Publicité

Accueil

 
Blog LGBT de

Daniel C
. Hall

L'équipe des "piliers" en exclusivité
ou en reprise autorisée :

Jean Yves
, Bernard Alapetite, Zanzi, Neil, Kim, Matoo, Mérovingien02, Juju, Chori, Shangols, Boris Bastide, Stéphane Riethauser, Samuel Minne,
Niklas, Robert Wagner...

et l'arrivée de Marc-Jean Filaire,
Isabelle B. Price, Psykokwak, Rémi Lange et Didier Roth-Bettoni.

Un grand merci à Francis Moury, Olivier Nicklaus
et à
Yann Gonzalez

et bien d'autres depuis le début et d'autres à venir...

Ce blog est partenaire de

Dreampress.com

Avec l'aide graphique de

C@NTACT BLOG

gaypride.gif

Calendrier

Octobre 2006
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

POUR SURFER SUR CE BLOG...

homophobie2008.gif
Les Toiles Roses
est un blog collaboratif, indépendant et bénévole optimisé pour Mozilla Firefox (
cliquer ici pour le télécharger)

NOS CRITIQUES DE FILMS : 1. Films de A à H : ici. 2. Films de I à P : ici. 3. Films de Q à Z : ici.
(Dernière mise à jour des index des films critiqués : 19/03/08)
NOS CHRONIQUES : 1. Saga des blogueurs : ici. 2. Histoire de l'homosexualité : ici. 3. Les articles de Kim : ici. 4. Zanzi and the City : ici. 5. Merci Bernard... (Bernard Alapetite) : ici. 6. Les 4 vérités de Juju : ici. 7. Derrière les masques : HOMOLLYWOOD (Marc-Jean Filaire) ici. 8. Et les filles, alors ? (Isabelle B. Price) ici. 9. L'œil du voyeur (Didier Roth-Bettoni) ici.
NOS RUBRIQUES SUCCÈS : 1. Citations homophobes et homophiles : ici. 2. Les vidéos des publicités gay ou gay-friendly : ici. 3. Les affiches et visuels LGBT : ici. 4. Les vidéos contre l'homophobie : ici. 5. Les vidéos contre le SIDA : ici. 6. Les vidéos de la TV en folie : ici.
NOS WEBSERIES : 1. Au cœur du Marais : ici. * 2. Niko perd les pédales : ici. * 3. G : ici. 4. Nous tous : ici. * 5. Au bar ou à la maison ? : ici. * 6. Gay Friday [en anglais] : ici. 7. Luke & Noah : "As the World Turns" : ici. 8. Crétins Story : ici. 9. Boris & Nadir : ici. 10. DELEDIOS : ici. [à venir]  11. FOUP : ici.
NOS ZOOMS : 1. Spécial Salim Kechiouche : ici.

Nos partenaires éditeurs de DVD (faites-leur confiance !) :
Antiprod    BQHL    Carlotta Films    Eklipse    Epicentre Films    Les Films de L'Ange    Hystérie Prod.    One plus One
Mardi 24 octobre 2006

Né en Égypte en 1972, Youssef Nabil grandit au Caire où il est bercé dès son enfance par la grande époque du cinéma égyptien des années cinquante, celle du Hollywood sur Nil. De ces images en Noir et Blanc il garde de la nostalgie du glamour, d’une certaine légèreté, de l’élégance et du mélo.
Très jeune, à l’age de dix-neuf ans, il commence à prendre des photos en marge de ses études littéraires à l’université du Caire. Deux rencontres artistiques viendront donner un tournant décisif à sa carrière. La première avec David Lachapelle dont il sera l’assistant à New York et la seconde avec Mario Testino qu’il suivra à Paris. Cette double expérience dans la photo de mode avec deux des plus talentueux photographes lui permettra non seulement d’apprendre à leurs côtés la sophistication de la photo de mode et paradoxalement l’aidera aussi à développer son regard et son style. Dans ses photos, il retiendra de ses amours cinématographiques un attachement particulier à la mise en scène et au choix des décors. Tout un dispositif est mis en place pour rappeler l’univers suranné du roman-photo, corollaire du cinéma de cette période : À partir de ses prises de vues réalisées dans l’esprit des “Studios”, il s’attache à mettre en valeur dans chacun de ses portraits l’aspect extraordinaire de ses modèles. Réalisées en Noir et Blanc, une fois développées, les photos sont soigneusement mises en couleur à la main.
Ses modèles sont des artistes égyptiens ou internationaux : acteurs, chanteurs, musiciens ou plasticiens. Pour les photographier, il doit avant tout les aimer. Ses photos l’aident à approcher les êtres qui l’attirent, le fascinent ou qu’il a envie de connaître. Il y a aussi ses propres icônes, celles qui ne sont plus de ce monde mais qu’il réussit à réincarner sous les traits de ses amis ou modèles.
Pour lui, la célébrité offre une part d’immortalité qui permet à ceux qu’elle touche de vaincre la mort par une image existante ou recréée. Par de là cette touche d’éternité, ses personnages auréolés d’amour n’échappent pas à la solitude qui les fige dans leur destin de stars. Les moments de célébrité détachent l’individu des autres et l’isolent dans une solitude extrême proche de la mort. Il y a là le désespoir de l’être qui se retrouve face à toute cette vanité où finalement, il ne restera de la vie qu’une image coloriée.
Dans un travail plus récent, Youssef Nabil pousse encore plus loin les liens qui rattachent l’amour à la mort. D’inspiration plus métaphysiques, ses dernières photos sont composées d’objets à connotation sexuelle chargée de danger et d’êtres qui voient le sens et l’essence de leur vie leur échapper. L’insouciance des années Glamour est bien loin.




La série de portraits de Salim Kechiouche (réalisée à Paris en 2005) a été publiée par le magazine Têtu et on peut en voir quelques-uns sur le site de Youssef Nabil et celui de Salim Kechiouche. Un grand merci à Youssef dont l’immense gentillesse n’a d’égale que son talent. Les portraits reproduits ici respectent les demandes de l’artiste. Merci aussi à mon ami Abdellah Taïa pour m’avoir aidé à contacter Youssef.

Les portraits sont © Youssef Nabil. Reproduction interdite. Tous droits réservés pour tous pays. Reproduit sur Les Toiles Roses avec l’autorisation de Youssef Nabil.

par Daniel C. Hall publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 24 octobre 2006

20 cinématons Olé Olé !

de Gérard Courant

avec SALIM KECHIOUCHE, HALIM ANOU, MATHIEU LECERF, NOËL GODIN, TOM DE PEKIN, PASCALE OURBIH, BRIGITTE LAHAIE, MONSIEUR KATIA, MADAME H, JAKOBOIS, ILMANN BEL, REMI LANGE, ANTOINE PARLEBAS, MARIE-FRANCE, CORRINE, JEAN-PIERRE BOUYXOU, ELODIE, JOHANNE MAIBÖLL, PASCAL LIEVRE, MARIE-MADELEINE FUGER, ALAIN BUROSSE, FARRAH DIOD... 

Durée totale du DVD : 110 minutes. Interdit aux moins de 16 ans. DVD 5. Pal ALL Zones.

BONUS : TOURNAGE DU CINEMATON DE SALIM KECHIOUCHE, 6 COUPLES, ECRITS SUR GERARD COURANT, FILMOGRAPHIE, LIENS INTERNET, BANDES-ANNONCES.

ENTRETIEN AVEC GÉRARD COURANT
À PROPOS DU « CINÉMATON »
DE SALIM KECHIOUCHE

Photographie (c) Barbara Peon Solis
 

Avant de nous parler du Cinématon de Salim Kechiouche, pourriez-nous vous dire d’où vient l’idée du Cinématon ?

La conception du Cinématon est une idée nouvelle, révolutionnaire même dans le cinéma. Faire un film infini (il dure maintenant 150 heures et a été commencé, il y a 28 ans), projetable en tout (en intégrale) ou en partie (il est possible de ne projeter qu’un Cinématon), en kit en quelque sorte, n’avait jamais été mise en pratique auparavant dans le cinéma et je dirais même, également après, depuis la naissance du Cinématon.
L’idée est née au milieu des années 1970 quand j’étais étudiant. J’étais un cinéphile fou, qui voyait beaucoup de films et qui espérait en faire lui-même à son tour. Même si le cinéma était mon centre d’intérêt principal, j’étais également très attiré par l’art contemporain dont les artistes n’hésitaient pas à travailler sur le modèle de la série. Et ce travail, sur l’accumulation, les variations et la répétition, m’attirait énormément.
Mais une question me tarabiscotait : pourquoi existait-il si peu de films réalisés sur des artistes alors que le cinéma approchait déjà de son siècle d’existence ? Sur certains artistes majeurs, il n’y avait rien. Pourquoi ? Je n’avais pas de réponse. Et, en fait, ma réponse fut de me lancer, après une longue réflexion, dans cette aventure du Cinématon : filmer les artistes avec des règles du jeu très particulières sur lesquelles je vais m’expliquer un peu plus loin.

Que vouliez-vous faire « passer » ?

Mes moyens matériels et financiers étant réduits, le coût élevé du cinéma ne me permettait pas de réaliser des essais comme peuvent le faire si facilement les peintres et les écrivains et, aujourd’hui, les cinéastes grâce à la vidéo. Ce manque de moyens m’obligea à me poser beaucoup de questions. Comment réaliser et comment financer moi-même ce travail ? C’est après avoir répondu à ces interrogations, qui durèrent plusieurs années – une éternité quand on a vingt ans – et après avoir longuement réfléchi au meilleur concept possible que je me jetai enfin à l’eau le 18 octobre 1977. Je réalisai le numéro 0 de la collection : mon propre portrait que j’intégrai, illico, dans mon premier long-métrage : Urgent ou à quoi bon exécuter des projets quand le projet est en lui-même une jouissance suffisante. Quand je découvris le résultat de cet autoportrait, je fus très surpris par mon comportement devant la caméra car j’imaginais n’avoir rien fait. Je fus stupéfait par la multitude d’expressions qui se lisaient sur mon visage. À l’évidence, mon dispositif fonctionnait ! C’est alors que le 7 février 1978 je me lançai véritablement dans l’aventure en filmant le premier Cinématon.
Mais tout ça n’est que de l’anecdote. Ce que je voulais faire passer aux spectateurs tenait dans ces trois points :
1) Je désirais conserver une mémoire cinématographique du milieu que je côtoyais : les milieux du cinéma et de l’art.
2) Je tenais à ce que ces portraits soient différents des portraits que l’on voyait au cinéma ou à la télévision.
3) Je voulais réaliser un grand nombre de portraits. Au départ, j’imaginais un film de 24 heures (soit environ 340 portraits), ce qui me semblait déjà très ambitieux. Mais très vite, au bout de quelques mois, je me suis fixé un objectif encore plus élevé : filmer 1 000 Cinématons (soit environ 70 heures de film). Puis lorsque, au bout de dix années de tournage, j’ai filmé le 1 000ème Cinématon – à nouveau, le mien – j’ai désiré continuer et ne plus me fixer de limites.

Quel est le principe du Cinématon ?

Tous les portraits sont réalisés selon les mêmes règles que voici :
1) Un gros plan fixe du visage d’une personnalité des arts et/ou du spectacle.
2) Une caméra fixée sur un trépied.
3) Un plan fixe de 3 minutes 20 secondes.
4) Une seule prise.
5) Pas de son.
6) Pas de modification de mise au point.
7) Un plan-séquence
8) Pas de montage.
9) La personnalité filmée est libre de faire ce qu’elle veut.
10) Le cinématé accepte que son portrait soit montré en public.

Quelles personnes filmez-vous ?

Je filme les artistes qui œuvrent dans toutes les disciplines (cinéma, musique, arts plastiques, arts de la rue, littérature, télévision, cirque, philosophie, politique, etc.). Cela va de Jean-Luc Godard à Jean Dutourd, du Professeur Choron à Jack Lang, de Arrabal à Roberto Benigni, en passant par Wim Wenders, Gérard Jugnot, Philippe Sollers, PPDA, Jean-Paul Aron, Félix Guattari, Ben, Cavanna, Marie-France, Samuel Fuller, Sergueï Paradjanov,  etc.

Comment avez-vous rencontré Salim Kechiouche ?

Au départ, il y a Rémi Lange. Je connaissais Rémi Lange depuis ses débuts au cinéma. Je l’avais rencontré à Tours en 1993 lors des Rencontres du 8ème type, qui était un festival entièrement voué au format Super 8, alors qu’il tournait Omelette, son premier long métrage. Le samedi 3 avril de cette année-là, j’avais rassemblé tous les festivaliers pour réaliser un portrait filmé pour une autre série cinématographique que je réalise depuis 1985 : la série Portrait de groupe. Ce portrait s’appelle Les Morlocks dansent aux rencontres du 8ème type. (Parmi la trentaine de participants, on reconnaît le fameux Joseph Morder, l’inventeur et le père des Morlocks). C’était le 181ème de la collection qui en compte aujourd’hui 235. Rémi Lange, présent sur les lieux avec sa caméra Super 8, filma le tournage qu’il inclut dans Omelette !
Puis, au début de l’année 2005, Rémi Lange me contacta pour me proposer d’éditer, avec sa société Les Films de l’Ange, un DVD d‘une sélection de mes Cinématons. Nous avions d’abord établi une première sélection de portraits choisis à l’intérieur de ma collection et Rémi Lange eut l’idée d’actualiser ce DVD en me demandant de filmer des nouveaux portraits de personnalités qui pourraient trouver leur place dans cette sélection. Et parmi ces personnalités, outre Madame H, Corrine, Tom de Pékin, Ilmann Bel ou Pascale Ourbih, il me proposa de filmer Salim Kechiouche que je ne connaissais pas encore personnellement. Bien entendu, j’acceptai.
Nous nous donnâmes rendez-vous au parc Monceau, par une douce après-midi de printemps qui sentait déjà bon l’été. Nous étions le 11 juin 2005. Rémi Lange s’était joint à nous car nous avions convenu qu’il filmerait cette séance pour en faire un making of qui serait inclus dans le bonus du DVD. Antoine Parlebas était également présent avec une deuxième caméra.
Le tournage du Cinématon commença à 15 heures 35 (c’est indiqué dans le générique !) et Salim Kechiouche est le 2 102ème de la collection !
Le DVD, avec 20 Cinématons (et 5 portraits de la série Couple en bonus) a été édité et il est sorti à la fin de l’année dernière sous le titre : 20 Cinématons olé olé.  

Est-ce que vous connaissiez Salim Kechiouche avant de réaliser ce Cinématon ?

Je savais peu de choses de lui. Je l’avais vu seulement dans le film de François Ozon, Les Amants criminels où il était excellent. Mais comme Ozon est un grand directeur d’acteurs, on est forcément excellent chez ce cinéaste. Le vrai test pour un acteur, quelles que soient ses qualités, est d’être bon dans un mauvais film comme savaient l’être à la perfection un Francis Blanche, un Bernard Blier ou un Michel Galabru. Mais c’est plus facile dans la comédie qui n’est pas encore, à ma connaissance, le registre de Salim Kechiouche.

Comment lui avez-vous présenté le principe du Cinématon ?

Ce fut très simple. Rémi Lange établit le premier contact avec Salim en lui demandant s’il était intéressé de participer à l’expérience et à l’aventure du Cinématon. Comme il répondit par l’affirmative, je lui téléphonai ensuite pour bien lui expliquer les règles du Cinématon et, notamment, en insistant sur le fait qu’il avait une totale liberté de faire ce qu’il voulait devant ma caméra. Il eut l’idée de mettre en scène une séance d’entraînement d’un sport qu’il pratique assidûment et qu’il adore : la boxe.

On voit dans un premier temps Salim Kechiouche sauter à la corde, puis boxer en direction de la caméra. Quels souvenirs gardez-vous de ce moment de tournage ?

Ce fut un moment délicieux car très plaisant à filmer. Il n’y avait aucune tension, aucun stress comme il peut arriver, parfois, dans certains Cinématons où la personne filmée, prenant conscience – à tort ou à raison – qu’elle va laisser une trace pour l’éternité, se fige, se contracte. Au contraire, on sentait que Salim prenait beaucoup de plaisir à jouer devant ma caméra. À aucun moment, la caméra ne l’a gêné. Elle était plutôt son allié. Il avait la grâce du boxeur sur le ring qui danse autour de son adversaire.

Quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Salim Kechiouche ?

Nous avons pris possession d’un petit carré de pelouse du parc Monceau et nous nous sommes installés comme si nous étions les seuls au monde, sans nous préoccuper des passants ou du regard des enfants toujours fascinés par une caméra (et ils pouvaient l’être triplement puisqu’il y avait trois caméras !).
Certains souvenirs sont liés à la présence de Rémi Lange et Antoine Parlebas. En temps normal, il n’y a pas de personne étrangère au tournage d’un Cinématon. Un Cinématon demande une grande concentration de la part de la personnalité filmée (et également de la part du cinéaste !) et toute intrusion extérieure risque de modifier son comportement devant ma caméra. Un simple mot, un simple regard, un toussotement, un éternuement de l’un de ces invités pourrait provoquer une réaction chez la personne filmée qui irait à l’encontre du résultat du Cinématon. En effet, il est utile de redire que tout ce que le sujet filmé fait devant la caméra doit venir de lui et toute intervention extérieure va modifier son comportement et donc dévaluer sa prestation. La présence des deux opérateurs m’obligea à être encore plus vigilant sur des petits détails qui auraient pu parasiter le comportement de Salim. De plus, sachant que j’étais filmé pour le making of, j’étais contraint à plus de pédagogie et à plus de clarté dans mes explications lorsque je m’exprimais avec Salim durant la préparation du tournage de son Cinématon. J’avais pris la précaution de bien lui répéter les règles du Cinématon, en étant le plus précis possible dans mes définitions, de calculer tous mes gestes : installer mon trépied, fixer ma caméra, sortir la pellicule de sa boîte et l’introduire délicatement dans la caméra, délimiter le cadre qui était imparti à Salim, puisque, comme je l’ai énoncé dans la charte, le cadre, dans Cinématon, est toujours fixe et il m’est interdit de procéder à des recadrages pendant le tournage. Bref, j’étais le filmeur de Salim Kechiouche et, en même temps, le filmé de Rémi Lange et Antoine Parlebas ! Attention aux télescopages...  

Est-ce que le principe du Cinématon a surpris Salim Kechiouche ?

Il était un peu intrigué par la démarche singulière du Cinématon, mais sans plus. Visiblement, ma démarche ne l’impressionna pas outre mesure. Et c’est tant mieux ! Il a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une expérience particulière et que c’était une chance de faire partie de ce cercle d’initiés où, comme comédien, il côtoyait des acteurs de talent comme Sandrine Bonnaire, Richard Bohringer, Marushka Detmers, Stéphane Audran, et bien d’autres.
Il a pris le Cinématon par le bon bout sans s’en faire une montagne. Il faut dire que Rémi Lange m’a bien aidé car c’est lui qui, ne l’oublions pas, établit le premier contact avec Salim en lui expliquant le cahier des charges si contraignant du Cinématon.

Quel regard portait-il sur l’expérience du Cinématon ?

Je crois que ça l’a amusé. Et en même temps, il l’a fait ce Cinématon de manière très professionnelle. Ce n’était pas gagné d’avance car sa mise en scène l’obligeait à bouger tout le temps et comme le cadre du Cinématon est fixe, il aurait pu en sortir très facilement. Et ce ne fut jamais le cas. Salim a montré une certaine science du cadre.

Ce qu’il y a d’étonnant dans ce Cinématon de Salim Kechiouche, c’est que ce portrait muet nous dit beaucoup de choses sur sa personnalité.

Je ne connais pas assez Salim pour répondre à votre question, mais il serait intéressant d’avoir l’opinion des personnes qui le connaissent bien. D’une manière générale, quand les spectateurs d’un Cinématon connaissent personnellement la personne filmée, ils sont toujours impressionnés que le dispositif du Cinématon puisse révéler d’une manière aussi forte la personnalité du filmé.

Que pourriez-vous nous dire d’autre sur ce Cinématon de Salim Kechiouche ou sur le Cinématon en général ?

Aujourd’hui, les Cinématons sont au nombre de 2 108 et l’ensemble dure environ 150 heures. La dernière rétrospective intégrale a eu lieu du 23 avril au 2 mai 1998 à Toronto, au Canada, où furent montrés les 1 870 premiers Cinématons. Je ne sais pas s’il sera possible de présenter une nouvelle intégrale car plus le temps passe, plus l’anthologie Cinématon augmente et plus il sera très difficile d’organiser un tel événement.

Justement, à propos de la diffusion, où est-il possible de voir les Cinématons actuellement ?

La particularité et la singularité de Cinématon impliquent naturellement une diffusion particulière et, parfois, singulière. Cinématon ne peut pas être montré comme un film normal car ce n’est pas un film normal ! Il faut être curieux, attentif aux programmes, jeter un œil acéré sur les grilles de programmes de la télévision, des cinémas, des festivals de cinéma, des projections de la Cinémathèque Française ou d’autres cinémathèques, des musées, des galeries, etc.
À partir du 28 octobre, la chaîne PinkTV va diffuser un Cinématon par jour pendant 16 semaines, soit 80 Cinématons. Il y aura les portraits de Jack Lang, Frédéric Mitterrand, Maurice Pialat, Jean-Luc Godard, Marie-France, PPDA, Philippe Gildas, Alain Chabat, Jules Édouard Moustic, etc. Ce 28 octobre la chaîne rediffusera l’émission Super Paradise qu’elle a consacré au Cinématon en avril dernier. Ce montage, composé d’une trentaine de Cinématons et magnifiquement réalisé par Jérôme Oliveira, offre en 34 minutes une excellente occasion de se familiariser avec l’entreprise folle des Cinématons.
Le samedi 11 novembre prochain, je présenterai une douzaine de Cinématons (Wim Wenders, Sandrine Bonnaire, Robert Kramer, Jean-Luc Godard, etc.) au festival Les Escales Documentaires à La Rochelle.
Le festival Filmer À Tout Prix de Bruxelles (13 au 20 novembre) a choisi de montrer une centaine de Cinématons. Un Cinématon sera montré au début de chacune des 60 séances du festival et une cinquantaine d’autres seront visibles sur des moniteurs à l’entrée des salles. On pourra découvrir Jean-François Lyotard et Noël Godin, le célèbre lanceur de tartes à la crême, Serge Daney et Philippe Garrel, Louis Calaferte et Jean-François Stévenin, André Téchiné, etc.
Pour ceux qui voudraient découvrir les Cinématons
de Marie-France et Ilmann Bel, sachez qu’ils seront au programme prochainement du festival Gay à Paris.
Un coffret de quatre DVD, édité par Malavida, doit sortir fin novembre. Il y aura 40 Cinématons de cinéastes (Jean-Luc Godard, Ettore Scola, Joseph Losey, Samuel Fuller, Sergueï Paradjanov, etc.), 40 de comédiens (Roberto Benigni, Anne Brochet, Zabou, Mathieu Amalric, Gérard Jugnot, etc.) et 40 de personnalités diverses (Philippe Sollers, Jacques Monory, Jean-Paul Aron, Félix Guattari, Max Gallo, Jack Lang, etc.).  Mon long métrage autobiographique, 2 000 Cinématons, réalisé en 2001, où 20 ans après le tournage de leurs Cinématons je retrouve des personnalités filmées, fera partie du bonus.
À l’occasion d’une grande rétrospective, prévue en décembre prochain, qui célèbrera le format Super 8, dont Kodak vient d’arrêter la fabrication et le développement du fameux Kodachrome avec lequel furent tournés mes portraits filmés, le Centre Pompidou va montrer des Cinématons de cinéastes de l’avant-garde qui oeuvrèrent dans ce format (Katerina Thomadaki, Teo Hernandez, Joseph Morder, Stéphane Marti, Mike Kuchar, Derek Jarman, Michel Nedjar, etc.).

Mille mercis Gérard pour cette interview et je vous renouvelle toute mon admiration face à votre œuvre. Les Toiles Roses vous consacrera une semaine en 2007…

 Propos de Gérard Courant recueillis le 19 octobre 2006


par Daniel C. Hall publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 24 octobre 2006

Le commentaire de Salim Kechiouche :

Saïd (Salim Kechiouche) - (c) Pierre & Gilles, tous droits réservés.


Ambiance plus dure que pour À toute vitesse. Ozon est distant, manipulateur, en retrait et en même temps très professionnel. C'est surtout la rencontre avec Yasmine et Jérémie qui sont encore mes amis très proches, comme des frères. Le cinéma t'offre des rencontres comme celles-là que tu n'aurais peut-être jamais faites dans la vie. Rencontrer un mec d'Aubervilliers et un autre de Bruxelles, je ne pense pas que je les aurais rencontrés ailleurs. Le travail avec Ozon est intéressant, très technique, ça permet de voir une autre façon de travailler.

Ça me faisait un peu chier d'être tout le temps mort. Un mec me dit « tu es dans la cave, on t'enterre la jambe », c'était pour de vrai, dans la terre, j'avais l'impression qu'il y avait des fourmis, des asticots, des bêtes qui commençaient à me ronger la peau. C'était inconfortable, sans bouger, entouré par une couverture affreuse, et la cerise sur le gâteau c'est quand on m'a dit qu'on allait me poser cinq rats dessus, des gros rats, « mais t'inquiète pas, les rats sont apprivoisés ». On a fait vingt fois la prise. Je me rappelle des moustaches des rats qui venaient frôler mon visage, je sentais leur petite mâchoire qui commençait à s'approcher de ma joue, là c'était incroyable.

© Pascal Faure pour salimkechiouche.com

Fiche technique :
Avec Jérémie Renier, Natacha Régnier, Miki Manojlovic, Salim Kechiouche, Yasmine Belmadi Réalisation : François Ozon. Scénario et dialogues : François Ozon. Son : François Guillaume. Images : Pierre Stoeber. Montage : Claudine Bouché et Dominique Pétrot. Décors : Arnaud de Moléon.
Durée : 90 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Alice manipule son petit ami, Luc, pour qu’il assassine un de leurs camarades de lycée. Le couple tue Saïd, puis dissimule son corps dans la forêt. Leur sinistre besogne est épiée par un homme des bois qui bientôt enlève et séquestre le couple…
L’avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
Les Amants criminels, c’est un peu un bonzaï de Tueurs nés dont le jardinier velléitaire serait Michel Tournier.
Dès les deux premières scènes du film, on comprend qu’il ne peut être réussi. Dans la première, une jeune fille, Alice (Natacha Régnier découverte par Zonca dans La Vie rêvée des anges), dans la chambre de son petit ami, Luc (Jérémie Renier découvert lui par les frères Dardenne dans La Promesse), se livre à un faux strip-tease. Le garçon est assis sur son lit les yeux bandés. Debout, face à lui, Alice ment. Elle dit qu’elle se déshabille, qu’elle a les seins nus, qu’elle les mouille de sa salive alors qu’elle reste vêtue. Luc la croit sans la voir. Elle l’excite verbalement pour le faire bander. Hélas, quand la fille baisse le slip du garçon, l’objet du désir, aperçu furtivement, est très sage. Le but du film sera de faire bander Luc !.. La scène suivante nous montre deux jeunes beurs (Salim Kechiouche et Yasmine Belmadi, le héros des Corps ouverts et de Wild side de Lifchitz) à moitié nus dans une chambre où ils évoquent leurs désirs pour les filles. L’un caresse son copain sous le prétexte de lui montrer comment il a caressé Alice. Dans ces deux scènes, autant les corps des garçons sont érotisés autant celui de Natacha Régnier est filmé avec une froideur et un désintérêt patent. Cette inégalité dans le traitement rend le film bancal et nous empêche de nous intéresser aux événements improbables qui vont suivre.
Alice pousse Luc à tuer l’un des deux beurs, Saïd (Salim Kechiouche à la vidéofilmographie gay déjà riche : Le Clan, Grande école, Vie et mort de Pier Paolo Pasolini, superbe tant par son jeu que par son corps), en lui faisant croire que Saïd l’a violée. Ozon traite le personnage de Saïd comme un fantasme de sexualité bestiale ou un fantasme raciste ? On désire son corps mais on hait ce désir, c’est pourquoi il faut le tuer, tant dans l’esprit d’Alice que bientôt dans celui de Luc. Le crime est filmé comme un acte sexuel, un grand morceau de cinéma, hommage brillant au fameux crime sous la douche de Psychose. Le couple décide d’aller enterrer leur victime dans une forêt. Au passage ils commettent un hold-up minable. Là, le film devient carrément mauvais à la limite du ridicule, mais peut-être est-ce du second degré, avec Ozon le doute est toujours permis et ce n’est pas là un mince mérite. Ayant enfin trouvé leur forêt, ils enterrent le cadavre, scène aussi pénible que celle analogue dans Sang pour sang des frères Cohen auquel on ne peut s’empêcher de penser.
Ils se sentent épiés. Pris de panique, ils s’enfoncent dans les bois où ils se perdent, poursuivis par une mystérieuse présence invisible, séquence impressionnante et très réussie. Ils découvrent une cabane dans une clairière. Ils s’y introduisent, mais bientôt l’ogre (Miki Manojlovic, l’acteur fétiche de Kusturica, ici beaucoup plus sobre que chez le Yougoslave parce que mieux dirigé !) revient et les séquestre. À ce moment commence un autre film, celui qui intéresse vraiment le réalisateur et qui nous réveille tant il était difficile de se passionner pour ces deux adolescents, ces deux blocs de bêtise, tentés par l’expérience du mal.
Ce qui motive le cinéaste, c’est la mise en image de la relation sexuelle entre un adolescent et un homme de cinquante ans (ce qu’il fera avec talent et une totale originalité dans son film suivant : Gouttes d’eau sur pierre brûlante). Le réalisateur quitte alors le naturalisme de la première partie qui était inspirée par un fait divers réel filmé avec la même sécheresse que son excellent Regarde la mer, pour une esthétique à la fois trash et kitch. Nous entrons alors dans le monde des contes (il y avait déjà de la fable dans Sitcom). Malheureusement Ozon est atteint du syndrome Tournier, comme lui il dissimule son homosexualité sous les oripeaux des mythes. Pourtant, toutes les scènes entre Luc et le monstre sont parfaites et font naître enfin l’émotion dans le film. Leurs relations sexuelles, tant celle où l’ogre masturbe Luc, que celle où il le sodomise sont filmées avec une grande maîtrise. Scènes à la fois érotiques et pudiques où pour la première fois dans le film, il existe le hors-champ indispensable à l’érotisme.
Ozon déclare préférer à un cinéaste comme Kubrick qui tourna un film tous les dix ans, un cinéaste comme Fassbinder qui réalisa parfois trois films en une année, souvent pas complètement réussis mais qui contiennent au moins une séquence superbe qui les justifie absolument... Les scènes entre Luc et l’ogre sont de celles-là.
Les vrais amants criminels ne sont pas Luc et Alice, mais Luc et l’ogre. Luc jouit quand il est branlé puis sodomisé par l’homme des bois, pour reprendre l’intitulé du générique. Luc et Alice ne seront jamais réellement amants. Avant d’avoir fait l’amour avec l’ogre, Luc ne bande pas et à la fin de leur histoire, après s’être enfuis de chez l’ogre, lorsqu’ils font l’amour, nus dans la nature, ce qui nous vaut un clin d’œil assez ridicule à La Nuit du chasseur, Alice ne jouit pas et Luc n’en a pas le temps, interrompu par les policiers.
La grande faiblesse du scénario réside dans le personnage d’Alice. Alice n’a pas d’épaisseur, elle est juste nécessaire pour amorcer la fiction, à partir du moment où Luc rencontre l’ogre, le scénario se débarrasse d’Alice en l’enfermant dans la cave de l’ogre... passée littéralement à la trappe pour mieux laisser les deux mâles face à face. Dès que les deux jeunes gens, après avoir échappé à l’ogre, se retrouvent, la tension du film baisse d’une manière vertigineuse et ce n’est ni la scène de copulation dans laquelle Ozon ne montre que le garçon (merci pour les beaux plans sur les fesses de Luc) ni surtout le final très convenu qui enlèveront in extremis l’adhésion du spectateur.
Ozon serait bien inspiré de remplacer l’audace à tout prix par plus de sincérité envers ses désirs quotidiens. Messieurs Tournier et Téchiné ne sont pas de bons exemples. Paradoxalement, il est beaucoup plus franc dans le commentaire de son film : « ... Dans Les Amants criminels, j’aurais aimé peut-être jouer l’ogre, dans l’espèce de passivité de Luc, je ne me retrouve pas vraiment. Dans mes films, il y a souvent des héros masculins assez faibles, sans identité et justement ils la construisent au cours du récit, tout à la recherche d’eux-mêmes et de leur sexualité. Je suis en train de me dire qu’à 16 ans je ressemblais plus à Luc. Maintenant je me sens plus ogre… Je pense que les homos seront plus aptes à comprendre ces aspects du film, son sadomasochisme... Je m’en fous de l’étiquette du cinéma pédé, même si ça me fatigue. Ce qui m’énerve, c’est d’entendre des gens me dire : ”Ras le bol de ces sujets-là !” alors que personne ne reproche à Claude Sautet de faire des films hétéros. »
Ozon gagnerait aussi à un peu moins appuyer ses allusions qui ne deviennent plus allusives du tout. Appeler son héroïne Alice et lui faire rencontrer un lapin n’ouvre pas automatiquement la porte du monde de Lewis Caroll. On ne doute pas, qu’il en soit rassuré, que le jeune homme connaisse littérature et cinéma. Était-il nécessaire de convoquer les déjà cités : Hitchcock, Laughton, Lewis Caroll, Tournier sans oublier Perrault, Grimm, Freud, Bettelheim, Camus, Nicholas Ray, Bunuel... Il n’est pas non plus obligatoire de déconstruire le récit pour faire moderne.
Il y a aussi quelques bizarreries dans l’élaboration de ce film qui devait être tourné avant Sitcom mais le projet n’avait pas alors obtenu l’avance sur recette qu’il obtiendra un an plus tard. Le cinéaste s’était rabattu sur Sitcom d’un coût plus modeste. Pourquoi avoir teint en auburn foncé le blond Jérémie Renier, ce qui le dessert plutôt ? Est-ce que dans l’esprit du cinéaste la chevelure rousse évoque-t-elle plus le monde des contes ? Mais alors pourquoi n’en avoir pas fait un nouveau poil de carotte ? Autre curiosité, alors que le film a inspiré à Pierre et Gilles une magnifique image qui traduit parfaitement le climat fantastique de la deuxième partie du film qui est de loin la meilleure, cette œuvre n’a pas été utilisée ni pour l’affiche, où elle aurait fait merveille, ni pour la promotion du film.

 

Photographie (c) Pierre et Gilles.


Ozon a réussi un film aux trois quarts ratés qu’il faut voir absolument.
Il est conseillé au possesseur du DVD paru chez Film Office de voir la version remontée par le réalisateur qui améliore nettement le film.

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander

Partenaires :


KING SIZE

Une comédie
musicale jouissive
de Patrick Maurin

*

En DVD actuellement

kingsize-aplat72dp.jpg