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Antiprod    BQHL    Carlotta Films    Eklipse    Epicentre Films    Les Films de L'Ange    Hystérie Prod.    One plus One
Vendredi 5 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Richard Chamberlain, Michael Imperioli, Ute Lemper, James Duval, Austin Pendleton, Talia Shire et Michael Saucedo. Réalisation : James Merendino. Scénario : Paul Marius. Directeur de la photographie : Tom Callaway. Son : Charlie Kelly. Directeur artistique : Andrea Stanley.
Durée : 98 mn. Disponible en VO et VOST.



Résumé :
Thaddeus (Richard Chamberlain), un avocat fortuné d'une soixantaine d'années, apprend qu'il va bientôt mourir. Il est atteint du sida. Il plaque tout et rend une visite surprise à son ami Allen (Michael Imperioli), un ancien prostitué qui fut son amant. Allen a changé de vie. C’est maintenant un jeune artiste qui essaie de se faire un nom. Il a une liaison avec Eva (Ute Lemper), une riche propriétaire de galerie qui ignore tout de son passé. Thaddeus est revenu à Santa Monica dans le but de retrouver un autre de ses anciens amants, Jaimie (James Duval), un gigolo qui l’avait profondément ému. Il s'installe chez Allen à qui il demande de l’aider dans sa recherche. Pour cela, bien qu’il y répugne, pour réaliser la dernière volonté de son ancien amant, Allen va se replonger dans les bas-fonds de Los Angeles pour retrouver ce jeune prostitué que Thaddeus voudrait « sauver » avant de quitter ce monde...
L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
Lorsque l’on a terminé de voir River made to drown in, on ne s’explique pas pourquoi son réalisateur, James Merendino a renié son film et qui est crédité le plus souvent en tant que réalisateur du nom d’Alan Smithee, c’est-à-dire personne. C’est un des patronymes que l’on emploie dans le cinéma américain lorsqu’un cinéaste est en désaccord avec le produit final et ne le reconnaît pas comme étant son œuvre. Je ne sais pas ce qui a poussé le metteur en scène à prendre cette décision mais il n’a aucune honte à avoir pour ce film qui, s’il ne fait pas partie des chefs-d’œuvre du cinéma, ni même du cinéma gay, n’est en rien honteux.
Les deux points forts du film résident dans l’interprétation, sur laquelle je reviendrai, et dans le scénario. Ce dernier explore une relati
on peu vue sur grand écran : celle du gigolo avec son micheton. Ce qui est fort rare, c’est que ce sont surtout les états d’âme du « client » qui sont considérées. Sans avoir mauvais esprit, j’ai tendance à penser qu’il y a plus de cinéastes gays (la remarque qui suit me semble tout aussi pertinente pour leurs collègues hétérosexuels) qui ont endossé le rôle passager de micheton que celui de gigolo, et pourtant la psychologie de « l’acheteur » est quasiment absente du cinéma. En voyant ce énième film qui met en scène la prostitution masculine, je me dis que si un martien cavernicole venait explorer notre planète pour connaître les mœurs de ses habitants, comme le firent jadis le persan de Montesquieux ou le huron de Voltaire, il pourrait croire que la pratique sexuelle des mâles qui aiment les mâles consiste presque exclusivement en des individus entre deux âges assez crapoteux qui achètent les faveurs sexuelles de garçons à la beauté défraîchie.
L'intérêt du scénario est aussi de se centrer sur les relations intimes, sur la tentative de rapprochement et de compréhension mutuelle entre deux écorchés par la vie; très bien transcrite par des dialogues brillants et justes mais malheureusement ceux-ci sont souvent parasité
s par une musique aussi sirupeuse que redondante. River made to drown in apporte un regard clairvoyant sur le rapport qu’entretiennent de jeunes prostitués masculins avec leurs clients  plus âgés.
Ce petit film indépendant non-commercial s'illustre aussi par le talent indéniable de ses comédiens. Alors que Richard Chamberlain dans la plupart de ses films est un acteur assez fade, un peu trop lisse, dans River made to drown in
(son premier film après son coming-out bien tardif) qui est en quelque sorte sa sortie artistique du placard, l’acteur se lâche complètement et cabotine goulûment dans son rôle de précieux gourmé agonisant, tantôt cynique et désespéré, tantôt généreux et désabusé dans lequel il fait beaucoup penser, et c’est un beau compliment, à notre Jean Topart national qui fut dramatiquement sous-employé au cinéma. Ce qui est le plus surprenant et le plus talentueux, c’est que de ce cabotinage naît souvent l’émotion. Mais il n’est pas esseulé dans cette brillante distribution. On y retrouve Michel Imperioli qui depuis a acquis une grande notoriété avec son rôle de Christopher dans Les Soprano et James Duval, acteur fétiche de Greg Araki, que l’on a pu admirer dans Totally fucked’up, Doom Generation et Nowhere.
Si le réalisateur reçoit une bonne aide de son directeur de la photo, Thomas Callaway, dont les angles
de vue, l'utilisation tantôt de la grue, tantôt d’une caméra portée ou le jeu avec les profondeurs de champ, sont souvent inventifs et transcrivent bien par l’image le désordre des vies des personnages, il est en revanche desservi par un montage lourd et sentencieux.
C’est pour finir un film qui nous parle un peu maladroitement, parfois avec emphase de l’inspiration, de la chute des êtres, d’un passage de témoin, d’un relais d’amour...

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Vendredi 5 janvier 2007
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : Les Pubs Roses
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Vendredi 5 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Jeremy Cooper, Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Sheila Moore, Duncan Fraser, David Longworth et Robert Koons. Réalisation : Philip Ridley. Scénario : Philip Ridley. Directeur de la photographie : Dick Pope. Compositeur : Nick Bicât.
Durée : 95 mn. Disponible en V0, VOST et VF.
Résumé :
Dans l'Amérique rurale des années 50, un enfant rêveur et farceur, élevé par un père violent et une mère abusive, échafaude des hypothèses farfelues à propos des villageois qui l'entourent. Il est ainsi convaincu que la vieille dame qui vit seule sur le bord de la route est un vampire...
L’avis de Jean Yves :
Dans L'enfant miroir tout est vu, d'un bout à l'autre, à travers le regard omniprésent de Seth Dove, sept ans, qui habite le réel à la manière d'une surface réfléchissante.
Le titre anglais – The Reflecting Skin – suggère que la peau figure l'emblème des obsessions sur lesquelles viennent se greffer les péripéties de cette réalisation miroitante comme le soleil dont la course rythme le film.
À la frange du fantastique, du film d'horreur, l'histoire ravive la vérité propre à l'inquiétude enfantine. « L'innocence peut être un enfer », dira un des protagonistes de ce suspense onirique chargé d'angoisse métaphysique.

L'enfer du héros – magistrale interprétation du petit Jeremy Cooper – est nourri de son imagination, fertile autant qu'immature, qui assigne le réel aux fantasmes les plus fous. En retour, la réalité lui renvoie ses images authentiquement cruelles, sa morbidité implacable.
Dans cette campagne américaine de l'Idaho au ciel oppressant, la touffeur des blés est comme une peau épaisse où l'on s'enfonce, où l'on s'échappe, où l'on se dissimule et d'où l'on observe à loisir. Sur ces chemins plats, caillouteux, non encore goudronnés des années 50, qui coupent l'immensité des champs, les gamins s'initient au sadisme sur de monstrueux batraciens (à cet égard, ne rater le prologue à aucun prix).
Ces batraciens sont certes des créatures à la peau plus extensible que celle, transparente et spectrale, de Dolphin Blue (Lindsay Duncan) que le jeune Seth Dove prendra pour un vampire, inconsolable veuve recluse parmi ses reliques dans la mémoire de son amant balayé jadis par le suicide.

Il y a la peau de la mère de l'enfant ravinée, parcourue de tics. La peau du shérif local, criblée d'éclats et cuirassée de prothèses. La peau fragile, érotique, héroïque du frère aîné, Cameron, vétéran épuisé, marqué par la guerre du Japon, et qui lâchera « Dieu, que c'est laid, ici ! », tandis qu'un des enfants court la campagne, enveloppé dans le drapeau américain.
Peau intacte des enfants, à la fois rejetés et convoités, vulnérables et puissants : l'adolescent maléfique en limousine noire promenant son doigt lourdement bagué sur les lèvres muettes de Seth Dove...
Dans ce film où chaque élément entre dans une correspondance secrète, intangible, la peau est la surface irréductible du désir. Elle est le lieu du stigmate, de l'entaille, de l'immolation.
Pompiste de métier par ratage, le père survit à la honte d'une vieille affaire homosexuelle, qu'on s'empresse d'exhumer à la suite de l'assassinat, tour à tour, des compagnons de jeu de son fils.
Il y a aussi cet arrière-plan social : cette Amérique agreste, pudibonde, tassée dans son puritanisme, avec son cortège de préjugés inexpiables, sa violente intolérance, son oppression sociale…

L'enfant miroir est un film d'initiation : à travers ces épreuves horrifiques, Seth conduit tragiquement son propre apprentissage du monde, vivant toutes choses à travers le prisme de son enfance improbable, où pêle-mêle l'angoisse de la mort, la perspective du dépérissement physique, le péril nucléaire (toujours la peau : celle des enfants d'Hiroshima, sur ces clichés que son frère lui montre), la pulsion de meurtre, l'appréhension du sexe... se cristallisent.
Pour plus d’informations :

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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