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Mercredi 10 janvier 2007
Sur la chaîne américaine Lifetime commence un nouveau jeu de télé-réalité : Gay, Straight or Taken ? Le concept est très simple (c'est américain on vous dit !). Une jolie blonde doit choisir entre trois garçons... Mais elle va devoir choisir le bon, car parmi les 3 candidats un seul est disponible, les autres étant soit gay, soit marié. Si elle se trompe, c'est le candidat choisi qui remporte le prix. (Source : GayClic)


par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : La TV en folie
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Mercredi 10 janvier 2007
par Stéphane RIETHAUSER


1. Le christianisme et les premières persécutions

En 313, le christianisme devient religion d'Etat sous l'empereur Constantin. A partir de ce moment, les relations entre hommes vont être condamnées de manière grandissante. S'appuyant sur certains textes religieux, et soucieux de redresser la moralité d'une société jugée dégénérée, le pouvoir ne tarde pas à réprimer la "débauche". En 342, les lois de Constance et Constant prévoient la castration des homosexuels passifs. Les relations entre hommes prennent le statut de "crime contre la dignité humaine", puis de "crime contre nature" notamment sous l'influence de Saint-Augustin (354-430). Enfin, les lois appliquées sous les règnes de Théodose (379-395) et de Justinien (527-565), sont les premières du genre à prévoir le bûcher pour de tels actes.

La chute de l'Empire romain et la montée en puissance du christianisme sanctionnent une révolution dans l'histoire des relations entre hommes : à la différenciation entre rôles actif et passif, entre chasteté et non-chasteté, entre romantisme et absence de romantisme, se substitue, sans la nommer comme telle encore, la différenciation entre hétérosexualité et homosexualité, qu'il ne faut pas omettre de replacer dans une période d'instabilité politique, économique et sociale avec les invasions barbares, et de lire à travers l'attitude sociale toujours plus suspecte à l'égard de la sexualité et de l'érotisme en général, la morale chrétienne s'opposant de manière virulente à l'hédonisme gréco-romain.

2. Les condamnations bibliques


Dans l'Ancien Testament, certains passages condamnent sans réserve les pratiques homosexuelles, à commencer par le livre IX de la Genèse dans lequel la ville de Sodome est détruite par un déluge de feu, parce que ses habitants avaient hébergé deux anges à l'apparence de garçons, ou dans le Lévitique, qui fixe la loi : "L'homme qui couche avec un mâle comme on couche avec une femme, tous deux ont fait une abomination, ils seront mis à mort, leur sang est sur eux." (XX, 13). On ne recense aucun passage où Jésus condamne ces pratiques, le Christ étant plutôt ouvert et tolérant à l'égard des péchés sexuels.

Constantin
 
Précisons que les condamnations bibliques sont appliquées avec plus ou moins de circonspection selon les régions et les périodes, encore que les données exactes font souvent défaut quant au nombre de poursuites réellement engagées, ce à quoi il faut ajouter que les textes condamnent tout aussi fermement d'autres comportements, tels que la consommation de porc ou de lapin, certains modes vestimentaires ou la coupe des cheveux et de la barbe. Comme c'est le cas à toutes les époques, le pouvoir opère une sélection dans les textes pour réprimer ce qu'il considère comme nuisible. L'argument principal contre les comportements "déviants", au-delà de la simple et formelle condamnation biblique, était qu'ils ne menaient pas à la reproduction, menaçaient l'ordre public, la jeunesse, la survie de la famille et de la civilisation. S'adonnant à des actes "contre nature" -- argument à la consonance implacable quoique ne reposant sur rien de concret, repris de nos jours encore à tort et à travers --, bouc-émissaires de choix au même titre que les Juifs, les homosexuels sont tenus pour responsables des maux de la société. Le sodomite, qui remet en cause l'ordre "naturel" créé par Dieu, commet un sacrilège : en bouleversant la hiérarchie des rôles et des genres, il met en danger l'ordre social. En outre, d'autres facteurs pouvaient engendrer une répression accrue de l'homosexualité, telle que la panique morale liée aux épidémies de peste, comme ce fut le cas à Venise, où au milieu du XIVe siècle, la sodomie apparaît comme le crime le plus grave.
Jésus-Christ et Saint Jean.

Allemagne, vers 1320. Cette représentation très sentimentale de l'amitié entre Jésus et un jeune Saint Jean évoque les amitiés passionnées communes aux moines du Moyen-Âge et la vision romantique d'auteurs comme Saint Aelred de Rielvaux
3. La culture homoérotique refait surface

Globalement, de la fin de l'Empire romain au XIIIe siècle, la répression est présente mais inégale en Occident. Parenthèse porteuse d'ouverture, on assiste, entre les Xe et XIIe siècles, en contrepoint à une urbanisation croissante, à la reprise du commerce, et à l'ouverture d'universités dans de nombreuses régions européennes, à une réémergence d'une certaine culture homoérotique. L'amour courtois existe aussi entre hommes, comme en témoigne la littérature chrétienne de l'époque (cf. Saint-Anselme, Saint-Bernard de Clairvaux, Saint-Aelred de Rielvaux, ou l'évêque Marbod de Rennes de l'école de Chartres, dont les poèmes vantant l'amour entre hommes sont diffusés en Europe), et plusieurs papes et hommes de pouvoir renoncent à poursuivre les actes homosexuels (cf. Synode de Latran 1059, Concile de Londres 1102, Décret de Gratien 1140). A l'époque, la prostitution masculine réapparaît, et le terme de "Ganymède", en référence au célèbre mythe grec qui voit le splendide fils du Roi de Troie enlevé par Zeus, devient synonyme du mot "gay" actuel. Le vocable de "sodomite" semble pour un temps relégué aux oubliettes, mais il ne tardera pas à revenir en force.
4. La montée de l'absolutisme et la répression

Dès le début du XIIIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, l'absolutisme étatique et religieux s'impose de façon grandissante en Europe. Les principes théologiques s'immiscent toujours plus dans les codes législatifs séculiers. Avec les croisades, les sentiments xénophobes se répandent largement. A l'image des Juifs, qui se voient persécutés partout en Europe (cf. 4ème Concile de Latran 1215), les "sodomites" font l'objet de poursuites pénales partout sur le continent. Ainsi en Espagne, Alfonso X de Castille promulgue en 1256 un code civil qui punit de castration et de lapidation le "péché contre nature". Quelques années plus tard, à Orléans, un nouveau code pénal prévoit également la castration, l'ablation du pénis et le bûcher pour celui qui a commis le péché de sodomie, avant que Louis IX ne fasse pareil en 1270.
Souvent assimilée à l'hérésie, poursuivie sur tous les fronts par les tribunaux de l'Inquisition tout comme par les autorités séculières, l'homosexualité s'affirme plus nettement comme un crime contre l'ordre de la nature sous l'influence de Saint-Thomas d'Aquin (1225-1274). Théologien renommé et écouté, Saint-Thomas d'Aquin codifie la morale sexuelle chrétienne dans sa Summa Theologiae, et juge les actes entre personnes de même sexe "contre nature", dogme quasi irrévocable qui alimente la rhétorique de l'Eglise catholique aujourd'hui encore. Au début du XIVe siècle, Philippe Le Bel s'acharne contre les Chevaliers de l'Ordre des Templiers en les accusant d'hérésie et de sodomie et les fait massacrer. En Angleterre, le roi Edward II, qui ne faisait pas mystère de son amour pour Gaveston, est déchu, castré et exécuté en étant empalé par le rectum en 1327. Et en Italie, dès le début du XVe siècle, la sodomie est également sévèrement réprimée, notamment à Florence, qui instaure dès 1432 un tribunal spécial pour poursuivre les crimes de sodomie. Le fanatique moine dominicain Jérôme Savonarole prendra le relais à la fin du siècle avec ses prêches contre "l'abominable vice". Ce qui n'empêchera pas, comme nous le verrons dans le chapitre sur la Renaissance, des artistes et certains dignitaires de représenter ou de vivre leurs penchants homoérotiques. Dans la Suisse médiévale, les relations entre hommes sont punies à la même enseigne qu'ailleurs, comme en témoigne la mise au bûcher pour sodomie du chevalier von Hohenberg et de son valet devant les portes de la ville de Zurich en 1482.
La mise au bûcher du Chevalier von Hohenberg et son valet devant les
portes de la ville de Zürich, 1482

*****

NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 10 parties sur le blog
Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.


Lire le précédent billet : cliquez ici.
par Stéphane Riethauser publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Mercredi 10 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant, Emilie Vallée, Mariloup Wolfe, Jean-Louis Roux, Francis Ducharme, Sébastien Blouin, Alex Gravel, Hélène Grégoire, Johanne Lebrun, Maxime Tremblay et Jean-Marc Vallée. Réalisé par Jean-Marc Vallée. Scénario : François Boullay et Jean-Marc Vallée.
Durée : 127 mn. Actuellement en salle en VF.

Résumé :
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde, quatrième d'une famille de cinq garçons. Famille de banlieue sans histoire avec une mère aimante et un père un peu bourru, mais fier de ses garçons. Le début d'une belle enfance, où se succèdent les Noël et les anniversaires avec l'éternel solo du père Beaulieu chantant Aznavour, Emmène-moi au bout de la terre, les séances de lavage de voiture en plein air et les visites au casse-croûte pour Zac, le chouchou de son père pour une fois.
L'avis de Mérovingien02 :
Ils sont 5 frères : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Prenez chacune de leurs initiales et vous obtiendrez le mot CRAZY. Crazy, c'est le nom d'une chanson country de Patsy Cline que vénère le père des garçons. Mais c'est aussi un terme anglais qui signifie la folie. On ne pouvait donc pas rêver mieux comme titre pour un long-métrage qui tourne autour d'une famille bien barrée, dans une époque décadente et délicieusement rock !
Triomphe sans précédent à la dernière cérémonie des Juras (équivalent Québécois de nos Césars) avec pas moins de 13 trophées trustés pour 14 nominations dont ceux de meilleur réalisateur et meilleur film, plus gros succès national au box-office avec plus d'un million de spectateur pour 7 millions d'habitants, CRAZY a tout d'un film phénomène, de ceux qui parlent à l'inconscient collectif et sondant les questionnements les plus intimes. Une œuvre universelle donc, capable de ratisser large sans brader son identité sous de bêtes considérations commerciales. Il faut dire qu'à l'origine, il y a un script personnel et sincère inspiré de la vie de François Boulay (co-auteur) et de Jean-Marc Vallée (réalisateur du film), fourmillant d'anecdotes vécues, de rêves accomplis et de questionnements refoulés. Résultat, tout le film semble juste, vrai, honnête et restitue à merveille les années 60 à 80 avec leur esprit de liberté, de tabous, de valeurs et de drogue. Outre une reconstitution parfaite des différentes époques traversées avec les vêtements synthétiques, les coiffures top moumoutes et une évolution du mobilier en fonction des modes, il y a aussi la bande originale qui apporte un vrai plus à l'ambiance nostalgique de l'ensemble, avec une liste impressionnante de standards incontournables allant de Pink Floyd à David Bowie en passant par les Rolling Stone. Un argument commercial imparable pour vendre des CD et rameuter un public cible désireux de revivre sa jeunesse passée mais qui se révèle bien plus que ça. Les tubes qui saupoudrent le métrage sont en effet employés à bon escient pour refléter l'état d'esprit d'un personnage à un moment donné. Une phase identitaire = un morceau. C'est ainsi que le père chauvin se borne dans ses valeurs réacs au son d' « Hier Encore » d'Aznavour ou bien que Zachary se prend pour David Bowie en rêvant de transcendance dans sa chambre sur fond de « Space Oddity ».
Ambiance immersive donc pour une œuvre qui place la famille au cœur de sa thématique. Sujet populaire, il va s'en dire, mais traité avec une infinie délicatesse. Sur une période de 20 ans, on suit le destin d'un garçon qui va grandir et changer en fonction des tendances, en fonction de ses parents et en fonction de ses expériences. Considéré comme divin par sa mère parce que né un soir de Noël, traité de fife (pédé en québécois) par son paternel, Zachary a un regard grinçant sur le monde qui l'entoure. Il veut plaire à ses parents et tente de s'adapter à leur regard. Refoulement d'une homosexualité de plus en plus évidente, quête spirituelle inlassable, mais aussi volonté de trouver sa place dans un foyer où chacun tient un rôle : le parcours du jeune homme fascine. Le scénario privilégie la chronique familiale corrosive à travers une succession de scénettes mettant en avant les attitudes les plus élémentaires de chacun (la discussion dans la salle de bain entre Monsieur et Madame, chaque frère a son rôle un peu cliché : l'intello, le sportif, le gay, le camé) et sans chercher à délivrer une quelconque morale du style « soyons tolérant, blablabla ». Ce sont les détails qui font sens : les relations tendues entre Zac et son père sont dévoilées par la métaphore d'un vinyle cassé (le père ne voit que l'objet brisé, mais pas les blessures intérieures de son fils), les éléments que bravent le héros (neige glacial, chaleur étouffante) ne sont que les reflets d'une solitude et d'un désert affectif désespérant... Très inspirée, la mise en scène de Jean-Marc Vallée utilise intelligemment le montage pour rappeler que même si les personnages semblent séparés par leurs idées, ils demeurent irrémédiablement liés spirituellement, comme viendra le rappeler la séquence où la mère se réveille pour boire de l'eau alors que Zac agonise, tandis que la scène suivante nous laissera croire qu'elle est morte alors qu'il s'agira du frère junkie.
Subtilement, le réalisateur nous montre que si la famille est une cellule pleine de tensions et d'incompréhension, ce n'est rien face à la dualité qui anime chaque être humain. Si les grands moments d'engueulades (la mariage raté) et de situations amusantes (Zac qui se masturbe en matant son frère s'envoyer en l'air) font immédiatement adhérer l'audience à l'histoire, c'est bien quand le cœur prend le dessus que l'émotion nous submerge et qu'on atteint la sphère de l'intime. Notamment lors des envolées mystiques magnifiquement introduites (l'accident en vélo est un choc vraiment éprouvant, tout comme la chute symbolique du nourrisson au début) qui nous raccrochent à la vie fragile de Zachary. Il est notre port d'attache, celui qui doute, celui qui frôle si souvent la mort qu'il peut mesurer l'importance de la vie, celui qui rêve de devenir quelqu'un d'autre (belle transition entre les années 70 et 80 où le jeune homme disparaît et réapparaît avec un nouveau look pendant que sa copine lui administre une fellation), celui qui part seul pour s'accomplir, celui qui devient indépendant et se détache enfin de l'étiquette qu'on a voulu lui faire porter. Un cheminement passionnant dans lequel n'importe qui peut se projeter.
Alors certes, il y a bien quelques défauts de fabrication dans cette fresque rafraîchissante : les enjeux narratifs deviennent de plus en plus vagues dans la deuxième partie du récit et on peine parfois à saisir où les auteurs veulent nous conduire surtout quand ils n'exploitent pas les 3 autres frères. On pourra aussi pinailler à loisir sur l'escapade dans le désert un rien redondante, peu subtile et légèrement frimeuse (effets visuels un tantinet gratuits). Mais on oublie vite tous ces petits travers une fois le générique achevé pour ne retenir que la mise en scène inspirée de Jean-Marc Vallée ainsi que la qualité exceptionnelle de l'interprétation qui y est pour beaucoup dans le charme de l'ensemble. Dans la peau de Zachary, Marc-André Gondrin est la révélation sensible et séduisante du film. Un comédien criant de vérité promis à un brillant avenir. Dans le rôle des parents aimant leurs enfants chacun à leur manière, on trouve un Michel Côté sidérant en père typique de l'époque, à la fois sévère et attachant et une Daniel Proulx en mère protectrice, véritable ciment féminin dans un foyer où tous les autres membres sont masculins. Quand à Pierre-Luc Brillant, il est un parfait contrepoint à Zachary dans le cœur du père, avec un mélange de virilité animale et de toxicomanie pathétique.
Fable aussi limpide que dense réservant son lot de répliques québécoises cultes (« il trempe son pinceau dans une paire de fesses », « t'es pas parlable ! ») et de fulgurantes montées en puissance émotionnelle, C.R.A.Z.Y. est un grand film populaire comme on les aime. L'homosexualité n'est jamais placée au cœur d'une réflexion bourrée de clichés mais sert de prétexte à une autopsie des relations d'une famille et le regard que portent les membres les uns sur les autres. C'est donc susceptible de toucher tout le monde, c'est fédérateur et c'est foutrement authentique !
Pour plus d’informations :
Bande annonce
par Mérovingien02 publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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