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Vendredi 11 août 2006
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : La TV en folie
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Vendredi 11 août 2006

Fiche technique :
Réalisation : Renaud Victor. Production : 143 Production.
2 fois 54 mn. VF.

Résumé :

Marseille, maison d'arrêt des Baumettes. Des cellules minuscules où s'entassent des prisonniers. Un labyrinthe de grilles à passer, encadré de surveillants pour le moindre déplacement. Cet univers triste est devenu le quotidien d'hommes censés avoir une dette à payer à la société.
Pour aller au-delà de ces images hélas trop connues, Renaud Victor est resté longtemps dans cette prison. Il n'a pas hésité à passer le dernier mois de tournage enfermé. Grâce à cette immersion, les détenus en confiance se livrent. Et les histoires poignantes défilent. Comme celles de ces deux hommes menacés, à cause de la double peine, d'être expulsés en Algérie, un pays qu'ils ne connaissent pas. Ou ce jeune homme, accusé d'avoir tué sa fiancée, qui crie son innocence. Tous disent ne pas supporter la prison, lieu « où tout est pénible ».
Un document fort qui dépasse les clichés.

L'avis de Jean Yves :
Ou le temps autarcique et sans rupture du détenu en prison.

C'est aussi celui d'un tournage où Renaud Victor s'est investi en passant ses jours et ses nuits aux Baumettes, soit deux ans dans cette fameuse maison d'arrêt de Marseille qui d'ordinaire ne se rappelle au souvenir des médias, et donc du grand public, qu'à la faveur d'une émeute ou de quelque évasion sensationnelle.
Sensationnel, le film de Renaud Victor ne l'est, intentionnellement, à aucun sens du terme. Il est même décevant, d'une certaine manière, dans la mesure où il ne délivre aucune information en forme de bilan critique sur l'univers carcéral en France, non plus qu'il ne met en forme et à distance son regard.

La caméra y est l'interlocuteur omniprésent et invisible qui se pose sur les êtres et voit les choses à travers eux.
Rien d'autre, donc, que cet éclatement fragmentaire des paroles qui se livrent et corollairement se censurent, qui émiettent, derrière leur vérité, la vérité de la prison.
Le non-dit des témoignages recueille le non-dit du film lui-même, qui est ainsi le miroir exact du mensonge carcéral, et non pas son commentaire.

● Il y a la scène inouïe où le maton, à la question de savoir s'il lui arrive de s'imaginer « de l'autre côté de la barrière », répond par un inextinguible, récurrent et pitoyable fou rire, lequel tout à coup s'évanouit dans un « non » presque hébété.
● Il y a la parole suspendue du beau détenu pensif, en débardeur blanc, dans sa cellule où l'on entend Caruso chanté dans les sanglots par un Lucio Dalla sur cassette.
● Il y a encore le ton du « primaire » (celui qui fait de la tôle pour la première fois) dans ce dialogue abrupt :
« Qu'est-ce qu'on a l'impression de perdre, en passant du temps en prison ?
― Le temps qu'on y a passé. »
● Et le petit camé angélique, suicidaire, édenté : « La prison, ça fait partie de ta vie ?
― Non (désignant les gardiens) ça fait partie de leur vie. »
● L'avocate, très pro, s'adressant, le plus naturellement du monde, à un cas social proche de l'imbécillité en ces termes : « Il faut que vous me donniez des paramètres de réflexion. » On croit rêver !
● C'est, encore, le Beur splendide, « fils de riche », comme il se peint avec dérision, condamné à vingt ans et plus pour l'assassinat présumé de sa fiancée et qui, contenant ses larmes, ne se lasse pas de répéter en vain, simplement, son innocence.
La vidéo rapproche le spectateur des corps. Mais, dans le même temps, elle montre le corps au secret, dans la promiscuité ferraillante de trousseaux, de grilles, de loquets, ou au contraire dans le silence cadenassé des quartiers d'isolements, des cachots où les forçats sont nus, seuls ; ou bien dans l'exiguïté tantôt glaciaire, tantôt équatoriale, de ces 10 m2 pour trois.

La vidéo est abrupte, râpeuse, sans apprêt. Elle colle au corps, mais elle ne dit pas le secret des corps. Les corps s'exhibent (ceux des body builders à l'entraînement, par exemple ; ceux des détenus prenant leur douche à poil). Ils taisent, tous, sans exception : le désir, le sexe, l'homosexualité, le sida.
● Il y a ce garçon de vingt ans qui n'a connu, depuis l'âge de douze ans, que quatre mois hors des murs et qui racontera comment il s'est fait violer, comment il s'est prostitué, mais tout cela sur le mode du déni de responsabilité : il évoquera « ce salaud de concessionnaire en BM », victime méritée du garçon qu'il convoitait et qui n'avait l'intention que de le voler... Toujours la faute aux pédés.
● Il y a ces « malades » dont on nous dit « qu'ils sont nombreux, là, à l'étage » sans que le mot tabou soit seulement prononcé.
On peut se demander si le questionneur, en restant elliptique et en n'insistant pas, ne fait pas aussi le jeu de l'autocensure et de la manipulation.
● Il y a ce couple de garçons qui s'enlacent, s'embrassent, et se jurent leur amour sur la Bible. Là encore, sans un seul commentaire.
Il y a dans toutes ces ellipses l'équivoque – mais également la force – du parti pris de ce documentaire qui refuse la forme solide, objective de l'enquête. C'est, empirique, morcelé, une quête de vérité qui s'avance masquée. Le film ne lève pas le voile, mais le désigne. C'est peut-être là sa profonde authenticité.
Pour plus d’informations :
Télécharger la première partie du documentaire, cliquer ici.
Télécharger la deuxième partie du documentaire, cliquer ici.

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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