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et à
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Mercredi 18 janvier 2006
Sous la pression de la blogosphère et des preuves apportées par les blogeurs depuis ce matin, mais aussi avec les explications de Garfieldd, Libération vient de publier une troisième version de l'article enfin conforme à la vérité (les autres sont disponibles sur les blogs mobilisés). Nous en prenons bonne note et appellons à ne plus inonder la boîte aux lettres électronique du journaliste. Mais cela n'excuse rien et le combat continue...
par Daniel C. Hall publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 18 janvier 2006

Lettre à Gilles


Monsieur le ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,

Cher Gilles,

Pardonne moi de te tutoyer, mais on est sur les blogs, ça se fait très naturellement. Demande à Nicolas, il est au courant.

Je me permets de t'écrire directement via mon blog, car il est important, pour la suite de mon propos, que tu saches ce qu'est un blog.

Un blog, ou plutôt un blogue, c'est ça. Un site internet, où le maître des lieux écrit ce qu'il veut, sous son vrai nom ou sous un pseudonyme, et où ses billets apparaissent directement en page d'accueil, le plus récent en premier.

C'est super à la mode, sans doute un peu trop. Tes conseillers en communication te diront que c'est l'avenir. C'est pas vrai. Ton directeur de cabinet, qui ne s'y connaît pas trop en internet, te dira que ce n'est qu'une mode. C'est pas vrai non plus. C'est à la mode, oui, mais l'effet de mode passera ; les blogues, eux resteront.

En attendant, ils sont là. C'est une nouvelle forme d'expression directe entre citoyens, qui jouera désormais un rôle important en politique, comme aux Etats-Unis, où ils ont joué un rôle très important lors des dernières présidentielles. Et ils ont une capacité de pression médiatique qui te surprendrait.

Ton ami Renaud l'a récemment découvert à ses dépens. Il a présenté un projet de loi, un peu pressé par la Commission européenne, pas super motivé, puisque c'est son prédécesseur Jean-Jacques qui en était à l'origine. Beaucoup de blogueurs étaient contre. Ils l'ont dit, l'ont fait savoir. Le bourdonnement (on dit "buzz" pour faire branché) a pris de l'ampleur, les textes ont circulé, les blogueurs se sont inquiétés, ont pétitionné. Et la discussion a vite mal tourné, le projet a été déshonoré en séance publique au point que le ministre l'a pudiquement retiré. Pour rattraper le coup, il a invité quelques blogueurs sinon influents du moins fort lus à déjeûner, pour apaiser la tempête qui s'était levée sans qu'il s'en rende compte. A tel point que maintenant, Nicolas lui pique la vedette, et même le Président en a parlé dans ses vœux.

Je ne voudrais pas qu'il t'arrive la même chose, or c'est sur le point de te tomber dessus. Le "buzz" est en train d'enfler, l'essaim est en colère, et il va rapidement s'en prendre à toi car c'est toi qui a donné le coup de bâton dans la ruche, sans vraiment t'en rendre compte.

Voilà : tu as signé il n'y a pas longtemps une décision individuelle contre un proviseur, prononçant sa révocation. Je ne te cite pas son nom, tu le retrouveras facilement : c'est rare, une révocation, quand même. Et c'est grave. Tu as condamné un proviseur à mort : il n'a plus le droit d'être proviseur, ou enseignant, ou fonctionnaire. Chômage, sans indemnités ni ASSEDIC bien sûr, bref : le RMI. Il a 48 ans, et une longue carrière sans histoire à son actif.

Et pourquoi tu as signé cette révocation ? Tu l'as fait sans penser à mal, puisque tu as suivi l'avis de la commission mixte paritaire nationale, et tu as dû être défavorablement impressionné par le fait qu'on y parlait de pornographie et d'homosexualité, sur un site internet, alors que la personne en question dirige un lycée. Les faits sont déplaisants, tu as fait confiance à la commission, tu as signé, et tu t'es occupé des dossiers importants à tes yeux, et dieu sait s'il y en a dans ton ministère.

Seulement voilà, tu as été mal informé, et du coup, mal inspiré.

Ce proviseur, permets moi de lui laisser son titre, est un blogueur. Pas un blogueur influent, mais un blogueur fort lu, et lu par des blogueurs influents. Il y a des centaines, peut être des milliers de gens qui ont lu son blogue. Et en plus, sur internet, rien ne se perd, tout se crée. On peut encore lire des archives de ce site et constater par nous même. Il écrivait anonymement, sous le pseudonyme de Garfieldd.

Résultat, des millers de gens savent que qualifier le blogue de ce proviseur de pornographique est une insulte à l'intelligence, et que prononcer la sanction maximale à son encontre est, j'allais dire injuste, mais c'est un euphémisme : c'est dégueulasse.

Sur son blogue, ce monsieur disait qu'il était proviseur. Rien ne l'interdit, et tu le sais : tu as fait droit, comme moi.

Sur son blogue, ce monsieur disait qu'il était homosexuel. Rien ne l'interdit non plus, et dieu merci, aujourd'hui, ce n'est plus honteux de le dire.

Sur son blogue, ce monsieur parlait de son école, sans jamais la nommer. Tu devrais lire ces archives, d'ailleurs, si tu as le temps, tu y apprendrais beaucoup de choses très intéressantes sur comment ça se passe sur le terrain.

Mais jamais, tu m'entends, Gilles, jamais ce monsieur n'a mélangé son métier et ses orientations sexuelles. JAMAIS il n'a fait le moindre rapprochement ni exprimé le moindre propos déplacé vis à vis de ses élèves. Je ne mens pas, tu peux vérifier. Aucun de ses propos ne tombe sous le coup de la loi pénale, et tu sais qu'en la matière, elle est rigoureuse.

Parce que, Gilles, toi et moi savons bien que l'homosexualité n'a rien à voir avec des pulsions inquiétantes envers des jeunes gens, que les homosexuels ne sont pas des pervers, pas plus que tes proviseurs hétérosexuels ne se jettent avec concupicence sur leurs élèves du sexe opposé.

Malheureusement, j'ai l'impression que tous les membres de la commission mixte paritaire nationale ne sont pas au courant. Que veux-tu, Gilles, il ne faut jamais faire totalement confiance à des gens qui n'ont jamais quitté l'école, et qui ont besoin que tu leur fasses une circulaire pour qu'ils sachent quoi faire quand une de leurs collègues est menacée de mort.

Et permets moi de te parler franchement : ils t'ont mis dans la merde.

Car ce monsieur n'a jamais fait de pornographie sur son site. C'est un fait. Il a quelquefois utilisé des mots crus, mais d'abord, aucun qu'un de ses élèves n'emploie pas abondamment dans la cour de récréation, et surtout, c'était en citant pour s'en moquer les requêtes des moteurs de recherche qui avaient amené sur son site des visiteurs impromptus. Tiens, Dangereuse Trilingue (une blogueuse) l'explique très bien, et montre comment Libération s'est ridiculisé une fois de plus. Et c'était une lectrice de ce blog, elle peut parler en connaissance de cause.

Tu vois venir le problème ? Cette commission avec sa position à l'emporte-pièce et ses schémas antédiluviens, elle va te faire passer pour un réac homophobe. Laisse donc ce rôle à Christian, il n'a que ça et son rapport sur la loi DADVSI pour faire parler de lui. Car c'est TOI et toi seul qui a signé cette révocation, qui repose sur des faits grossièrement exagérés quand ils ne sont pas matériellement inexacts, et que tout le monde ne pourra s'empêcher de penser que si ce proviseur avait été hétérosexuel et avait montré des jeunes femmes en lingerie, son site aurait fait le tour du rectorat en faisant marrer tout le monde, et c'est tout.

Mais tu as encore le temps, non seulement de rattrapper le coup, mais encore de le tourner à ton avantage. Il a déposé un recours gracieux contre sa révocation. Rapporte là (tu es dans le délai), et, après avoir pris connaissance de l'ensemble des éléments du dossier, atténue-là. Je ne te demande pas de te déjuger, et de ne prendre aucune sanction. Ce serait un camouflet pour la commission mixte paritaire, et ce proviseur reconnaît lui même, rétrospectivement (il l'a dit à la commission) qu'il a transgressé son obligation de réserve en parlant ainsi de sa vie privée. Mais fais un communiqué (ton conseiller en communication, celui qui te dit que les blogues c'est l'avenir, te fera ça très bien) soulignant que tu maintiens le principe de la sanction, car tu es un ministre sévère, tu la diminues, car tu es un ministre juste, du fait des éléments qu'un mouvement civique sur l'internet ont mis en valeur, car tu es un ministre moderne et à l'écoute du peuple.

Renaud sera vert de jalousie de voir comment tu t'es mis la blogosphère dans la poche, et tu auras une vraie sympathie sur internet, et ça, c'est précieux.

Ne te préoccupe pas des réactions au sein des caciques de ton administration. Ils sont de gauche, ils ne voteront jamais pour toi, et de toutes façons, depuis ton idée de la bi-valence, ils te détestent.

Le temps presse : la nouvelle est reprise dans les médias : midi libre, l'AFP, Libération (qui dit des bêtises), le Figaro. Les blogues en parlent aussi beaucoup, il y a une liste chez Embruns, chez Pointblog, qui sont des caisses de résonnance sur le net.

Par contre, si tu t'obstinais à maintenir ta décision malgré tout ce que nous, les blogueurs, aurions pu te dire, je crains fort que tu ne te retrouves face à un incendie d'opinion que tu auras du mal à maîtriser, et qui rendrait toute marche arrière humiliante politiquement. Ne laisse pas le temps à l'opposition de se saisir de l'affaire, ne laisse pas le temps aux syndicats de rameuter l'opinion, agis vite et évite l'incendie.

Car s'il devait se déclarer, je ne suis pas sûr que je ne serais pas parmi ceux qui souffleraient sur les flammes.

Très respectueusement,

Maître Eolas.

P.S. : Je ne suis pas l'avocat de Garfieldd, que je ne connais pas personnellement, et je n'ai pas écrit ce billet à sa demande ou à la requête de qui que ce soit.

Ce remarquable billet est publié sur Les Toiles Roses avec l’autorisation de Maître Eolas.

 

par Maître Eolas publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 18 janvier 2006
SOS HOMOPHOBIE

communiqué de presse, 18 janvier 2006


SOS homophobie condamne le sort qui vient d'être fait au proviseur du Lycée technique de Mende (Lozère). Ce dernier a été révoqué pour avoir parlé ouvertement de son homosexualité sur son blog. Cette révocation nous semble aller à l'encontre des principes qui régissent l'éducation nationale et dénote une homophobie intolérable. C'est pourquoi nous demandons avec force à M. le ministre de l'Education Nationale, Gilles de Robien d'accéder au recours déposé par ce proviseur afin qu'il réintègre l'Education Nationale.

Le 9 janvier 2006, le Proviseur du Lycée technique Emile-Peytavin de Mende (Lozère) a été révoqué de ses fonctions après une procédure engagée au mois d'octobre. Cette décision est venue sanctionner "une attitude jugée incompatible avec l'image et le comportement que se doit de respecter tout personnel de direction" d'après le Ministère de l'Education Nationale. Comment justifier cette sanction, la plus sévère dans le service public, si ce n'est par l'homophobie de ses pairs ?

En effet, il n'est question ici, ni d'atteinte à la pudeur ou encore de prosélytisme, mais du journal intime d'un homme qui évoque sa vie professionnelle et sentimentale, ceci, d'après les dires d'internautes familiers du blog, avec assez de pudeur et sans référence apparente à son identité.

Si un chef d'établissement se doit d'être un exemple, l'Education Nationale le doit à plus forte raison, et quel exemple donne-t-elle aujourd'hui si ce n'est celui d'une violente intolérance ?

L'homophobie fait encore des victimes aujourd'hui en France, c'est pour cela que SOS homophobie intervient dans les collèges et les lycées afin de sensibiliser les élèves à la tolérance vis à vis des homosexuels. Cette révocation nous semble un contre-exemple inadmissible, et nous demandons avec force à M. le ministre d'accéder au recours déposé par ce proviseur.

par Daniel C. Hall publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 18 janvier 2006

BIENVEILLANCE POUR GARFIELDD


A :  Monsieur le Ministre de l'éducation nationale

Monsieur le Ministre,

Une commission paritaire nationale disciplinaire tenue le 9 décembre a jugé qu’un chef d'établissement devait être révoqué au motif que son blog présentait des « photos et écrits à caractère pornographique » ce qui constituait un « comportement incompatible avec l'exercice de la responsabilité d'un chef d'établissement ».

La révocation est la plus grave des sanctions qui peut frapper un fonctionnaire puisqu’elle lui interdit de continuer à exercer ses fonctions. Elle constitue une condamnation extrême, peu employée ; exceptionnellement dans le cadre d’une première mesure et de manière rarissime quand les faits reprochés n’ont pas de volet pénal parallèle. En l’espèce, le proviseur sanctionné l’était pour la première fois et sans que les faits reprochés n’aient donné lieu à des procédures externes.

Ceux qui ont régulièrement consulté le site incriminé sont nombreux à ne pas comprendre comment il a pu être assimilé à de la pornographie.

Ceux qui ont régulièrement consulté le site incriminé sont nombreux à ne pas comprendre comment il a pu être perçu comme pouvant jeter le discrédit sur l'institution.

Ceux qui ont régulièrement consulté le site incriminé sont nombreux à ne pas comprendre comment le remarquable attachement de Garfieldd au système éducatif, aux enseignants et aux équipes avec lesquelles il a travaillé et surtout, surtout sa volonté acharnée à travailler pour les élèves qui lui sont confiés ont pu être relégués au second plan pour ne retenir de son journal que ce qui, sorti de son contexte et interprété avec un parti pris, pouvait lui faire du tort.

Du reste l’éducation nationale, qui a su s’adapter à l’outil internet, a installé sur de nombreux serveurs pédagogiques des logiciels chargés de filtrer les contenus douteux. Le site de Garfieldd n’a jamais été bloqué pour son caractère pornographique.

Monsieur le Ministre, l’institution ne s’honore pas de cette décision pas plus qu’elle ne répond aux attentes de ses membres en sanctionnant de façon disproportionnée un puni pour l’exemple.

A un moment où cette décision extrême se télescope de façon malheureuse avec d’autres rapports concernant l’institution et qui vont dans un sens plus favorable aux mis en cause, vous pouvez envoyez un message d’apaisement et de justice sereine en revoyant la sanction comme la loi vous y autorise.

Vous devriez recevoir, si ce n’est déjà fait, un recours gracieux. En répondant à ce recours, Monsieur le Ministre, vous ne répondrez pas seulement à un homme pour qui vous êtes le dernier espoir, vous répondrez aussi à tous ceux qui ont de Garfieldd une autre vision que celle qui a été présentée et qui attendent que son honneur lui soit rendu.

Notre webmarade Garfieldd n’est pas à l’initiative de cette pétition, il n’en est même pas avisé. Que celle-ci n’assombrisse pas votre réflexion si sa teneur vous déplaisait.

Nous sommes tous des proviseurs de Mende.

Sincèrement,
Les signataires.

POUR SIGNER LA PÉTITION EN LIGNE, CLIQUEZ ICI.

par Daniel C. Hall publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 18 janvier 2006
par Daniel C. Hall publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses
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Mercredi 18 janvier 2006

Fiche technique :
Avec Shabana Azmi, Nanditas Das, Jaaved Jaaferi, Kulbushan Kharbanda, Ranjit Chowdhry, Khushal Rekhi et Laurence Côté. Réalisé par Deepa Metha. Scénario : Deepa Metha. Directeur de la photographie : Giles Nuttgens. Compositeur : A. R. Rahman.
Durée : 100 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

Résumé :
Sita est une toute jeune épouse qui croit à l'amour absolu. Mais Jutin son mari a déjà la tête qui tourne pour une autre. Le frère de Jutin délaisse sa femme, Radha, fuit le désir et les plaisirs et trouve refuge chez un gourou. Tous vivent dans la maison familiale sous le regard sévère de la mère des deux frères, gardienne des traditions ancestrales. Révoltée, Sita refuse le silence et bouscule le fragile équilibre de la famille. Sa rebellion déteint sur Radha et les deux femmes se rapprochent progressivement.
L'avis de gayvisual :
Fire, c’est l’épreuve ultime du feu : le désir de deux femmes de se libérer de la rigidité des castes, des croyances religieuses et des coutumes ancestrales en Inde. C’est la confrontation du monde moderne et de la Tradition.
Après un mariage arrangé, Jatin et Sita se découvrent lors d’un voyage de noce dont l’étape traditionnelle est une visite du temple romantique du Taj Mahal, symbole monumental de l’amour éternel. Sita, vêtue du sari traditionnel, s’émerveille alors de la légende de l’empereur Shah Jahan qui fit construire le mausolée à la mort de sa femme. Jatin est un homme moderne, indifférent au romantisme suranné qu’exprime sa jeune épouse. Ce voyage expéditif révèle alors davantage les dissonances que la complémentarité du couple. Conformément aux usages, Sita est ensuite introduite dans la maison familiale d’un faubourg de New-Dehli.
Accueillie par Radha, la femme soumise d’Ashok, le frère aîné de Jatin, la jeune mariée va rapidement faire face à ses premières déceptions. Elle comprend amèrement que sa vie est scellée comme celle de sa belle sœur, qui vit dans la servitude et la culpabilité de ne pas pouvoir avoir d’enfants. L’inconnu qu’elle a épousé continue de fréquenter une jeune chinoise plus sophistiquée et plus moderne qu’elle. Dorénavant elle doit consacrer sa vie de façon fonctionnelle et utilitaire : travailler dans la boutique familiale, obéir à son époux dans un silence religieux et faire des enfants pour perpétuer le nom et occuper son quotidien.
Toute la famille se partage un même appartement, soumise aux injonctions silencieuses de Biji, la mère des deux frères, paralysée et muette. Celle-ci représente la gardienne rigide et intraitable de la Tradition qui ne manque pas de sanctionner le moindre écart irrévérencieux de conduite.
Chaque soir, une fois le petit commerce familial fermé, Jatin rejoint la jeune Chinoise. Celle-ci a refusé de l’épouser, convaincue de sa réussite prochaine dans le cinéma de Hong Kong. Marié depuis quinze ans à Radha, qu’il n’honore plus depuis longtemps, Ashok, rejoint son gourou à la recherche obsessionnelle d’une pureté transcendantale. Il a appris à renoncer à tout désir charnel, à choisir l’indifférence des sens afin d’approcher l’illumination éternelle.
L’une bafouée et méprisée par son époux volage, l’autre délaissée par un mari dévot, Sita et Radha se retrouvent seules, nuit après nuit, dans l’ombre de la terrasse. Elles partagent la même huile dont on oint les cheveux, se confient l’une à l’autre, s’apprivoisent et se comprennent instinctivement. Elles partagent le même territoire, la même solitude, les mêmes frustrations et les mêmes impressions. Les deux belles-sœurs vont découvrir une échappatoire aux manques absolus de tendresse et d’amour dont elles souffrent cruellement au quotidien.
De cette oppression culturelle va naître d’abord une forte complicité empreinte de grâce et de douce sensualité puis un amour tendre et fusionnel entre les deux femmes.
Leur liaison mise à jour, la Tradition exige que Radha se prosterne aux pieds de son mari et implore son pardon. Mais pour elle, « la vie c’est le désir ». Sans désirs, elle était « morte ». Elle lutte avant tout pour « vivre encore ».
Sexe, religion, Tradition, tribu familiale et racisme sont les thèmes explorés par ce film qui parvient à présenter les contradictions d’une Inde duale en quête d’identité. Les désirs et les frustrations des femmes sont complètement laissés pour compte. Le mot « lesbienne » n’existe d’ailleurs pas en hindi. La relation homosexuelle apparaît comme un refuge face à une société phallocratique, insensible et conventionnelle. Ecartelées entre le désir de maîtriser librement leur vie et la Tradition écrasante, les femmes revendiquent leur droit à exister.

Fire n’est pas un film sur le sexe. Il ne fait pas l’apologie de l’homosexualité ou du choix d’orientation sexuelle. Il illustre davantage les inégalités entre hommes et femmes. Entre un frère qui incarne la Tradition et la soumission à une religion conservatrice et intolérante, et l’autre tenté par les luxes occidentaux, il ne reste aucune place pour le désir et l’autonomie des femmes. À travers cette histoire amoureuse, c’est d’abord la condition et le statut de la femme en Inde qui sont visés.
Deepa Mehta lutte à travers ce film contre l’arbitraire des dogmes religieux, une sexualité utilitaire et reproductive, la hiérarchie des sexes, le mariage arrangé et lutte pour l’homosexualité, le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes. Elle ne cache rien, mais dévoile avec beaucoup de pudeur la maturation et l’épanouissement du désir et le besoin de liberté. La réalisatrice, qui fut menacée de mort dans son pays lors de la sortie du film, milite pour un autre développement de son pays à travers un cinéma contestataire et libre.

Fire fut couronné en 1996 par les festivals les plus célèbres : Festival de New York, prix du public au Festival de Toronto, Rencontres Internationales de cinéma à Paris, Prix spécial du jury du Festival de Mannheim-Heidelberg, Prix de la meilleure Actrice pour Shabana Azmi du Festival de Chicago. En 1998, lors de sa sortie sur les écrans français, le film fut salué par l’ensemble de la critique.
L’interprète de Radha, Shabana Azmi, a joué dans quatre-vingt-dix films depuis 1974, notamment dans la Cité de la Joie en 1992. De confession musulmane, elle est l’objet d’une Fatwa pour son rôle dans Water (2002) le dernier film de Deepa Mehta. Pour elle, « le cinéma doit être entendu comme un instrument d’évolution sociale ». Elle est par ailleurs ambassadrice des Nations Unies et membre du Parlement Indien.

Fire est un film qu’il faut absolument apprendre à connaître et promouvoir pour découvrir un cinéma indien qui est à  la fois ancré dans la Tradition artistique de son pays, avec une grande beauté des images, une pudeur empreinte de sensualité et des couleurs chaudes, mais également parce qu’il apporte un souffle nouveau, moderne et subversif.
Il est d’autant plus important de le soutenir qu’il fut très controversé lors de sa sortie en salles. En Inde, Fire a été retiré des salles suite aux violences perpétrées par des extrémistes hindous et le gouvernement a exigé que le film repasse devant la commission de censure.
L’avancée des Droits de l’homme et des Libertés Publiques d’un pays se juge finalement plus par la violence de telles réactions que par l’œuvre elle-même. Elles prouvent le danger de se brûler aux institutions et aux interdits. 

Pour plus d’informations :

par gayvisual publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 18 janvier 2006

Fiche technique :
Avec Bernard Bloch, Christiane Cohendy, Madeleine Marie, Albert Delpy, Jean Dautremay, Bernard Freyd, Hans-Rudolf Twerenbold et Jacques Bonnafé. Réalisé par Richard Dindo. Scénario : Richard Dindo. Directeur de la photographie : Pio Corradi.
Durée : 141 mn. Disponible en VF.

Résumé :
Film documentaire de fiction qui retrace la vie d' Arthur Rimbaud en faisant parler les gens qui l'ont le mieux connu : sa sœur Isabelle sa mère Vitalie son ami d'enfance Delahaye son professeur Izanbard Paul Verlaine et l'employeur à Aden, M. Bardey.
Les personnages (joués par des acteurs) racontent la vie de Rimbaud dans les lieux même où celle - ci s'est passée dès l'enfance, jusqu'à la mort en passant par Charleville, Paris, Londres, Bruxelles, Aden et Harrar.
Tout le film se comprend comme une enquête qui a eu lieu quelques années après la mort du poète et qui reconstitue les moments cruciaux de sa vie, avec cette question qui revient toujours : pourquoi a-t-il abandonné la littérature ?
La voix de Rimbaud est reconstituée comme un monologue intérieur qui traverse le film à travers des extraits de poèmes et de lettres.
Bref, un film sur la parole et la mémoire, à partir de la vie du poète rebelle, du plus illustre des poètes.

L'avis de Jean Yves :

Ni évocation documentaire, ni analyse de texte, ni exégèse biographique, le film se contente de faire dire le poète (par la voix de Pascal Bonnaffé) et parler les témoins, à la manière d'une enquête fictive qu'on viendrait mener à Charleville, quelques années après la mort du poète.
L'écrivain Alain Borer a grandement contribué à démythifier l'image double du voyant maudit, changé en sombre mercenaire. Il est probable que le film de Richard Dindo doit beaucoup à ses ouvrages : déjà, ils restituaient Rimbaud, non dans la séparation, mais au contraire dans la profonde et tragique unité de son existence : l'archange adolescent du Bateau Ivre est bien le même que le grabataire gangrené d'Aden.
Il n'y a qu'un seul Arthur Rimbaud, de Charleville en Abyssinie, c'est ce que nous montrent ces témoins rétrospectifs, tous admirablement crédibles, avec la distance qu'il faut pour que le film ne soit précisément pas une reconstitution.
Sur ce que fut exactement sa liaison avec Verlaine, sur son importance biographique et sa dimension sexuelle, le film de Dindo a le mérite de ne pas faire l'impasse d'usage. Même si aucun poème de l'album zutique n'est cité...
Un Rimbaud en son temps, en somme, très scrupuleux et très élaboré.

Pour plus d’informations :
Lire un autre avis

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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