement l'air d'avoir été adaptée ! Les acteurs, aussi bons soient-ils, ont un mal fou à se dépêtrer des dialogues littéraires au langage châtié et malgré tout le talent qui les habite, peinent à nous faire croire au naturel de leurs mots et des situations, poussées jusqu'à l'insupportable dans le ridicule.
Alors, bien sûr, c'était dans l'intention du réalisateur que de conserver un style théâtral par l'usage du jeu et de décors propres à la scène, afin de déstabiliser le spectateur et lui faire ressentir le trouble émotionnel des personnages, mais si le concept peut paraître intéressant, le résultat est loin d'atteindre les espérances d'une présentation sur papier. Dans quelle mesure un film peut-il être personnel au point d'en devenir inaccessible ? Je ne suis pas en faveur d'un cinéma commercial (loin de là) qui privilégierait les attentes d'un soi-disant grand public, mais lorsqu'on réalise une œuvre cinématographique, aussi artistique que puisse être la démarche, n'est-elle pas destinée à un public ? Est-ce qu'en cinéma, on peut rester aussi égoïste dans l'écriture d'une œuvre qu'on pourrait l'être dans une autre discipline ? Et si même c'était le cas, le minimum ne serait-il pas d'au moins le faire un peu correctement ?!
Entre la mise en lumière des décors aussi naturels que la décoloration des protagonistes et le montage de scènes surjouées, on ne sait que choisir ! Peut-être les choix musicaux, énormes et lourds, ruinant les séquences, l'une après l'autre, transformant notamment cette scène de douche au vestiaire en vulgaire et pathétique matage de culs quand elle devrait signifier le paroxysme du trouble ressenti par Paul, le personnage principal. Grégori Baquet a bien du mal avec son Paul, et seul Jocelyn Quivrin réussit plus ou moins à s'en sortir avec naturel. Une distribution de jeunes acteurs/trices au talent indéniable que l'on se doit de saluer, vu le caractère périlleux de l'exercice !
Un film à oublier, mais des comédiens à suivre.
L’avis de Oli :
Trois colocataires sur le campus d’une grande école de commerce, dont deux ont une copine. Des considérations humanistes ou financières sur le monde du travail, des pulsions homosexuelles naissantes, un petit jeu au sein d’un couple sur qui séduira un tiers. Et en toile de fond, une tentative de réflexion sur les sentiments humains, prétention audacieuse de la part du scénariste.
Tiré de la pièce éponyme, ce film a essayé d’en garder le style théâtral, avec le jeu de langue presque racinien (« Andromaque, que ne me prêtes-tu pas ton polycopié de finance sur les swaps ? »). Sous couvert de justification par le milieu huppé qui fréquente cette école, censé parler couramment XVIe. Mouaif, admettons. Seul le beur ouvrier (Salim Kechiouche) a un langage normal, tant mieux pour lui. Pour le reste, faut aimer les incohérences et les inaboutissements. Une certaine dénonciation des préjugés en matière sentimentalo-sexuelle contrebalancée par un discours caricatural sur les grandes écoles. On n’est sûr que d’une chose : le scénariste n’y a jamais mis les pieds. Et sinon, comme écrivait ma prof de philo quand je présentais une copie insuffisante : « des pistes intéressantes qu’il faut davantage creuser ».
N’y aller que pour les sexes masculins visibles, le reste n’a pas grand intérêt.
L’avis de Zvezdo :
Ce film est une soupe peu homogène de choses ratées et réussies...
Pour ceux qui l'ignoreraient, c'est l'adaptation d'une des pièces les plus personnelles de Jean-Marie Besset. (Je vous recommande sa très jolie interview ; il dit drôlement que Les Lettres sont suspectes (...) moins que des cours de danse, mais plus que des leçons de piano et ne sent pas très en accord avec la vision bisexuelle du désir que véhicule le film – ouf!!!!!)
J'ai vu avec enthousiasme tout le théâtre de Besset depuis Ce qui arrive et qu'on attend que nous étions allés voir en meute à Montparnasse en 1993; et j'ai vu Grande école au théâtre 14, sans doute au moment de sa création. J'ai lu depuis que Guillaume Canet et Romain Duris ont joué le rôle ; je n'en ai pas le moindre souvenir, ils devaient être beaucoup plus jeunes, et totalement inconnus. En tous cas, j'ai le souvenir que c'était formidablement bien joué, ce qui n'est pas le cas dans le film.
J'y vois deux défauts principaux (au film) : 1) trop de maïzena, 2) des acteurs trop fadasses, pas vraiment crédibles.
Trop de maïzena, trop de sauce, trop de kitsch. Dès que le réalisateur ne sait plus quoi faire, on a droit à des effets ridicules (effets de miroirs, etc. La seule chose amusante dans ce registre, ce sont les gambettes de nageurs vus à l'envers; en reflet dans l'eau :-). Sur le plan de la musique, c'est une compile de tubes classiques mal assortis (Bizet, Puccini), sans que soit assumée la moindre ironie. La scène où le héros dissimule mal son trouble dans les vestiaires de la piscine face à l'objet de son désir dure des plombes... et c'est filmé comme un mauvais clip, pas de trouble, rien, que de l'eau qui coule.
Les filles sont fadasses, modèle Star’ac. Le héros (Grégori Baquet) n'est pas mauvais, mais, je vais être horrible, il a au moins 2 défauts : 1) il n'a pas l'âge du personnage et çà se voit, 2) il se teint les cheveux et ça se voit aussi.
C'est dommage, parce que le sujet me touche : le passage de la province à Paris, la vaine attirance pour un garçon hétéro. Les scènes avec Salim Kechiouche, le jeune beur, sont très bien, on croit au personnage, à l'enthousiasme et la rage mêlées.
Je pense que les pièces de Besset sont plus intéressantes qu'une simple description sociologique ; c'est du bon théâtre, qui supporte bien de bons acteurs. Je crois, j'espère qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait une école de commerce ni prépa à Ginette pour les apprécier (je n'ai fait ni l'un ni l'autre, je tiens à le préciser...)
Pour plus d’informations :
par Media-G, Polo, Olivier Valkeners, Oli et Zvezdo publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mercredi 25 octobre 2006

Fiche technique :
Distribution :
Une pièce de Jean-Marie Besset.
Une mise en scène de Gilbert Désveaux. Avec Marianne Basler, Xavier Gallais, Jean-Michel Portal, Salim Kechiouche.

Descriptif : Un couple reçoit à dîner le meilleur ami d'adolescence de l'épouse, retrouvé depuis peu, avec qui ils sympathisent tous d eux... Par le glissement progressif de la culture au sexe, du sexe au sentiment, du sentiment à la famille, LES GRECS dynamite l'hypocrisie, les mensonges et les malentendus sur lesquels repose la famille dite "nucléaire".
N’EST PLUS A L’AFFICHE ACTUELLEMENT

L’avis d’Olivier Razel (Afrik.com) :

L’ange beur chez les Grecs
Une pièce cruelle et drôle de Jean-Marie Besset

Le "Petit Montparnasse" à Paris crée une pièce très actuelle de Jean-Marie Besset, Les Grecs, féroce satire des conformismes de la société contemporaine, que vient transpercer soudain le regard franc d’Osman, jeune Algérien joué par Salim Kechiouche.

La pièce est belle, intelligente, judicieuse dans sa progression, et les acteurs sont immédiatement à la hauteur de cette dérision suprême qu’exige d’eux Jean-Marie Besset : jouer la lucidité avec détachement, jouer avec foi cette farce dont personne n’est dupe, qui forme le conformisme confortable des intellectuels de gauche.

Fin de dîner, fin de partie

L’action commence à la fin d’un dîner, au moment où une vague ébriété effiloche les raisonnements et donne soudain du champ à l’expression de ce qui devrait être tu. Les protagonistes sont d’abord trois : Léna, Henri forment un jeune couple de privilégiés, baignant dans le milieu culturel parisien, leurs enfants dorment à l’étage, ils reçoivent ce soir-là un vieil ami de Léna, Alain. Ils ont été amants à la fin de leurs études, c’est une histoire ancienne, d’autant plus qu’Alain, désormais, préfère les hommes.
Léna règne, impériale, sur le trio : son mari amoureux, son ancien amant, intellectuellement son complice. Elle se complaît à l’évocation de leur voyage en Grèce, de leurs fouilles communes, de leurs exaltations partagées... Admirablement interprétée par une grande actrice, Marianne Basler, Léna jouit pleinement de sa position centrale, dominant la conversation, supérieure entre ses deux hommes successifs.
Mais insensiblement, par touches légères, par degrés progressifs, l’ordre apparent se désagrège. La façade sociale, l’illusoire amitié, la familiarité jouée, toute cette comédie se révèle pour ce qu’elle est : factice. Tout d’un coup le cothurne grec ne leur va plus, les personnages boîtent, ils se retrouvent nu-pied, leurs discours abandonnent toutes convenances, les voilà à vif, jetant sur la scène leur misérable petit tas de secrets, leurs désirs refrénés éclairant leurs mensonges, leurs travers. On s’amuse beaucoup dans la salle.

L’ange beur paraît

Et c’est à l’acmé de ce dévoilement brutal des corps que surgit l’ange beur, Osman. Peu importe qu’il soit l’amant d’Alain, guidé par la jalousie. Son intrusion clarifie le jeu : il met fin aux derniers faux-semblants, oblige chacun à avouer devant les autres ce qu’il désire. Osman surgit, et parce qu’il rend manifeste l’ultime défaite de Léna, elle se donne à lui.
Le tour de force de Jean-Marie Besset, servi admirablement par Salim Kechiouche, dont cette interprétation prouve une nouvelle fois le talent, c’est que ce bouleversement total des rôles sociaux se produit sans manichéisme. La subversion des codes, le renversement des équilibres initiaux s’accomplissent avec un naturel désarmant. Tout est par terre, et on a envie de dire : "so what ?"

Salim Kechiouche impeccable en Heurtebise

C’est l’alchimie propre de l’ange beur : il dit la vérité, sans calcul, sans stratégie. Ses paroles ont la netteté authentique des faits. Du couple qu’il forme avec Alain, il dit que c’est un couple -ce qu’Alain n’assume pas, ni socialement, ni intellectuellement. Il trie dans les actes des uns ou des autres ce qui relève de la méchanceté ou de la bonté. Il affirme des valeurs simples -frustes, naïves ? Il faudrait plutôt dire justes, comme sont justes les images d’Epinal et les morales enfantines. Et finalement, lui, aime les femmes, rendant à Léna son pouvoir.
Difficile alors de ne pas voir se profiler derrière le profil brun d’Osman la pâleur de l’Ange Heurtebise, ce passeur calme qui dans plusieurs oeuvres de Cocteau ouvre les portes d’espaces invisibles. Si Osman détruit les apparences et dévoile ce qui est, c’est qu’il faut probablement conclure avec le poète, dans son poème "l’Ange Heurtebise" qui date de 1925 :
"Heurtebise ne t’écarte plus de mon âme, j’accepte. Fais ce que dois, beauté. Qu’il est laid le bonheur qu’on veut Qu’il est beau le malheur qu’on a."
Ce qui forme probablement la saine et roborative morale de cette aventure drôle et cruelle. Et chapeau à Jean-Marie Besset d’avoir trouvé des acteurs assez puissants pour porter sans faiblir cette formidable mécanique de mots et nous faire rire si fort -de ce que nous sommes.

* Olivier Razel, romancier, essayiste, critique littéraire, a notamment publié "Le Temps qu’il faut" aux éditions Plon. Son texte est publié avec l’autorisation d’Afrik.com.

L’avis de D. Dumas :

Léna (Marianne Basler) et Alain (Xavier Gallais) s’étaient connus à Delphes, à la fin de leurs études, et leur amour de la civilisation grecque antique les a rapprochés. Ils ont partagé le même sac de couchage, mais ils n’ont jamais couché ensemble. Alain revendique son homosexualité, et s’il vient dîner chez Léna, c’est parce qu’il éprouve un désir violent pour Henri (Jean-Michel Portal), le mari de Léna.
On reconnaît dans Les Grecs l’univers de Jean-Marie Besset, construit sur ses admirations, ses penchants et ses choix. Il reprend aussi les propos de Michel Vinaver comparant le cheval de Troie aux avions s’écrasant sur le World Trade Center. Guerre éternelle de l’Occident contre l’Orient pour Jean-Marie Besset, nouveau mythe pour Vinaver.
Le vin est capiteux, on boit beaucoup, les propos s’égarent, se cristallisent autour d’Achille et de Patrocle et les appétits sexuels s’exacerbent. Alain ne cache rien de ce qui l’anime, et Léna se fait provocante. Mais celui qui va jouer le rôle du cheval de Troie dans cette villa tranquille de bobos de la banlieue Ouest, c’est un jeune Arabe. Osman (Salim Kechiouche) vient chercher Alain chez qui il vit. Ainsi, Alain est en contradiction avec ses propos : « pas de PACS […] pas de pax romana ». Léna, comme Hélène, (Léna n’est-il pas un diminutif de ce prénom ?) enlève ce beau Pâris tandis qu’Henri cède à l’amour grec d’Alain.
Le décor rouge et gris de Serge Coiffard, conçu sur deux plans pour cette maison d’architecture moderne, souligne les propos que tiennent les protagonistes. Gilbert Désveaux y présente avec une grande finesse, un étage pour l’intime, un rez-de-chaussée pour les invités. Il dirige avec pudeur les outrances de l'instant où tout bascule dans la nuit américaine de Frank Thévenon qui règle les lumières. Les amis deviennent amants. Ce n’est pas une partouze, ni une orgie, juste l’abandon d’un « samedi soir ». Le lendemain, Henri et Léna se jurent de « ne plus recommencer », tandis qu’Osman quête en vain un geste de tendresse. Alain affiche un peu trop son cynisme, fabrique trop de bons mots pour qu’on ne se demande pas quelle est sa secrète blessure. Xavier Gallais est parfait dans ses propos sournois. Chaque comédien joue sa partition avec justesse. On devine que la satisfaction des sens conduit chacun au regret, à l'échec.
Car pour l’amour des Grecs, faut-il se contenter du plaisir physique ?

L’avis d’Alex & Greg :

C'est la curiosité qui nous a poussés à aller voir Les Grecs de Jean-Marie Besset, au Petit Montparnasse
Dans Les Grecs, on retrouve des thèmes apparemment chers à l'auteur tels que la confusion des genres, la critique de la bourgeoisie française et sa haine des conventions morales ou sociales. L'histoire tient en quelques lignes. Tout commence à la fin d'un repas dans l'ambiance cosy d'une maison qui transpire la réussite sociale. Léna et Henri, couple modèle, reçoivent à dîner le meilleur ami de Léna, Alain, retrouvé depuis peu et avec qui elle avait eu une aventure alors qu'ils étaient étudiants. Sauf qu'Alain lui préférait les hommes. Au démarrage, les protagonistes se lancent dans une conversation convenue sur l'Illiade d'Homère mais peu a peu, les langues dérapent, déliées par l'alcool ; la façade se fissure et les règles se modifient. La confusion devient totale à l'arrivée du petit ami algérien d'Alain. La discorde se trouvera résolue d'une manière qui défie toutes les conventions sociales.
Au final, Les Grecs laissent un sentiment de déception. Cette pièce n'a pas la classe de Marie Hasparren ni l'élan de Grande Ecole. Elle se veut choquante en abordant frontalement sexualité et chocs culturels aux relents de racisme, mais l'ensemble sonne étonnamment faux. La vulgarité désirée du texte s'accorde mal avec son écriture soignée, savamment construite et contrairement aux deux autres pièces précitées, j'ai eu l'impression que tout n'était qu'effleuré et que l'on ne voyait que la surface des choses et des personnages.
Néanmoins, je ne peux pas être totalement critique à l'endroit de cette pièce. La mise en scène de Gilbert Desveaux est efficace et permet plus facilement de rentrer dans l'histoire. Les comédiens Marianne Basler, Xavier Gallais, Jean-Michel Portal et Salim Kechiouche sont vraiment excellents. Et si au final le texte ne m'a pas séduit, l'ensemble de la représentation est loin d'être ennuyeuse (excepté la conversation du début sur l'Illiade, lourde à mourir) et mérite tout de même le coup d'œil.

Lire aussi la critique du Figaro.

La captation de la pièce sortira prochainement en DVD chez COPAT.fr (merci Bernard !)

par Olivier Razel, D. Dumas, Alex & Greg publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mardi 24 octobre 2006

Né en Égypte en 1972, Youssef Nabil grandit au Caire où il est bercé dès son enfance par la grande époque du cinéma égyptien des années cinquante, celle du Hollywood sur Nil. De ces images en Noir et Blanc il garde de la nostalgie du glamour, d’une certaine légèreté, de l’élégance et du mélo.
Très jeune, à l’age de dix-neuf ans, il commence à prendre des photos en marge de ses études littéraires à l’université du Caire. Deux rencontres artistiques viendront donner un tournant décisif à sa carrière. La première avec David Lachapelle dont il sera l’assistant à New York et la seconde avec Mario Testino qu’il suivra à Paris. Cette double expérience dans la photo de mode avec deux des plus talentueux photographes lui permettra non seulement d’apprendre à leurs côtés la sophistication de la photo de mode et paradoxalement l’aidera aussi à développer son regard et son style. Dans ses photos, il retiendra de ses amours cinématographiques un attachement particulier à la mise en scène et au choix des décors. Tout un dispositif est mis en place pour rappeler l’univers suranné du roman-photo, corollaire du cinéma de cette période : À partir de ses prises de vues réalisées dans l’esprit des “Studios”, il s’attache à mettre en valeur dans chacun de ses portraits l’aspect extraordinaire de ses modèles. Réalisées en Noir et Blanc, une fois développées, les photos sont soigneusement mises en couleur à la main.
Ses modèles sont des artistes égyptiens ou internationaux : acteurs, chanteurs, musiciens ou plasticiens. Pour les photographier, il doit avant tout les aimer. Ses photos l’aident à approcher les êtres qui l’attirent, le fascinent ou qu’il a envie de connaître. Il y a aussi ses propres icônes, celles qui ne sont plus de ce monde mais qu’il réussit à réincarner sous les traits de ses amis ou modèles.
Pour lui, la célébrité offre une part d’immortalité qui permet à ceux qu’elle touche de vaincre la mort par une image existante ou recréée. Par de là cette touche d’éternité, ses personnages auréolés d’amour n’échappent pas à la solitude qui les fige dans leur destin de stars. Les moments de célébrité détachent l’individu des autres et l’isolent dans une solitude extrême proche de la mort. Il y a là le désespoir de l’être qui se retrouve face à toute cette vanité où finalement, il ne restera de la vie qu’une image coloriée.
Dans un travail plus récent, Youssef Nabil pousse encore plus loin les liens qui rattachent l’amour à la mort. D’inspiration plus métaphysiques, ses dernières photos sont composées d’objets à connotation sexuelle chargée de danger et d’êtres qui voient le sens et l’essence de leur vie leur échapper. L’insouciance des années Glamour est bien loin.




La série de portraits de Salim Kechiouche (réalisée à Paris en 2005) a été publiée par le magazine Têtu et on peut en voir quelques-uns sur le site de Youssef Nabil et celui de Salim Kechiouche. Un grand merci à Youssef dont l’immense gentillesse n’a d’égale que son talent. Les portraits reproduits ici respectent les demandes de l’artiste. Merci aussi à mon ami Abdellah Taïa pour m’avoir aidé à contacter Youssef.

Les portraits sont © Youssef Nabil. Reproduction interdite. Tous droits réservés pour tous pays. Reproduit sur Les Toiles Roses avec l’autorisation de Youssef Nabil.

par Daniel C. Hall publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mardi 24 octobre 2006

20 cinématons Olé Olé !

de Gérard Courant

avec SALIM KECHIOUCHE, HALIM ANOU, MATHIEU LECERF, NOËL GODIN, TOM DE PEKIN, PASCALE OURBIH, BRIGITTE LAHAIE, MONSIEUR KATIA, MADAME H, JAKOBOIS, ILMANN BEL, REMI LANGE, ANTOINE PARLEBAS, MARIE-FRANCE, CORRINE, JEAN-PIERRE BOUYXOU, ELODIE, JOHANNE MAIBÖLL, PASCAL LIEVRE, MARIE-MADELEINE FUGER, ALAIN BUROSSE, FARRAH DIOD... 

Durée totale du DVD : 110 minutes. Interdit aux moins de 16 ans. DVD 5. Pal ALL Zones.

BONUS : TOURNAGE DU CINEMATON DE SALIM KECHIOUCHE, 6 COUPLES, ECRITS SUR GERARD COURANT, FILMOGRAPHIE, LIENS INTERNET, BANDES-ANNONCES.

ENTRETIEN AVEC GÉRARD COURANT
À PROPOS DU « CINÉMATON »
DE SALIM KECHIOUCHE

Photographie (c) Barbara Peon Solis
 

Avant de nous parler du Cinématon de Salim Kechiouche, pourriez-nous vous dire d’où vient l’idée du Cinématon ?

La conception du Cinématon est une idée nouvelle, révolutionnaire même dans le cinéma. Faire un film infini (il dure maintenant 150 heures et a été commencé, il y a 28 ans), projetable en tout (en intégrale) ou en partie (il est possible de ne projeter qu’un Cinématon), en kit en quelque sorte, n’avait jamais été mise en pratique auparavant dans le cinéma et je dirais même, également après, depuis la naissance du Cinématon.
L’idée est née au milieu des années 1970 quand j’étais étudiant. J’étais un cinéphile fou, qui voyait beaucoup de films et qui espérait en faire lui-même à son tour. Même si le cinéma était mon centre d’intérêt principal, j’étais également très attiré par l’art contemporain dont les artistes n’hésitaient pas à travailler sur le modèle de la série. Et ce travail, sur l’accumulation, les variations et la répétition, m’attirait énormément.
Mais une question me tarabiscotait : pourquoi existait-il si peu de films réalisés sur des artistes alors que le cinéma approchait déjà de son siècle d’existence ? Sur certains artistes majeurs, il n’y avait rien. Pourquoi ? Je n’avais pas de réponse. Et, en fait, ma réponse fut de me lancer, après une longue réflexion, dans cette aventure du Cinématon : filmer les artistes avec des règles du jeu très particulières sur lesquelles je vais m’expliquer un peu plus loin.

Que vouliez-vous faire « passer » ?

Mes moyens matériels et financiers étant réduits, le coût élevé du cinéma ne me permettait pas de réaliser des essais comme peuvent le faire si facilement les peintres et les écrivains et, aujourd’hui, les cinéastes grâce à la vidéo. Ce manque de moyens m’obligea à me poser beaucoup de questions. Comment réaliser et comment financer moi-même ce travail ? C’est après avoir répondu à ces interrogations, qui durèrent plusieurs années – une éternité quand on a vingt ans – et après avoir longuement réfléchi au meilleur concept possible que je me jetai enfin à l’eau le 18 octobre 1977. Je réalisai le numéro 0 de la collection : mon propre portrait que j’intégrai, illico, dans mon premier long-métrage : Urgent ou à quoi bon exécuter des projets quand le projet est en lui-même une jouissance suffisante. Quand je découvris le résultat de cet autoportrait, je fus très surpris par mon comportement devant la caméra car j’imaginais n’avoir rien fait. Je fus stupéfait par la multitude d’expressions qui se lisaient sur mon visage. À l’évidence, mon dispositif fonctionnait ! C’est alors que le 7 février 1978 je me lançai véritablement dans l’aventure en filmant le premier Cinématon.
Mais tout ça n’est que de l’anecdote. Ce que je voulais faire passer aux spectateurs tenait dans ces trois points :
1) Je désirais conserver une mémoire cinématographique du milieu que je côtoyais : les milieux du cinéma et de l’art.
2) Je tenais à ce que ces portraits soient différents des portraits que l’on voyait au cinéma ou à la télévision.
3) Je voulais réaliser un grand nombre de portraits. Au départ, j’imaginais un film de 24 heures (soit environ 340 portraits), ce qui me semblait déjà très ambitieux. Mais très vite, au bout de quelques mois, je me suis fixé un objectif encore plus élevé : filmer 1 000 Cinématons (soit environ 70 heures de film). Puis lorsque, au bout de dix années de tournage, j’ai filmé le 1 000ème Cinématon – à nouveau, le mien – j’ai désiré continuer et ne plus me fixer de limites.

Quel est le principe du Cinématon ?

Tous les portraits sont réalisés selon les mêmes règles que voici :
1) Un gros plan fixe du visage d’une personnalité des arts et/ou du spectacle.
2) Une caméra fixée sur un trépied.
3) Un plan fixe de 3 minutes 20 secondes.
4) Une seule prise.
5) Pas de son.
6) Pas de modification de mise au point.
7) Un plan-séquence
8) Pas de montage.
9) La personnalité filmée est libre de faire ce qu’elle veut.
10) Le cinématé accepte que son portrait soit montré en public.

Quelles personnes filmez-vous ?

Je filme les artistes qui œuvrent dans toutes les disciplines (cinéma, musique, arts plastiques, arts de la rue, littérature, télévision, cirque, philosophie, politique, etc.). Cela va de Jean-Luc Godard à Jean Dutourd, du Professeur Choron à Jack Lang, de Arrabal à Roberto Benigni, en passant par Wim Wenders, Gérard Jugnot, Philippe Sollers, PPDA, Jean-Paul Aron, Félix Guattari, Ben, Cavanna, Marie-France, Samuel Fuller, Sergueï Paradjanov,  etc.

Comment avez-vous rencontré Salim Kechiouche ?

Au départ, il y a Rémi Lange. Je connaissais Rémi Lange depuis ses débuts au cinéma. Je l’avais rencontré à Tours en 1993 lors des Rencontres du 8ème type, qui était un festival entièrement voué au format Super 8, alors qu’il tournait Omelette, son premier long métrage. Le samedi 3 avril de cette année-là, j’avais rassemblé tous les festivaliers pour réaliser un portrait filmé pour une autre série cinématographique que je réalise depuis 1985 : la série Portrait de groupe. Ce portrait s’appelle Les Morlocks dansent aux rencontres du 8ème type. (Parmi la trentaine de participants, on reconnaît le fameux Joseph Morder, l’inventeur et le père des Morlocks). C’était le 181ème de la collection qui en compte aujourd’hui 235. Rémi Lange, présent sur les lieux avec sa caméra Super 8, filma le tournage qu’il inclut dans Omelette !
Puis, au début de l’année 2005, Rémi Lange me contacta pour me proposer d’éditer, avec sa société Les Films de l’Ange, un DVD d‘une sélection de mes Cinématons. Nous avions d’abord établi une première sélection de portraits choisis à l’intérieur de ma collection et Rémi Lange eut l’idée d’actualiser ce DVD en me demandant de filmer des nouveaux portraits de personnalités qui pourraient trouver leur place dans cette sélection. Et parmi ces personnalités, outre Madame H, Corrine, Tom de Pékin, Ilmann Bel ou Pascale Ourbih, il me proposa de filmer Salim Kechiouche que je ne connaissais pas encore personnellement. Bien entendu, j’acceptai.
Nous nous donnâmes rendez-vous au parc Monceau, par une douce après-midi de printemps qui sentait déjà bon l’été. Nous étions le 11 juin 2005. Rémi Lange s’était joint à nous car nous avions convenu qu’il filmerait cette séance pour en faire un making of qui serait inclus dans le bonus du DVD. Antoine Parlebas était également présent avec une deuxième caméra.
Le tournage du Cinématon commença à 15 heures 35 (c’est indiqué dans le générique !) et Salim Kechiouche est le 2 102ème de la collection !
Le DVD, avec 20 Cinématons (et 5 portraits de la série Couple en bonus) a été édité et il est sorti à la fin de l’année dernière sous le titre : 20 Cinématons olé olé.  

Est-ce que vous connaissiez Salim Kechiouche avant de réaliser ce Cinématon ?

Je savais peu de choses de lui. Je l’avais vu seulement dans le film de François Ozon, Les Amants criminels où il était excellent. Mais comme Ozon est un grand directeur d’acteurs, on est forcément excellent chez ce cinéaste. Le vrai test pour un acteur, quelles que soient ses qualités, est d’être bon dans un mauvais film comme savaient l’être à la perfection un Francis Blanche, un Bernard Blier ou un Michel Galabru. Mais c’est plus facile dans la comédie qui n’est pas encore, à ma connaissance, le registre de Salim Kechiouche.

Comment lui avez-vous présenté le principe du Cinématon ?

Ce fut très simple. Rémi Lange établit le premier contact avec Salim en lui demandant s’il était intéressé de participer à l’expérience et à l’aventure du Cinématon. Comme il répondit par l’affirmative, je lui téléphonai ensuite pour bien lui expliquer les règles du Cinématon et, notamment, en insistant sur le fait qu’il avait une totale liberté de faire ce qu’il voulait devant ma caméra. Il eut l’idée de mettre en scène une séance d’entraînement d’un sport qu’il pratique assidûment et qu’il adore : la boxe.

On voit dans un premier temps Salim Kechiouche sauter à la corde, puis boxer en direction de la caméra. Quels souvenirs gardez-vous de ce moment de tournage ?

Ce fut un moment délicieux car très plaisant à filmer. Il n’y avait aucune tension, aucun stress comme il peut arriver, parfois, dans certains Cinématons où la personne filmée, prenant conscience – à tort ou à raison – qu’elle va laisser une trace pour l’éternité, se fige, se contracte. Au contraire, on sentait que Salim prenait beaucoup de plaisir à jouer devant ma caméra. À aucun moment, la caméra ne l’a gêné. Elle était plutôt son allié. Il avait la grâce du boxeur sur le ring qui danse autour de son adversaire.

Quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Salim Kechiouche ?

Nous avons pris possession d’un petit carré de pelouse du parc Monceau et nous nous