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19/03/08)
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«Il y a
quelques jours, la communauté homosexuelle défilait à Paris pour défendre son identité… Mais, en revanche, parler de l'identité "nationale" serait inacceptable… Une telle attitude est
difficilement explicable !» Brice Hortefeux, voulant justifier l’intitulé de son ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement,
dans le Monde daté du 5 juillet 2007.
« Vous, les tantes, serez tous gazés (…) »
« Berlin redeviendra forte quand on aura cassé la gueule de toutes les pédales. » Bushido, chef de file du gangsta-rap
germanophone.
« Je vais donner immédiatement des instructions à ma commandante (de la police municipale) pour qu'elle fasse un
nettoyage ethnique des pédés. » Giancarlo Gentilini, maire de Trévise (Ligue du Nord, populiste), 6 août 2007.
Fiche technique : Avec Steve Sandvoss, Wes Ramsey, Rebekah Johnson, Jacqueline Bisset Amber Benson, Khary Payton, Joseph Gordon-Levitt, Rob
McElhenney, David Poser, Erik Palladino et Mary Kay Place. Réalisé par C. Jay Fox. Scénario : C. Jay Fox. Directeur de la photographie : Carl Bartels. Musique : Eric Allaman.
Durée : 97 mn. Disponible en VO et VOST.
Résumé (dos du dvd) :
Aaron, jeune mormon, tout frais émoulu de son Idaho natal, débarque pour prêcher à Los Angeles avec deux autres compagnons. Il n’a encore
aucune idée des épreuves qui l’y attendent. Christian, son voisin, un gay volage pensant davantage à combler ses sens qu’à trouver un sens à sa vie, a lancé un pari auprès de ses amis :
dévergonder un de ces jeunes prédicateurs… Sous des dehors de comédie romantique, La Tentationd'Aaron est un film provocateur aux thèmes engagés.
Il parle du fanatisme religieux et des choix que l’on fait pour être plus libre. Le portrait d’une Amérique à deux visages qui fait sourire à moitié, mais où l’amour reste encore
possible.
L'avis deKriss: Deux garçons que tout oppose et un pari idiot : un synopsis qui peut paraître un peu simpliste mais qui donne l’occasion à C. Jay Fox de
traiter l’apparente opposition entre foi et amour d’une manière magistrale. Nous avons donc d’un côté Aaron, jeune mormon, fort d’une foi inébranlable (vraiment ?) en la religion et le mode de
vie de ses parents, qui effectue sa « mission » d’évangélisation à Los Angeles en compagnie de trois autres jeunes hommes. De l’autre, Christian, voisin des quatre mormons, qui ne croit
en rien si ce n’est qu’il va se faire un nouveau mec chaque soir… Christian travaille dans un restaurant et va faire le pari avec ses collègues qu’il arrivera à « convertir » un des
mormons. Son choix se porte sur Aaron...
Les premières rencontres sont plutôt comiques mais donnent déjà un aperçu de l’intensité des sentiments qui vont suivre. Question sexualité, Aaron doute, Christian est sûr de lui, question foi,
c’est l’inverse. L’histoire qui va se dérouler ensuite est le long chemin parcouru par chacun pour rejoindre l’autre, notamment sur ces deux points.
Tout en montrant la force et l’acharnement du dogme et de la foi mormone face à l’homosexualité à travers l’homophobie des colocataires d’Aaron (« Dieu n’aime pas les
homosexuels. », suivi d’un « Ni les français. » ) et l’envoi d’Aaron dans un centre de thérapie d’inversion, C. Jay Fox réussit à nous convaincre que ce combat n’est
qu’apparent. Aaron ressort fort d’une foi plus grande encore, mais une foi en la vie, en l’amour plus grand que le dogme. Christian, de son côté, découvre que la foi est nécessaire à la vie, une
foi en l’autre, notamment en participant à un programme d’aide à domicile pour les malades du sida. Et oui, le sujet de la maladie est également abordé, mais encore une fois pour nous convaincre
de la force de la foi en la vie.
En résumé, une histoire d'Amour avec un grand A, qui transcende la simple sexualité des personnages, histoire de rappeler que dans homosexuel, il n'y a pas que sexuel, mais aussi deux personnes
qui s'aiment.
L'avis de Rémi : Il y a des choses qu'on voit ou qu'on entend et qui marquent. La Tentation d'Aaron est parmi celles-là.
Ça fait une semaine que j'ai vu ce film pour la première fois. Je l'ai acheté aussitôt après et depuis je le regarde en boucle. Je ne sais pas pourquoi j'ai pu louper une histoire pareille.
Profonde, forte, qui exprime nos tourments, nos doutes, nos peurs, notre légèreté aussi, mais aussi et surtout toute la splendeur de notre capacité à nous surpasser quand on aime.
La Tentation d'Aaron(Latter Days) est une histoire avec des mots brefs mais intenses. Mais ce qui m'a frappé le
plus, c'est la mise en scène de notre déroute quand on est placé devant des choix que nous savons déterminer le futur. J'ai été confronté, comme beaucoup je pense à de tels choix. D'un côté il y
a l'angoisse de savoir si on va faire le bon ou non, et de l'autre l'angoisse de ce qui se passera si on le fait ce choix ou non. C'est pour ça que je dis qu'il y a des films qu'on regarde avec
émerveillement à cause de leurs effets spéciaux, mais celui-là ne s'adresse pas aux sens, mais au cœur, et jamais film n'a su me captiver autant, sauf peut être Amen de Costa
Gavras. Je revois à travers ce film tous ces jeunes gens qui ont traversé des périodes terribles de tourments psychologiques, entre le moment où ils s'aperçoivent de leurs penchants terribles, et
celui où ils décident d'ouvrir la porte et de s'ouvrir au monde tels qu'ils sont. Quelques uns n'y survivent pas et pour eux je lance une pensée tendre et amicale.
Je recommande à tous ce film. En dehors de l'angle poignant sous lequel il aborde l'homosexualité, ce film est une véritable ode à l'amour, la joie, la tolérance contre l'oppression des hommes,
et surtout une question : l'essentiel, c'est quoi pour toi, au fond...
Et ce beau Steve Sandvoss me fait craquer littéralement... Pour plus
d'information : Site du film avec photos & trailer (US) : http://www.latterdaysmovie.com
Fiche technique : Avec Barbra Streisand, Mandy Patinkin, Amy Irving, Nehemiah Persoff, Steven Hill, Allan Corduner, Ruth Goring, David de Keyser, Bernard Spear,
Doreen Mantle et Lynda Baron. Réalisé par Barbra Streisand. Scénario : Barbra Streisand et Jack Rosenthal, d’après l’œuvre d’Isaac Bashevis Singer. Directeur de la photographie :
David Watkin. Compositeur : Michel Legrand.
Durée : 135 mn. Disponible en VO, VOST et VF.
Résumé : Au début du 20e siècle, une Polonaise répondant au nom de Yentl enfreint la Torah en se déguisant en homme pour étudier les textes
sacrés. Assoiffée de connaissance, la jeune Yentl se déguise en garçon à la mort de son père pour parcourir la Pologne. Elle rencontre Avigdor, dont
elle tombe amoureuse mais ne peut lui révéler son secret car il doit épouser la belle Hadass. Pour réunir les deux êtres qui lui sont le plus cher, Avigdor a l'idée de marier Yentl à
Hadass. L'avis deJean Yves: Émouvant, drôle, superbe. Adapté d’une nouvelle d’Isaac Bashevis Singer, Yentl insiste sur le message féministe mais la
comédie reste au rendez-vous. Et la voix de Barbara Streisand aussi…
Barbara Streisand est restée fidèle à la nouvelle de Singer (1). Même si elle en a simplifié l'action. Singer écrit de manière concise, évoque les faits d'un mot ou d'une phrase. La cinéaste a
supprimé des personnages pour s'en tenir à l'essentiel.
Deux pages à peine suffisent à Singer pour que la jeune Yentl devienne le jeune Anshel, pour que celui-ci se mêle
aux étudiants juifs qui vont en ville fréquenter la Yeshiva (école rabbinique où l'on se consacre à l'étude du Talmud) et se lie d'amitié avec
le séduisant Avigdor qui semble d'emblée séduit (en tout bien tout honneur) par son jeune compagnon d'étude. Yentl se passe en 1904-1905, en principe en Pologne, mais on reconnaîtra comme décor naturel le magnifique pont Charles jeté sur la Moldau à Prague, où le film a été en partie
tourné.
Yentl (jouée par Barbara Streisand) n'est pas une jeune fille comme les autres :
« Yentl préférait de beaucoup les activités des hommes à celles des femmes. Son père avait étudié la Torah avec elle comme s'il s'était agi de son fils... Elle s'était montrée si bonne élève que
son père avait coutume de dire : - Yenti, tu as l'âme d'un garçon. - Alors pourquoi suis-je née dans le corps d'une fille ? - Même le Ciel commet des erreurs.»
L'étude, selon la tradition, était réservée aux hommes, chaque sexe ayant à respecter ses propres obligations : on considérait la femme qui étudie comme un démon, et pourquoi d'ailleurs
aurait-elle eu besoin d'étudier, de s'instruire, puisqu'elle est censée tout connaître d'instinct. (« jolie » pirouette du Talmud pour conserver
le savoir au mâle tout puissant).
L'amour de l'étude, la soif d'apprendre, ne vont apparaître tout au long de cette histoire que comme une justification de tous les débordements masculins qui secouent Yentl. C'est en effet un
refus total de la condition féminine qui l'anime : pas question de passer sa vie à servir un homme, pas question de s'encroûter dans l'ignorance, pas question de se contenter, pour toute
conversation, des jacassements des autres femmes.
Dans la nouvelle (1), Yentl n'attend pas de devoir quitter son village, après la mort de son père, pour se travestir : déjà elle aimait, tandis que son père dormait pendant les après-midi de
Sabbat, se vêtir en homme et « étudier son reflet dans le miroir. Elle avait l'air d'un jeune homme sombre et bien fait ». Une fois réellement travestie, Yentl va vivre une aventure incroyable : jamais on ne la prendra en
défaut, car tromper le monde était devenu un jeu. Jeu qui va très loin, puisqu'elle en arrive à épouser Hadass, une jolie fille de la bourgeoisie qui avait d'abord été promise à
Avigdor.
On imagine la succession de gags que Barbara Streisand a tirée de la situation, alors que la nouvelle de Singer n'est pas traité sur le mode humoristique. Le comique est l'un des apports
essentiels de la comédienne. Mais c'est dans la personnalité profondément ambiguë de Yentl/Anshel, dans cette confusion des
sexes ― où le rôle social interfère sur la destination du sentiment et inversement ― que Barbara Streisand se
montre particulièrement subtile.
Il y a dans le texte de Singer trois idées que la cinéaste a su utiliser pour créer à l'écran cette impression d'incertitude et de trouble : la nouvelle nous dit que, dans un rêve, Yentl avait
été en même temps homme et femme. Elle nous révèle la pensée de Yentl/Anshel, devant la belle et très féminine Hadass : « Dommage que je ne sois pas un
homme ».
La nouvelle suggère l'attirance d'Avigdor envers « lui » : « Avigdor s'attachait de plus en plus à ce garçon, de cinq ans son cadet... » Cette
amitié entre Avigdor et Anshel a, sans dire son nom, sans passer à l'acte, toutes les apparences d'un lien
pédérastique.
Et l'affection ressentie par Anshel pour la belle Hadass n'est pas très claire non plus. La cinéaste est restée en-deçà du texte de Singer en ce qui concerne cette relation, car l'écrivain
précise bien que lors de la nuit de noces, « Anshel avait trouvé un moyen pour déflorer son épouse », ce qui implique qu'il y a contact physique
chez Singer, alors que Barbara Streisand fait une tache de vin sur le drap pour faire croire que le sang de l'hymen a coulé. Yentl est donc un film qui pourrait illustrer, implicitement, que l'amour n'a pas de sexe, et que
s'il en a un généralement, c'est parce que le conditionnement est passé par là.
Ce film est un superbe spectacle où les interventions chantées sont autant d'intermèdes qui assurent la liaison et la respiration entre les moments. Quant à Barbara Streisand travestie en garçon,
je l'ai trouvée beaucoup plus crédible que Julie Andrews dans l'excellent Victor-Victoria. Elle parvient beaucoup mieux que Julie à camper un personnage androgyne. Et l'entourage n'a
aucun mal à tomber dans le panneau des apparences trompeuses.
(1) La nouvelle "Yentl" est éditée dans le recueil Yentl et autres nouvelles de Isaac Bashevis Singer, Editions Stock, 1998. Pour plus d’informations :
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