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Mercredi 19 juillet 2006

ENCYL. DES ROYAL DONUTS: "TABOU"
Vidéo envoyée par RoyalDoFan
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : BA et parodies de films
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Mercredi 19 juillet 2006

C’est aujourd’hui, mercredi 19 juillet que Le secret de Brokeback Mountain, le bouleversant film d’amour entre deux cowboys signé Ang Lee est disponible dans les bacs (Pathé !). Pas moins de trois éditions sont proposées : une simple se contentant du film (ce qui est déjà, en soi, un vrai bonheur) ; un collector un peu maigre malgré ses 2 DVD (un making of, une courte interview du réalisateur, des interviews des adaptateurs) et une édition ultimate plus conséquente puisque s’y ajoutent la nouvelle originale, le CD de la musique, un album de photos de tournage et un jeu de photos du film.

par Daniel C. Hall publié dans : LES NEWS ROSES
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Mercredi 19 juillet 2006

Fiche technique :
Avec Jake Gyllenhaal, Heath Ledger, Michelle Williams, Anne Hathaway, Randy Quaid, Linda Cardellini, Anna faris, Scott Michael Campbell et Kate Mara. Réalisé par Ang Lee. Scénario : Larry McMurty et Diana Ossana, d’après la nouvelle d’Annie Proulx. Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto. Compositeur : Gustavo Santaololla et Rufus Wainwright.
Durée : 134 mn. En salle le 18 janvier 2006.
Résumé :
Eté 1963, Wyoming.
Deux jeunes cow-boys, Jack et Ennis, sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain.
Isolés au milieu d'une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu'inattendue.
À la fin de la saison de transhumance, les deux hommes doivent se séparer.
Ennis se marie avec sa fiancée, Alma, tandis que Jack épouse Lureen.
Quand ils se revoient quatre ans plus tard, un seul regard suffit pour raviver l'amour né à Brokeback Mountain.
L’avis de Arnaud Weil-Lancry (DvdCritiques) :

Auréolé de multiples récompenses dont quatre Golden Globes, Le Secret de Brokeba
ck Moutain est le dernier film de Ang Lee. On pourrait éventuellement dire, oh, encore un film sur des cow-boys… Et bien, franchement, préparez vos mouchoirs…
Critiquer ce film…

Qui dit critique de film, dit logiquement argumentation pour visionner ou refuser ce film, et dans le cas présent, pour bien sûr y aller. Toutefois, les mots manquent, la parole flanche et les verbes les plus châtiés paraissent de craie pour inutilement défendre un film qui semble n’avoir été créé qu’en tant qu’ode au Cinéma. Oui, le dernier film de Ang Lee est une pure merveille, une de ces œuvres qu’on ne visionne qu’une fois l’an au détour d’un chemin perdu. Ainsi le réalisateur taiwanais renoue avec le succès après Hulk et le risible Chevauchée avec le diable et démontre sa capacité à réaliser un film doté d’une réelle et authentique personnalité. Enfin.

Un contenant à l’étroit pour son contenu…

Rarement de telles émotions m’auront assailli lors d’une projection cinématographique. Tout est exemplaire de préciosité et de superbe : réalisation, photo, bande originale et bien sûr, les acteurs… Deux jeunes pousses montantes de Hollywood, sur les marches bien senties de Robert Redford ou de plus jeunes grands frères tels que Brad Pitt ou Matt Damon. Relativement peu connus, Heath Ledger et Jake Gyllenhaal n’ont pas hésité à écorner leur image de beaux gosses à la dentition et à la plastique parfaite pour incarner Ja
ck et Ennis, deux cow-boys gardiens de bétail qui vivront une passion intense au début des années 60. Dès lors, chacun partira vivre sa vie, mais en demeurant éternellement marqué par Brokeback Mountain. Ce lieu si magique et si enchanteur, véritable madeleine de Proust, finit par symboliser l’amour de ces deux durs au cœur tendre sans que malheureusement aucun d’entre eux ne parvienne à s’arracher à sa vie normalisée et si bien rangée. Alors que Jack s’embourbe dans une vie carrée et suave, Ennis, lui, dépérit dans une vie d’une misère consternante, sans espoir et dépourvue d'amour. Cette dernière sera la représentante permanente du rejet obsédant de ce jeune péquenot bourru d’une vie pourtant si alléchante proposée en vain par Jack.
Espoir d’un amour, souvenir d’une vie, Brokeba
ck Moutain restera pour les deux hommes un des rares moments ou ces deux jeunes romantiques auront pu exister à part entière. Ce romantisme omniprésent est soutenu à chaque instant par la mélancolie si poignante du regard juvénile de Jake Gyllenhaal, et par l’intransigeance si effarante de Heath Ledger. C’est de cet antagonisme si subtilement représenté à l'écran que Le Secret de Brokeback Mountain tire toute sa force et sa réussite. L’essence de ce film demeure finalement intimement lié à ces moments magiques admirablement mis en scène par un réalisateur parvenu à un nouveau seuil de maturité. Des scènes d’une sincérité sans égale, dont le climax émotionnel demeurera la visite de Ennis auprès de la famille de Jack. Avec Le Secret de Brokeback Moutain, Ang Lee signe un film d’une rare intensité et bouleversant au plus haut point. De cette expérience au firmament du 7ème Art, on ressort chamboulé, le cœur éclaté et les larmes au fond des yeux.
L’avis de Arabe, musulman et gay :

Dimanche dernier, je suis allé voir Le Secret de Brokeba
ck Mountain. J’attendais avec impatience sa sortie depuis le mois de novembre, et je n’ai pas été déçu. C’est un excellent film, très touchant et très émouvant.
Avant d’aller le voir, je m’étais posé la question sur le genre de public qui pourrait s’intéresser à ce film. Serait-il exclusivement gay ? (ce qui insinue qu’en allant le voir, je m’affiche en tant que tel, un coming-out cinématographique ;-)) Il y avait un type qui parlait sur son blog d’une ambiance « gay pride » dans la salle où il est allé le voir ! Tiens, ça risque d’être intéressant !

Je m’attendais à une salle comble mais ce n’était pas le cas ! Malgré les excellentes critiques accordées à ce film, le fait qu’il soit catégorisé Gay fait hésiter pas mal de gens. Tant pis pour eux ! Le public était « normal », pas de Drag Queen, ni de mecs en cuir, donc pas de gay pride avant l’heure ;-)

Le film raconte une histoire d’amour entre deux cow-boys dans toute sa complexité, puisqu’elle se passe dans les années 60 et dans un univers extrêmement macho. Les lieux de tournage sont d’une extrême beauté, ça m’a donné envie de partir en rando. Premier rapport physique dans le style « chèvre du berger », puis on découvre une sensibilité et une fragilité refoulées et qui émergent à la surface dans les moments de tendresse, mais qui finissent par disparaître derrière le masque du « mec dur à cuire ».

Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire, je vous encourage à la découvrir vous-même en allant voir ce film (si ce n’est déjà fait).

Tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai pleuré en regardant ce film. Eh oui ! Le grand macho que je suis et qui pense qu’un homme ne doit jamais pleurer, avait des larmes chaudes qui coulaient sur les joues dans l’obscurité de la salle de ciné ! Il m’a vraiment bouleversé ce film et le processus d’identification a marché à merveille pour moi et je vous laisse deviner avec qui des deux personnages c’était. Chapeau Lee (de cow-boy bien sûr ;-)).
 
Pour plus d’informations :
Bande annonce
par Arnaud Weil-Lancry et Arabe, musulman & gay publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 19 juillet 2006

Fiche technique :
Avec Jake Gyllenhaal, Heath Ledger, Michelle Williams, Anne Hathaway, Randy Quaid, Linda Cardellini, Anna faris, Scott Michael Campbell et Kate Mara. Réalisé par Ang Lee. Scénario : Larry McMurty et Diana Ossana, d’après la nouvelle d’Annie Proulx. Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto. Compositeur : Gustavo Santaololla et Rufus Wainwright.
Durée : 134 mn. En salle le 18 janvier 2006.
Résumé :
Eté 1963, Wyoming.
Deux jeunes cow-boys, Jack et Ennis, sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain.
Isolés au milieu d'une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu'inattendue.
À la fin de la saison de transhumance, les deux hommes doivent se séparer.
Ennis se marie avec sa fiancée, Alma, tandis que Jack épouse Lureen.
Quand ils se revoient quatre ans plus tard, un seul regard suffit pour raviver l'amour né à Brokeback Mountain.
L’avis de MérovingienO2 :

Mettons les points sur les « i » : Brokeba
ck Mountain n'a rien à voir avec la définition réductrice que les médias en font. Sans arrêt classé « western gay », le nouveau film d'Ang Lee ne peut définitivement pas supporter cette étiquette pour la simple raison que ce n'est pas un western et qu'il ne parle pas d’homosexualité. Certes, les héros sont deux cow-boys amoureux mais la vraie force du film (tiré d'une nouvelle d'Annie Proulx) n'est pas dans le détournement ou le respect des codes homos mais bien dans l'universalité des thèmes abordés.
Après une escapade hollywoodienne dans le sens grand spectacle du terme (élégant Tigre et Dragon, bancal Hulk), le réalisateur taïwanais revient à ses premières amours avec un drame intimiste tout en nuance. Raisons et Sentiments, Ice Storm, Sucré Salé... Des petites perles indépendantes sans fioritures, profondes, subtiles, délicates et émouvantes et dont Brokeba
ck Mountain pourrait être considéré comme le firmament. D'une certaine manière, on pourrait penser que le 9ème film du cinéaste est un croisement entre Garçon d'Honneur (qui abordait déjà le parcours d'un homo arrangeant un mariage de convenance pour plaire à ses parents) et la Chevauchée avec le Diable (pour les grands espaces). Rythme lent, plages contemplatives, absences de dialogues au profit de la suggestion de l'image...
L'amour naissant entre les deux hommes n'a rien de salace et n'emprunte rien à l'imagerie des fantasmes gays (pas même le côté cow-boy ultra viril culbutant son partenaire en gardant ses bottes). Il est juste pur, innocent, sincère et universel. La première rencontre chez l'employeur sous un ciel paradisiaque marque un début d'intérêt discret (le reflet dans le rétroviseur), la complicité s'épanouit au fil des jours qui passent, l'attirance sexuelle naissante inavouée passe par une image très simple où Ennis se lave nu derrière Ja
ck comme si celui-ci fantasmait déjà... Une mise en place tranquille où la caméra caresse les âmes des deux personnages en leur construisant une vraie psychologie : un romantique souhaitant s'affirmer et un refoulé bien plus mal à l'aise avec sa sexualité. La première scène d'amour marquera bien la caractérisation de chacun, Ennis repoussant d'abord un Jack qui s'offrira à lui sans hésiter.
La suite du récit voit les deux amants retourner à la réalité et confrontés au regard des autres : nous sommes en 1963 et l'homosexualité est très mal vue dans l'état de Wyoming (et encore plus au Texas où se déroule une partie du film). Par peur d'agressions homophobes et sous la pression du regard de l'autre, les deux hommes s'éloignent pour construire une petite famille modèle. La rupture est déchirante, silencieuse. Le souvenir est insistant surtout dans un contexte où l'idéal du cow-boy rattaché à la nature est mis à mal par un monde plus matérialiste et sombre. La vie de famille devient un Enfer vampirique (Lureen Twist, femme d'affaire ne se souciant guère de son foyer) ou tout simplement un piège affectif dans lequel on s'enferme soi-même (Ennis qui refuse d'accepter ce qu'il est et fait l'amour à sa femme en pensant à Ja
ck).
Sans jamais faire dans le militantisme pour la cause homosexuelle, Ang Lee nous montre que la peur des autres est tout aussi destructrice que la peur de soi-même. Dans la dernière partie du film, une conversation téléphonique viendra semer le trouble dans l'esprit du spectateur : alors que Lureen raconte la mort absurde de Ja
ck, des images viennent contredire ses propos en offrant une autre vision des choses. Jack est-il vraiment mort par accident ou bien s'agit-il d'un mensonge de sa femme pour préserver sa dignité de beauf ? Ne serait-ce pas simplement Ennis qui imagine lui-même un crime qu'il a toujours redouté ? En une seule séquence, le réalisateur parvient à toucher tout le monde en laissant soin au public d'apporter sa propre réponse au débat pour l'acceptation et le respect de l'homosexualité.
Mais si Brokeba
ck Mountain parvient à faire chavirer les cœurs avec autant de retenue, c'est bel et bien parce qu'il traite tout simplement d'un sentiment universel : le regret de l'amour inavoué. Tout le long du film, Ennis reniera son identité : ses escapades avec Jack ne sont que des volontés de préserver une part de bonheur intemporel mais sans jamais accepter de franchir le pas. Sa peur des autres et de lui-même l'enferme dans une solitude où il finit par faire du mal à ceux qui l'aime, que ce soit Jack, sa femme ou sa fille. La mélancolie est graduelle : plus on avance dans les rendez-vous amoureux, plus les paysages idylliques perdent de leur prestige, les ciels ouverts à un avenir restant à écrire finissant par disparaître du cadre pour laisser place à la réalité plus terre à terre. Le plan final, tout simplement déchirant, marque la fin d'un parcours intérieur où Ennis ne pourra plus qu'accepter sa solitude en ressassant son passé par le biais d'une photographie de Brokeback, figée, petite, pratiquement insignifiante et accrochée à côté d'une petite fenêtre ne donnant que sur le vide. Ne pas passer à côté de sa vie quand celle-ci se présente à soi, tel semble être le message qu'Ang Lee énonce avec délicatesse via cette histoire d'amour bien plus universelle que polémique.
Il est soutenu dans sa démonstration par le jeu tout en nuance de Jake Gyllenhall, parfait en romantique acceptant la réalité de la situation en comblant le vide affectif laissé par Ennis et les seconds rôles plus effacés parviennent à exister en une poignée de séquences fortes (mention spéciale à Michelle Williams qui s'affranchit du rôle de Jen dans Dawson en devenant une femme qui sait mais qui se tait). Néanmoins, la vraie révélation du film est sans conteste Heath Ledger qui, après une série de films oubliables (Chevalier, 10 bonnes raisons de te larguer, Les Frères Grimm), trouve ni plus ni moins que le rôle de sa vie et surprend par son expression monolithique convenant à merveille à l'intériorité des émotions et suggérant parfaitement les blessures qui titillent son personnage.

Au-delà de la réussite plastique du film (superbe photographie, des montagnes enneigées à la poésie iconographique du cow-boy devant des feux d'artifices, sans oublier les scènes d'amour tendre baignées dans une lumière rassurante), Le Secret de Brokeba
ck Mountain s'impose comme une bouleversante réflexion sur la société américaine et son homophobie latente, mais aussi et surtout comme un drame intimiste où l'amour non assumé peut être destructeur. Pudique et profond, cette œuvre a mérité son Lion d'Or et devrait sans peine remporter l'Oscar du Meilleur film lors de la prochaine cérémonie. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.
L’avis de Romain Le Vern :

Sur le papier, « la passion vécue par deux hommes, un propriétaire de ranch et un spécialiste du rodéo, qui se rencontrent à l'été 1961 entre le Wyoming et le Texas ». Hâtivement présenté comme un western gay, avec une présentation qui peut à sa simple lecture susciter la moquerie bêtasse, Brokeba
ck Mountain est en réalité un film extrêmement viscéral. L’impression qu’il provoque est d’autant plus forte que l'on ne s’attend pas à être autant bouleversé par une histoire d’amour, a priori anodine et qui en fait confine au sublime. Alors que pendant toute la première partie, on a l’impression que le scénario dynamite les us et coutumes d’un genre balisé (le western), on se rend compte très vite que la suite raconte une toute autre histoire : celle d’un amour qui ne s’est jamais fini, d'une caresse indicible qui a suscité de multiples charivaris intérieurs, de sentiments de lâcheté vis-à-vis de la morale bien pensante, d’étreintes violentes qui trahissent l’absence, l’attente ou le désir, et surtout le refoulement des pulsions. Au bout de ces bobines, on est floués. Floués par l’élégance suprême de cet empire des sens qui en dit long par le simple pouvoir de la suggestion, sans avoir le moindre recours à la pénible démonstration.
Premièrement, et c’est un immense atout, le film semble témoigner un mépris radical pour les étiquettes. D'où le pari casse-gueule : dans quel sens considérer ou prendre le film ? À cette question, Ang Lee, cinéaste définitivement surprenant (c’est peut-être son meilleur film), a le bon goût de ne pas répondre. Précisément, il recherche ici à travers une forme a priori obsolète un moyen de décortiquer une société phagocytée par les apparences et l’uniformité. Le seul film récent qui ait réussi cette même gageure est Loin du Paradis (Todd Haynes, 2003) qui scrutait sous les multiples sourires de son héroïne la détresse absolue des frustrations. En creux, Haynes donnait à réfléchir sur les diktats actuels en même temps qu’il filmait le plus beau et flamboyant des mélodrames à la sauce Douglas Sirk sans tomber dans le pastiche cynique. Brokeba
ck Mountain appartient à cette lignée de films qui parviennent à dynamiter les conventions d'un genre tout en restant subtilement bouleversant. Sous son apparence romanesque, car le film est foncièrement romanesque et romantique, il dit des tonnes de choses fondamentales sur l’existence et balaie avec classe les clichés comme les préjugés. De manière plus pragmatique, le film peut se lire comme une démonstration de l’éclectisme filmique d’Ang Lee, capable d’enchaîner des projets hétéroclites avec une même et incroyable virtuosité, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il aime à s’exprimer dans des registres aussi dissemblables que la comédie (Salé Sucré), le drame intimiste (Ice Storm), le block-buster malade (Hulk), le wu-xia-pian grand public (Tigre et dragon). Quelque part entre Garçon d'honneur, Chevauchée avec le diable et Ice Storm, Brokeback Mountain ressemble à une sorte de western audacieux qui se plaît à ne pas appliquer les bonnes règles et surtout à ne pas raconter la bonne histoire...
Je t'aime, moi non plus

Le film commence dans la nonchalance, la quiétude ambiante pour progressivement devenir le réceptacle des passions. Ang Lee s'attarde sur les prémisses d’une liaison entre deux hommes et dessine de manière remarquablement précise, sans chichis ni fioritures, une relation nouvelle avec son cortège d’œillades enflammées, de gestes maladroits et de détails infinitésimaux qui trahissent l'attirance électrique. C’est le produit d’une attirance réciproque facilitée par l’isolement. Seulement, ce qui aurait dû n’être qu’une passade se révèle très vite un besoin urgent et vital. Désir brûlant de revoir la personne aimée. Petit à petit, les deux hommes réalisent qu’un lien extrême naît entre eux mais que la barrière sociale du conformisme empêche cette relation et l’oblige à être vécue de manière cachée. Quitte à mener sa propre vie à côté, à fonder une famille, à garder le mensonge et à vivre avec ce joug. Histoire de ne pas admettre ce qu'on est intérieurement. La forme joliment illustrée (des paysages sublimement photographiés) ne cache point un cheminement fictionnel classique – même si de classicisme, il en est question ici. En profondeur, tout ce que le réalisateur raconte s’avère d’une intelligence inouïe.

Le soin apporté à la psychologie des personnages (la rudesse animale de Ennis-Heath Ledger ; la sensibilité latente de Ja
ck-Jake Gyllenhall) permet au film d’éviter les pires écueils. Alors que dans d’autres mains (Gus Van Sant et Joel Schumacher étaient paraît-il intéressés par le sujet), le projet aurait certainement été un prétexte pour filmer des éphèbes paumés dans la nature avec de lourdes connotations salaces, Ang Lee impose sa sensibilité à chaque plan, insiste sur l’idée de paradis édénique, à la fois havre de paix et refuge intérieur voire mental pour les personnages, en mettant en résonance deux mondes bien distincts (Jack et Ennis, isolés, perdus dans les immenses paysages rocheux du Wyoming et encerclés par une nature bienveillante ; les deux hommes séparés confrontés aux autres et aux contingences de la vie) et rappelle accessoirement que sensibilité ne rime pas avec sensiblerie.
La preuve, il y a une foultitude de beaux, de très beaux passages. Les regards subrepticement échangés entre les deux hommes lors de leur première rencontre chez le fermier. Cette première fois où Ja
ck propose à Ennis de venir le rejoindre. Ce baiser fougueux lorsque les deux hommes se retrouvent après quatre ans de séparation ardue. Ce moment de soudaine et bouleversante lucidité lorsque Ennis comprend la vérité au sujet de son camarade. Tout est affaire de regards inquiets, amoureux, souvent tristes, de personnages prisonniers de leur condition. Tout est affaire de silences, aussi ; parce qu’on communique mal ou alors on refuse de se parler, de peur de dire ce qu’on pense ou ressent. Les personnages ne voient pas le temps passer (et les ravages que cela peut causer), observent leurs enfants grandir sans savoir l’âge qu’ils ont et surtout se sacrifient sans pouvoir accéder à ce qui restera comme un idéal.
Avec deux acteurs en état de grâce (Jake Gyllenhall et Heath Ledger), choix inattendus et pourtant gagnants, le cinéaste capte l’amour au-delà des mots et met en scène une sublime histoire qui n’autorise pas les larmes de crocodile ni même l’ombre d’une quelconque facilité. Lee exploite toutes les vertus du non-dit et préfère un regard expressif au moindre bavardage. Logique des dispositifs mis en place : il en résulte une œuvre d’une beauté trouble et inouïe qui choisit de se taire pour faire exploser à l’écran le vécu de chacun. Peu importe la sexualité tant le film parle avant tout à tous ceux qui ont connu l'amour et surtout une histoire d'amour qui ne s'est jamais finie. Là où le désir le plus secret le dispute au songe le plus désenchanté. C’est tragique et universel, comme dans le plus beau des westerns.

Pour plus d’informations :
Bande annonce
par Mérovingien02 et Romain Le Vern publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 19 juillet 2006

Fiche technique :
Avec Jake Gyllenhaal, Heath Ledger, Michelle Williams, Anne Hathaway, Randy Quaid, Linda Cardellini, Anna faris, Scott Michael Campbell et Kate Mara. Réalisé par Ang Lee. Scénario : Larry McMurty et Diana Ossana, d’après la nouvelle d’Annie Proulx. Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto. Compositeur : Gustavo Santaololla et Rufus Wainwright.
Durée : 134 mn. En salle le 18 janvier 2006.
Résumé :
Eté 1963, Wyoming.
Deux jeunes cow-boys, Jack et Ennis, sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons à Brokeback Mountain.
Isolés au milieu d'une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu'inattendue.
À la fin de la saison de transhumance, les deux hommes doivent se séparer.
Ennis se marie avec sa fiancée, Alma, tandis que Jack épouse Lureen.
Quand ils se revoient quatre ans plus tard, un seul regard suffit pour raviver l'amour né à Brokeback Mountain.
L’avis de Arnaud Sanchez :

Il est 22h00 quand j’entre dans le hall du cinéma. Le choix du film est fait depuis bien longtemps, depuis que j’ai entendu les nombreux éloges qui ont été faits sur le Secret de Brokeba
ck Mountain et le Lion d’Or qui a couronné le magnifique travail de Ang Lee ainsi que les critiques des virulents homophobes et congrégations religieuses à propos de ce film. C’est donc non seulement aller voir un film pour admirer une œuvre mais c’est aussi un acte militant.
Pour tout vous dire, l’acte militant aurait pu s’arrêter bien vite. Vous connaissez le sentiment que l’on éprouve quand on rentre dans un bureau de tabac et que l’on souhaite acheter une revue pornographique ? Vous avez la sensation qu’un regard, qu’un jugement se porte sur vous. Et bien j’ai éprouvé le même quand il s’est s’agit de dire le nom du film. Ce moment, si je vous le rapporte, est important parce qu’il conduit à une autre analyse du film, ou plutôt une mise en bouche.

Un western gay, et plus largement un film, est une idée bizarre parce qu’elle donne l’impression de viser une population spécifique. Pourtant elle se légitime par la disparition totale de cette même population de nos toiles et petits écrans. J’exagère à peine. Urgences et les quelques séries dans le même genre ont elles compris qu’il fallait être plus représentatif de son public et donc de la réalité.

Je ne regrette pas d’être aller voir ce film, ne serait-ce que pour le pied de nez que j’ai adressé en prenant mon billet aux Vanneste et à tous les signataires de cette infâme pétition dont trop de parlementaires UMP se sont encanaillés.

Atypique, original, ambitieux, voilà les mots qui me sautent immédiatement à l’esprit. Il faut beaucoup de courage, de sérieux, pour traiter une histoire d’amour de ce type. Deux hommes, cow-boys, dans l’Amérique profonde se rencontrent, se séparent, se retrouvent et se déchirent.

C’est au paradis, à Brokeba
ck Mountain, lieu de calme et de solitude, où Jack et Ennis vont s’éprendre l’un de l’autre, le temps d’une saison. Une complicité qui se tournera peu à peu en passion destructrice.
Ce n’est que quatre ans plus tard, leurs vies construites, que les retrouvailles se font, qu’un regard rappelle les moments passés ensemble, prélude au dévaste du reste.

De l’ignorance des hommes, ils ne vivront qu’une vie en pointillé où leur relation manque les répliques qui ne savent traduire leurs sentiments, où les chaises vides sont légion, où les vêtements sans corps ont toutes leurs places.

De leurs propres égoïsmes, ils gâcheront la vie de leurs entourages, leurs mariages, parce que ces masques sont trop minces pour se dissimuler la vérité. Le regard des autres est ce qui sépare, ce qui les sanctionne, ce qui les tue. Comme disait Renaud, pour vivre heureux, je vis caché, au fond de mon bistrot peinard, dans la lumière tamisée, loin de ce monde de bavards.

Alors j’irai le revoir, parce qu’il m’a touché, n’en déplaise aux réactionnaires. Seul, n’en déplaise à ceux qui devaient m’accompagner.

L’avis de Chorizoo :

(Sur les blogs pédés, ça va devenir aussi incontournable que la chronique du dernier album de Madonna...)

Comme j'ai zappé ce dernier, il faut bien que j'affronte celui-là ; je veux parler bien sûr de Brokeba
ck Mountain (le secret, on s'en tape !) vu mardi en avant-première (dans une salle quasi-comble, mais – bizarrement ? – pratiquement que des gens normaux, comme vous et moi (hihi) , pas de follasses glapissantes et/ou emperlouzées ouf !)
Bien que vu dans des circonstances un peu spéciales sur lesquelles je ne reviendrai pas (tant mieux pour vous, ô fidèles lecteurs, qui suivez...) et qui m'ont, au moins un peu au début , un chouïa disturbed, je peux vous dire que j'ai vraiment beaucoup aimé ça.

Quand j'avais lu la nouvelle d'Annie Proulx, il y a quelques années (la première du recueil Les pieds dans la boue, livre que j'avais acheté sans rien en connaître, juste grâce à la photo de couverture, et cette première ligne de la quatrième de couv' « l'histoire d'amour de deux cow-boys » ce que je pourrais nommer un achat d'impulsion...) je m'étais dit que ça ferait un sacré film. Le western est un genre crypto-pédé, c'est bien connu, mais retourner le machin comme un gant et en faire une vraie histoire d'amour, ça n'avait encore jamais été fait à ma connaissance... Et plaf ! voilà encore une bonne idée qu'on m'a piqué (Caliméro des bonnes idées...)

J'ai vu le film, je viens de relire les 37 pages de la nouvelle, et une chose est frappante, la fidélité entre le texte original et son portage à l'écran (ouais, hein, feignasse de scénariste qu'a pratiquement rien eu à faire, juste qu'à recopier...) On y retrouve quasiment à la virgule près les lignes de dialogues. Tout est là.

Bon, je ne vous ferai pas l'affront de vous raconter l'histoire (si vous n'en avez pas entendu parler, vous venez peut-être de passer six mois en cure de sommeil...). Ce genre d'histoire d'amour belle-comme-tout-mais-que-fatalement-ça-peut-pas-bien-finir qui ne peut que tournebouler et faire pleurnicher le midinet que je suis (et j'y prenais peut-être ce soir-là un plaisir masochistement encore plus pervers, du fait de la situation particulière de ce soir-là, comme si j'avais eu comme qui dirait un message à faire passer, avec plusieurs i sur lesquels mettre des points. Mais ceci est une autre histoire...)

J'avais au départ, je l'avoue, quelques réticences : les histoires gay vues par Hollywood ne sont pas forcément my cup of tea d'une part, et Ang Lee ne fait pas a priori partie de mes réalisateurs de chevet d'autre part. Plus le fait que la salle était comble (ça, ça doit être mon côté snobinard)...

Trois raisons donc d'être méfiant, mais finalement, pas du tout, ce fut une très agréable surprise (j'étais étonné en sortant, avec mes yeux un peu de lapin russe à trente cinq nuits de chagrin, de voir quelle heure il était : je n'avais simplement pas vu passer ces deux heures et demie...)

Le film est ample, la nature impressionnante, les paysages majestueux, les cieux somptueux, les vieilles bagnoles américaines très photogéniques (je confesse par ailleurs prendre un plaisir pervers à mater des pi
ck-up pourris comme celui de Jack, pour moi c'est ça l'Amérique...)
Les acteurs (faut que je reprenne mon papier, les noms sont « inretenables » et/ou imprononçables) sont très impeccables : Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, bourrins bourrinant plus vrai que nature. On parle beaucoup du second (notamment pour les oscars) mais c'est l'autre qui m'a vraiment scotché. Une performance d'acteur (un bémol : dommage que tous les deux aient d'ailleurs bien insisté, lors des interviews de promo, sur le fait que c'était vraiment un rôle de composition, et que, ben vous savez c'est 'achement difficile d'embrasser un autre mec pour de semblant, mais, comme dit Bourvil « Quand on est artiste faut faire tous les genres... ») assez bluffante, tête baissée, bouche fermée ne laissant échapper qu'un vague marmonnement, comme ramassé à l'intérieur de lui-même et ayant peur de voir ce qui s'y passe vraiment. In the closet. Avec mention encore plus spéciale lors des scènes finales (ça c'est du beau mélo, et pourtant, bizarrement, il n'y a rien de plus que ce qui est écrit dans la nouvelle, mais là ça m'a paru encore plus fort, peut-être justement le contraste entre l'intensité de ce qui se passe à l'intérieur de lui, et le rien qu'il laisse affleurer...)

De quoi pardonner les quelques maladresses du film, des traits parfois un peu schématiques gros sabots (la famille de Ja
ck) et surtout ce parti pris de pudeur extrême, comme si le fait d'avoir choisi ce sujet était déjà tellement énorme qu'on (Ang Lee) ne pouvait s'autoriser à être un peu plus démonstratif. Pas de kikis à l'air, donc, mais pas non plus énormément de scènes explicites. Hormis la première fois où Ennis et Jack font l'amour sous la tente, et la scène des retrouvailles viriles dans l'arrière-cour, le voyeur potentiel en sera pour ses frais. (J'avoue ne pas avoir été frustré à ce propos, puisque je savais déjà ce que je venais y chercher, et qu'on pencherait davantage du côté du sublime (la passion) que du trivial (the fuck)...)
Amour contrarié, impossible, malheureux, qui se prolonge sur vingt ans, où l'on ne peut voir l'autre que ponctuellement, à la sauvette, de loin en loin, furtivement, où la distance et la durée exacerbent la souffrance de ne pas pouvoir partager davantage avec l'autre, où il faut dissimuler sa vraie nature dernière une couverture sociale conforme et rassurante, où l'on est surtout seul dans sa tête à ressasser ses frustrations et/ou ses espoirs, ça ne pouvait que me plaire, forcément...

Surtout quand on découvre que celui qui aimait le plus l'autre n'était pas forcément celui qui était le plus capable de l'exprimer. La symbolique du placard a l'avantage de boucler la boucle métaphorique (il restera ad vitam aeternam in the closet).

L'amour, c'est peut-être ça, une carte postale punaisée à l'intérieur d'un placard, et une vieille chemise suspendue à un cintre juste en dessous.

L'amour, la recherche de l'amour, le souvenir de l'amour, (l'illusion de l'amour ?) voui tout à fait dans mes cordes, ça.

Avec, pour terminer, juste une précision, pour les spectateurs non-initiés (oui, oui, ceux qui se sont mis à rire – gênés ? – à la première étreinte ou au premier patin) : deux hommes qui s'aiment, qui font l'amour, primo ça existe (faudrait voir à vous z'y habituer !) et deuzio ça ne se traduit pas uniquement par des enculades féroces et des grognements de grizzly...

Yep ! Le mot tendresse existe aussi dans le dico franco-gay.

« Il y avait
un espace incertain entre ce qu'il savait et ce qu'il voulait croire, mais il n'y pouvait rien, et quand on ne peut rien y faire, il faut vivre avec. » (Annie Proulx)
Pour plus d’informations :

Bande annonce
par Arnaud Sanchez et Chorizoo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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