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Un grand merci à Francis Moury, Olivier Nicklaus
et à
Yann Gonzalez

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NOS CRITIQUES DE FILMS : 1. Films de A à H : ici. 2. Films de I à P : ici. 3. Films de Q à Z : ici.
(Dernière mise à jour des index des films critiqués : 19/03/08)
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Jeudi 20 mars 2008
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Fiche technique :

Avec Maurice Cora Arama, Emilie Cordelier, Gérard Courant, Olivier Drouaut, Christophe Frèrejacques, Karine Frèrejacques, Marteen Hamstra, Jean-No, Maurice Julien, Françoise Lange, Jacques Lange, Rémi Lange, Thérèse Lange, Antoine Parlebas, Edmée Longhi, Guillemette Martin, Louis Maurice et Joseph Morder. Réalisation : Rémi Lange. Scénario Rémi Lange. Musique : Servanne Guittier.
Durée : 80 mn. Disponible en VF.




Résumé :
Un jour, Rémi, un jeune homme fatigué d'écrire et de réécrire un scénario, commence un journal filmé. Avec une vieille caméra Super-8, il enregistre ses parents, ses proches, un ami séropositif... Peut-être parce qu'il ne se passe rien d'extraordinaire, il décide d'annoncer successivement à chacun des membres de sa famille son secret, caméra au poing : l'existence d'Antoine, le garçon qui partage sa vie depuis déjà quelques années, le « squelette de son placard ». Mais attention, un squelette extrait de son placard peut en cacher un autre !

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L’avis d’
Olivier Nicklaus :
En filmant en Super 8 son journal intime, Rémi Lange constate qu'on ne fait pas d'Omelette sans casser d'œufs.

http://membres.lycos.fr/omeletteaubeurre/hpbimg/langeemergence.jpg

 

L'œil sensible notera un léger tremblement du cadre au moment où Rémi Lange filme sa mère à bout de bras. Un tremblement qui témoigne de la douleur qui revient en boomerang dans Omelette. Le jeune homme a entamé un journal intime en Super 8 à l'instar d'un de ses maîtres, Joseph Morder. Mais il trouve qu'« il ne se passe rien ». Il décide alors de provoquer les événements en intégrant au récit un vieux projet : révéler à chacun des membres de sa famille qu'il préfère les garçons, en prenant comme cheval de Troie la relation avec son ami Antoine.

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Le courage nécessaire à l'aveu se mêle donc à la lâcheté voire la cruauté de la présence de la caméra. Inconsciemment ou pas, il sait que l'enregistrement, donc un public éventuel, devrait engager ses interlocuteurs à bien réagir. C'est, croit-on, ce qui se passe lorsque sa mère, au lieu de s'effondrer en larmes, lui pose des questions apparemment pleines de bon sens : « Tu crois que ça va durer toute ta vie ? », « Tu n'aimerais pas avoir des enfants ? »... Et puis, elle finit par balancer qu'elle soupçonne le père de Rémi d'être lui-même homosexuel. C'est là que le tremblement de la caméra est particulièrement perceptible. Rémi Lange doit encaisser à son tour une révélation imprévue. Le pétard a enfanté une bombe. Et la déflagration enrichit la dramaturgie du film : tous vont se repasser la vérité, si douloureuse, comme un mistigri.

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Lange est donc pris au piège qu'il a lui-même tendu. Il avait voulu se servir de sa vie pour nourrir son art, comme par exemple Sophie Calle dans No sex last night. Mais la vie ne se laisse pas endiguer aussi facilement, elle met l'artiste à l'épreuve. Désormais, la seule façon de s'en sortir pour Rémi Lange, c'est le cinéma. Avec un risque majeur : tourner un reality-show à la TF1. Lange le contourne en transgressant les codes du journal filmé, en construisant Omelette comme un film narratif classique, vérifiant le mot de Jean Genet (en substance) : « Pour dire des choses si singulières, je ne pouvais utiliser qu'un langage connu par mes tortionnaires. » Le film contient même un vrai suspens. Le Super 8 à l'image sale conditionne aussi le fond puisque, en Super 8, chaque bobine ne dure que trois minutes, ce qui provoque concision et urgence. Le tournage s'apparente alors à un acte chirurgical, chronométré, où le bistouri est remplacé par la vérité. Là où l'art corporel de Gina Pane dans les années 70 ouvrait avec des lames de rasoir le corps aliéné par les tabous de la société, le dispositif de Rémi Lange ne libère pas de sang mais des flux de conscience. Certes, ce Jeu de la vérité est particulièrement dangereux, surtout devant une caméra (Chantal Goya s'en souvient). D'où le malaise qui gagne à la vision du film. Mais d'où aussi le prix de ce plaidoyer pour la vérité, pour sa proclamation malgré les tabous et les scléroses.

Pour plus d’informations :

par Olivier Nicklaus publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Jeudi 20 mars 2008


Fiche technique :

Avec Jean-Hugues Anglade, Vittorio Mezzogiorno, Roland Bertin, Lisa Kreuzer, Hammou Graia, Gérard Desarthe, Armin Mueller-Stahl, Claude Berri et Gérard Depardieu. Réalisé par Patrice Chéreau. Scénario de Patrice Chéreau et Hervé Guibert. Directeur de la photographie : Rénato Berta. Compositeur : Fiorenzo Carpi.
Durée : 109 mn. Disponible en VF.



Résumé :
Un père distant, une mère saoûlante par ses bavardages insipides et une soeur envahissante. À 18 ans, Henri les supporte mal. Et lorsqu'à la fin de juillet toute la famille part à la gare conduire sa soeur qui s'en va en vacances, il est comme d'habitude dans son monde, en décalage. Ainsi, pendant la longue attente qui précède le départ du train - sa mère trop prévoyante a calculé très large - erre-t-il dans cette gare, univers surprenant peuplé d'individus étranges. Suivi par un homme d'âge mûr au regard insistant - Bosmans -, Henri se retrouve par hasard dans les toilettes. Où un individu - c'est Jean - est en train d'en tabasser un autre. Violence brutale. Et irruption chez Henri d'une attirance instinctive et irrémédiable pour Jean qui l'embrasse avec passion. Le jeune homme est bouleversé. A partir de cet instant, il passe la plupart de ses nuits à rechercher Jean. En suivant Bosmans, qui, il le sait, connaît Jean, il finit par le retrouver au hasard de la gare.

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Jean l'emmène chez Elisabeth avec laquelle il vit. Du moins de temps en temps. Car Jean est un personnage insaisissable. Henri, poussé par Jean, essaie de se prostituer. Mais il n'arrive pas à franchir le pas. Et Jean a disparu; Henri reprend sa quête passionnelle. En étant plus exigeant à chaque fois qu'il retrouve Jean (chez Bosmans par exemple), plus désireux de partager quelque chose avec lui. Il se laisse ainsi entraîner dans un cambriolage dont Jean lui colle toute la responsabilité avant de s'évanouir une fois encore. Henri, alors, fait un ultime parcours de place en place, chez Bosmans, chez Elisabeth, chez ses parents. Sans succès. Solitude, perpétuelle solitude. Dans une boîte de nuit, il retrouve Jean abruti de drogue. Henri le sent enfin tout à lui, mais il n'est qu'un corps inerte. Alors, il décide que personne d'autre ne l'aura jamais plus...

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L’avis d’
Olivier Nicklaus :
Une passion homosexuelle filmée comme une descente aux enfers. Co-écrit par Hervé Guibert et Patrice Chéreau, un film noir, lyrique, théâtral.
Adolescent au milieu des années 80, on guettait fébrilement la diffusion de ce film à la télé. Et on le regardait en cachette, religieusement, comptant sur lui pour faire la lumière sur les zones troubles d'un désir qui n'osait encore s'avouer homosexuel. À sa sortie, quelques années plus tôt, L'Homme blessé avait en effet été médiatisé autour de l'image d'un violent baiser entre Jean-Hugues Anglade et Vittorio Mezzogiorno, et sur le folklore « à la Jean Genet » des amours souterraines : halls de gare, pissotières, boîtes interlopes... En le revoyant aujourd'hui, on constate que l'homosexualité n'est ici qu'un contexte, un climat, un décor. Chéreau filme d'abord la passion dans son universalité et dans tous les sens du terme, y compris christique. L'Homme blessé est surtout un récit d'initiation qui verra un adolescent entravé par le mal de vivre se libérer : au début du film, Anglade ouvre la fenêtre de l'appartement petit-bourgeois de ses parents dans lequel il étouffe, et dit « Il faut que je sorte » comme on dirait « Il faut que je m'en sorte. » C'est également un film sur la représentation du désir : la fellation que prodigue Mezzogiorno à Anglade pour le compte de Roland Bertin, le médecin en mal d'émotions fortes, est filmée de manière à ce que le spectateur comprenne qu'il s'agit d'une simulation. Chéreau vient du théâtre et n'a pas peur de réaliser un film théâtral. D'ailleurs, Jean-Hugues Anglade – la révélation du film – avait 27 ans lorsqu'il tourna ce rôle d'ado, mais la caméra de Chéreau sait filmer son visage catatonique et son corps blême de façon à ce qu'il incarne définitivement le mal de vivre de l'adolescence.


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L'avis de Neil :
Même si c'est déjà la troisième réalisation de Patrice Chéreau, lui-même considère L'homme blessé comme sa vraie naissance au cinéma. Il faut dire qu'il s'est beaucoup investi dans le projet, commençant l'écriture du scénario dès 1977 avec l'écrivain Hervé Guibert. Il reconnaît d'ailleurs se retrouver beaucoup dans cet adolescent qui se cherche « même si je n'ai pas vécu la moitié de ce qui arrive au personnage » (dixit Chéreau).
Et heureusement pour lui en même temps. Le parcours d'Henri est pas franchement drôle faut dire. Fuyant comme la peste une ambiance familiale complètement sclérosée, ce jeune homme plein de fougue a besoin de quelque chose : oui mais quoi ? Partir en vacances, bof. C'est ainsi qu'il va être irrésistiblement attiré par la faune un peu bizarroïde qui traîne dans la gare du Nord et on commence alors une plongée dans les bas-fonds de cette gare. Si le film prend aux tripes, c'est par sa violence radicale et son refus de toute concession : glauque à souhait, il décrit sans pathos mais non sans passion (c'est du Chéreau quand même) la relation d'attirance et de répulsion mutuelle qui unit Henri et Jean, sorte d'initiateur mi ange mi démon aux fréquentations interlopes.

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Une des qualités du film est de ne pas insister lourdement, même si c'est un des sujets essantiels du film, sur le caractère homosexuel de la relation entre ces deux là : ce qui intéresse avant tout Patrice Chéreau est le trouble que ressent le personnage principal et sa fureur de vie toute juvénile. C'est à Jean-Hugues Anglade que revient le lourd rôle d'incarner ce quasi double cinématographique du réalisateur. Il est saisissant de naturel, réussissant à montrer très justement les faiblesses et le désarroi du personnage. Pour un premier grand rôle c'est épatant, d'autant que vu son âge à l'époque (28 ans) il n'était pas forcément évident qu'il soit convaincant dans la peau d'un adolescent. À noter les seconds rôles très justes de Roland Bertin et du couple Annick Alane/Armin Müller-Stahl en parents dépassés par les événements. Vivement critiqué lors de sa projection à Cannes, L'homme blessé est certes sulfureux mais ne se réduit pas à ce qualificatif trop simpliste : Chéreau y pose déjà les jalons de sa filmographie future, faite de passion et de larmes, de bruit et de fureur.

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L'avis de Jean Yves :
Ce film raconte l'histoire d'une passion adolescente : Henri (Jean-Hugues Anglade), adolescent, s'ennuie. Lors d'un passage à la gare, il rencontre Jean (Vittorio Mezzogiorno) un homosexuel qui le pousse à commettre un acte de violence sur un homme plus âgé. Immédiatement, Henri éprouve une immense passion pour Jean et décide de le suivre dans son univers interlope. La passion naïve d'Henri vient butter contre le cynisme de Jean.
Film initiatique sur un jeune homme de 18 ans qui découvre un monde trouble et sans pitié, en même temps que son homosexualité. Pour la première fois dans l’hexagone (1983), une histoire homosexuelle est représentée explicitement, sans fard. Et quelle histoire ? Quelle homosexualité ? Celle de l’errance et de la dérive, celle des étreintes fugaces au détour d’un urinoir, des regards appuyés dans les halls de gare, celle que l’on trouve, en littérature, dans les romans de Jean Genet.

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L'homme blessé provoqua quelques émois à Cannes. Le scénario (récompensé par un César en 1984) est le fruit d'une collaboration étendue sur six années avec Hervé Guibert. Patrice Chéreau y a projeté, dit-il, le sentiment d'une homosexualité non réalisée qui lui est très proche.
Dans ce film, si l’acte homosexuel est figuré [deux hommes se désirent en un regard, se dévorent, s’étreignent... nus, ils se contemplent avec fascination, avec attirance] le cadre cinématographique, tributaire du contexte social de l'époque, ne permet quand même pas encore la représentation de la jouissance, et encore moins celle du bonheur. L'interprétation de Jean Hugues Anglade est exceptionnelle, de même que celle du formidable Vittorio Mezzogiorno, grave à souhait. Patrice Chéreau plonge sans pathos les spectateurs dans cette relation tumultueuse crue mais non vulgaire. Un film qui prend au ventre et au cœur, à voir ou à revoir : fort et puissant !

Pour plus d’informations :

par Olivier Nicklaus, Neil & Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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