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Lundi 8 janvier 2007
par Stéphane RIETHAUSER


Aussi loin que remonte l'Histoire de l'humanité, les hommes entre eux et les femmes entre elles ont eu des rapports sexuels et amoureux. En tout lieu et en tout temps, on a vécu et pratiqué "l'homosexualité".

Cependant, il s'agit d'emblée de souligner que ce terme, généralement utilisé aujourd'hui pour qualifier les rapports entre deux personnes de même sexe, ne saurait être appliqué sans circonspection et sans préciser qu'il englobe une grande variété de relations qu'il s'agit toujours de redéfinir selon les différentes époques et civilisations.

Le Dieu Amon embrassant le roi Ramsès II, 1290-1224 av. J.-C.



Il n'est pas aisé de projeter l'amour entre personnes de même sexe dans le passé. Les sources, victimes des censeurs religieux et politiques à travers les âges, ne tombent pas sous la main. Deux approches historiques sont en concurrence : d'une part, la vision "constructionniste", qui si elle ne nie pas l'existence de personnes attirées par les membres de leur sexe dans le passé, postule que "l'homosexualité" étant un concept élaboré seulement à la fin du XIXe siècle, il était impossible de se construire une "identité homosexuelle" avant cette période. Ce n'est donc pas une même homosexualité qui traverse l'Histoire de manière inchangée : les mots pour la cerner, qui évoluent au gré des époques, racontent également l'histoire de l'homosexualité elle-même. Il s'agit de remettre cette pratique dans le contexte culturel de son époque, et non de projeter arbitrairement un concept moderne dans le passé. D'autre part, la vision "essentialiste", qui affirme également que les homosexuels ont toujours existé, mais qu'il leur était possible de se construire une identité autour de leur orientation sexuelle, malgré l'absence du vocable "homosexuel". Cette querelle doctrinale n'est pas d'une importance capitale. Les deux constructions théoriques se rejoignent somme toute sur l'essentiel : les hommes qui aiment les hommes et les femmes qui aiment les femmes ont toujours existé et continueront d'exister.
Homme et jeune garçon,
vers 420 av. J.-C.




Hadrien
(76-138 av. J.-C.)
Il faut préciser aussi que cette étude se penche exclusivement sur l'amour entre hommes, et passe la plupart du temps sous silence l'histoire de l'amour entre femmes, caractérisée elle par une carence plus grande encore au niveau des sources et par une trajectoire historique sensiblement différente.

Au terme "homosexualité", ce concept adopté par la médecine à la fin du XIXe siècle somme toute bien infortuné, a été préféré "amour entre hommes", dans l'espoir de recentrer le débat d'abord sur l'amour avant la sexualité, et de se démarquer des définitions juridiques et médicales qui, même si elles sont devenues incontournables, circonscrivent malheureusement le phénomène de manière prépondérante et biaisée.

Ce travail se propose de retracer l'histoire de l'amour entre hommes en Europe sous l'angle juridique, médical, social et culturel depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, avec en toile de fond le poids d'un double héritage : la culture gréco-romaine et la morale judéo-chrétienne. Si les paragraphes qui ouvrent l'étude se contentent de survoler les premiers siècles, un accent particulier est mis sur l'époque qui débute à la Révolution française pour finir à la montée du nazisme dans les années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale.

K. M. Kertbeny
(1824-1882),
inventeur du mot
"homosexualité"
Dans un premier chapitre, il est brièvement fait état des relations entre hommes dans les sociétés pré-chrétiennes, notamment dans la Grèce et la Rome antiques. La deuxième partie retrace la montée du christianisme et le début des persécutions pendant le Moyen-Âge. Puis, dans un troisième chapitre, nous examinons les périodes de la Renaissance et de la Réforme protestante pour arriver au Siècle des Lumières avec l'apparition de la morale bourgeoise. Quatrièmement, c'est le monde moderne du XIXe siècle qui est passé en revue, avec notamment un panorama de la répression pénale des relations sexuelles entre hommes et la narration des parcours de deux pionniers du mouvement de libération homophile moderne, Heinrich Hössli et Karl Heinrich Ulrichs, ainsi que le destin infortuné du Roi Louis II de Bavière, symbole à bien des égards des vues de l'époque sur l'amour entre hommes. Dans le chapitre V, il est exposé comment la médecine, et en particulier la science nouvelle de la psychiatrie, a apposé le label "d'homosexuel" sur les personnes ayant des rapports intimes avec des membres de leur sexe, et ce avec une double tendance : alors qu'en Allemagne, sous l'impulsion de Magnus Hirschfeld, se constitue le premier mouvement socio-politique de libération homosexuelle, en Autriche-Hongrie s'affirme la tendance à la catégorisation pathologique, notamment sous l'influence de Richard von Krafft-Ebing et de Sigmund Freud et sa cohorte de disciples. Il est ensuite fait état, dans le sixième chapitre, de plusieurs scandales de moe urs qui ont durablement marqué l'opinion publique au début du siècle passé, notamment le procès d'Oscar Wilde en Angleterre et l'affaire Eulenburg en Allemagne, avant de survoler, dans une septième partie, la production artistique et le parcours de certains artistes amoureux des garçons jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. Dans une huitième partie, sont évoqués les premiers succès de l'émancipation homosexuelle, notamment dans la République de Weimar des années 1920, avant que la montée du national-socialisme lui fasse subir un revers brutal, et que débute la persécution des hommes aimant les hommes. Le dernier chapitre de cette étude, qui, il faut le préciser, émane de la plume d'un non-historien qui ne saurait prétendre analyser l'Histoire avec le regard d'un académicien chevronné, analyse sommairement la période du retour du conservatisme de l'après-guerre jusqu'aux Gay Pride et à la reconnaissance légale de ce début de XXIe siècle.
Arthur Rimbaud
(1854-1891)





Dans les camps de concentration nazis, les détenus homosexuels portaient le triangle rose sur leurs uniformes de prisonniers
Dans les chapitres qui suivent sont exposées quelques voix du passé, connues et inconnues, qui ont à leur manière écrit un pan de l'histoire d'une certaine forme d'amour; retracés les parcours de quelques visionnaires, de fabuleux artistes, de médecins et de rois, d'une poignée d'opportunistes, d'un sac plein de malheureux et de coupables, d'une dizaine de vilipendés, de plusieurs innovateurs, et enfin de certains charlatans. Je laisse le soin au lecteur de juger quelle étiquette il apposera sur les noms cités lors cette traversée de siècles. Quelles que soient ces personnes, elles sont à la source de nos vues sur la question aujourd'hui encore.
Magnus Hirschfeld
(1868-1935)
psychiatre et sexologue, activiste gay allemand
NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 10 parties sur le blog Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.
par Stéphane Riethauser publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Lundi 8 janvier 2007

Extrait d’une interview de Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique du BurKina Faso pour lefaso.net

« S. : En Afrique du Sud, la situation des homosexuels a été légalisée. Peut-on mettre cela au compte de l’évolution ?
M.O. : Alors là, mes mots vont être durs. (rires !). J’ai appris douloureusement la légalisation de l’homosexualité dans ce pays. C’est la conséquence logique d’une longue colonisation qui a fait perdre à l’Afrique du Sud ses repères, ses valeurs Africaines. Il y a quelques années, on ne parlait jamais d’homosexualité en Afrique noire. Cette légalisation est même désapprouvée par les Noirs. Je peux dire que l’homosexualité rendue à grande échelle à ce niveau, est quelque chose d’inadmissible. Elle est même rentrée chez nous. Une journaliste (NDLR : notre consœur Ramata Soré de l’Evénement), a eu, je crois, un prix dans l’analyse de ce phénomène.
Je pense également à la force de la clandestinité. L’homosexualité entre comme un clandestin, j’allais dire comme le cancer qui ronge. Quand on s’aperçoit, c’est trop tard. Elle est en train de faire son chemin chez nous. Je me demande comme beaucoup d’autres, s’il n’y a pas lieu d’arrêter ce processus. Il faut que tous ceux qui croient encore en nos valeurs morales s’unissent pour qu’on arrive à réclamer au besoin une loi interdisant la légalisation de l’homosexualité au Burkina.
Il semble qu’il y a des homosexuels de naissance, il s’agit là d’un dérèglement physique et psychique, je le concède. C’est donc une maladie qui les déséquilibre, si on peut les soigner, il faut le faire. Autrement, je dis non. Voyez-vous, ça me fait penser à la Rome décadente (NDLR : Parlant de la Rome antique) avec cette orgie où les gens passaient le temps à manger quitte à aller vomir au vomitorium pour revenir se mettre de nouveau à table. L’homosexualité est au monde contemporain ce qu’a été l’orgie pour la Rome antique.
Par conséquent, je trouve qu’elle est regrettable. Elle est l’expression de la dépravation des mœurs. Or, nous savons qu’ici des lois répriment le vagabondage sexuel, la pédophilie. Il faudrait ranger l’homosexualité dans cette dynamique répressive.

S. : Pensez-vous qu’une loi seule suffirait pour enrayer l’homosexualité, vu l’expérience au Cameroun ?
M.O. : Je suis d’accord avec vous. C’est pourquoi, je dis que l’homosexualité est à l’image d’un cancer. Il faudrait envisager le phénomène sur le plan de la répression. Il faut arriver à déterminer si les homosexuels sont des malades, alors, il faut les soigner. Mais, s’ils ne sont pas malades, alors, je suis pour la répression. Par effet de mimétisme, on risque de faire comme d’autres pays au détriment de la perte de nos valeurs. »

par Daniel C. Hall publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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