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Jeudi 7 février 2008
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Fiche technique :

Avec Axel Philippon, Célia Pilastre, Roman Girelli, Antoine Mory, Magali Domec, Thierry Barèges, Nicolas Quilliard, Nicolas Villena, Jean-Marc Cozic, Rivka Braun, Gabriele Ferluga, Luisa De Martini, Marie Casterez, Gisèle Bosc, Paco Pérez, Nicolas Christin, Nicolas Villena, Jean-Paul Frankfower et Jean-Paul Nicolaï
. Réalisation : Alessandro Avellis. Scénario : Alessandro Avellis. Image : Nicolas Lefièvre. Son : Eric Buisset & Katherine Frégnac. Montage : Alessandro Avellis. Musique : Fabien Waksman, Pauline Fraisse & Fabrice Ploquin.
Durée : 74 mn. Disponible en VF.



Résumé :
Paris, début des années 1970. Après l’échec de son comité pédérastique dans la Sorbonne occupée de mai 68, Marc (Axel Philippon), un jeune étudiant en lettres, vit tant bien que mal sa condition d’homosexuel. Sa mère est décédée. Il vit avec son père (Nicolas Quilliard) qui est gardien de la paix. En même temps, Julie (Celia Pilastre), sa meilleure amie, s’implique de plus en plus dans la cause féministe. Tous deux cherchent à nouer le dialogue avec la classe ouvrière. Marc passe bientôt aux travaux pratiques en tombant amoureux d’André (Roman Girelli), un jeune ouvrier qui n’a guère de conscience de classe...

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L’avis de Bernard Alapetite :

Voilà un film dont on a bien des scrupules à dire du mal ; pourtant son visionnage est une épreuve pour la vue, tant la caméra semble constamment subir un roulis de tempête et poursuivre, sans jamais pouvoir le rattraper, l’acteur qui parle à l’écran. Comme de nombreux néophytes, Alessandro Avellis doit sans doute malheureusement penser que la frénésie peut masquer l’indigence technique.
L’idée de retracer, à travers une fiction, la naissance du mouvement revendicatif gay, très librement inspiré de l’histoire du FHAR, est une louable et généreuse idée, mais le tourner dans un deux pièces équivaut à filmer Guerre et paix dans une Isba ou la conquête des pôles dans un igloo ! N'ayant pas ou peu d'images d'archives sur la création du Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, Ma Saison Super 8 tente de combler ce vide en retraçant l'aventure politique audacieuse d’une poignée de jeunes homosexuels au début des années soixante dix. Le film couvre (très légèrement) la période allant de 1968 à 1972. Il mélange des faux documents d'époque, pour les scènes de reconstitution « historique », tournées en super 8, avec des épisodes de pure fiction qui, eux, sont filmés en DV.

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Ma Saison Super 8
appartient au cinéma fait dans sa cuisine. Le film est tout de même moins calamiteux, ne serait-ce que par le sujet qui enfin s’évade de l’étroite autofiction, que les productions par exemple de Rémi Lange. Mais je rappelle que ce type de cinéma a aussi donné un chef d’œuvre Pink Narcissus.
On frôle le ridicule dans les scènes de « foule », le réalisateur cadre toujours serré une dizaine de personnes au maximum, non pour un effet esthétique mais tout simplement parce qu’il n’a visiblement jamais plus que cette poignée de figurants à se mettre sous la caméra. Au cinéma, comme ailleurs, l’incurie ne peut pas toujours se cacher sous le prétexte du manque de moyens. Même avec un petit budget, la figuration n’est pas une question de liquidités, mais d’entregent de l’équipe préparant le tournage. Avec un peu d’audace, de relations, de gentillesse et d’enthousiasme elle doit parvenir sans trop de mal à rassembler une cinquantaine de pékins (raccord pour jouer les maos).

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Dans le cas présent, le réalisateur doit être un grand timide, détesté de sa famille... Ceci dit, Garrel dans Les Amants réguliers nous a filmé les émeutes du Quartier Latin avec une vingtaine de gus, ce n’était guère mieux, mais Garrel fils (et même petit-fils) y est plus convaincant qu’Axel Philippon... Comme on le voit, mai 68 n’a pas de chance avec la fiction cinématographique. Plus convaincant est Bernardo Bertolucci avec Les Innocents (encore avec Louis Garrel) mais les événements printaniers ne sont qu’une vague toile de fond (plutôt un drap en l’occurrence) pour les ébats de ce jeune et fougueux ménage à trois informel. L’histoire pourrait se passer lors de n’importe quelle période troublée, les guerres de religion comme la débâcle de l’an 40...
Le comédien principal, Axel Philippon, est mimi, bien qu’un peu tête à claques, mais son jeu n’est pas à la hauteur de sa plastique. Heureusement, les filles sont meilleures...

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Malgré l’amateurisme de la réalisation, le film parvient tout de même à bien restituer (pour beaucoup ce sera une découverte) une partie de la mentalité française du début de ces années soixante-dix avec l'intolérance de l'extrême gauche et de la population pour l’homosexualité. Je suis admiratif de la justesse avec laquelle il retranscrit les bavasseries éructantes, fumeuses, mais marxistes, de l’époque. Autre point fort du film, l’absence d’anachronismes, certes à part les protagonistes on ne voit guère autre chose dans le plan qu’un objet et un lambeau de papier peint. Mais l’objet est presque toujours crédible pour l’époque (j’ai tout de même tiqué sur un radioréveil qui me paraissait un peu trop moderne), mais surtout les vêtements sont parfaits. Un grand bravo pour l’habilleuse et l’accessoiriste (pour son prochain film, je conseille à Téchiné de les engager ce qui lui évitera peut-être les nombreux anachronismes qui plombent Les Roseaux sauvages et Les Témoins par exemple). Il aurait fallu néanmoins leur dire que, si l’orange était la couleur dominante ces années-là, tout n’était tout de même pas orange ! Si donc le film réussit le prodige de ne pas contenir d’anachronismes, en particulier pour les costumes et les coiffures, c’est qu’il a bénéficié des recherches de Gabriele Ferluga, jeune historien de l’homosexualité, qui a écrit une thèse sur l’affaire Braibanti, Il processo Braibanti (Zamorani, Turin, Italie), un livre sur le procès d’Aldo Braibanti, poète et écrivain italien condamné en 1968 pour son homosexualité. Ferluga s’est ensuite associé avec Alessandro Avellis pour réaliser La Révolution du désir, un documentaire sous-titré : « 1970 : la libération homosexuelle ». Je n’ai pas encore vu ce film mais les bonus du DVD de Ma Saison Super 8 offrent un aperçu qui donne envie d’en voir plus, surtout par la liberté de ton des témoins qui semblent échapper à l’habituel échantillonnage de ce genre de production. À propos des bonus, il y a aussi un making of. Je m’y suis précipité, espérant apprendre pourquoi un Italien trentenaire décide un beau matin de filmer dans son deux pièces la naissance, la vie puis la mort du FHAR vu par un de ses membres. Après avoir vu la chose, mensongèrement nommée, mais plutôt moins mal filmée que le film, je n’en sais toujours pas plus sur les motivations du réalisateur car durant dix minutes on ne voit que les acteurs pouffer. Les « poufferies » sont le cancer des bonus. Entre deux gloussements, on s’aperçoit que les moyens du tournage n’étaient pas si misérables que cela...

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Ma Saison Super 8
montre aussi, mais maladroitement, l'évolution de la mentalité d’une partie de la jeunesse française d’alors, qui passa du militantisme d'extrême gauche anti-bourgeois à la libération sexuelle. Malheureusement tous les personnages ne sont que des caricatures et manquent trop d’épaisseur pour que l’on s’y attache. Le récit aurait gagné en crédibilité si on avait pris soin par exemple de nous dire comment vit matériellement Marc. L’inscription sociale d’un personnage est primordiale pour que le spectateur entre en empathie avec lui, règle peu observée dans le cinéma et en particulier dans le cinéma français.

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Le film de fiction qui relaterait à la fois une histoire d’amour et les prémisses de la libération gay est encore à tourner. Il est toujours difficile de mêler l’Histoire à une histoire serait-elle gay, mais en littérature Jean-Louis Bory dans La Peau des zèbres (éditions Gallimard) y est brillamment parvenu, le moment historique n’étant pas les événements de 68, mais dix ans plus tôt, déjà au printemps, l’accession au pouvoir du Général de Gaulle...
Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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