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« Cela m'a beaucoup perturbé. Devais-je le cacher ou le dire ? Non pas le clamer mais ne pas l'occulter. Pour moi, occulter aurait signifié avoir honte. Et je n'avais aucune honte à être ce que j'étais. J'ai su alors que le monde serait divisé en deux : ceux qui ne l'accepteraient pas et avec qui je n'aurais plus rien à faire et ceux qui accepteraient ma sensibilité. (…) Je l'ai annoncé à ma mère alors que je conduisais une décapotable sur une route à lacets, en Corse. Elle m'a regardé et m'a dit : "Ma pauvre fille. Tu as un gène en plus ou en trop. Il faut te faire une psychanalyse." J'avais deux solutions : nous jeter toutes les deux dans le ravin ou comprendre qu'à partir de ce moment-là, je n'aurai plus rien à lui dire. » Josée Dayan, réalisatrice.





Fiche technique :
Avec Julie Andrews, Robert Preston, James Garner, Lesley Ann Warren, Alex Karras et John Rhys-Davies. Réalisé par Blake Edwards. Directeur de la photographie : Di
Durée : 135 mn. Disponible en VO, VOST et VF.
Résumé :
Victoria, à la superbe voix d'opéra, ne trouve pas d'emploi. Jusqu'au jour où elle se transforme en Victor, comte polonais.
L'avis de Jean Yves :
Paris, 1934 : Bien qu'elle soit dotée d'une superbe voix, Victoria court les cabarets pour se faire embaucher. Tenaillée par la faim, elle entre dans un restaurant et commande un repas gargantuesque. Toddy, un artiste homosexuel au chômage, qui l'a déjà entendue chanter se joint à elle.
Une fois repue, Victoria tente d'échapper à l'addition en affirmant avoir trouvé un cafard dans sa salade. Toddy et Victoria profitent de la panique semée par la bestiole dans l'établissement pour s'éclipser. Toddy a une idée : puisque personne ne s'intéresse à Victoria et à sa belle voix d'opéra, elle n'a qu'à devenir Victor, comte polonais renié par sa famille pour avoir voulu devenir artiste et être homosexuel. Grâce à Toddy, la métamorphose et la supercherie marchent parfaitement…
C'est l'hiver. Il neige. Un jeune homme un peu fragile quitte le grand lit où un homme plus âgé se prélasse encore. C'est Toddy (Robert Preston dans un rôle de composition réussi), chanteur dans une boîte gay, caricature fripée car plus vraiment jeune mais impeccablement pomponnée, au masque pathétique et digne de vieille femme qui ne fait pas son âge.
Victor-Victoria est entièrement construit comme un spectacle, autour de l'enchaînement de situations créé par le double jeu de Julie Andrews.
L'inventaire des clichés que traîne l'homosexualité a fourni à Blake Edwards ses flèches empoisonnées contre les censeurs : « La honte est un sentiment sans joie inventé par les bigots » et surtout la perfide remarque du garde du corps à son patron "mafioso macho hétéro troublé" « Vous savez, patron, ce type, c'est le champion de France des poids moyens... mais vous n'avez rien à craindre, c'est une tapette ! ».
Cette comédie parvient à ridiculiser l'un des derniers remparts de l'ordre hétérosexuel : non seulement l'image du pédé incapable d'assurer une fonction sociale virile est remise en question, mais que ce pédé soit en outre une femme travestie ajoute à la confusion, brouillant délicieusement un jeu de cartes que la femme et le pédé n'ont jamais été invités à distribuer.
Pourtant je crains que le côté spectacle (auquel j'ai eu du mal à adhérer) de Victor-Victoria n'empêche d'en lire la satire.
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