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Mardi 30 août 2005

Fiche technique :
Avec Gérard Darmon, Michèle Laroque, Dany Boon, Jacques Dutronc, Guillaume Cramoisan, Ruben Alves, Dominique Besnehard et Nathalie Corré. Réalisé par Gabriel Aghion. Scénario de Gabriel Aghion, Pierre Palmade, Bertrand Blier et Patri
ck Timsit. Directeur de la photographie : Jean-Marc Fabre. Compositeur : Jean-Claude Petit.
Durée : 90 mn. Disponible en VF.

Résumé :
Loïc et Seb forment un couple de notables installés dans le Marais. Seb est le patron de la boîte de nuit la plus chic et la plus folle du quartier. Loïc va réaliser son rêve : transmettre tout ce qu'il a dans la tête, tout ce qu'il a dans le coeur. Il va être père. C'est lui qui a donné son sperme. Fécondation in vitro.
Leur complice Marie Hagutte leur a fait ce cadeau. Le plus beau des cadeaux qu'on puisse faire à deux homos : un bébé ! Elle est enceinte de trois mois...
Sauf que l'amour remet tout en cause. Marie tombe amoureuse de Charles, un merveilleux inconnu ; un hétéro en tous cas. Et d'ailleurs, il vient dîner demain... Que faire ? Rendre hommage à l'amour et honorer la femme de leur vie ? Ou bien tout faire pour écarter cet homme qui représente le départ de Marie, la perte de leur équilibre à trois et peut-être aussi la perte de l'enfant ?

L'avis d’Oli :
Pour ceux qui hésitaient encore, c'est bon, économisez vos deux heures et faites autre chose pendant ce temps-là. Ce fim, où en gros Michèle Laroque porte le bébé de Gérard Darmon et de Dany Boon, s'empêtre dans un style vaudeville théâtral qui rend très très mal à l'écran (vas y que je te sorte ma réplique, vas y que j'attende la tienne, vas y qu'on laisse le public rire ensuite), sur une histoire sans queue ni tête (ou alors on voulait faire un film concept, mais on ne le présente pas comme une comédie grand public dans ce cas), des caricatures qui ne sont même pas réussies, un manque d'extravagance barbant (sauf une scène de fête dans une cage d'escalier, la scène la plus sympa, la seule qui soit extravagante justement).
Ce film, c'est un peu du chacun pour soi. Dany Boon fait son one man show Dany Boon, idem Gérard Darmon et Michèle Laroque itou. C'est chiant, c'est mal joué, c'est le plus mauvais film de 2004 pour moi.

Pour plus d’informations :
Site officiel du film
Bande annonce

par Oli publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Vendredi 26 août 2005


Fiche technique :
Avec Jonathan Caouette, Renée LeBlanc, David Sanin Paz, Rosemary Davis et Adolph Davis. Réalisé par Jonathan Caouette.
Durée : 88 mn. Disponible prochainement en dvd en France.

Résumé :
Tarnation élabore une nouvelle écriture du documentaire. Ce long métrage est l'autoportrait de Jonathan Caouette, 31 ans, qui dès l'âge de 11 ans, décide de filmer la chronique chaotique de son enfance dans une famille texane. Avec Tarnation, il nous entraîne dans un tourbillon psychédélique à partir d'instantanés, de films d'amateur Super-8, de messages enregistrés sur répondeur, de journaux intimes vidéo, de ses premiers courts métrages et de bribes de la culture pop des années 80, accompagnés de scènes reconstituées, pour tracer le portrait d'une famille américaine éclatée par de multiples crises mais réunie par la force de l'amour.
L'avis de Matoo :
Imaginez un gamin un peu perturbé qui, dès l’âge de 11 ans, se met à se filmer avec une caméra, à s’enregistrer et à fixer son image et celle de son entourage sur tous les supports. Et c’est vrai que plus les années s’égrainent et plus il est possible de trouver des gens dont l’existence a pu potentiellement être filmée depuis les premières échographie « en live » et pendant toutes les périodes de la vie. Pour le réalisateur-producteur-scénariste-acteur de cette œuvre biographique extraordinaire, c’est une démarche un peu moins banale puisqu’il a trente ans et un an, et qu’il s’est approprié une caméra pour se filmer lui-même tout môme dès 1983.
Il s’agit donc d’un OVNI cinématographique qu’on se prend en pleine poire, et j’y ai été particulièrement sensible. Tout commence par un plan sur ce mec, Jonathan Caouette, une espèce de beau mec avec un air à la Robbie Williams, qui se filme dans un moment de déprime et de crise d’angoisse car sa mère ne va pas bien. On comprend qu’elle souffre d’une maladie psychiatrique assez grave. Le mec de Jonathan lui fait un câlin pour le consoler (ah il est homo ?!), et Jonathan entreprend de raconter son histoire à travers ses images.
On trouve alors un patchwork d’images, de photos, de vidéos, de messages de répondeur, une bande-son d’une foisonnante richesse (très ro
ck) qui forment au final un ensemble extrêmement homogène. Cette œuvre aurait pu être autant dans une expo à Beaubourg qu’à l’UGC tant la recherche artistique sur la forme est extraordinaire. Quand on voit que les producteurs exécutifs sont Gus Van Sant et le brillant John Cameron Mitchell (auteur de mon fétiche : Hedwig and the angry inch), on comprend bien ce qui a pu les motiver dans ce projet. En effet, Tarnation est à la fois un délire queer et fantaisiste mais aussi une fable adolescente à fleur de peau, et un opéra rock dramatique.
L’histoire débute par l’annonce de l’overdose au lithium de sa mère, et donc par là, le récit de l’histoire de Jonathan… celle de la rencontre de ses grands-parents, de la naissance de sa mère et de ses premiers problèmes psychologiques qui ont été « soignés » par électrochocs qui l’ont rendu encore plus malade des années durant. Et puis, vers l’âge de 11 ans, Jonathan commence à se filmer, et comme tous les mômes, il se met à jouer devant ce miroir rémanent, ou bien à shooter sa famille et ainsi conserver des bribes de vie familiale. On perçoit tout de suite la fragilité de l’enfant, et en même temps son talent incroyable (la première « scène » qu’il interprète m’a scotché à mon siège), on ressent son besoin de capturer le réel pour mieux l’apprivoiser.
Le film prend alors une tournure très biographique, puisqu’il raconte son histoire au travers de ses essais de vidéaste amateur, en même temps qu’il raconte en voix off quelques moments de son existence (notamment lorsqu’il a été placé dans des familles d’accueil). L’homosexualité n’y est pas largement évoquée, mais elle tient une part importante malgré tout dans le récit, puisqu’il l’évoque dès l’adolescence en tant qu’élément majeur de son développement.
Mais surtout Jonathan Caouette évoque sa mère et son rapport avec elle. Elle est de plus en plus déphasée et en décalage avec sa personnalité originelle, et cela affecte aussi beaucoup son fils. L’amour (réciproque) qu’il lui voue est un des sentiments qui passent le plus limpidement dans ce film. Il évoque aussi ses propres problèmes psychologiques, entre la maladie de sa mère, ses névroses liées à son éducation et aux épreuves qu’il a traversées, mais aussi une affection psychiatrique réelle. En effet, Jonathan a fumé deux joints à 11 ans avec non seulement de la marijuana, mais aussi une molécule (genre LSD) qui lui a bousillé un peu les méninges, de sorte qu’il vit (et voit) sa vie comme dans un rêve, et est incapable de se concentrer. On comprend alors aussi mieux la manière dont il réalise son film.
J’ai été touché par cette œuvre troublante à plusieurs niveaux. D’abord c’est un récit poignant dans le fond et autant singulier que superbe dans la forme. Et puis, l’homosexualité et la famille névrotique sont forcément des notions qui me parlent. A un moment, il se pose aussi un problème que moi-même j’ai ressassé dans le rapport à la folie. En fait, il se demande s’il va devenir fou, et s’il va lui aussi perdre complètement la boule. Il y a cette angoisse qui l’étreint, comme j’ai cette sourde crainte de devoir aussi un jour faire face à ces démons familiaux qui font que deux tantes, un oncle et mon père sont mabouls.
Jonathan se pose aussi l’intéressante question de son propre travail et de sa démarche, et j’ai trouvé cela particulièrement intelligent et pertinent. Est-ce que c’est complètement dingue de s’être filmé comme cela pendant des années et d’en faire un film ? Ou bien est-ce que c’est au contraire ce qui l’a sauvé de la folie ?
Ce support de ses névroses est-il une catharsis ou une camisole ?
Bon, inutile de dire qu’il faut le voir… Vous comprenez aisément que j’ai adoré. J’y suis allé seul, et ça m’a plongé dans un drôle de cocon tout le dimanche soir. D’ailleurs je suis rentré à pied, et je ne me suis même pas rendu compte du trajet, j’ai avancé comme un zombie sur ce chemin que je connais par cœur. C’est ce même soir que j’ai écouté Vive la fête en boucle. Humm, tiens ce n’était pas innocent ça finalement (mais l’ai-je cru un moment ?).

Pour plus d’informations :
Bande annonce

par Matoo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 23 août 2005

L'auteur :
Née à Paris en 1947, elle a fait ses études à Dijon (agrégation de Lettres en 1972), émigrée au Canada en 1973, elle enseigné la littérature (doctorat de création littéraire de l'Université de Laval) et la création littéraire dans diverses universités du Québec, en particulier celle de la ville de Chicoutimi (où elle réside). Elle a été la directrice littéraire de la revue Solaris de 1979 à 1990 (elle fait encore partie des quatre écrivains s'occupant de la direction littéraire de la revue, où elle est responsable des articles), a organisé en même temps des ateliers d'écriture SF & F. Elle est écrivaine à plein temps depuis 1990, mais se révèle créatrice dans plusieurs autres domaines : elle fait de la chanson (auteure-compositrice-interprète pendant une dizaine d'années, de 1973 à 1982), de la radio, de la télévision. Elle a écrit des articles et essais théoriques, organisé des congrès littéraires portant sur la science-fiction. Elle est également traductrice de nombreux romans de SF américains et anglais pour des éditeurs français et québécois, et a été chroniqueuse SF pour le réseau de Radio-Canada. Son oeuvre littéraire, importante et toujours de qualité, est traduite et célébrée en Amérique comme en Europe. Elle a obtenue de nombreuses récompenses littéraires et a sa place parmi les meilleurs auteurs actuels du genre. Elle aime la lecture, la musique, le cinéma, les chats (elle en a plusieurs), le ski alpin, la bonne chère et les jeux de mots.
L'avis de S. Nicot :
Ceux de nos lectrices et lecteurs qui attendraient de la SF aventureuse risqueraient d'être déçus à la lecture de ces Chroniques du Pays des Mères, troisième volume d'Élisabeth Vonarburg à être publié en France (lire chez Denoël Le silence de la Cité, Grand Prix de la SF française 1982, et le recueil Janus). Réglons d'emblée un problème d'image : Vonarburg est bien connue du microcosme SF pour ses positions féministes radicales que certains n'ont pas hésité à rapprocher — de façon peut-être un peu polémique — des courants « politiquement corrects » qui sévissent aux États-Unis. L'argument du roman repose en effet sur un sujet qui, par le passé, a toujours débouché soit sur des utopies féministes sexistes et bavardes, soit sur des mises en scène machistes des angoisses de castration masculines (La Révolte des femmes de Jerry Sohl ou Misandra de Claude Veillot par exemple). Ce « Pays des Mères » d'un futur lointain et indéterminé est en effet un monde totalement dominé par les femmes qui dirigent seules et confinent les rares hommes qui ont échappé aux soubresauts des siècles passés (oppression sexiste puis revanche féministe) et aux séquelles de problèmes génétiques (l'équilibre habituel des naissances a disparu au profit d'une rareté des hommes qui les confine aux tâches de reproduction). On pouvait craindre le pire...
Élisabeth Vonarburg nous offre le meilleur. À mille lieux des clichés, des visions revanchardes, des simplifications, l'auteur brosse peu à peu une vision prodigieusement subtile de cette société de femmes parvenue à un stade de développement et de réflexion tel qu'elle voit surgir de ses rangs des facteurs de dynamisme et de contestation de la séparation des sexes. Tout au long des 630 pages du roman, on se plaît à suivre Lisbeï, personnage tellement attachant et fort que le lecteur — masculin ou féminin, peu importe — s'y attache et suit ce cheminement vers la vérité et la lucidité qui traduit toute vie digne et imprègne tout récit initiatique, forme à laquelle on rattachera sans la moindre hésitation ces Chroniques du Pays des Mères. On finit peut-être par relativiser un peu les autres personnages, (c'est le seul reproche que l'on pourrait faire à Vonarburg), y compris ceux qui accompagnent le parcours de l'héroïne tout au long du livre.
Ce qui est proprement admirable dans le roman, c'est la capacité de l'écrivain à évoquer un passé mythique en nous faisant comprendre les interrogations de Lisbeï, qui remettra en cause la tradition et deviendra archéologue. Loin de tomber dans un didactisme appuyé, Vonarburg nous donne à imaginer les origines de cet univers au travers de bribes, de légendes (on mentionnera la puissance évocatrice d'une relecture au féminin de la passion du Christ), d'artefacts, d'interprétations parfois contradictoires du passé du Pays des Mères.
Autre grande réussite, et démonstration éblouissante quoique contestable dans sa systématisation, Vonarburg montre que le pouvoir c'est aussi le langage. À société de femmes, langage au féminin : au Pays des Mères, on voyage sur des « chevales », on élève des « enfantes », etc. Pour un lecteur masculin, l'effet de déphasage est immédiat.
Appel à la tolérance et à la rencontre entre les sexes, au refus du sexisme, Chroniques du Pays des Mères a été salué par la critique lors de sa sortie au Canada puis traduit aux États-Unis, où il a obtenu le prix spécial Philip K. Di
ck. Ce remarquable roman confirme qu'Élisabeth Vonarburg est désormais un écrivain majeur de la SF mondiale.
Pour plus d'informations :
Disponible au Livre de Poche, collection « SF » (France)
Site officiel d’Elisabeth Vonarburg

par Stéphanie Nicot publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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Jeudi 11 août 2005

Fiche technique :
Avec Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto, Anthony Hopkins, Jonathan Rhys-Meyers, Rosario Dawson, Christopher Plummer et Gary Stretch. Réalisé par Oliver Stone. Scénario de Oliver Stone, Christopher Kyle et Laeta Kalogridis. Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto. Musiques de Vangelis.
Durée : 170 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

Résumé :
La vie d'Alexandre le Grand, narrée par Ptolémée : de son enfance à sa mort, des cours d'Aristote aux conquêtes qui firent sa légende, de l'intimité aux champs de bataille. Fils du roi Philippe II, il soumit la Grèce révoltée, fonda Alexandrie, défit les Perses, s'empara de Babylone et atteint l'Indus pour établir à 32 ans l'un des plus grands empires ayant jamais existé.
L'avis de ExCalin :
J’ai vu Alexandre (d’Oliver Stone) au Gaumont Italie : les navets sont toujours plus savoureux sur grand écran. Le film avait reçu beaucoup d’échos préalables dans la presse gay, Stone ayant promis de montrer la bisexualité d’Alexandre. Un barrage de déclarations inverses, faisant état d’une suppression quasi complète de toutes les scènes « litigieuses », suite à des pressions de la Warner, m’ont décidé à aller le voir. Non, les costumes antiques n’y sont pour rien.
Alexandre (Colin Farell, à qui la jupe va plutôt bien (zut, trahi !)), est donc un grand conquérant peroxydé ; la chimie de l’antiquité était décidément plus avancée que ce je croyais. Force est de reconnaître que si son coiffeur est très doué, le reste de son entourage l’est beaucoup moins.
On commence par son père Philippe II, roi borgne de Macédoine, joué par Val Kilmer. Celui-ci montre comme toujours un jeu d’acteur remarquable, qui conduit toutefois à l’interrogation suivante : aurait-il pu être encore moins expressif s’il avait été complètement aveugle ?
Vient ensuite Anthony Hopkins qui campe un Ptolémée vieillissant, narrateur a posteriori de l’histoire, et pharaon d’Égypte. Point de salut non plus dans ce rôle ingrat de vieil homme se remémorant ses aventures passées, et les dictant à ses scribes esclaves.
Mais le clou du spectacle est très certainement Angelina Jolie, qui campe la mère dominatrice et manipulatrice d’Alexandre. Le fait que les deux acteurs aient en fait le même âge n’a pas échappé à Stone, qui use des toutes dernières avancées en matière de maquillage pour la vieillir : 1 cm de mascara = 10 ans. Sa crédibilité est bien heureusement renforcée par son accent grec (en VO tout au moins), à base de « r » roulés, qui ferait mourir d’envie un Lord Écossais.
Seule vraie bonne surprise du casting, Jared Leto, qui incarne avec beaucoup de justesse Héphaistion, l’amant et compagnon d’Alexandre. Leur relation, si elle n’est pas montrée à travers de scènes sexuellement explicites est tout de même parfaitement claire. Plus que bisexuel, Alexandre apparaît avant tout comme homosexuel (en dépit d’un mariage clairement présenté comme étant de convenance). On retiendra l’amusante formule « Alexander was only defeated once, and that was by Hephaistion’s thighs. »
Toute cette amusante galerie de personnage est complétée par une pléthore (une bonne douzaine) de personnages tertiaires, amis d’enfance d’Alexandre ou généraux de son père. Ceux-ci commencent par l’aider avant de s’opposer à lui, et finissent souvent par en mourir. Ce schéma, répétitif à l’extrême, est compliqué par l’abondance de ces personnages qu’on ne peut s’empêcher de mélanger.
Au centre de tout ce petit monde, Alexandre cherche à venger son père de Darius (roi des Perses, responsable présumé de la mort de ce dernier). Cela le conduira tout d’abord à Babylone, puis de fil en aiguille au coeur de l’Orient. Contre l’avis de ses généraux, il décide de pousser ses conquêtes « libératrices » là où personne n’est encore jamais allé. Alternent alors dans le film des scènes de batailles, impressionnantes mais brouillonnes (Alexandre triomphant d’une armée Perse dix fois supérieure à la sienne en nombre en plein coeur d’un désert, cela laisse surtout un souvenir de nuage de sable…), et de longues scènes d’introspection et de doutes (faut-il rentrer ou continuer ?).
Un film à voir pour se faire une idée, mais probablement pour être déçu.

Pour plus d’informations :
Bande annonce
Site officiel du film

par ExCalin publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Jeudi 4 août 2005

L'auteur :
Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de S. Nicot :
« Nous attachions leurs poignets et leurs chevilles avec des dentelles noires, nous lubrifiions et pénétrions leurs moindres orifices, nous leur procurions des plaisirs qui leur faisaient honte. Je me souviens de Félicia, une beauté aux cheveux mauves, qui parvint à un orgasme sanglotant, sauvage, grâce à la langue râpeuse d'un chien errant ». Dès les premières lignes de « Sa bouche aura le goût de la fée verte » (Allusion à l'absinthe chère à nos Rimbaud et Verlaine), on devine que rien, ou presque, ne nous sera épargné. On se convainc également que les antiennes sur l'écriture « féminine » et autres sottises sexistes ne résistent pas une seconde à la lecture des nouvelles de Poppy Z. Brite.
Inutile de dire que le fantastique de Brite a très peu à voir avec les bluettes surannées, sans âme, en un mot inoffensives qui font crouler les rayonnages des éditeurs de littérature générale, ce fantastique des familles qu'on étudie dans les meilleurs lycées, qui ne dérange pas les partisans de l'ordre moral, qui ne trouble ni les critiques, ni les lecteurs.
Avec Poppy Z. Brite, Eros et Thanatos célèbrent leurs sombres noces à chaque page, poussant chaque fois un peu plus loin les limites du dicible. L'auteur des Contes de la fée verte renoue sur le plan des thèmes avec la grande tradition du fantastique du XIXe siècle (Poe, Gautier, James qui évoquent sous le masque des histoires de revenants et de vampires les pires horreurs sexuelles...) tout en injectant dans sa prose les stigmates de la modernité (surpopulation, violence de masse, ravages de la drogue).
Comme le souligne Dan Simmons, dans une préface chaleureuse, il s'agit d'une œuvre au contenu « brillant, ténébreux, infiniment tragique et extraordinairement juste », une œuvre qui parle « de sexe et de décomposition, des extrêmes ténébreux de l'amour où violence et passion se confondent. » : les abîmes de la gémellité (Anges), la peur inconsciente de la féminité (Xénophobie), la mort d'un enfant (Paternité), les affres de la jalousie et de l'amour (Cendres du souvenir, poussière du désir)...
On soulignera que certains des récits les plus brutaux et les plus désespérés ont été écrits par une gamine de vingt ans et on se demandera quelles douleurs secrètes produisent une littérature aussi personnelle, aussi puissante, aussi radicale : « II me tendra les bras, m'invitera à reposer avec lui dans son lit grouillant de vers ».

Pour plus d'informations :
Disponible chez Denoël (France)
Site de Poppy Z. Brite (anglais)

par Stéphanie Nicot publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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Jeudi 4 août 2005

L'auteur :
Julie Anne Peters est née en 1952 à Jameston (Etat de New York). Elle est devenue au fil de ses romans, un des meilleurs auteurs de littérature jeunesse.
L'avis de Jean Yves :
Liam est un adolescent qui ne supporte pas qui il est. Si son corps est bien celui d'un garçon, dans sa tête il se sent fille. Il a pris le nom de Luna pour explorer sa véritable nature. Mais il ne peut le faire que la nuit dans le secret de sa chambre. Seule sa sœur, Regan, est au courant et lui prête ses habits féminins et son maquillage. Ce secret inavouable va devenir de plus en plus invivable surtout pour sa sœur, qui en soutenant son frère, sacrifie sa relation amoureuse avec Chris, ses sorties... Quand Luna décide de se montrer en plein jour sous sa forme féminine, les parents, comme on peut s'y attendre, ne sont pas prêts à accepter cette identité de leur fils. Pourtant sa décision à lui est prise : il est tout comme la lune qui doit disparaître avant de se retrouver dans toute sa rondeur. Il sera fille. Pour être totalement Luna, il part donc - en pleine nuit, en cachette - à Seattle se faire opérer définitivement.
Les romans pour adolescents qui abordent la transsexualité sont encore rares pour qu'on ne salue pas ici la publication de cet ouvrage exceptionnel.
Cette histoire racontée de façon fine, sensible et sans aucun pathos nous plonge d'emblée dans la véritable identité de Liam/Luna. Le roman aurait pu se perdre dans les nombreuses interrogations que Liam a dû se poser à un moment de son existence. Là, on est dans l'après. Pour lui la décision est prise. Il veut changer de sexe car il y a eu une « erreur ». Tout est clair dans sa tête et c'est ce qui lui permet de franchir les étapes - passage de sa vie nocturne et cachée de Luna à sa vie diurne et visible - même s'il doit faire face à la pression sociale.
Cette simplicité apparente est sans doute liée au style de narration employée : en effet la narratrice du roman est la sœur de Luna (Le monde de l'édition qui parie généralement sur l'identification du lecteur avec le narrateur acceptera-t-il un jour de publier un roman où ce dernier sera le personnage transsexuel ? Il faut ajouter à sa décharge la loi du 16 juillet 1949 qui régit toujours l'édition jeunesse dont les romans pour adolescents dépendent.) ; il est donc logique que le lecteur se trouve plus directement plongé dans les difficultés de la narratrice que dans celles de Luna. Et des difficultés, elle en rencontre, quand elle nous raconte par exemple sa vision de la sortie de Luna en plein centre commercial : le « travestissement » est tellement flagrant qu'elle doit faire face à l'humiliation des passants pour continuer à soutenir son frère.
J'ai trouvé extraordinaire (et à la fois assez peu réaliste - mais c'est un roman) qu'une sœur sacrifie une part de son existence pour aider son frère dans sa démarche identitaire. Surtout que ce dernier n'est pas toujours facile à vivre. Finalement, la solution du départ de Luna me semble la meilleure des choses qui pouvait arriver à sa sœur Regan : en partant, Luna lui offre - involontairement - la possibilité de vivre enfin pour elle.
Quand Liam/Luna part, Regan perd son frère mais elle sait aussi qu'elle aura désormais une sœur.

Pour plus d'informations :
Disponible chez Milan, collection « Macadam » (France)
Site officiel de Julie Anne Peters (en anglais)
Liste des romans pour adolescents abordant les thèmes LGBT

par Jean Yves publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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Mercredi 3 août 2005

L'auteur :
Née en 1967 à La Nouvelle-Orléans, récompensée en 1994 par le British Fantasy Award, Poppy Z. Brite fait figure de chef de file d'une nouvelle génération d'auteurs entre littérature underground et terreur. Son oeuvre provocatrice dévoile la réalité froide et crue d'une société puritaine à la dérive.
L'avis de Org :
« Les Beatles étaient devenus plus populaires que le Christ ». Cette phrase a été prononcée par John Lennon en 1966. Bon. Maintenant, imaginez que les deux piliers, les vrais moteurs de ce groupe « plus populaire que le Christ », aient été gays. Cela aurait il un tant soit peu changé le monde ? Tel est le postulat de départ de Plastic Jesus. Et autant vous le dire tout de suite, d'après Poppy Brite, la réponse à la question posée est bien évidemment oui... Donc, John et Paul (ils ont un autre nom et leur groupe ne s'appelle pas les Beatles, mais il s'agit bien d'eux), sont gays. Et John (en fait, sont nom c'est Seth, dans le bouquin) meurt le corps truffé de balles — cinq, pour être précis. Paul (son nom à lui, c'est Peyton), fou de douleur, va voir le psychanalyste de John/Seth, un vrai fan de leur groupe ayant lui-même assumé son homosexualité grâce aux deux rock-stars. Paul veut rencontrer Ray Brinker, l'assassin de John, et pense que le psychanalyste devrait pouvoir lui permettre d'accéder au meurtrier. Les deux hommes discutent, et bientôt Paul raconte son histoire, sa rencontre avec John, la formation du groupe, sa vie amoureuse...
Plastic Jesus n'est pas un mauvais livre. Ce n'est pas non plus, loin s'en faut, le chef-d'œuvre de Poppy Brite. Le texte est court (100 pages, le reste du volume étant meublé par une introduction, des illustrations hideuses de l'auteure, une interview ainsi qu'une sorte d'essai fictionnel tiré de Coupable, recueil d'essais abscons de Brite publié aussi Au diable vauvert). En fait, il s'agit davantage d'une novella que d'un roman. Brite y fait preuve de son habituelle sensibilité, de sa justesse de ton et de son style simple, nerveux. Si ses motifs centraux demeurent inchangés (l'amour, le sexe et ses orientations, le rock, la créativité, etc.), on notera toutefois qu'on retrouve ici l'auteure d'Âmes perdues non seulement débarrassée de son appareillage gothique habituel (fantôme, vampire et magie), mais aussi du cadre classique de ses bouquins (principalement la Nouvelle Orléans et la Louisiane). De fait, Plastic Jesus tient davantage de la littérature générale que de la littérature de genre. Voici donc un livre d'une auteure dont le talent n'est plus à prouver mais qui vaut surtout par la dimension (direction ?) nouvelle qu'il donne à son œuvre.
Pour plus d'informations :
Disponible au Diable Vauvert (France)
Première publication & autorisation de la revue Bifrost
Site de Poppy Z. Brite (anglais)

par Org publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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Lundi 1 août 2005

L'auteur :
Francis Berthelot est né à Paris en 1946. Polytechnicien et chercheur en théorie littéraire, auteur de onze romans (Denoël, Fleuve Noir, Fayard, Hachette) et de quatre essais (Nathan), il a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire dans les quatre catégories “nouvelle”, “roman” (pour Rivage des Intouchables), “essai” et “jeunesse”.
Après un passage par la littérature générale, il revient depuis deux ans à un imaginaire dans tous ses états par les voies du merveilleux noir.
L'avis de S. Nicot :
En avouant « son désir de graver ses mots dans la mémoire des enfants à venir », Arthur, l'un des deux personnages principaux de Rivage des intouchables, se bat non seulement pour survivre, mais pour vivre. Libre, et à sa façon : contre les interdits, les préjugés, les racismes. En créant un monde extraterrestre où Gurdes et Yrvènes (aux uns les écailles dures et aux autres les pigmentations douces) se haïssent férocement, en imaginant une histoire de transgression (les transvers, issus des deux races antagonistes, se mêlent au nom de la liberté, de la tolérance et, tout simplement, du désir), puis en racontant l'épidermie contagieuse qui les frappe, Francis Berthelot a choisi « de parler du sida à travers une maladie fictive... de façon spéculative, dans le cadre d'une autre société, avec un tabou différent, une maladie différente. » Il évoque le sida « d'une manière que n'importe quel lecteur, homosexuel ou hétérosexuel, puisse s'y reconnaître et s'identifier aux personnages. »
Le racisme, Arthur y est confronté tout petit, lorsque ses parents gurdes le lavent pour effacer tout trace de Cassian, son ami yrvène. Comme l'affirme sa mère : « Vivre avec une honte pareille, aucun d'entre nous ne l'a mérité. » Comment, dans ces conditions, la mémoire des transvers ne serait-elle pas malade de la culpabilité et du dégoût de soi : « Quand l'identité profonde de quelqu'un a de tout temps servi d'injure à la populace, quelle estime de soi lui reste-t-il ? » Serait-ce l'origine de l'épidermie ? Arthur et Cassian ne partagent pas le même avis : le jeune révolté yrvène semble sûr de lui, mais Arthur le Gurde se souvient des blessures de l'enfance, de cet « opprobre universel » qui l'accablait « comme s'il allait devoir marcher seul, toute sa vie, entre deux rangées de barbelés » et des insultes qui fusaient : « Frottard. Poiscailleur. Lécheur de Couennes... ».
Là où des faiseurs auraient peine à s'élever au-delà d'une banale transposition futuriste, Berthelot invente une fiction pleine de sens : c'est pour mieux parler d'ici et maintenant qu'il a choisi d'inventer un cruel ailleurs et demain. L'irruption d'une maladie dramatique, la violence haineuse des troupes de Race et Foi et la bêtise des racistes ordinaires font parfois de Rivage des intouchables un livre douloureux. Mais, loin de se clore sur un no future trop souvent de mise dans la SF française, le roman s'achève de façon significative sur l'ébauche difficile, chaotique et tâtonnante d'un avenir meilleur, qui intègre à la fois la phase de libération et l'épreuve. On retrouve là un thème dominant de Berthelot, qui donne unité et continuité à son œuvre, de La Lune noire d'Orion (Calmann--Lévy), au cycle de Khanaor (Fleuve Noir) et de La Ville au fond de l'œil (Denöel, Présence du Futur) — sans oublier ses magnifiques romans de littérature générale (on conseillera tout particulièrement l'éblouissant Jongleur interrompu (Denoël) — à ce superbe et bouleversant récit : la recherche de l'harmonie.
Avec Rivage des intouchables, Francis Berthelot a écrit l'un des plus beaux romans de ces vingt dernières années. Ne passez pas à côté !
Pour plus d'informations :
Disponible chez Folio SF (France).
Autorisation de la chronique : Revue Galaxies
Le site de Francis Berthelot
Une interview et des photos de Francis Berthelot

par S. Nicot publié dans : LIVRES : Les Pages Roses
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Lundi 1 août 2005

L'auteur :
Né en 1952 à Liverpool, Clive Barker est romancier, nouvelliste, scénariste de BD, auteur de théâtre, peintre et cinéaste, chantre d'un univers baroque, extrême et érotique placé sous le signe des métamorphoses de la chair. On lui doit notamment en littérature Le jeu de la damnation,
Le royaume des devins ou Galilée, et au cinéma Hellraiser, Le pacte, Cabal et Le maître des illusions. Il prépare actuellement un nouveau film, Tortured Soûls -Animae Damnatae, travaille à un nouveau recueil de nouvelles fantastiques et continue le cycle d'Abarat qu'il écrit pour la jeunesse.
L'avis de Org :
Will Rabjohns est un photographe animalier de renommée internationale. Sa spécialité : la représentation d'une nature sauvage pervertie par les excès humains, le regard flou des derniers ambassadeurs d'espèces moribondes. Son art fascine, dérange : Will Rabjohns y excelle. Alors qu'il achève un reportage sur les ours polaires à Balthazar — de tristes créatures nourries des déchets de la petite ville d'Alaska — Will est grièvement blessé. Lors du coma qui s'ensuit, il revit un souvenir enfoui dans son subconscient, un événement de son enfance survenu peu après la mort de son frère, seule et unique idole de ses parents : la rencontre avec un couple fantastique, peut-être bien immortel, la sublime Rosa et son énigmatique amant, Jacob. Lorsqu'il sort du coma, Will a gagné deux choses. Un besoin de comprendre, d'abord, qui le pousse à tenter de retrouver le couple fantastique. Maître Renard, ensuite, une manière de seconde personnalité, un hôte mental sauvage, déroutant. Les pièces du puzzle sont nombreuses et éparses. Will va s'employer à les rassembler, quitte à contempler l'horreur.

Difficile de définir un livre comme Sacrements — au-delà de sa couverture magnifique, ce qui est suffisamment rare pour mériter d'être signalé. Difficile car c'est un livre énorme (un « roman-fleuve », nous dit la quatrième de couverture) qui, en dépit d'un nombre de personnages somme toute restreint (mais quels personnages !) au regard de sa taille, aborde une foultitude de thématiques — la mort, la maladie