Publicité

Accueil

 
Blog LGBT de

Daniel C
. Hall

L'équipe des "piliers" en exclusivité
ou en reprise autorisée :

Jean Yves
, Bernard Alapetite, Zanzi, Neil, Kim, Matoo, Mérovingien02, Juju, Chori, Shangols, Boris Bastide, Stéphane Riethauser, Samuel Minne,
Niklas, Robert Wagner...

et l'arrivée de Marc-Jean Filaire,
Isabelle B. Price, Psykokwak, Rémi Lange et Didier Roth-Bettoni.

Un grand merci à Francis Moury, Olivier Nicklaus
et à
Yann Gonzalez

et bien d'autres depuis le début et d'autres à venir...

Ce blog est partenaire de

Dreampress.com

Avec l'aide graphique de

C@NTACT BLOG

gaypride.gif

Calendrier

Janvier 2007
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

POUR SURFER SUR CE BLOG...

homophobie2008.gif
Les Toiles Roses
est un blog collaboratif, indépendant et bénévole optimisé pour Mozilla Firefox (
cliquer ici pour le télécharger)

NOS CRITIQUES DE FILMS : 1. Films de A à H : ici. 2. Films de I à P : ici. 3. Films de Q à Z : ici.
(Dernière mise à jour des index des films critiqués : 19/03/08)
NOS CHRONIQUES : 1. Saga des blogueurs : ici. 2. Histoire de l'homosexualité : ici. 3. Les articles de Kim : ici. 4. Zanzi and the City : ici. 5. Merci Bernard... (Bernard Alapetite) : ici. 6. Les 4 vérités de Juju : ici. 7. Derrière les masques : HOMOLLYWOOD (Marc-Jean Filaire) ici. 8. Et les filles, alors ? (Isabelle B. Price) ici. 9. L'œil du voyeur (Didier Roth-Bettoni) ici.
NOS RUBRIQUES SUCCÈS : 1. Citations homophobes et homophiles : ici. 2. Les vidéos des publicités gay ou gay-friendly : ici. 3. Les affiches et visuels LGBT : ici. 4. Les vidéos contre l'homophobie : ici. 5. Les vidéos contre le SIDA : ici. 6. Les vidéos de la TV en folie : ici.
NOS WEBSERIES : 1. Au cœur du Marais : ici. * 2. Niko perd les pédales : ici. * 3. G : ici. 4. Nous tous : ici. * 5. Au bar ou à la maison ? : ici. * 6. Gay Friday [en anglais] : ici. 7. Luke & Noah : "As the World Turns" : ici. 8. Crétins Story : ici. 9. Boris & Nadir : ici. 10. DELEDIOS : ici. [à venir]  11. FOUP : ici.
NOS ZOOMS : 1. Spécial Salim Kechiouche : ici.

Nos partenaires éditeurs de DVD (faites-leur confiance !) :
Antiprod    BQHL    Carlotta Films    Eklipse    Epicentre Films    Les Films de L'Ange    Hystérie Prod.    One plus One
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Peter Berlin, John Waters, Armistead Maupin, Wakefield Poole, Jack Wrangler, Robert W. Richards, Rick Castro, John F. Karr, Dan Nicoletta, Robert Boulanger et Guy Clark. Réalisation : Jim Tushinski. Production : Lawrence Helman & Jim Tushinski. Montage : Clarence Reinhart et Jim Tushinski. Musique : Jack Curtis Dubowsky.
Durée : 80 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Comment devient-on Peter Berlin ? Comment cet homme est né une deuxième fois en s’inventant un physique et un look, jusqu’à son nom, pour devenir une des plus célèbres icônes gays du XXe siècle ? Le documentaire de Jim Tushinski répond à ces questions en parcourant la vie de Peter, de son enfance, durant l’immédiate après-guerre en Allemagne, à sa vie actuelle à San Francisco. Artiste doué, photographe et cinéaste, Peter Berlin nous explique qu’il est sa plus grande création, soigneusement construite et... inaccessible. Ses admirateurs et ses amis offrent avis et anecdotes. Mais Peter Berlin est un excellent commentateur de sa propre vie. Le film est agrémenté de stupéfiantes photos d'archives et d'extraits de films.


L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
Peter Berlin interroge sur le statut de documentaire, tant il fait naître l’émotion et tant, par définition, il dépasse le document.
La conjonction du double fait que, premièrement, aujourd’hui nous possédons pour quelques personnes, et pas seulement pour des personnalités, des images fixes mais surtout des images qui bougent de leurs premières années à leur fin et que deuxièmement, en particulier pour l’homosexualité, nous assistons à la quasi suppression de la frontière entre la sphère publique et la sphère privée, et participe à l’émergence de films, comme celui-ci, où le documentaire s’avère plus romanesque que la plupart des fictions.
En observant bien Peter Berlin, on voit certes un bel homme, mais presque un homme ordinaire. Pourtant cet homme a eu le talent de se rendre extraordinaire. Il a construit un personnage qu’il vivait 24 heures sur 24, pour le plaisir des autres, mais surtout pour le sien. Son histoire extraordinaire est ainsi emblématique du parcours de beaucoup d’hommes ordinaires qui sont devenus extraordinaires à force de volonté et aussi d’avoir su capter l’attente d’une époque. Ils ont ainsi fait l’Histoire. Pour Peter Berlin, ce n’est pas l’histoire avec un grand H mais la petite histoire du mouvement gay qui heureusement commence à nous parvenir enfin, grâce à l’influence des gays studies américaines.
Peter Berlin, le « Greta Garbo du porno » comme il est qualifié dans ce documentaire, n’a fait que deux films, Nights in Black Leather, réalisé en 1973 par Ignacio Rudkowski, mais sur les idées et les instructions de Peter, et That Boy en 1974. Il a aussi figuré dans quelques courts-métrages, tournés en 16 mm, diffusés d’une façon confidentielle. Il est donc plus une icône qu’un acteur. (Tous les films sont achetables en dvd sur son site officiel)
Peter Berlin peut être, à mon sens, considéré comme un artiste majeur du body art à l’instar par exemple, d’hier Pierre Molinier ou d’aujourd’hui, Anthony Goicolea. Il a une capacité de se mettre en scène, seul, avec un polymorphisme aussi remarquable que, parfois, presque obscène. Peter est un être multiple. Il passe de maigre à baraqué, de normalement musclé à hyper dessiné. Au fil des séances, il apparaît si différent, et pourtant toujours avec le même sex-appeal. Ses poses ont quelque chose d’à la fois de vraiment triviales (la bouche entrouverte, le visage incliné, les yeux mi-clos), très salope, et d’à la fois sophistiquées, félin, aristocratique avec un sens aigu du détail dans les tenues, les gestes, les regards... Dans le film, il est tantôt content de lui et même infatué, tantôt peu sûr de son « œuvre » : « Je me suis toujours photographié seul, dans mon intimité, avec un miroir pour mettre au point les images, et des marques sur les décors pour me repérer. Mes images n’étaient pas destinées à être montrées. C’est après la sortie de Nuits en cuir noir que j’ai accepté d’en diffuser. Je trouve mes films médiocres mais je suis très fier des images que j’ai réalisées. Là est mon vrai travail. » On ne sait pas s’il parle des photos elles-mêmes, ou de ce qu’elles représentent, c’est-à-dire lui…
Il invente le nom de Peter Berlin en 1973, aux USA , parce que lorsqu’il répondait Armin aux américains qui lui demandaient son prénom, ceux-ci ne parvenaient pas à bien le prononcer. Armin Hoyningen Huéné, lui, est né en 1943 dans une famille d’aristocrates allemands ruinés, mais cultivés. Il est le petit-neveu du grand photographe hollywoodien et gay George Hoyningen Huéné. Dans sa prime jeunesse, il travaille comme photographe pour la télévision, habite Berlin. Il voyage beaucoup en Europe, Rome, Paris... suivant son riche ami Joachem Lahiola avant d’arriver aux États-Unis en 1970 d’où il ne repartira plus. Il réside d’abord à New York, puis à San Francisco où il crée Peter Berlin. Un être déjà décalé dans l’univers des clones qui surgissaient alors. Un clone inclonable, puisque si Peter ne ressemble à rien de ce qui a existé jusqu’alors, rien ni personne ne lui ressemble depuis.

Ce que révèle surtout le film, c’est que cet homme, d’un ego surdimensionné, est très fier de son sang bleu et de son exhibitionnisme, mais il sait être d’une grande pudeur et d’une grande justesse lorsqu’il parle de l’histoire d’amour qu’il a eu pendant 20 ans avec son ami James et du sida qui l’emporta. C’est la partie la plus belle et la plus touchante du film. Elle nous apprend qu’il ne faut jamais rester à la surface des images, même celles d’une icône gay...
Jim Tushinski a recueilli les différents témoignages avec beaucoup de tact et de pertinence, puis a su tricoter habilement ces séquences, toujours élégantes, avec un nombre impressionnant de films et de photos d’époque pour en faire ce documentaire exemplaire : le portrait d’un homme qui ne cherchait pas à être célèbre, seulement à être désiré et aimé.  
Peter Berlin n’a que très peu confié son corps à quelqu’un d’autre que lui-même. Il n’a accepté d’être photographié que par Robert Mapplethorpe, un peu par Warhol, et dessiné que par Tom of Finland dont on voit les œuvres. Les noms cités démontrent qu’il ne manque pas de goûts.

Pour plus d’informations :
Site officiel de Peter Berlin
Site officiel du film

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Joshua Close, Gary Farmer, James Gilpin, Josh Holliday, Mike Lobel, Max McCabe, Stephen McHattie, Andre Noble, Michèle-Barbara Pelletier et Tygh Runyan. Réalisation : Jacob Tierney. Scénario : Jacob Tierney. Images : Gerald Parker. Directeur artistique : Ethan Tobmann.
Durée : 94 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Twist est une réécriture contemporaine et dramatique de l’Oliver Twist de Charles Dickens, transposé dans le milieu des prostitués mâles de Toronto. Le jeune SDF Oliver (Joshua Close), un orphelin homosexuel, fragile et au visage elfique, rencontre Dodge (Nick Stahl) qui lui propose un toit dans l'appartement qu'il partage avec d'autres jeunes. Très vite, il s'aperçoit que tous ces garçons sont des « junkies » qui se prostituent pour le compte du gros Fegin (Gary Farmer). Oliver n'a pas le choix, lui aussi se met à faire le trottoir. Dodge devient le mentor d’Oliver. Il l'instruit sur les plaisirs interdits. Peu à peu, une relation amoureuse entre les deux garçons se dessine... Le film est raconté du point de vue de Dodge.
L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
Twist, réalisé pour moins de 500 000 $, est la première œuvre de Jacob Tierney. Il a d’abord été acteur, notamment dans le splendide The Neon Bible de Terence Davies en 1997. Comme Scott Silver pour Johns, afin de s'imprégner de cet univers, et de peindre le portrait le plus juste possible de ces garçons perdus, Tierney et Stahl ont séjourné dans le quartier de Toronto où sévit cette prostitution. Nick Stahl déclare : « J'ai observé leurs visages, la manière dont ils se tenaient debout, la manière dont ils se déplaçaient. »  Quand à Tierney, le jeune réalisateur, il explique : « Oliver Twist est un livre incroyablement déprimant et violent. Tous les thèmes abordés par Dickens, l'exploitation de l'enfance, l'abus sexuel, le travail des mineurs, sont des sujets actuels. La prostitution masculine était la transcription la plus directe du milieu décrit par son roman... Presque tous les prostitués que j'ai rencontrés pour documenter cette histoire avaient été victimes d'abus sexuels. Quand on est tombé, c'est difficile de s'en sortir. C'est pourquoi je n'étais pas d'accord pour que l'angélique Oliver de Dickens s'en sorte et pas les autres... Nick joue Dodge parce que j'ai écrit ce rôle pour lui et il a suivi ce projet auquel il était très attaché. C'est mon meilleur ami et nous étions colocataires quand je vivais à Los Angeles... » On a aperçu Nick Stalh, entre autre, dans Bully, Terminator 3, La Ligne rouge, L’Homme sans visage, Sin City... Contrairement à River Phoenix, on ne peut pas s’empêcher de penser à My Own Private Idao (mais aussi à Sugar), dont le corps se féminisait devant la caméra. Stahl assume – lui – sa virilité d’acteur certes sensible mais structuré grâce à son corps massif. Il y a du Brando première période chez lui et c’est tout le film qui s’en trouve influencé.
La principale bonne idée du film est d’avoir centré l’intrigue sur Dodge et non sur Oliver comme dans le roman, ce qui nous évite une version attendue comme celle de Polanski qui paradoxalement est beaucoup moins fidèle à l’esprit de Dickens que Twist. Le cinéaste justifie de manière convaincante cette infidélité dans la forme : « J'ai relu le livre en cherchant ce qui était occulté. Raconter l'histoire du point de vue de Dodge signifiait que je devais lui créer un passé, ce qui donne une autre perspective à l'histoire. Dickens racontait l'histoire à travers les yeux de ce parfait enfant et je la raconte à travers ceux d'un enfant des rues, junkie et prostitué qui rencontre un enfant au visage d'ange. »
Le réalisateur a demandé à son directeur de la photo, Gérald Packer, et à Ethan Tobmann, le directeur artistique, de construire à l'aide de lumières et de décors très froids un univers où l'amour n'a pas sa place. La lumière blafarde et les tons délavés dans des bleus et bruns éteints transcrivent l’état d’esprit des personnages, de même que la propension à laisser vide le centre du cadre évoque la vacuité de leur âme. Les premières images, l'atmosphère glauque et morbide d'une chambre de motel, d'un coin de ruelle à la tombée de la nuit, plantent le décor. C'est dans cette grisaille du quotidien, dans la froidure de la nuit, dans la lumière vacillante des halos, dans l'ombre… que tout se déroule. Les jeux de lumières donnent au récit des teintes maladives et lugubres.
Le café est le rare endroit où Oliver trouve un peu de chaleur humaine que lui procure Nancy, une serveuse enceinte, admirablement interprétée par Michèle-Barbara Pelletier. Sorte de grande sœur improvisée et protectrice, elle est une oasis de bonheur volé à la désespérance des jours. Son destin tragique sonnera le glas de ces vivants en rémission. « C'était un rôle minuscule quand j'ai lu le scénario, relate la comédienne, mais en voyant le film, ce rôle est devenu très important. »
Au fur et à mesure que l’innocence d'Oliver, qui fascinait tant Dodge, se désagrège, les deux garçons se confronteront à leurs propres démons intérieurs. Oliver tentera d'exprimer son désir pour Dodge qui le refusera, traumatisé par les souvenirs trop violents des abus sexuels subis durant son enfance. Mais contrairement à la fin heureuse du roman de Dickens, les deux plans extrêmes du film, l'ouverture et le final, démontrent qu'Oliver n'échappera pas à son destin.
Et l'on se prend à en vouloir à tous ceux qui, avant, les auront abîmés : le père et le frère de Dodge ; la mère d'Oliver, partie trop tôt ; le sénateur, son grand-père en fait, qui le recherche puis le renie. Même Fagin le souteneur – un substitut paternel plus qu'un profiteur, puisqu'il recueille ces jeunes et leur rappelle les règles du jeu – disparaîtra aussi.
Une des grandes forces du film réside dans ses personnages secondaires, en particulier dans celui de Fagin, homme répugnant en apparence qui n’en demeure pas moins touchant dans sa relation empreinte de tendresse et de culpabilité envers les jeunes garçons qu’il met sur le trottoir ; c’est dans ses failles et ses contradictions qu’il révèle le mieux son humanité à l’image de tous les autres protagonistes du film. Ce côté humain est avant tout dû au choix du comédien, l'Indien mystérieux de Dead Man : Gary Farmer.
Tourné dans les ruelles de Toronto, Twist est une œuvre convaincante, qui nous plonge dans le monde de la prostitution masculine. Il est dommage que les références très appuyées à Macadam cow-boy donnent ainsi par moments l’impression d’être devant une version « jeune » du film de Schlesinger.
Le parti pris de ne pas montrer est  omniprésent. Il est parfois très efficace comme pour ce Bill, figure menaçante qu’on ne verra jamais, mais il peut être aussi contre-productif. Comment montrer l’horreur physique de la prostitution, sans jamais montrer une scène de sexe ?
La photographie est très soignée, rendant le film techniquement irréprochable. Cependant un montage plus rapide aurait amélioré le film, surtout dans sa première partie. La très belle chanson originale du film, Pantaloon in Black due à Ron Proulx et Jacob Tierney, a obtenu le prix de la meilleure chanson originale aux Genies, l’équivalent de nos Césars au Canada.
Tierney a su s’approprier l’œuvre de Dickens en la transposant dans un nouveau milieu, mais également en faisant de Dodge le personnage principal ; en nous faisant comprendre son parcours et sa détresse. La scène finale boucle la boucle. Twist se termine là où il a commencé : dans la lumière froide d’une chambre de motel, à la fin d’une passe banale. Seul le garçon a changé. Elle montre l'impasse dans laquelle se trouvent les personnages et l’impossibilité qu’ils puissent être sauvés. Tout ce qui s'est passé avec Dodge, va se reproduire avec Oliver…
Ce film est une parabole sur la perte de l'innocence, et non sur la rédemption.
Le DVD est édité par Antiprod, qui a eu la bonne idée d’ajouter à Twist un court-métrage, « Élève-toi », traitant du même thème et se déroulant aussi à Toronto.

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.


L'avis de mérovingien02
:


Le corbillard coloré de Claire Fisher roule sur une route au milieu du désert californien. Au bout du chemin : une lumière éblouissante. Le Paradis ? Un symbole d'apaisement comme si la jeune fille était enfin capable d'aller de l'avant ? Sans doute les deux. Quoiqu'il en soit, cette image évocatrice utilisée pour l'affiche promotionnelle de la saison 5 de Six Feet Under (et largement développée dans une magnifique bande-annonce) préfigure déjà une sorte d'accomplissement pour la série... mais aussi sa conclusion, comme le souligne le slogan sobre et émouvant : chaque chose, chaque personne, chaque endroit finit par disparaître.
Trop souvent à la télévision, quand une série s'arrête, c'est qu'elle n'attire plus les spectateurs. C'est qu'elle a été étirée inutilement jusqu'à perdre toute sa saveur, la faute à des chaînes moins soucieuses de l'inspiration des auteurs que de presser le citron jusqu'à la dernière goutte. Combien de monuments télévisuels ont-ils finit par disparaître dans l'indifférence générale après plusieurs saisons de trop ? Qui s'intéresse encore aux problèmes des Urgences et qui n'a pas lâché le fil des X-Files après (ou bien avant) le départ de David Duchovny ? Dans ce contexte de course à l'audimat, Six Feet Under fait figure d'exception. Parce que l'annonce de la fin de la série ne découle ni d'une perte de reconnaissance publique et critique, ni du départ de certains membres du casting, ni même d'une volonté d'HBO d'arrêter les frais. Non, ici, la décision incombe entièrement au créateur du show, Alan Ball, qui a préféré partir en pleine gloire au lieu d'épuiser sa créativité. Un choix courageux mais somme toute logique pour peu que l'on ait suivi attentivement l'évolution des personnages au fil des quatre premières (et sublimes) saisons. À force d'être confrontés quotidiennement à la Mort, il fallait qu'un jour ou l'autre ils finissent tous par l'accepter comme faisant partie intégrante de la vie.
C'est donc autour de cette acceptation finale que le scénariste d'American Beauty a bâti la dernière année de Six Feet Under, condensant en 12 épisodes tout ce qu'il avait encore à dire, jonglant avec certains impératifs indépendants de sa volonté (Rachel Griffith, alias Brenda, véritablement enceinte pendant le tournage) et mettant les bouchées doubles pour boucler sa thématique existentialiste par une véritable apothéose artistique. Le résultat est d'une perfection de chaque instant, un chef-d'œuvre d'intelligence et d'émotion. C'est tout simplement la meilleure saison de la série.
Aspirant tous à une certaine idée du conformisme après de nombreux égarements et remises en question, les Fisher se heurtent au regard des autres et sont freinés dans leur quête d'accomplissement par les aléas de la vie. Alors que Claire n'aspire qu'à être une artiste reconnue, la voilà mise en face de sa plus grande angoisse : et si elle n'avait pas de talent, cette étincelle qu'on appelle le génie ? Après s'être laissée bercer par la hype attitude pendant deux années de cours, la petite dernière de la famille décide de quitter sa clique de camarades branchés et se dégote un boulot d'intérim dans une boîte aux antipodes de sa personnalité. De leur côté, Keith et David aimeraient goûter aux joies de la paternité mais doivent batailler pour qu'on les reconnaisse en tant que gays ET parents. Pendant ce temps, Nate et Brenda, le couple en apparence fusionnel et parfait vole en éclats, mettent à mal le cliché de l'harmonie amoureuse. La saison débute par un mariage où la façade joyeuse cache de profonds malaises, le troisième épisode voit Nate célébrer ses 40 ans avant de virer au règlement de comptes. Dans les deux cas, un oiseau viendra perturber la fête, figure quasi-surnaturelle rappelant aussi bien l'ombre fantomatique de Lisa (Brenda n'est-elle pas forcée d'accepter d'élever l'enfant d'une autre ?) qu'un avertissement du divin renvoyant évidemment au corbeau du générique.
Plus que jamais, Six Feet Under nous parle du spleen de l'existence écrasée par la fatalité (le parallèle entre Ruth et sa fille, toutes deux en couple avec des hommes victimes de troubles psychologiques), de cette difficulté à vivre avec les autres et à se dévoiler. Les séquences les plus fortes et lourdes de sens sont d'ailleurs celles qui se passent de dialogues comme ces réunions de quakers où le silence renvoie autant au malaise qu'à la méditation. À plusieurs reprises, la réalisation offre plusieurs points de vue sur un personnage : celui du concerné et celui qui le voit sans vraiment le connaître. On pense entre autre à l'enfance de George, assistant au suicide de sa mère, ce que Ruth ignore, ou bien cette vision de Ruth sur ses années à s'occuper d'une grand-mère invalide.
Comme si Alan Ball cherchait à boucler la boucle, il confère à la cinquième saison de sa série une construction symétrique à la première. Outre de nombreux rappels bienvenus comme la réapparition de la pétillante Angela qui couche ici avec Rico ou le retour du coiffeur permettant à Ruth de mettre ses histoires d'amour passées en perspective (délirant fantasme de tir à la carabine sur les hommes de son cœur), le décès de Nathaniel Fisher Jr dans le dernier tiers de la saison opère comme un écho à celui du pater qui mourrait dans l'épisode pilote. Mais alors que chacun tentait de nier autrefois cette disparition tragique, le deuil servira cette fois de déclencheur à une prise de conscience : il faut savoir profiter au maximum de la vie tant qu'il est encore temps. Alors que la série s'ouvrait sur des pubs promouvant une mort clean et aseptisée, les Fisher seront contraints de regarder la Mort en face (le corps de Nate défiguré par les dons d'organes, enterrement naturel) quitte à se prendre une décharge électrique en pleine face. Totalement bouleversés pendant plusieurs semaines (l'avant-dernier épisode filmé caméra à l'épaule en recourant à des longues focales traduit bien cette perte de repères), les membres de la famille finiront par accepter d'aller de l'avant, rompant le cercle dans lequel ils s'étaient enfermés. Ruth finit par concevoir le mariage sans vivre avec son mari et décide d'aller vivre là où elle était la plus heureuse ; David affronte enfin sa peur panique de la mort (incarné par une vision de son agresseur sous une capuche rouge) et Claire s'en va pour New York, débarrassée de ce besoin vital de se sentir artiste et d'être « cool » (superbe métaphore de l'accident du corbillard coloré). Sa relation avec un avocat de son travail est une des plus belles de la série parce qu'elle montre une Claire capable de s'ouvrir à des choses qu'elle aurait fustigé quelques mois auparavant. Le beau gosse n'est pas le monolithe réac’ et pro-Bush que semble suggérer une discussion autour de la guerre en Irak. Derrière les personnalités apparemment contradictoires des deux jeunes gens, il y a une attirance et un amour simple, cet amour qui nous pousse à se soutenir dans l'adversité ou à se faire découvrir de nouvelles musiques. C'est d'ailleurs ce besoin d'être tout simplement heureux qui rend la mort de Nate si belle, parce que dépourvue de jugement puritain : si le mari de Brenda décède violemment, il aura au moins connu le bonheur pur dans les bras d'une autre femme avec laquelle il était en phase. La façon dont il rejette sa femme à l'hôpital n'apparaît alors pas comme une grosse ficelle lacrymale mais tout simplement comme la délivrance de deux personnes qui n'avaient, en fin de compte, rien à faire ensemble.
On ne répètera jamais assez à quel point le final de la série est un pur joyau qui synthétise à merveille toute la sève des 5 saisons. Débutant par une naissance (l'épitaphe suspendue comme un sursis), accompagnant les Fisher jusqu'à leur mort en passant par tous ces passages obligés de l'existence (anniversaires, mariages), l'épisode est un crève-cœur déchirant en même temps qu'une invitation à sauter dans le grand vide de la Vie. Alors acceptons nous aussi de parcourir la route qui s'étend devant nous. La voiture calera peut-être, il faudra sûrement faire des choix aux différents carrefours mais l'essentiel est de profiter de chaque instant du voyage... jusqu'au bout du chemin.

Pour plus d’informations :
Le site officiel de la série (US)
Le site officiel de la série (F)

par Mérovingien02 publié dans : TV : La Lucarne Rose
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Rodolphe Marconi, Andrea Necci, Echo Danon, Orietta Gianjorio, Hervé Brunon, Tomazo d’Ulisia, Marie Teresa De Belis et Irène d’Agostino. Réalisation : Rodolphe Marconi. Scénario : Rodolphe Marconi. Images : Duccio Cimatti. Montage : Isabelle Devinck. Musique : Bruno Alesiu.
Durée : 96 mn. Disponible en VF.
Résumé :
Bruce (Rodolphe Marconi), jeune cinéaste français, débarque à Rome pour un an comme pensionnaire à la Villa Médicis. Son frère, dont on devine qu’il fut un écrivain connu, est mort ; sa petite amie semble avoir rompu avec lui. À la villa Médicis sont logés de jeunes artistes, sélectionnés sur concours et pris en charge pendant un an, avec pour seule obligation de se consacrer entièrement à leur art. Au fil des jours, coupé du monde et de ses repaires habituels, Bruce apprend à vivre dans ce décor imposant, entre le palais solennel et les jardins mystérieux. Il est rapidement approché par Matteo (Andrea Necci), stagiaire à l’administration de la Villa. Le jeune Italien, qui veut devenir écrivain, lui rappelle étrangement son frère disparu. Matteo fait découvrir Rome à Bruce, le séduit, s'impose en douceur. Mais lorsque Bruce semble prêt pour vivre quelque chose qui ressemblerait à une histoire d'amour, Matteo se dérobe. Bruce se révolte. Finalement, ils couchent ensemble. Mais aussitôt après, Matteo cesse totalement de donner signe de vie. Lassé d'appeler en vain, Bruce commence à suivre et épier son amant...
L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
L’amour comme souffrance, comme obsession autodestructrice, avec des relents de perversion dans une pérégrination romaine maniérée et mystico-érotique d'un nostalgique de la nouvelle vague parisienne qui aurait lu Stendhal et Oscar Wilde. Un film qui agace, surtout s’agissant d’une histoire homosexuelle mal assumée. On craint au début une Auberge espagnole intello mais, heureusement, notre cinéaste ne trouve pas les autres pensionnaires sympathiques. Tout ce petit monde s’évite et l’atmosphère reste glaciale…
Défense d’aimer a été réalisé lors du propre séjour du cinéaste à la villa Médicis. C’est en fait le premier long métrage du cinéaste, bien que sorti après Ceci est mon corps ! La figure christique semble tarauder le garçon, elle est récurrente dans le film ainsi que la symbolique de la passion qu’il utilise au premier degré.
Rome, décor théorique du film, est montrée de façon assez inattendue pour ce qui est des monuments les plus connus, mais on ne voit pas la rue, on ne sent pas l’ambiance. Les bars dans lesquels traîne Bruce, qui boit beaucoup, pourraient se trouver n’importe où dans le monde : la musique, le décor, tout semble interchangeable. Ce qui semble avoir fasciné Rodolphe Marconi, c’est la villa Médicis par elle-même et surtout ses jardins remarquablement bien filmés. Il parvient à leur donner un mystère digne de ceux du presbytère de La Chambre jaune. Défense d’aimer acquiert ainsi un intérêt documentaire inattendu car, c’est à ma connaissance, le seul film de fiction jamais tourné à la villa Médicis dont peu d’images sont disponibles.
Le scénario emprunte à la tragédie classique ses grands thèmes : choix cornélien, jalousie, issue fatale, sans les renouveler ni éviter le pathos.
Les personnages secondaires sont souvent touchants, en particulier cette Irène, petit oiseau fragile et ravagé, qu’on aperçoit que de façon fugitive, ou encore Aston, la new-yorkaise fan des serial killer, dont l’interprétation, malgré le côté caricatural et improbable du personnage, parvient à être crédible. Le spectateur espère alors que l'amitié du héros avec la romancière fascinée par les criminels va redonner à l'œuvre un élan. Malheureusement, le film touche à sa fin.
Le cinéaste abandonne trop vite ses personnages secondaires. Le film, visiblement autobiographique, est cannibalisé par le narcissisme de son auteur qui le ramène toujours à son pénible mal de vivre. C’est surtout l’interprétation des deux personnages principaux qui navre. Au lieu de rester sagement derrière la caméra comme il le fera dans son film suivant, le trop méconnu Le Dernier jour (2004), Rodolphe Marconi a eu la très fâcheuse idée d’interpréter Bruce. Son jeu hésite continuellement entre la maladresse et le cabotinage, comme quoi il est bien difficile de jouer son propre rôle. À sa décharge, il a du endosser le rôle en raison de la défection de dernière minute du comédien pressenti. Il manque en particulier au personnage de Bruce, une ou deux scènes dans lesquelles il exprimerait vraiment son mal de vivre. Le drame qu’entend relater Rodolphe Marconi manque d’intensité. Cette mollesse est contredite par une fin aussi brutale que dramatique que rien n’amène vraiment. Il y a toutefois quelques séquences esthétiquement très réussies comme cette belle scène d’amour entre les deux hommes, filmée comme un tableau, sur la musique de… la Passion selon Saint Mathieu.
Le film vaut surtout pour ses qualités de mise en scène. On a le sentiment que l’image prime toujours sur le scénario (étique) dans la mouvance de Claire Denis et de son Beau travail et des films de Tsai Ming-Liang, mais Rodolphe Marconi ne possède pas le subtil érotisme de ce dernier. Le réalisateur a privilégié les scènes de nuit. L’image revendique un esthétisme un peu trop présent avec ses flous fréquents, la dominante ocre des scènes de jour et ses beaux mouvements de caméra.
La beauté des images ne parvient pas à sauver le film, tant le cinéaste s’est désintéressé par nombrilisme de son histoire qui manque autant de consistance que d’originalité.
Mais il ne faut pas en vouloir à Rodolphe Marconi : voilà un monsieur à qui l’on offre aux frais de la princesse (le contribuable) un an de villégiature à Rome dans un palais. En quittant Paris, il s’est fait larguer par son petit ami (l’autobiographie a ses limites !). Mauvaise fille, il trouve ses camarades de trimard infréquentables et de la dernière vulgarité, donc il s’ennuie (s’ennuyer à Rome, à la villa Médicis, m’aurait fait douter de la qualité du personnage si je n’avais pas vu son opus suivant). À la fenêtre de sa geôle romaine, il fantasme sur le jardinier qui taille torse nu les buis, ce qu’il transpose pour notre malheur en un plumitif évanescent… La barbe soit de l’autofiction !
En résumé, on est content que Rodolphe Marconi se soit occupé pendant son séjour romain mais était-il besoin pour cela de nous ennuyer, nous cinéphiles ?

L'avis de Petit Ian :
À l'instar du sujet, le scénario de Défense d'aimer est classique et conforme aux règles communes de la tragédie (choix cornélien, jalousie, issue fatale). Pourtant, on aurait tort de réduire le deuxième film de Rodolphe Marconi au pathos.
Défense d'aimer est une magnifique démonstration des qualités de metteur en scène dont est doué Rodolphe Marconi. Au risque d'offusquer les véritables romanciers (mais ceux-là n'ont pas compris/admis que la beauté de l'image prime désormais sur le verbe et que cette tendance – on la trouve notamment chez Claire Denis, Christophe Honoré, et bien sûr chez nos précurseurs de la « Nouvelle vague asiatique » – est l'avenir du septième art), toute la grandeur du film réside en son esthétisme.
Le cinéma fait des fashion victimes. Le paraître y est aujourd'hui critère de qualité. Le fond de Défense d'aimer est un assomoir. Pour autant, la forme n'est pas trompeuse. (Il serait regrettable de n'avoir que des drames sociaux – dont, ailleurs, je suis friand ! – à la plastique sciemment négligée, au service du réalisme.) Ainsi, les exemples ne manquent pas. Sensuel, avec ce magnifique long plan sur une jeune fille émoustillée par El Desierto de Lhasa, ou l'étreinte charnelle des deux garçons (le réalisateur a choisi de la filmer avec autant de pudeur que d'intensité et celle-ci s'avère particulièrement réussie). Beaucoup de scènes de nuit, évidemment, de flous, de mouvements de caméras, et l'excellent choix de mettre en valeur la couleur ocre.
Quelques axes de narration sont suggérés par la représentation de personnages souffrant, puis délaissés : c'est le cas du malade qui refuse l'aide des « infirmières », de la serveuse que Bruce fait redescendre sur Terre, de la fan de Lhasa... Ce n'est pas la peur de l'éparpillement qui a fait renoncer Rodolphe Marconi au développement des autres protagonistes, mais l'inévitable nombrilisme d'une oeuvre semi-autobiographique où la souffrance passionnelle est reine. D'où, il est vrai, la perte d'intérêt pour la directive narratrice, manquant de consistance et d'originalité. Et les regrets d'un début remarquable.
C'est peut-être l'« amitié » du héros avec la romancière fascinée par les criminels qui redonne à l'œuvre son élan. Malheureusement, le film touche à sa fin (et quelle fin décevante !) et l'on se dit qu'une heure et demi, c'est tout de même bien court : oui, on regoûterait bien à la beauté de l'image.

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite, Petit Ian publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Dustin Hoffman, Jessica Lange, Teri Garr, Bill Murray, Charles Durning, Dabney Coleman, Sydney Polla
ck, George Gaynes, Geena Davis, Doris Belack, Ellen Foley et Peter Gatto. Réalisé par Sydney Pollack. Scénario : Larry Gelbart, Barry Levinson, Elaine May et Murray Schisgal.  Directeur de la photographie : Owen Roizman. Compositeur : Dave Grusin, Alan Bergman et Marilyn Bergman.
Durée : 117 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :
Michael Dorsey, acteur exigeant sur le déclin, désespère de décrocher à nouveau un rôle. Sans trop y croire, il décide alors de se créer une nouvelle personnalité : il sera Dorothy Michaels, une femme dotée d'une forte personnalité. Or son déguisement va non seulement lui permettre de jouer dans une série télévisée, mais même lui attirer un vrai public de fans. Si ce nouveau statut n'est pas pour lui déplaire, il se trouve bientôt confronté à un dilemme difficile : comment avouer à sa collègue Julie Nichols, qui a fait de lui sa confidente, qu'il est en réalité un travesti amoureux d'elle ?
L'avis de Jean Yves :
Tootsie, incursion de Sydney Pollack dans la comédie, repose essentiellement sur l'immense talent de Dustin Hoffman, aussi à l'aise en femme qu'en homme.
Un comédien considéré comme génial (Dustin Hoffman) est mis à l'index de la profession en raison de sa réputation d'empêcheur de tourner en rond, de son intransigeance et de son mauvais caractère : il est condamné à ne plus pouvoir travailler. Il lui vient alors l'astuce de postuler, incognito et parfaitement travesti, un rôle féminin dans un feuilleton médical pour la télévision ; Michaël devient ainsi Dorothy.
Dustin Hoffman aux prises avec le dilemme de la femme, « séduire ou crever », domine la situation avec un aplomb stupéfiant : sa transformation est éclatante, de la pointe du soutien-gorge au vernis à ongles, beaucoup plus trouble que celui de Julie Andrews de Victoria en Victor.
Grâce à son jeu, de nombreuses scènes sont franchement drôles, notamment celles qui couvrent les inévitables mouvements d'ambiguïté provoqués par la métamorphose :
« Es-tu gay ? » lui demande-t-on.
« Dans quel sens ? » répond Dustin, qui doit affronter la double suspicion qui pèse sur lui.
Être pris pour une lesbienne quand il est femme, voir son meilleur ami (le seul dans la confidence) se demander s'il n'est pas devenu pédé pour se complaire ainsi dans le travestissement : « Il y a une femme en moi, je la sens profondément. », ajoute Dustin pour aggraver son cas…

Le problème, dans ce genre de film reposant sur un prétexte plus ou moins crédible, source potentielle de gags, est de ne pas se perdre dans les innombrables possibilités ainsi offertes. Tootsie part un peu dans toutes les directions sans les exploiter vraiment et eût gagné à un peu plus de concision. La manière de « tuer » le personnage de Dorothy qui devient une charge insupportable pour son propre créateur est assez décevante. Tout va bien, tant que l'on en reste au prétexte c'est à dire tant que Michaël berne tout le monde sans en mesurer toutes les conséquences…
Pour plus d’informations :

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Lundi 1 janvier 2007

Fiche technique :
Avec Brad Hallowell, Gregory J. Lucas, Jennifer Stackpole, Mindy Hofman, Charles Ard, Theodore Bouloukos, Michael John Dion, Hilary Mann, Nathan Johnson, Jennifer Mallett et Gregg Anderson. Réalisation : Todd Verow. Scénario : Todd Verow & Jim Dwyer. Image et montage : Todd Verow. Musique : Jim Dwyer & Colin Owens.
Durée : 104 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Joe (Brad Hallowell) 18 ans, vit avec sa mère, une marie-couche-toi-là, et sa sœur aînée Theresa (Hilary Mann). On apprendra qu’il a été violé à l'âge de dix ans,  mais il a décidé de garder le secret. Il est dans sa dernière année de lycée et espère entrer après dans une école d’art. Il devient ami avec Victor (Charles Ard), un vieil artiste pour lequel il pose nu. Il vient habiter avec lui, espérant que le peintre l’aidera à échapper à la médiocrité de son milieu. Alors que l'horreur et le vice rôdent autour de lui, Joe tente par tous les moyens de s'en sortir et d'échapper à un destin minable et inéluctable s’il reste dans le quartier de Capeheart Projects dans la petite ville de Bangor, dans le Maine, banlieue blanche où tout est un peu étrange sous des apparences de normalité et où il est très difficile de s'épanouir, surtout lorsque l'on est, comme Joe, gay et amoureux de son meilleur ami, Andrew (Gregory J. Lucas), la vedette locale de football américain. Andrew, lui, n'assume pas son homosexualité. Il continue à sortir avec la chef des majorettes. Joe accompagne le couple dans leurs virées, suivi de Kriss (Mindy Hofman), la classique fille à pédé. Lasses d'attendre le grand soir, où leurs hommes enfin les dépucelleront, les deux jeunes femmes finissent par réaliser l'attirance réciproque des deux garçons. Elles vont alors devenir le catalyseur de leur première relation sexuelle... 
L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
On peut penser que Todd Verow, qui a adapté à l’écran en 1999 Frisk, le célèbre roman de Denis Cooper, transpose l'histoire de sa jeunesse dans Vacationland. Il est en effet né en 1966 à Bangor dans le Maine, lieu où se déroule l’intrigue du film qui, cinématographiquement commence bien. Le réalisateur, dans les dix premières minutes, réussit, en quelques séquences justes, en particulier celle d’une mémorable drague dans des toilettes, à faire exister son héros avec la seule grammaire du cinéma; il y a peu de dialogues. Nous pourrions être alors dans le meilleur Gregg Araki. Mais les choses commencent à se gâter lorsque Joe rencontre sa sœur, Hilary Mann, peu crédible comme l’ensemble de la distribution féminine. Et cela continue très mal avec l’adjonction, aussi inopinée que calamiteuse, de la voix off de Joe nous expliquant qu’il est amoureux de son meilleur copain, Andrew, ce que l’on avait compris dès les premières minutes. On sent tellement que ce procédé (affreusement mal postsynchronisé, avec un effet de son « cathédrale » des plus gênant) n’est fait que pour masquer l’incapacité du cinéaste à filmer une scène dans laquelle il montrerait la force de cet attachement, cela parait un peu pitoyable. Todd Verow fait suivre cette maladresse par une belle idée de mise en scène, une séquence dans laquelle Joe pose nu (malheureusement nous ne verrons pas grand chose de son appétissante anatomie) devant un peintre qui lui demande de se raconter pendant qu’il le dessine, un habile subterfuge pour nous informer sur le garçon. La mise en scène fera ainsi alterner le pire et le meilleur tout au long du film. Malheureusement, le pire est beaucoup plus fréquent que le meilleur.
Par le biais du portrait d’un jeune gay égaré dans une petite ville de l’Amérique profonde, Vacationland se veut un constat sombre, mais pas désespéré, sur une jeunesse en mal de repères. Nous assistons à l’apprentissage mutuel de la sensualité entre Andrew et Joe. C’est la partie la plus réussie du film et sans aucun doute la plus autobiographique, on y sent le vécu. Une des faiblesses du film est son incapacité à mêler l’autobiographie et le romanesque. On est en plus gêné de reconnaître un peu trop facilement les sources de ce romanesque dans les emprunts maladroits aux films L.I.E. (Long Island Expressway) de Cuesta, Bully de Larry Clark et surtout à Mysterious skin de Gregg Araki.
Les meilleurs amis abandonnent leur innocence en devenant amants. Ai