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Mardi 29 août 2006

Longtemps, mon côté « vieille France » et mes références familiales et religieuses m’ont fait considérer qu’il était à l’opposé du romantisme de s’abandonner, dès le premier soir, à des plaisirs coupables avec quelqu’un fraîchement rencontré. Il me semblait même qu’une histoire d’amour n’avait aucune chance de voir le jour, si l’on ne se faisait pas quelque peu désirer. Même Ally McBeal ne couchait pas le premier soir, et j’ai le souvenir de chastes baisers qu’elle donnait à ses soupirants devant sa porte d’entrée, et bien sûr sous la fenêtre de sa copine Renée…

Hier, en fin d’après-midi, j’avais rendez-vous avec un jeune homme d’une trentaine d’années, typé italien, que par commodité j’appellerai « Célio ». Célio fait partie de l’éventail des soupirants qui me courent après sur certains sites de rencontres qu’il convient de ne point nommer pour ne pas leur faire de publicité gratuite sur ces pages, et qui a pris l’initiative de me fixer un rendez-vous « pour boire un verre ». C’est ainsi qu’à l’heure de l’éclaircie sous un ciel d’août désespérément gris, je l’ai retrouvé à la station de métro qui porte le nom du roi de la pomme de terre.

Il m’a fait découvrir un café sympathique du quartier, et sans prétention, où l’on est bien et surtout où l’on peut consommer à des tarifs bruxellois. Par exemple : 2 € le verre de Kronenbourg ou de Coca. Si vous souhaitez découvrir cette adresse, écrivez à la rédaction ou sollicitez un rendez-vous avec Zanzi. Mais je m’égare… Je n’ai pas tardé à m’apercevoir que je plaisais à Célio, car j’avais réussi à allumer dans son regard une flamme bien particulière qui signifie : « j’ai envie de toi ».

Après lui avoir montré en direct-live un aperçu de mes talents (deux poèmes écrits devant lui en un temps record sur les pages en papier recyclé d’une revue gratuite), nous sommes allés nous promener le long du Canal Saint-Martin et, au retour, il m’a invité à « prendre un dernier verre » chez lui. La littérature et le cinéma foisonnent de ce genre de scène qui généralement ouvre la voie à une plus grande intimité entre les protagonistes. Aussi, après quelques tergiversations, s’est-il jeté sur moi avec la ferme intention de me manquer de respect.

Contrevenant à mes habitudes en la matière, je me suis laissé entraîner sur son lit où, effectivement, j’ai pu vérifier la fermeté de ses intentions à mon égard… Une heure plus tard, je venais donc de coucher le premier soir avec un garçon rencontré à peine quatre heures plus tôt. La bonne question est de savoir pourquoi je l’ai fait.

Au hasard des rencontres avec des gens aussi farfelus que doués d’un certain bon sens, il m’est apparu comme une évidence que le premier soir peut aussi être le dernier. Comme on ne sait jamais s’il y aura un lendemain, un après, il faut saisir l’opportunité au moment où elle se présente et tant pis pour la morale de grand-maman ! Jadis, j’ai laissé passer des occasions à cause de vieux schémas mentaux que je tends à renverser. Hier soir, j’ai donc abattu un pan de mur. Cela dit, le partenaire en valait la peine. Il ne faut tout de même pas se livrer à ce petit jeu avec toute la City.

Voici ce qu’il faut retenir de ce premier billet. Carpe diem, et carpe noctem.

par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Mardi 29 août 2006
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : Rose divers
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Mardi 29 août 2006


Fiche technique :
Avec River Phoenix, Keanu Reeves, James Russo, William Richert, Rodney Harvey, Chiara Caselli et Jim Caviezel. Réalisé par Gus Van Sant. Scénario : Gus Van Sant. Directeur de la photographie : John J. Campbell et Eric Alan Edwards. Compositeur : Bill Stafford.
Durée : 105 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

Résumé :
Scott et Mike sont prostitués et amants. Mais si Scott, dont le père est très riche et qu'il déteste, a un avenir tout tracé, Mike, quant à lui, traqué par ses souvenirs, sombre dans des crises de narcolepsie. Au cours d'un voyage en Italie, Scott tombe amoureux de Carmella et abandonne Mike.
L'avis de Jean Yves :
Est-ce un rêve ou est-ce le réalisme cru des bas-fonds urbains et de la prostitution ? Le film de Gus Van Sant, My Own Private Idaho, navigue subtilement entre ces deux univers. Un itinéraire indispensable pour décrypter l'aventure du jeune héros Mike Waters (River Phoenix), tapin à l'enfance brisée, ado en quête d'un futur moins amer.
Le film de Gus Van Sant s'ouvre sur le visage de River Phoenix, un ancien duvet clairsemé sur ses joues d'enfant glabre, le cheveu en bataille. Le garçon bat des paupières, il a le souffle court, il paraît en transe : on croit à une épilepsie, sa tête se renverse et le râle s'enfle.
Et puis l'image recule, la caméra prend dans son champ la silhouette d'un homme très laid qui se retire furtivement. On comprend que Mike Waters vient d'éjaculer. Avec cette fellation proprement expédiée, on entre dans le vif du sujet.
Voilà pour le réel, à ras de terre. Puis l'image s'envole vers les nuées, dans un accéléré fuligineux, celui de la mémoire du héros, qui peuple malgré lui ses rêves fugaces, car Mike s'évade, par intermittence, dans de brusques accès de narcolepsie (ne pas rater le prélude, qui nous en donne la définition, dans le dictionnaire : sommeil transitoire et irrésistible). Cette pathologie, dans le film, n'a rien de purement accessoire : l'histoire se développe tout entière à travers le prisme de cette conscience brouillée, vulnérable, qui dans ses visions s'échappe vers son enfance brisée, vers cette mère absente et la violence lacunaire d'un passé trop amer.
L'Idaho du titre, c'est celui de la terre natale (« my own private... »), mais surtout le paysage intérieur du héros dont le film n'est jamais que la projection. Le réel y traverse le rêve, plutôt que l'inverse.
Un autre registre du film n'est pas moins frappé d'irréalité : c'est celui des bas-fonds urbains, revisités par une caméra virevoltante, instable. En plus, le réalisateur force parfois outrancièrement la couleur.
C'est dans la mouvance de Bob Pigeon (William Richert) et de sa colonie de paumés que Scott Favor (Keanu Reeves) a pu faire sécession d'avec son milieu d'origine, représenté par un père acariâtre, veuf en chaise roulante qui persiste à protéger son fils du haut de ses fonctions municipales. Par défi, le jeune homme s'est lancé dans la prostitution – comme on monte une entreprise d'import-export. Rien à voir avec Mike, pour qui c'est une question de survie matérielle et de traumatisme moral.
Scott et Mike sont deux largués qui, chacun à leur manière, n'en finissent pas de courir après une famille improbable. Aux refuges cataleptiques de Mike répondra le vagabondage de Scott. Leur périple en Italie, sur les traces d'une mère introuvable, est comme un voyage de noces raté. C'est bien sur ce sentiment d'exclusion que se fonde leur complicité.
Le vrai sujet du film est là, dans l'intimité de cette relation entre deux garçons qui partagent leur exil dans la prostitution : ils ne vendent leur corps que pour garder leur âme. Le tapin, dans les hôtels de Portland, n'est pas vécu par eux comme une dégradation. C'est un spectacle : d'où la séquence incroyable ou Hans, l'industriel allemand, fait son show dans la chambre du palace.
Entre Mike et Scott, la relation culminera dans ce tête-à-tête noctambule, auprès d'une énorme flambée : sans aucun doute une des plus belles déclarations d'amour de tout le cinéma. Cette scène est la plus forte du film. Répliques maladroites, voix nouées, le dialogue se suspend autour de quelques mots arrachés au silence, pour chuter dans une étreinte muette. À cet endroit du film, l'émotion passe, plus que partout ailleurs.
« Deux mecs peuvent pas s'aimer... », lâchera Scott, « Moi, je crois que je pourrais aimer quelqu'un, même si c'est pas pour le fric... » L'amour tâtonne vers son aveu. Et le lent cheminement de la trahison est le parcours le plus profond de cette histoire hybride, baroque, où s'imbriquent sans faux-semblants les transactions du sexe et les échanges du désir.
Gus Van Sant a fait un film illuminé d'une formidable générosité, et d'une grande tendresse vis-à-vis de son héros, Mike, cet ado valétudinaire, errant entre deux songes tétanisés.
Au détour de leur périple italien à la recherche de la mère de Mike, Scott ramasse pour finir une Carmella (Chiara Caselli) des faubourgs. À cette rencontre, il sacrifie brutalement son compagnon.
La caméra repart à la poursuite de Mike, seul, dépouillé de tout, dans son « own private Idaho » échevelé, sans horizon.
Dans la dernière image, en contre-plongée, une ultime voiture stoppe, vue de très loin, une silhouette se penche sur le corps de Mike évanoui sur la chaussée, le soulève, l'emporte : chaque spectateur peut s'identifier à ce hasard secourable.

Pour plus d’informations :

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 29 août 2006


Fiche technique :
Avec River Phoenix, Keanu Reeves, James Russo, William Richert, Rodney Harvey, Chiara Caselli et Jim Caviezel. Réalisé par Gus Van Sant. Scénario : Gus Van Sant. Directeur de la photographie : John J. Campbell et Eric Alan Edwards. Compositeur : Bill Stafford.
Durée : 105 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

Résumé :
Scott et Mike sont prostitués et amants. Mais si Scott, dont le père est très riche et qu'il déteste, a un avenir tout tracé, Mike, quant à lui, traqué par ses souvenirs, sombre dans des crises de narcolepsie. Au cours d'un voyage en Italie, Scott tombe amoureux de Carmella et abandonne Mike.
L'avis de ACTE :
Mike Waters, jeune prostitué homosexuel hanté par le souvenir d'une mère, dont il a perdu la trace, et les champs de son Idaho natal, fait partie d'une bande de marginaux regroupés derrière un clochard lyrique. Sujet à de fréquentes crises de narcolepsie, Mike erre de cafés en hôtels de passe. Il rencontre Scott, prostitué également, et le persuade de l'aider à retrouver sa mère. Ensemble, ils partent pour l'Idaho...
Inspiré d'une pièce de Shakespeare (Henri IV), et adapté à la sauce Van Sant pour le grand écran, ce film remarquable est complètement dans l'esprit du cinéaste.
Longue métaphore sur le thème de l'homosexualité et de la prostitution, ce film est magistralement interprété par Keanu Reeves et River Phoenix, qui disparaîtra à l'âge de 24 ans, à la fin de l'année 1993, soit deux ans seulement après ce film, dans lequel il remportera le prix d'interprétation masculine, partagé avec Keanu Reeves, au festival de Venise.
Sublime œuvre indépendante, qui laisse voir à l'époque, l'immense talent de Gus Van Sant, qui réutilisera les plans longs, les travellings lents et le style visuel, dans Elephant et Gerry. My own private Idaho est un film expérimental, une chronique à mi chemin entre le film et le documentaire. Il fascine par la réalité de ses événements, par la justesse de ses images, et par son thème, peu évident, mais maîtrisé...

L’avis de Fritz :
Il est des films, des livres ou des peintures qui bien qu’ancrés dans un réalisme sans artifice vous transportent dans une espèce de voyage onirique. Une œuvre qui vous intrigue, vous imprègne et vous touche. Ce troisième film de Gus Van Sant est de cet acabit. Road movie sans concession, on se passionne pour le parcours chaotique de Scott et Mike, qu’on nous livre à l’état brut tant au niveau de leur sordide existence qu’à travers leur bouleversante relation à la limite de la fraternité et de l’homosexualité. Gus Van Sant les fait évoluer tantôt en vase clos, tantôt dans de grands espaces juste pour mieux signifier combien ils exècrent les contraintes et leur énorme besoin de liberté. D’une sobriété implacable, sa mise en scène vise le minimalisme qui dans le contexte sert cette extraordinaire histoire. River Phoenix et Keanu Reeves sont purement et simplement bluffants. Un film incontournable !
Pour plus d’informations :

par ACTE et Fritz publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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