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Samedi 31 mars 2007
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Vendredi 30 mars 2007

 

Matthew venait de quitter le motel, de me quitter, me laissant seul et désemparé. J’allumai le téléviseur. Le bulletin d’informations du soir m’apprit que j’étais recherché par toutes les polices des États-Unis. En zappant, je vis les plus grandes chaînes diffuser les images de ma cavale à Los Angeles. Tandis que CNN était très factuelle, Fox News me présentait comme un probable terroriste d’Al-Kaïda et titrait « Le nouveau visage de l’axe du mal ». Ce qui était pour le moins ironique.

Je devais quitter le pays, coûte que coûte. Il m’était impossible d’appeler Martin dont la ligne devait être sur écoute. Avant de partir, Matthew m’avait fait don du masque en latex dont il s’était servi pour se déguiser en routier. Je le mis, car c’était le seul moyen dont je disposais pour circuler en ayant figure humaine. Le nez avait l’air écrasé et l’ensemble me donnait la gueule de Danny DeVito qu’un boxeur aurait passé à tabac. J’étais laid, mais faute de mieux, c’est sous cet aspect que je pris la poudre d’escampette, direction Las Vegas !

Reckless gambler jusqu’au bout, je décidai de prendre une chambre au Bellagio et de séduire Dame Fortune au casino. À ma grande surprise, en me voyant arriver dans le hall, le personnel me déroula le tapis rouge. Cela annonçait-il une chance insolente au tapis vert ? Suspicieux, je me tenais sur mes gardes. Je n’eus rien à demander : un groom à croquer m’invita à le suivre. L’ascenseur nous conduisit à l’avant-dernier étage de l’hôtel. Avec une clé électronique, le garçon ouvrit une porte et soudain, avec componction et force courbettes, me dit :
— Je suis vraiment navré, don Rafaelo, mais nous n’étions pas prévenus de votre arrivée inopinée, c’est pourquoi les extras ne sont pas prêts. Voulez-vous que je vous les apporte tout de suite ?
Le groom tremblotait. M’efforçant de ne pas paraître stupide et interdit devant ce discours inattendu, je grommelai un borborygme suivi d’un toussotement que le jeune garçon trop obséquieux prit pour un oui. Il s’éclipsa, tandis que je pénétrai dans mes appartements. Un hall d’entrée, de la taille d’une chambre d’hôtel normale, ouvrait sur une suite apparemment dix fois plus grande dont l’immensité et le luxe me donnèrent le vertige. Au bout de dix minutes environ, le garçon revint, essoufflé et le visage cramoisi de celui que la honte consume en public. Il me sembla au bord de l’apoplexie.
— Pardonnez-moi d’avoir mis si longtemps à revenir, don Rafaelo.
Je haussai mes faux sourcils. Le boy m’apportait donc les « extras ». Joliment disposés sur une desserte en argent massif, j’admirai un plateau de caviar accompagné de blinis, un jéroboam de Bollinger cuvée spéciale, et une boîte de Cohiba. Je remis au groom un billet de cent dollars pour le faire déguerpir. Pour qui ce garçon me prenait-il ? Je ne pouvais le lui demander, aussi me mis-je à procéder à une fouille minutieuse des lieux, en quête du moindre indice pouvant m’éclairer.

Cent grammes de Beluga royal de la Caspienne et un litre de champagne plus tard, je n’avais toujours rien trouvé lorsqu’on frappa à la porte. Enhardi par les bulles, j’allai ouvrir vêtu d’un simple peignoir de bain.
— Raf ! Mais bon Dieu, qu’est-ce que tu fous ici ? T’as perdu la tête ?
Sur le moment, j’ai failli répondre au bonhomme qui venait d’entrer en trombe que j’avais perdu autre chose, mais je me retins. Feignant l’amnésie alcoolique, je décidai de tenter le tout pour le tout. Quitte ou double. Pile ou face !
— Hey mec, de quoi tu me parles ? hic ! Je ne sais même plus qui je suis… hic !
— Quoi ? Tas une voix bizarre, Raf ? T’es malade ?
— Un peu… hic ! J’ai des trous de mémoire…

Ce ne fut pas un jeu d’enfant d’embobiner ce type, mais enfin il m’apprit que j’étais Don Rafaelo Veronese, puissant caïd de la pègre, qui louait une suite à l’année au Bellagio. Lui aussi était surveillé par le FBI ! L’envie me vint de coller mon poing sur la gueule de l’agent Sharp s’il avait eu le malheur de se trouver là. Mais où donc Matthew avait-il la tête en se faisant faire ce masque ? Cependant, cela pouvait me servir et il me vint une idée. Après avoir repris mes esprits, j’ordonnai à Benito « La Crampe », le second de Don Rafaelo, de trouver le moyen de m’exfiltrer au plus tôt des États-Unis.
— Apporte-moi l’un de mes faux passeports et une mallette avec un million en coupures diverses. Trouve un jet pour aller à Nassau, et passe au drugstore me prendre des pastilles pour que je retrouve ma voix !

La Crampe s’exécuta en un temps record, me laissant néanmoins le loisir de finir le champagne et le caviar, et de vomir ces mets dispendieux après avoir fumé un cigare. Au petit matin, j’embarquai dans un Falcon 2000 avec un million de dollars, un pistolet automatique et un passeport au nom de Stefano Brazzi, homme d’affaires, direction… les Bahamas !


Pour lire le précédent épisode de Zanzi and the City, cliquez ici.

 
 
par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Jeudi 29 mars 2007

« Il faut que les homosexuels qui liront ce livre [Jean-Paul de Marcel Guersant] sachent qu'une issue “par le haut” leur est ouverte. » Abbé ORAISON, Arts-Spectacles, 27 mai 1953.

par Daniel C. Hall publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Jeudi 29 mars 2007
par Daniel C. Hall publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 28 mars 2007

Annonce reprise du blog de gfthanos :

Voilà comment naissent les projets les plus glorieux et les plus ambitieux. Voilà comment l’autre jour Ikare s’est prêté à l’exercice difficile du playback et que dans un débat acharné et improbable est née l’idée suivante : pourquoi ne pas produire la Nouvelle Loose dans la pédéblogosphère ? Force est de constater l’impact grandissant des créations de chocs et le lectorat a, on le sait, une imagination débordante !

C’est pourquoi moi-même (gfthanos), Zep et Ikare proposons dès ce soir et comme le sublime clip réalisé par Zep l’indique un concours vraiment inédit ! N’hésitez pas à relayer l’information, il faut vraiment oser se lancer ! C’est l’occasion de pouvoir enfin montrer quel looser vous êtes, et en retirer la gloire méritée !

Vous avez jusqu’au 12 avril 2007 à minuit pour proposer une vidéo : Le concours est ouvert à toute la blogosphère et autres ayant le moyen de diffuser une vidéo les mettant en scène dans un playback. Publiez sur votre blog/site votre vidéo et pensez à confirmer votre candidature pour que nous la référions en envoyant un mail à notre ami Zep (zepweb[arobase]free.fr). À partir du 12 Avril, vous pourrez, Ô membre de cette communauté étendue, voter pour l’illustre looser de la Nouvelle Loose 2007 !

par Daniel C. Hall publié dans : LES NEWS ROSES
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Mercredi 28 mars 2007

« L'homosexualité, bien qu'elle soit réprouvée par la Doctrine comme ne servant pas la procréation, mérite aux yeux du Saint-Père l'assistance que les évêques doivent porter à ceux qui sont confrontés à des choix oraux difficiles. » Une bêtise hilarante extraite du Panorama du médecin, septembre 1983

par Jean Yves publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mardi 27 mars 2007

Fiche technique :
Avec Mark Lee, Arthur Dignam, Paul Goddard, Tom Kennedy, Paul Davies, Alen Carey, Heather Mitch, Alexander Brown et Dennis Miller. Réalisation : Michael Thornhill. Scénario : Frank Moorhouse, d'après son recueil de nouvelles The Everlasting Secret Family and Other Secrets. Chef Opérateur : Julian Penney.
Musique : Tony Bremmer. Montage : Pamela Barnetta.
Durée : 93 mn. Disponible en VO et VOST.

Résumé :

Un important sénateur d’âge mûr (Arthur Dignam) se rend dans une école privée de garçons pour y choisir son nouvel amant. Au sein d’un groupe de beaux jeunes gens, il désigne un blondinet (Mark Lee). On arrange alors plusieurs rencontres entre eux. Le garçon accepte les avances du politicien, et bientôt il est introduit dans un groupe composé de notables homosexuels et de leurs jeunes amants. Notre héros est ensuite intronisé dans cette confrérie, « la famille », lors d’un rituel vaguement maçonnique. Il apprécie bien vite le pouvoir et le prestige auxquels il a droit en tant que garçon-objet du sénateur.

Pour parfaire sa carrière, le sénateur doit se marier. Il choisit une jeune femme de la meilleure société, brushing et coupé Mercedes. Et voici notre garçon-objet jaloux et inquiet pour son confort. Un jour le chauffeur du sénateur, Eric (Dennis Miller), apprend au garçon que lui aussi a été un des amoureux du politicien mais le temps ayant fait ses ravages, il n’est maintenant plus que son chauffeur. Plus tard, le jeune homme devient l’amant d’un juge distingué (John Meillon) avec lequel il entretient des rapports sadomasochistes dans lesquels il est le dominant. Le jeune homme, terrifié de voir que son statut privilégié s’érode, exige que le juge lui fournisse le nom d'un médecin qui connaîtrait le secret de l’éternelle jeunesse... Pour améliorer son image, le sénateur a un enfant. Il amène son amant au domicile conjugal pour s’occuper de son fils.

Seize ans ont passé. Le fils du sénateur, influencé par son mentor, devient homosexuel et est aussi initié à la « famille ». Le sénateur et son fils dépendent alors de l'amour du jeune homme qui est devenu, au fil du temps, le point central de leur vie.


L’avis de Bernard Alapetite (
Eklipse) :
Ce film pourrait être inquiétant à plus d’un titre, d’abord parce qu’il traite de l’abus sexuel perpétré par des nantis et notables sur une jeunesse naïve mais surtout par ce qu’il présente une sorte de théorie du complot avec comme d’habitude une secte secrète, cette fois de dépravés sexuels qui mènent le monde uniquement pour assouvir leurs fantasmes libidineux. Heureusement, on ne croit pas une seconde à cette fable abracadabrantesque issue de la plume d’un gros frustré. Cela dit, on comprend qu’un tel film puisse se faire sur le terreau de l'hypocrisie sexuelle de la société australienne des années 60 et 70, qui est par ailleurs assez justement dépeint.
The Everlasting Secret Family mélange une étude psychologique et de milieu presque naturaliste avec un scénario complètement barré, avec ce médecin qui peut donner la jeunesse éternelle à un Dorian Gray version éphèbophile. L’étrangeté du film est renforcée par son environnement bucolique, la ville de Camberra et ses alentours, la capitale nationale de l'Australie, ville uniquement administrative et assez artificielle, située au milieu de nulle part. Ensuite l’intrigue se transporte à Sydney, qui est vécue par le garçon curieusement comme un lieu claustrophobique dont on ne verra que le port de plaisance, vu de la fenêtre de l’appartement, à la reconstitution soignée, très design chic année 70, dans lequel le sénateur a installé son amant sous la garde de son chauffeur... Autre bizarrerie : on ne connaîtra jamais ni le nom du garçon ni celui du sénateur.
Si on laisse de côté le fatras ésotérico-fantastique, le rite crypto maçonnique pour être coopté dans « la famille » étant d’un ridicule achevé et devant déclencher une franche rigolade, on découvre un film sensible qui nous raconte la difficulté d’un homme politique à vivre son amour homosexuel, les accommodements qu’il doit faire pour parvenir à maintenir son rang, comme épouser une femme qu’il n’aime pas et avoir un enfant qui l’indiffère. On peut noter avec quelle habileté il se sert de ce dernier pour amener au domicile conjugal son amant. Ce sénateur, qui a des faux airs du « bon » docteur Goebbels, n’est pas le prédateur cynique qu’on pourrait croire à la lecture du pitch du scénario. Il aime sincèrement le garçon mais il ne veut pas lui sacrifier son statut social. Il ne laisse pas tomber non plus son ex, recyclé en factotum. On perçoit que sa femme n’est pas dupe et préfère ces arrangements plutôt que de perdre elle aussi le rang dans la société auquel son mariage lui a permis d’accéder. Elle ne veut pas plus perdre l’amour de son fils qu’elle accepte de partager avec l’ancien amant de son mari... Mais ce film sans l’habillage du scandale et du bizarre était sans doute plus difficile à réaliser mais c’est celui-là qui intéresse le cinéaste.

Le chef opérateur réussit un beau travail de mise en images, mention spéciale pour la scène d’ouverture avec tout le collège s’ébattant en petite tenue blanche sur un stade au gazon tout britannique, bien aidé par un décorateur soucieux du moindre détail. On peut regretter le puritanisme du filmage. Pourtant le film commençait bien avec le bouchonnage du garçon nu par le sénateur, malheureusement cette scène croquignolesque restera veuve même si l’on a plusieurs fois l’occasion d’admirer Mark Lee, qui a été la co-star avec Mel Gibson de l’excellent Gallipoli de Peter Weir, en culotte fort seyante. En dehors de son physique accorte, tout de même pas assez juvénile pour le rôle, il joue très bien comme le reste de la distribution : des habitués des plateaux de la télévision australienne. On reconnaît dans le juge adepte de la fessée John Meillon, un des rôles principaux des Crocodile Dundee. Dans ce panorama non exhaustif, je m’en voudrais d’oublier la musique de Bremner, façon chœur liturgique, interprétée par de mâles voix, qui intervient régulièrement à des moments où elle est complètement décalée !

Il faut aller au-delà de la surface de cette bizarrerie australienne – avec sa société secrète d’homosexuels très organisée : « la famille », qui ressemble à la fois à un fantasme de pédéraste et à une phobie de policier homophobe – pour découvrir une histoire humaine dont les antipodes n’ont pas le privilège.

Pour plus d’informations :
par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 26 mars 2007

Interrogé sur le mariage des couples de même sexe, Monsieur Raymond Occolier se veut « clair et net : je suis un élu chrétien et par définition je suis contre ». Sur l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe, ce professeur de collège se fait plus didactique : « Les gens qui veulent adopter, c’est pas compliqué, pourquoi ils ne font pas d’enfants ? Moi, j’ai trois filles, trois garçons ! Ils n’ont qu’à faire comme moi, ils n’ont qu’à faire des enfants ! C’est la loi de la nature, je crois. D’ailleurs, si vous regardez bien, scientifiquement, sans entrer dans les convictions religieuses, regardez bien la nature. Voyez, un corps d’homme est fait pour recevoir un corps de femme (sic), et c’est comme ça qu’on fait des enfants. Sauf s’il y a une autre solution ! Tout le monde deviendra pédé et plus personne ne fera d’enfants. Mais comment la population martiniquaise va se reproduire ? Moi j’ai un problème là ! » Raymond Occolier, délégué national du PS à l’éducation et à la mémoire, conseiller régional de Martinique et maire du Vauclin (Martinique), mars 2007.

par Daniel C. Hall publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Vendredi 23 mars 2007


Tous les épisodes de Zanzi and the City :
cliquez ici...

Un cadeau de Daniel C. Hall à Zanzi...
par Daniel C. Hall publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Jeudi 22 mars 2007

Critique de Bernard Alapetite


Dans le numéro de mars 2007 de Positif, Matthieu Darras s’indignait à juste titre du pillage sur Internet des revues de cinéma par certains sites. Il stigmatise en particulier « Allociné », ce qui ne dédouane pas nombre de blogs (Les Toiles Roses et ses contributeurs étant une des rares et glorieuses exceptions). Bien des signatures de cette excellente revue sont issues de l’université et à la lecture de L’Homosexualité dans le cinéma français, pondu par un universitaire, Alain Brassart, chargé de cours à l’université de Lille III, je constate que la pratique du copier/coller est entrée dans les mœurs universitaires.

Il n’est rien de dire qu’un livre sur le sujet était attendu par la population cinéphile (surtout quand celle-ci tapiolise), le dernier ouvrage et le seul, en langue française, traitant de l’homosexualité au cinéma étant L’Homosexualité à l’écran de Bertrand Philibert (ed. Henri Veyrier, épuisé) datant de 1984. La déception est à la mesure de l’attente.

Déjà l’intitulé de l’ouvrage m’avait mis en garde. Je ne voyais pas la pertinence d’aborder ce thème en ne considérant que la seule cinématographie française… sauf si l’on démontre dans un préambule qu’il y a une particularité dans le traitement du sujet dans ce cinéma. Ce qui n’est pas fait dans cet essai, tout simplement parce que ce n’est pas le cas. La représentation des gays dans le cinéma en France, comme ailleurs, est presque toujours le reflet de leur position dans la société au moment où est tourné le film qui les met en scène. Une telle exclusive est donc destinée à réduire le champ de l’étude. Certes qui trop embrasse mal étreint, mais une telle posture exclut toutes comparaisons avec la représentation des gays à l’écran à la même période dans d’autres pays. Si je persiste à dire que la critique ne se borne pas à la comparaison, comme on le voit trop souvent, s’en priver ramène celle-ci à la seule analyse. Est-ce pour cette raison que dans le cas présent, quand elle existe – rarement, elle est particulièrement « capilotractée » ! Quand ensuite, on écarte les œuvres télévisuelles, les courts-métrages et surtout le cinéma expérimental (premier cinéma à avoir fait une place à l’homosexualité, même si le cinéma français n’a pas eu son Kenneth Anger), force est de constater qu’il ne reste plus grand chose. À la lecture de l’ouvrage, on comprend vite que tant de restrictions n’ont qu’une seule raison d’être : la méconnaissance de la plus grande partie des films dont, même en restant dans le domaine français, l’auteur devrait traiter. Il est bon de rappeler cette évidence : pour écrire sur le cinéma, il est indispensable de voir beaucoup de films...

Le cinéma d’avant 197O est expédié en quelques pages qui ne sont visiblement que le recyclage poussif d’un cours médiocre sur Marcel Carné. Dans ce chapitre, j’ai tout de même appris au passage que Grémillon était bisexuel mais pour tout dire, je ne vois pas que cette information puisse modifier mon regard sur un chef-d’œuvre comme Remorques... Il est surprenant pour cette époque de ne rien trouver sur des acteurs comme Jean Tissier ou Jean Parédès, qui jouèrent de façon récurrente des homosexuels tout au long de leur carrière et il est surtout dommage de lire une bourde comme l’homophobie de Robert Brasillach. Si l’on peut reprocher bien des choses à l’écrivain, que son engagement pro-nazi mena devant un peloton d’exécution en 1945, il est ridicule de traiter d’homophobe cet homosexuel dont le penchant transparaît en filigrane de toute son œuvre (mais faut-il encore l’avoir lue !). L’amalgame avec Laubreaux, qui lui était bien homophobe et qui servit de modèle à Truffaut pour son Daxiat du Dernier métro, est absurde. Bien peu de choses également sur « le cinéma d’hommes » d’un Jean-Pierre Melville dont l’homosexualité me parait beaucoup plus prégnante dans l’œuvre que dans celle de Grémillon.

Mais la lacune la plus criante est l’escamotage de tout le cinéma gay des années 70, pas un mot sur Philippe Vallois, sur Gérard Blain, sur Lionel Soukaz… à la place, nous avons droit à une étude comparative assez oiseuse de la charge homosexuelle latente de Delon et de Belmondo. Heureusement que probablement ces pages n’arriveront pas sous les yeux de ce dernier car la lecture pourrait lui provoquer une attaque fatale. Cette ébouriffante analyse des carrières croisées de Belmondo et Delon, vu du coté gay plus qu’aux habituels ouvrages de cinéphiles, m’évoque le Roger Peyrefitte des années 60 qui voyait dans chaque homme, un tant soi peu connu, un homosexuel dissimulé.

Quant au cinéma gay contemporain, nous avons droit à un autre recyclage de cours, cette fois sur Téchiné, qui n’apprendra rien au cinéphile moyen et à quelques considérations guère plus pertinentes sur Ducastel et Martineau, affublés du concept d’homosexualité tranquille… Toutefois les pages sur Drôle de Félix et Crustacés et coquillages sont assez intéressantes et de loin les meilleures du volume.

Ce système de réutilisation des restes laisse de côté les films uniques dans une filmographie, pas de trace du Ciel de Paris de Bena, des Amoureux de Corsini ou de La Confusion des genres d’Ilan Duran Cohen... On n’en finirait pas d’énumérer les manques.

Comble pour ce qui se présente comme un essai, on n’y trouvera ni thèse ni jugement de valeur, mise à part une détestation d’Ozon dont la particularité serait « la froideur stérile » : avis qui aurait pour le moins demandé un développement que l’on ne trouvera pas. En revanche, on y découvre plusieurs pages aussi peu pertinentes qu’elles sont mal écrites sur la misogynie d’après Brassart des cinéastes gays. Ozon s’y retrouve en première ligne en compagnie de Chéreau et de Lifshitz, considéré brièvement que sous cet angle. C’est la seule thèse que j’ai découvert dans ce livre et elle me parait totalement erronée…

Après ce triste fond, voyons la forme. Et là, on n’est pas loin de crier au scandale. Le livre se résume, pour les films cités, à une revue de presse des articles parus lors de leur sortie en salle. Peut-être est-il nécessaire de rappeler à monsieur le professeur que l’on n’écrit pas avec de la colle et des ciseaux... Ceci dit, on comprend mieux l’utilisation de ces instruments lorsqu’on lit les rares phrases qui ne sont pas des emprunts. Je ne résiste pas au plaisir de vous donner un exemple : « Cette mutation du monde prostitutionnel est révélatrice de l’évolution des goûts de la clientèle : les manques ressentis par certains hommes n’ayant pas assimilé l’évolution des rapports sociaux de sexe vont entraîner une attitude défensive à l’égard des femmes et une réévaluation des fantasmes masculin. »

S’il y a quelque chose à sauver dans ce livre, c’est le regard novateur que l’auteur porte sur la place de l’homosexuel dans le cinéma populaire. Paradoxalement, Brassart semble plus à l’aise avec ce type de films qu’avec le cinéma d’auteur pour lequel il parait avoir une acrimonie rance et un peu honteuse.

Assez surprenant pour un universitaire, l’ouvrage est émaillé d’erreurs, comme ces « cuirs » : homonyme pour éponyme, comique pour comics (le comique américain Flash Gordon ! Sacré clown va !)… Et des erreurs de détail sur la vie courante : Minute n’a jamais été un quotidien mais un hebdomadaire, Jean-Luc Roméro n’a jamais été député (il le voudrait bien, le pauvre), ou beaucoup plus gênant : la constante confusion entre malade du sida et séropositif. Sans parler d’incongruités comme de traiter pour un film tourné en 1998, Antoine de Caunes… de jeune garçon.

Cet essai brille surtout par la méconnaissance de son auteur du sujet qu’il est sensé traiter. Il est patent que même pour les cinéastes cités, Brassart n’a pas vu l’intégralité de leur filmographie. Il ne semble connaître de Lifshitz que Presque rien et n’avoir pas vu de Ducastel et Martineau Ma vraie vie à Rouen, tout comme il ignore Le Temps qui reste d’Ozon.

À ces manques et erreurs, on peut ajouter une aberration de construction qui relègue le chapitre le plus valable, celui sur l’amitié virile, en fin de volume. Il faut aussi signaler la malhonnêteté de faire figurer dans l’annexe filmographie, des films qui ne sont même pas mentionnés comme Les Amis de Gérard Blain, par exemple. Mais encore plus fort, choisir comme couverture l’affiche de L’Homme de sa vie alors qu’il n’en est pas question une seule fois dans l’ouvrage !

Vous avez compris que je vous conseille d’économiser les 23 € que coûte ce bouquin et de continuer à lire Les Toiles Roses, tout en espérant que bientôt paraisse en français un livre digne de ce nom sur le cinéma gay.

par Bernard Alapetite publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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