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Mardi 25 mars 2008

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Fiche technique :
Avec Inés Efron, Martín Piroyansky, Ricardo Darin, Valeria Bertuccelli, Carolina Pelleritti, Germán Palacios, Guillermo Angelelli, César Troncoso, Jean-Pierre Reguerraz, Ailín Salas, Luciano Nóbile et Lucas Escariz. Réalisation : Lucia Puenzo. Scénario : Lucia Puenzo, d'après l'œuvre de Sergio Bizzio. Directeur de la photographie : Natasha Braier. Musique : Andrés Goldstein & Daniel Tarrab. Montage : Alex Zito & Hugo Primero.
Durée : 91 mn. Actuellement en salles en VO et VOST.

Résumé :
Un couple d’Argentins et leur fille ont quitté Bueno Aires pour aller vivre dans un petit village de la côte uruguayenne où le père biologiste étudie les tortues marines locales. Ils vivent dans une maison de bois perdue dans les dunes. On comprend assez vite que cette fuite était surtout pour protéger leur fille. On comprend moins vite que leur fille Alex, âgée de quinze ans, est en fait un hermaphrodite. XXY commence avec l'arrivée d’un couple d’amis de la mère qui leur rend visite. Leur fils de seize ans, Alvaro, les accompagne. On comprend, pas vite du tout, que si le père d’Alvaro a accepté l’invitation, c’est qu’il est spécialiste en chirurgie esthétique (et néanmoins un sale con) et s’intéresse médicalement au cas d’Alex. Les deux adolescents tombent amoureux l’un de l’autre...

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L’avis de
Bernard Alapetite :
Le premier atout du film est son sujet : l’hermaphrodisme, quasiment jamais traité au cinéma, je ne me souviens guère que du Mystère Alexina de René Feret ou du Satyricon de Fellini abordant la question. Ou bien encore du court-métrage documentaire L'Hypothèse hermaphrodite d’Alain Burosse qui brossait, en 1997, un tableau de l'hermaphrodisme à travers les arts et la science. Il y a aussi Mika, l'un des personnages de Fudoh de Takashi Miike en 2001 qui était atteint par cette particularité génitale et ce doit être à peu près tout... En littérature, il y a bien sûr Middlesex, de Jeffrey Eugenides, le roman de référence sur le sujet.
Petit rappel cuistre de mythologie grecque, Hermaphrodite est l'enfant d'Hermès et d'Aphrodite, il est doublement sexué et a hérité de ses parents leur beauté. Après son union avec la nymphe Salmacis, Hermaphrodite et son épouse ne forment plus qu'un seul être à la fois mâle et femelle.
Précisions médicales encore plus cuistre : le titre ne peut correspondre à l'histoire car les personnes XXY sont de phénotype masculin.

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Plus précisément, XXY se penche sur les troubles que cette particularité engendre chez le sujet, son entourage et plus généralement dans une société dans laquelle la différenciation des sexes est une règle fondamentale même si elle est rarement explicitée. Les questions que se pose Alex sont essentielles pour son devenir : doit-il choisir un sexe ? Et lequel ? Aime-t-il (elle) les filles et/ou les garçons ? Peut-elle assumer cette bisexualité génétique ? Son corps peut-il devenir un objet de désir et non de voyeurisme malsain ?.. Surtout peut-il (elle) supporter le regard des autres ? Le film, même s’il n’est pas toujours complètement maîtrisé, au-delà de ce cas particulier, pose le problème plus général du regard de la société sur l’inhabituel qu’elle nomme « monstre » pour mieux le tenir à distance.
Avec tact, Lucia Puenzo, pour son premier film, montre la souffrance que cette particularité provoque chez une jeune fille exposée aux ragots crapoteux et libidineux, à la brutalité d'une médecine qui ne parle que de traitements aux corticoïdes et de chirurgie « réparatrice ». Elle met en évidence la culpabilité qui ronge les parents.

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Les deux jeunes acteurs sont formidables, même si au début on ne comprend pas bien quel peut être le problème d’Alex qui est remarquablement interprétée par Inés Efron, une comédienne argentine de 24 ans, tant son côté masculin est loin d’être évident. Une des bonnes idées du film est de n’avoir pas fait des deux jeunes protagonistes des êtres immédiatement aimables. Alex est une sauvage, violente et solitaire avec pour seul compagnon un petit iguane vert. Persuadée d’être un monstre, Alex va dans ce sens, donnant des coups, cassant le nez de son meilleur ami, provoquant ses camarades. L’actrice utilise beaucoup son regard d’animal blessé pour faire passer sa différence... Quant à Alvaro, c’est un grand dadais qui, au deuxième regard, ne manque pas de sensualité...
Le reste de la distribution est également remarquable. Une mention spéciale pour Ricardo Darin qui incarne le père d'Alex. Cet acteur argentin est familier du public français pour avoir été l'un des héros des deux derniers films du regretté Fabián Bielinsky, Les Neuf Reines (2000) et El Aura (2005).
Si le film est pudique, il n’esquive pas la crudité dans la scène bien filmée de l’ étonnante relation sexuelle entre Alex et Alvaro. Il dépeint justement le trouble d'Alvaro, puceau à l'homosexualité inavouée, devant le corps d'Alex, androgyne butée mais impatiente de sexe, qui lui prouve qu'elle possède une façon bien à elle (!) de le satisfaire. Les deux adolescents se découvrent une complicité amoureuse et sexuelle inattendue. XXY met bien en évidence l’obsession qu’a Alex pour son pénis surnuméraire.

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Le propos du film est renforcé par le fait de l’avoir situé dans un milieu particulièrement machiste, une petite communauté de pêcheurs sur la côte uruguayenne. Comme dans un autre film sud américain de cette année, La Léon, XXY nous offre des images d’une contrée presque jamais montrée au cinéma.
Affleure habilement dans le scénario, qui manque parfois pourtant de rigueur, la profonde coupure qui existe dans la société argentine entre la « droite » incarnée par le père d’Alvaro et la « gauche » personnifiée par celui d’Alex.

XXY a aussi l'avantage de créer une visibilité sur plusieurs milliers de personnes en France qui subissent des « mutilations » arbitraires chirurgicales de « normalisation ». Il faut savoir que chaque jour des nouveaux-nés ont les organes génitaux « mutilés » pour en faire des « hommes » ou des « femmes »...
Malheureusement ce film très attachant ne manque pas de carences. En premier lieu, il est affaibli par un montage trop lâche qui étire inutilement les scènes, bien des plans sont inutiles. L’abus de nombreux silences soulignés par des regards qui se voudraient lourds de sens est agaçant et suggère surtout que la cinéaste et ses acteurs sont mal à l’aise dans les scènes dialoguées.

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Si je comprend bien la volonté de la cinéaste de mettre les images à l’unisson de la tension des protagonistes, il y a bien peu de soleil sur cette plage, surtout du gris, un ciel bas, une mer opaque, la maison en bois est terne, ses intérieurs sombres, il y a quelquefois des pluies diluviennes... Il n’en reste pas moins que la colorimétrie est souvent laide et que le film semble mal étalonné.
Enfin, est-ce à cause d’une hâte bien compréhensible de tourner son premier film que la cinéaste a omis de développer certains aspects de son scénario qui ne sont restés qu’embryonnaires, comme la position du père d’Alex vis à vis des pêcheurs autochtones ou le personnage très intéressant et très bien joué de l’ami d’Alex ?
Que ces réserves, qui ne sont en rien rédhibitoires et bien naturelles pour un premier long métrage, ne vous retiennent pas de découvrir le film le plus original de l’année.

XXY a été récompensé par le Grand Prix de la Semaine de la critique lors de la soixantième édition du festival de Cannes, en 2007. Il est le candidat argentin à l'Oscar du meilleur film étranger pour 2008.

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L’avis de Chori :
Décidément, j'aime énormément le cinéma argentin. Que ce soit du polar ironique (Les Neuf reines), du hold-up métaphysique (El Aura), de la chronique acide (La niña santa), du drame sublime (La Leon) ou de la comédie un peu cracra (El Camino de San Diego), je marche quasiment à tous les coups...
Et là, encore une fois, la balle rebondit dans un coin où on ne l'attendait pas : Alex, l'héroïne, est hermaphrodite. C'est tout, c'est dit (de toute façon, vous l'apprendrez assez vite dans le film). Elle est adolescente, à cet âge où les cinéastes nous font souvent le coup de la chrysalide et de mal dans ses baskets. Et elle a donc au moins deux fois plus de raisons que les autres de flipper. Vivant recluse dans une ville portuaire avec ses parents qui la protègent de leur mieux, en proie à la curiosité malsaine des autres, elle va rencontrer Alvaro, un ado aussi, fils d'un couple venu rendre visite à ses parents (pour des raisons médicales qu'on comprendra assez vite.)

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L'essentiel du film est la relation qui va naître entre les deux adolescents (et qui se concrétisera par une des scènes de « première fois » la plus surprenante que je connaisse.) Alex est en train de se masculiniser, refuse de continuer son traitement, elle est désormais à l'âge où ses parents souhaiteraient qu'elle choisisse, qu'elle se détermine. Alvaro, lui aussi mal dans sa peau, notamment dans sa relation malaisée avec son père, va, d'une certaine façon, grâce à Alex, se déterminer, lui aussi.
Mais c'est aussi l'occasion d'une comparaison, d'une mise en parallèle, plutôt, entre leurs pères respectifs, l'un qui s'occupe de tortues échouées, les soigne et les bichonne, et l'autre, chirurgien esthétique, qui manie le bistouri plutôt que les sentiments. Un qui se préoccupe de son enfant et l'autre qui se méprend sur le sien...

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Le film est à l'image de son image : un peu granuleux, rugueux, sans recherche de joliesse, imparfait, et n'en finit pas d'hésiter, d'aller et venir entre les étendues maritimes et la proximité des corps et des visages. Entre les fuites et les retours, entre colères et réconciliations. Violence et quiétude. Quelques maladresses (ou lourdeurs) viennent parfois alourdir le récit, mais la justesse des acteurs, notamment, ainsi que le parti-pris de simplicité contrebalancent ces faiblesses passagères. Lucia Puenzo nous dit ce qu'elle a à dire, sans gueuler, sans surligner. Sans hystérie et sans pathos, le film tient la route, jusqu'au bout (on a d'ailleurs ces plans symétriques automobiles d'arrivée et de départ).

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La demoiselle, yeux graves dans un beau visage triste, est époustouflante dans un rôle délicat, et s'en sort sans jamais en faire trop (comme le film, d'ailleurs, d'une pudeur extrême), réussissant à nous faire percevoir son malaise et son obsession sans – et heureusement – jamais rien nous montrer du corps du délit. Beaucoup d'eau dans ce film, la mer, la pluie, les larmes.
Est-on toujours vraiment obligé de choisir ?

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite & Chori publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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