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Lundi 6 août 2007
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L’avis de Laurent :

Fiche technique :
Avec Liu Ye, Hu Jun, Su Jin, Li Huatong, Lu Fang, Zhang Yongning, Shunag Li et Minfen Zhao. Réalisation : Stanley Kwan. Scénario : Jimmy Ngai. Directeur de la photographie : Tao Yang. Compositeur : Yadong Zhang.
Durée : 86 mn. Disponible en VO et VOST.



Résumé :

Pékin, 1988.
Chen Handong appartient à la grande bourgeoisie de Pékin. Il dirige une société de courtage en pleine expansion. Un soir, son associé qui connaît sa préférence pour les garçons lui fait rencontrer Lan Yu, un jeune étudiant qui envisage de se prostituer. Cette rencontre sexuelle se transforme vite pour Lan Yu en un véritable amour.
Chen Handong ne veut pas s’engager et préfère considérer leur relation uniquement sur un plan sexuel, tout en rendant Lan Yu affectivement dépendant : Lan Yu, frusté et dépité, part. Quelques mois passent... Au moment des évènements de juin 1989, Chen Handong, très inquiet, se met à rechercher Lan Yu dans les rues de Pekin.
Les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre. Chen Handong décide de vivre avec Lan Yu dans la somptueuse villa qu’il lui offre. Pourtant, Chen Handong n’assume toujours pas cette relation et préfère épouser une jeune traductrice. Les deux hommes se séparent mais bientôt Handong finit par divorcer et fait en sorte de retrouver Lan Yu à qui il déclare ses sentiments au moment même où sa propre société est accusée de vol...

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L’avis de Boris Bastide :
Stanley Kwan, réalisateur en provenance de Hong-Kong, fait un petit détour par la Chine continentale pour cette histoire d’amour homosexuel. Le film est adapté d’un roman publié en plusieurs parties sur Internet.

Lan Yu est une histoire d’amour hantée par la mort. Au commencement, une voix se souvient et nous ramène des images toutes droit venues de l’obscurité du premier plan. Les personnages nous apparaissent d’abord figés, en quelques plans en noir et blanc. Peu à peu, ils prennent vie. L’histoire peut recommencer. Nous sommes à Pékin, en 1988. Le film narre la rencontre, un soir, de deux personnages totalement différents. Le premier se nomme Chen Handong. C’est un chef d’entreprise d’une trentaine d’années, vieux citadin au niveau de vie aisé. Le second est Lan Yu, jeune étudiant venu de sa province du Nord-Est pour étudier l’architecture à Pékin. Ce dernier va tout d’abord se prostituer auprès du premier, avant que ne se développe entre eux une relation amoureuse.
L’intrigue se déroule sur plusieurs années, à coups d’arrêts et de recommencements, un peu à la manière du Happy Together de Wong Kar-Wai. D’un point de vue narratif, le film est composé d’une juxtaposition de scènes de la vie quotidienne. Cette forme nous rappelle les souvenirs qui viendraient à l’imagination du narrateur, de manière éparse et hasardeuse. Seule compte ici l’intimité qu’ont pu avoir ces deux hommes, intimité à la fois physique et sentimentale. Lan Yu et Handong se retrouvent donc quasiment toujours seuls, face-à-face. Le couple, par sa façon d’exister, annihile toute intervention de l’extérieur. Il est constamment reclus dans des intérieurs aux lumières très obscures. Ici, Stanley Kwan excelle à filmer ces scènes d’enfermement intime. La photographie de Lan Yu, toute en plages sombres menaçant constamment d’envelopper les personnages et de les engloutir dans la nuit, est somptueuse. La dimension politique du film est elle aussi déterminée par l’histoire des deux amants. On ne verra des massacres de la Place Tienanmen qu’une fuite de vélo en pleine nuit. Plus tard, Handong est menacé par le régime de peine de mort pour ses agissements illégaux, mais le réalisateur s’attache surtout à la manière qu’a Lan Yu de réagir à la situation.

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Le thème de l’homosexualité et de la prostitution permet néanmoins à Stanley Kwan de développer une vision critique d’une Chine moderne, dans laquelle l’argent joue un rôle moteur. Car si l’on ne voit pas grand chose de Pékin (hormis lors de la magnifique scène finale), le film nous en dit quand même beaucoup sur ce qui s’y passe. Les personnages vivent dans des espaces clos mais le pays, lui, s’ouvre aux relations commerciales avec l’extérieur. On comprend aussi qu’une partie de la population des régions les plus pauvres se rend à la capitale pour essayer de s’en sortir. Les normes imposées par la société sont encore fortes et mettent à rude épreuve l’amour des deux individus. L’un rêve de se marier, l’autre de quitter le pays. Les deux hommes sont aliénés dans leur propre intimité, constamment séparés dans l’espace par l’architecture des pièces ou les jeux de miroir.
Le plus dur, au delà des disputes et des ratés inévitables de la relation, ce serait donc de trouver le bonheur dans un monde en constante mutation. Tout le film est marqué par un fort sentiment de mélancolie, dans la musique, dans la lumière ou chez les personnages eux-mêmes. Tout semble déjà joué : Lan Yu n’est qu’un regard en arrière sur une belle histoire révolue, avant de pouvoir, peut-être, tout recommencer. L’amour des personnages est condamné à être à l’image de leur ville : en constant chantier, entre écroulement et reconstruction, entre la mort et la vie.

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L’avis de Géraldine (Ciné-asie) :
Pékin fin des années 80.
Venu de sa campagne pour y faire des études d’architecture, Lan yu est un jeune homme seul, sans un sou, un peu perdu. Vendre son corps à des hommes lui paraît être une solution de survie. Chen Handong n’a rien à se prouver ; la quarantaine florissante, il est le patron nanti d’une société prospère. Il ne compte que sur lui et son associé, son unique ami.
Son argent est son pouvoir, il peut se permettre de vivre ce qu’il veut avec qui il veut quand il veut. Il incarne la réussite. Ne lui manque que l’amour. Ils se rencontrent un soir d’été dans un bar à Pékin. Chen Handong détourne Lan yu d’un futur « client » et se l’approprie. Il ne lui promet rien, mais le relooke, le couvre de cadeaux, pendant que Lan Yu se laisse posséder et tombe amoureux de sa première relation homosexuelle. Lui, a découvert l’amour.

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Stanley Kwan a construit son film en trois actes. Après les deux premières parties décrites tout en douceur, en lenteur, le rythme s’accélère enfin pour amener les rôles que tiennent les deux principaux personnages à s’inverser progressivement. Le réalisateur hongkongais, qui connaît bien l’univers homosexuel, utilise là une nouvelle publiée sur le net en Chine, basée sur une histoire vécue. Il y décrit ses personnages avec une sensualité et une pudeur qui seyent parfaitement au contexte chinois. Il amène les personnages au plus profond de leurs contradictions et dépeint admirablement l’univers sensuel dans lequel ils vont évoluer.

Lan Yu n’est pas un film exceptionnel par son sujet à proprement parler, mais il faut avouer que Stanley Kwan, peut-être du fait qu’il n’a pu obtenir les autorisations nécessaires pour son film, a su avec talent placer ses personnages dans des scènes de huis clos, renforçant ainsi l’intensité de la relation qui lie Lan Yu à Chen Handong, et permettant ainsi au spectateur de s’immiscer étroitement dans leur vie de couple.
Certains ont jugé nécessaire de préciser le contexte politique de Pékin à la fin des années 80 (Tian An Men 1989), peut être comme valeur ajoutée à « un plan marketing », ou bien parce que la Chine leur paraît encore « insondable ».

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À mon sens, cette référence historique n’a qu’une valeur anecdotique, sans aucune influence sur le récit de cet amour au masculin, qui ne serait d’ailleurs pas si remarquable sans l’interprétation talentueuse des acteurs et plus précisément de Hu Jun et Liu Ye.
Cet amour semble éternel, sans laisser malgré tout au spectateur la possibilité d’en oublier le caractère éphémère. Il plane dans ce film comme une douceur amère, une fragilité qui envahirait le couple lentement, une menace mystérieuse, « quand on se connaîtra bien, on se séparera ».
Mystère, qui ne se révèlera qu’à la toute fin du film comme s’il n’y avait qu’une seule chose, inéluctable qui puisse séparer deux êtres qui s’aiment.

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L'avis de Laurent :

De 1988 à nos jours, à Pékin, l’histoire d’amour impossible entre Lan Yu, étudiant en architecture et Chen, un riche homme d’affaires : c’est pour se faire un peu d’argent, afin de financer ses études, que Lan Yu accepte initialement de coucher avec Chen, plus vieux, plus « expérimenté » et surtout plus riche que lui. Mais Lan Yu s’éprend très vite et de manière inattendue de Chen. Or, celui-ci ne veut considérer leur relation que comme un divertissement et refuse de s’investir. Pour lui, à un certain âge, un homme doit savoir « se ranger » et fonder une famille...
Lan Yu est inspiré d’un roman anonyme (signé du simple pseudonyme « Bejing tongzhi » : littéralement « Le camarade de Pékin », le terme « tongzhi » désignant aussi une personne gay en argot chinois), qui fut publié sur Internet, sous le titre de Bejing Gushi (Bejing story). Stanley Kwan, lui-même homosexuel, n’a pu que se sentir concerné par l’histoire de ces amours interdites et contrariées : il a en effet lui aussi dû faire face à la volonté de son propre compagnon de trouver une épouse afin de fonder une « vraie » famille…

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En voyant Lan Yu, on repense bien sûr à Happy Together, de Wong Kar-Wai, autre film hongkongais traitant de l’homosexualité, mais surtout des problèmes de couples en général. Car la force des deux films, c’est de nous faire presque oublier le côté « gay » (Lan Yu était présenté au 7e Festival gay et lesbien de Paris), et de nous montrer une histoire d’amour « universelle », dans laquelle chacun peut se retrouver.
Pourtant, le film de Stanley Kwan n’atteint sans doute pas les sommets esthétiques, formels et émotionnels d’Happy Together (mais à l’impossible, nul n’est tenu). On reste en effet surpris par une fin incongrue et rapide, qui donne une fâcheuse impression de « bâclé ». Par ailleurs, de trop nombreuses ellipses et sauts dans le temps nous empêchent de nous investir totalement dans cette histoire et de ressentir fermement le lien qui unit les deux amants.
Cependant, le film est souvent touchant, il est servi par des acteurs exemplaires (le couple Lan Yu-Chen en particulier). De plus, il apporte certainement un vrai point de vue (il faisait partie de la sélection officielle d’« Un certain regard », à Cannes) et une approche novatrice de l’homosexualité. Il dépeint avec brio une Chine où l’homosexualité reste un tabou puissant, malgré les mutations formidables que le pays a subies depuis quinze ans, mutations dont Stanley Kwan saisit et restitue l’ampleur et l’ambiance à travers le croisement de deux destins hors normes.

Pour plus d’informations :

par Boris Bastide, Géraldine & Laurent publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : BLOGS GAY
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Lundi 6 août 2007
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Fiche technique :

Avec Thomas Suire, Laurent Soffiati, Thomas Blanchard, Vincent Martin, Pierre-Maurice Nouvei, Roger Guidone, Nicole Huc et Jean-Claude Baudracco. Réalisation : Alain Guiraudie. Scénario : Alain Guiraudie & Frédéric Videau. Directeur de la photographie : Antoine Héberlé. Compositeurs : Teppaz & Naz.
Durée : 107 mn. Disponible en VF.


Résumé :

D'abord, il y a Basile Matin, un jeune gars qui a rêvé de Faftao-Laoupo, le symbole de l'avant-dernier sommeil... Maintenant, il sait que s'il dort encore, il va mourir et le problème, c'est qu'à son âge, on aimerait bien avoir toute la vie devant soi.
Ensuite, il y a Igor, un autre jeune gars qui travaille un peu et fait également des études... Mais il n'a pas d'argent et il s'ennuie. Alors l'histoire de Basile, même s'il n'y comprend pas grand-chose, l'intéresse diablement.
Enfin, il y a Johnny Got. Un peu journaliste bénévole, un peu détective et pas mal voyou, il s'intéresse beaucoup aux histoires qui ne le regardent pas... Et celle de Basile le passionne...

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L’avis de Boris Bastide :
À quoi rêvent les hommes ?
Après des moyens-métrages remarqués (Du Soleil pour les gueux, Ce vieux rêve qui bouge), Alain Guiraudie passe au long. Maladroit et par moments moins réussi, Pas de repos pour les braves n’en est pas moins un film attachant. Avec cette histoire d’initiation, le cinéaste reste sensible aux rêves et aux utopies. Un film pour refaire le monde parce que celui-là, forcément, il ne nous plaît pas.
« Pour comprendre les hommes, il faut étudier leurs rêves. » Cette leçon du Stavisky de Resnais s’applique parfaitement au premier long-métrage d’Alain Guiraudie. Pas de repos pour les braves porte en lui la croyance que la complexité du monde et de l’humain ne peuvent être captés par la logique. Alain Guiraudie a donc décidé de faire exploser toute notion de rationalité. Logique. Pas de repos pour les braves est un film profondément punk. D’ailleurs, on peut y entendre une superbe reprise du Pretty vacant des Sex Pistols par Teppaz et Naz, dans une scène particulièrement délirante et déterminante pour le récit. On retrouve dans le film cette énergie débordante pas toujours bien canalisée, ce mélange festif et politique, cette volonté de détruire pour mieux reconstruire quelque chose de nouveau et d’excitant. Un projet utopique.

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Pas de repos pour les braves fonctionne donc à la manière d’un rêve. Il ne suit aucune logique et refuse toute idée de réalisme. Le film se refuse la routine, l’usure de schémas qui se répètent à l’infini. Des personnages tués réapparaissent plus tard. Un adolescent change de nom d’une scène à l’autre. D’abord Basile, il devient Hector puis redevient Basile. Certaines scènes sont jouées deux fois de manière différente. Un court moment du film est d’abord entendu à la télé par deux des personnages avant d’être revécu en vrai par l’un d’eux. Les rêves sont nourris de ce que chacun peut vivre. Pas de repos pour les braves est un télescopage de formes cinématographiques détournées dans lesquelles Alain Guiraudie a inscrit ses fantasmes, son histoire et ses interrogations sur le monde.
Rêve de film, il en contient lui-même plusieurs. Ceux de Basile/Hector, le personnage principal. Dès la première scène, il confie son dernier rêve à un autre adolescent, Igor. Basile raconte qu’il a vu Faftao-Laoupo, le symbole de l’avant-dernier sommeil. S’il dort encore, il mourra. Basile fait tout pour rester éveillé ou rêver. Film d’initiation, Pas de repos pour les braves est l’histoire d’un jeune adolescent qui va progressivement se réconcilier avec sa vie, les autres et le monde. Alternant rêve et réalité, le film fonctionne entièrement sur le mode du glissement et de l’inversion. Glissement narratif, formel mais aussi sémantique. Dans Pas de repos de repos pour les braves, les villes traversées s’appellent ainsi Oncongue, Bairout, Glasgaud ou Buenozère. Quand un des personnages raconte ses problèmes d’électricité à trois interlocuteurs différents, les réponses varient progressivement autour du sèche-cheveux dont il se servait pour les essais.

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Dans ce film d’initiation, la notion de voyage, de trajet est bien entendu centrale. Basile passe son temps à courir d’un point à un autre. Film de glissement, Pas de repos pour les braves peut être scindé en deux. Dans un premier temps, la fiction évolue en mode semi clos autour d’une petite communauté rurale. Le film nous présente un monde convivial et attachant. On passe son temps au bistro à discuter, boire des coups et faire la fête en musique. Refermé sur lui-même, cet univers montre rapidement ses limites. La figure de l’étranger y est méprisée ; le rejet de l’autre est l’envers de la solidarité du village. C’est ce que Basile découvre après son étonnant voyage en avion. On apprend plus tôt que Dédé et sa femme ont rejeté Roger. Quand tout un village est pratiquement anéanti en une nuit, c’est une sorte d’indifférence générale qui règne. Seule crainte des habitants : le drame n’a eu lieu qu’à vingt kilomètres de chez eux. Pour Basile, cette première partie correspond à la prise de conscience de sa finitude. Il réalise qu’il peut disparaître de la surface de la terre du jour au lendemain et commence des crises d’angoisse qui l’amènent à vouloir fuir et à s’en prendre aux autres. Interrogeant les notions de territoire et d’identité, Pas de repos pour les braves emprunte alors certaines de ses figures au western.

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Poursuivi par le mystérieux enquêteur Johnny Got, Basile quitte son village et part sur les routes de France. Tout se retrouve alors inversé. D’abord diurne et rural, le film devient alors entièrement nocturne et citadin. Après le western, on aborde le genre du polar. Il est question de voyous, de trafics. Les relations sont désormais basées sur la méfiance, l’échange monétaire, la suspicion. La violence physique y est beaucoup plus importante. C’est désormais Basile qui recherche Johnny Got. Pour l’adolescent, cette partie correspond à une découverte du monde et des problèmes de la cité. Sorti d’un univers autocentré, le personnage se soucie davantage des autres. Il vient en aide à Johnny Got quand celui-ci est une première fois en difficulté. Le grand frère apprend à Basile à accepter son sort. Tout le monde doit mourir un jour ou l’autre. Ce n’est pas une catastrophe en soi.

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Film de voyage, Pas de repos pour les braves fonctionne essentiellement grâce à ses rencontres. Ce sont elles qui nourrissent à la fois le film et Basile dans son initiation. Il n’est pas étonnant que, seul, Igor s’ennuie. Alain Guiraudie soigne avec beaucoup d’attention ses personnages secondaires. De Dédé à Daniel, en passant par les deux voyous, le réceptionniste de l’hôtel ou Jack, l’homme de main récalcitrant, ceux-ci sont particulièrement truculents et jouissifs. Ses petites pointes cocasses donnent un ton allègre à l’ensemble. Ils permettent au cinéaste d’intégrer dans son film des interrogations sur la société. Igor aborde la question de la crise du monde rural, Roger par sa tendre relation avec Basile permet à Guiraudie de livrer sa représentation de l’homosexualité. Tout le film fonctionne donc sur ce mouvement vers l’altérité et l’ailleurs. Le cinéaste fait le tour de ses personnages pour en donner une image complète qui ait un sens. Il va voir les limites du terroir avant de débusquer l’humanité des deux truands qui traquent Johnny Got. En s’ouvrant sur le monde et les autres, Basile entre dans un processus constructif. Cette ouverture sur le monde n’est pas une façon de se perdre mais de se retrouver soi-même. Voir le monde pour mieux revenir. Aller vers les autres pour mieux se connaître. Bien éveillé, Basile peut désormais se projeter sans souci dans l’avenir.
Pour plus d’informations :

 

par Boris Bastide publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Lundi 6 août 2007
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Fiche technique :
Avec Edie Falco, Scott William Winters, Robert Clohessy, Kristin Rohde, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Rita Moreno, Tom Mardirosian, Christopher Meloni, Chuck Zito, Michael Wright, David Zayas, J.K. Simmons, Zeljko Ivanek, Terry Kinney, Eammon Walker, Lee Tergessen, Dean Winters… Réalisateurs : Adam Bernstein, Alex Zakrzewski, Jean de Segonzac… Scéanario : Tom Fontana, James Thorpe, Sean Whitesell…, sur une idée originale de Tom Fontana et Ethlie Ann Vare. Créateur : Tom Fontana.
Saison 1 : huit épisodes de 50 mn. Disponibles en VO, VOST et VF.



Résumé :

Emerald city. Quartier expérimental de la prison créé par le visionnaire Tim McManus qui souhaite améliorer les conditions de vie des détenus. Mais dans cet univers clos et étouffant se recrée une société terrifiante où dominent la haine, la violence, la peur, la mort. Où tout espoir est vain, où la rédemption est impossible. « Oz est l'endroit où je vis. Oz est l'endroit où je vais mourir, où la plupart d'entre nous vont mourir. Ce que nous sommes importe peu. Ce que nous allons devenir ne compte pas »explique le narrateur depuis sa cage en verre. Bienvenue dans l'antichambre de l'enfer.

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L’avis de
Mérovingien02 :
Avant le triomphe de Six Feet Under et des Sopranos, HBO s'était déjà démarquée de la concurrence en matière de série télé en produisant Oz, véritable tremblement de terre dans le paysage audiovisuel car conçue avec une liberté de ton jusqu'alors inédite. Une évocation sans concession du milieu carcéral, avec un langage ordurier, une violence exacerbée et de la nudité frontale, le tout au service d'un propos pour le moins subversif. Un véritable travail d'auteur né de l'imagination de Tom Fontana, scénariste tellement investi dans sa création qu'il est allé jusqu'à se faire tatouer le nom de son œuvre, réemployant ensuite les images de cet acte dans le générique d'ouverture.
À la manière d'un conte ou d'un récit mythologique (la prison d'Oswald est comparée au détour d'une réplique au Mont de l'Olympe), le spectateur est invité à pénétrer dans un univers singulier par un narrateur à la fois omniscient et faisant partie intégrante de l'action. Enfermé dans une cellule carrée en verre, le personnage d'Augustus, un ancien junkie en fauteuil roulant, surplombe les décors et s'adresse directement à la caméra pour nous signaler la thématique de chaque épisode, en résumer la morale (ou son absence) en guise de conclusion ou pour présenter le passif de chacun des détenus. Des apparitions oniriques et cyniques qui renforcent l'implication émotionnelle car tutoyant directement le public, comme pour lui tendre le miroir de sa propre vie et questionner les fondements mêmes de ses idéaux. Oz n'est donc pas un divertissement sans conséquence comme le récent Prison Break. En s'y aventurant, il faut accepter d'être malmené et de ne pas en ressortir indemne. Ainsi, le parcours de Tobias Beecher résumera à lui seul l'effondrement psychologique du spectateur puisque c'est avec lui que nous découvrirons la vie du pénitencier au cours du premier épisode rythmé par l'affichage des horaires répétitifs et aliénants.



Contrairement à la majorité des prisonniers, Tobias n'est pas un meurtrier ou un psychopathe mais simplement un avocat qui aura commis accidentellement la mort d'une jeune fille en prenant le volant de sa voiture après avoir bu un verre de trop. Il est de loin le référent le plus attachant puisque issu d'un quotidien familier et dont la vie a basculé après un drame qui aurait pu survenir à n'importe qui. Rapidement, il est la victime de Vernon Schilliger, un néonazi qui le réduit au rang d'objet soumis, le violant fréquemment, l'obligeant à se travestir pour l'humilier ou le forçant à lécher ses chaussures. Ces séquences dérangeantes ne feront que placer un peu plus le public face à sa morale, lui faisant ressentir une véritable haine pour le dominant avant que le basculement de Tobias vers la démence (il ira jusqu'à déféquer sur le visage de son bourreau) et la question du Pardon ne vienne le mettre en face de l'horrible vérité : l'être humain n'est qu'un animal sauvage prêt à retourner à des instincts primitifs dès que des situations extrêmes se présentent à lui.
Car la prison d'Ozwald n'est pas le genre d'environnement où il fait bon traîner. Bien que sa fonction première est de remettre les coupables sur le droit chemin, elle ne fait que les repousser dans leurs derniers retranchements car omettant tout simplement qu'il est impossible d'avoir une vie normale quand on est enfermé et entouré de violeurs, dealers ou cannibales. Le monde extérieur n'existe pas, seule la télévision servant de fenêtre ouverte (alors que les seules infos diffusées seront celles évoquant la situation catastrophique à Oz). Même les visions du passé en flash-back revêtent un aspect surréaliste, baignant dans des filtres bleus ou orangés comme si tout n'était qu'un mauvais souvenir ou un mauvais rêve. On pourra aussi évoquer cette discussion au parloir dans le premier épisode où un détenu parle avec sa femme alors qu'une glace vient scinder l'image en deux comme si le couple ne partageaient plus le même espace.
Véritable tombeau où l'on est condamné à mourir à petit feu sans aucune résurrection possible (voir dans l'épisode 2 le fondu enchaîné passant d'un cadavre brûlé au personnage de Nino Schilbetta, qui finira lui aussi assassiné), le département de Haute Sécurité d'Emerald City contamine jusqu'aux plus respectables des membres de l'équipe chargée du bien-être des détenus. Ainsi, au détour d'un épisode centré sur Dieu, un prêtre verra ses convictions les plus nobles être mises à rude épreuve lorsqu'un malade mental ayant dévoré ses parents acceptera de se convertir au catholicisme dans le simple but de pouvoir manger « le corps du Christ ». De même, quand se posera l'épineuse question de la peine de mort, il lui sera bien difficile de conserver une opposition aussi claire quand il se retrouvera face à un être particulièrement abject. Le Mal affecte le cœur de chacun comme un poison et les rapports amoureux, véritables pulsions de vie, se retrouvent dominés par le sentiment de mort. Ainsi, à deux reprises dans la saison, une scène de sexe sera montée en parallèle avec un acte de violence (des policiers cognant contre une porte, une mort par injection), comme si chaque nouveau né comportait déjà en lui les plus vils instincts. On notera d'ailleurs qu'un des détenus perdra son bébé juste après la naissance, renforçant le pessimisme du tableau décrit par Tom Fontana.

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Bien que la galerie de salopards ne soit guère rassurante, il conviendra de saluer le remarquable travail d'écriture capable de rendre sympathique la pire des crapules. Qu'il s'agisse d'un détour humoristique (un dentiste n'osant pas mettre ses doigts dans la bouche d'un cannibale), d'une séquence émotionnellement chargée (un prisonnier lacérant son visage au cutter pour traduire tout son mal-être) ou de l'utilisation d'un langage universel (la sous intrigue du violoniste), tout est mis en œuvre pour offrir une vision globale de l'être humain, loin du manichéisme primaire. Car dans le fond, tous ces condamnés à des peines diverses ne sont jamais que le reflet sauvage de la décadence de l'Humanité toute entière. En effet, bien qu'ils soient tous déconnectés du monde extérieur, chacun marque son appartenance à un clan, seul moyen d'exister pour ne pas finir écraser par les plus forts. Blacks, latinos, mafia sicilienne, gays, musulmans... Autant de mini communautés en proie à de constantes luttes de pouvoir et ne pouvant s'empêcher de se mener la guerre, souvent par racisme. Oz se présente donc comme une parabole particulièrement pertinente de nos sociétés modernes, les décors de la série ressemblant presque à un laboratoire au milieu duquel les matons peuvent observer les animaux dans leur cage en verre, comme cet insecte dans un bocal aperçu en début de saison.
Ce n'est donc pas simplement à une critique des conditions de vie en milieu carcéral à laquelle le créateur de la série nous convie mais bien à une étude sociologique de notre époque, en abordant des thèmes aussi vastes que le rôle actif de la drogue dans l'économie (et les rapports de force que cela implique, les plus puissants la revendent à ceux qui la consomment pour oublier leur misère), la place essentielle de la femme dans un environnement dominé par les hommes ou encore les guerres de religions. On y trouve même un sous-texte sur l'émancipation des noirs via un troublant parallèle entre Malcom X et le charismatique Kareem Said, personnage ayant lui aussi changé de nom, refusant de prendre des médicaments en dépit de la maladie qui le ronge et profitant de la prison pour se cultiver. Ce renvoi explicite à celui qui fut le porte-parole de Nation of Islam oriente la série vers une réflexion sur l'inaccessibilité du rêve américain, Malcom X étant un symbole de l'intégration des noirs capables de réussir autrement que par la musique ou le sport, symbole mis à mal par l'arrivée d'un basketteur à la carrière brisée.
Véritable tragédie grecque en milieu pénitencier, la première saison de Oz s'achève fort logiquement sur l'implosion qui guette chaque société tiraillée entre ses luttes de pouvoir et l'assouvissement des besoins égoïstes. Une dégénérescence menant à la rébellion, un effondrement du système en place et duquel ne pourra naître qu'un nouvel ordre pas bien différent et toujours dirigé par le gouverneur Devlin, véritable Zeus tout puissant interdisant aux hommes de s'élever au-delà de leur condition pour les maintenir dans leur brutalité crasse. L'Homme restera à jamais un loup pour l'Homme.

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par Mérovingien02 publié dans : TV : La Lucarne Rose communauté : BLOGS GAY
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Lundi 6 août 2007
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par Daniel C. Hall publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses communauté : Gay-friendly
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Une comédie
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