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Mercredi 25 octobre 2006

 



 

Toutes les photos sont (c) Michel Giliberti.
Tous droits réservés. Reproduite interdite.

Publiées avec l'autorisation de Salim et Michel.

par Michel Giliberti publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mercredi 25 octobre 2006
                  
                                  La rencontre impossible                                         Les ailes qui voient


                   
   Le piège                                                            Le pendule

MON TRAVAIL AVEC  SALIM

Par Michel Giliberti

 
Michel Giliberti est né en 1950, en Tunisie, où son père tenait un cinéma nommé L’Olympia. Il partage sa vie entre ses deux pays d’origine : la Tunisie et la France.
On l’a d’abord découvert de 1976 à 1981 comme auteur-compositeur-interprète. Il enregistra trois albums, mais déçu de n’avoir pu laisser libre cours à ses ambitions, il reviendra à l’univers de la peinture et de l’écriture.
Il est un peintre connu et reconnu tant à l’étranger qu’en France où il est exposé en permanence
Il travaille actuellement sur de nouveaux romans et continue à peindre.

J’ai rencontré Salim Kechiouche pour la première fois, chez moi. Il était en compagnie de l’acteur Samuel Ganes et d’un metteur en scène.
Nous avions une réunion de travail à propos de ma pièce Le Centième nom qu’il s’apprêtait à jouer. J’ignorais alors combien il m’apporterait d’émotions à le voir sur scène avec mes mots dans sa bouche et comme il allait si bien s’identifier au personnage complexe du jeune Palestinien Jihad.
Je me souviens de son arrivée, au volant de sa voiture, et de son grand sourire généreux, tandis que je lui indiquai l’entrée du jardin au fond du chemin qui mène à la maison.
Et puis ils sont entrés.
J’ai fait un thé à la menthe pour tout le monde avant d’écouter une première lecture de la pièce. Puis nous avons travaillé tous les quatre sur la façon de monter la pièce.
Très vite, la simplicité de Salim, sa bonne humeur et sa détermination au travail m’ont emballé. Tout au long de notre entretien, j’étais souvent distrait par ses yeux. Je trouvais chez lui un potentiel dramatique assez peu utilisé. Au bout de quelques heures, je lui confiais un peu maladroitement que j’aimerais bien le peindre et tenter de capturer la part sombre de sa personnalité.
Il a aussitôt accepté.
J’avais ainsi la preuve que son sourire ne mentait pas.
Salim est généreux.

Depuis que je peins, j’ignore toujours pourquoi tel modèle plus que tel autre me donne l’envie de créer. C’est ainsi. Le désir doit être immédiat, irréfléchi. Il est souvent physique, c’est-à-dire qu’il doit déclencher chez moi une dynamique de travail et un besoin de me dépasser. Ce ne sont certainement pas les seules raisons (les mécanismes de la créativité chez un artiste sont si complexes !) mais de toutes celles que je décode, l’intention est de loin la plus indispensable à la création.
Quand un modèle me convient, je lui suis fidèle pendant des années. Une amitié faite de confiance, de partage et de compréhension s’installe généralement entre nous et continue son « œuvre ». Il est intéressant pour moi que le modèle se livre doucement, qu’au fil du temps et des séances, il trouve au plus profond de lui ce que j’essaie de restituer sur la toile. J’aime ce moment où le modèle passe d’un état à l’autre et se livre sans fard.

Pour revenir à Salim, nous avons commencé à nous rencontrer dans les jours qui suivirent notre premier entretien et à travailler ensemble avec 2PAC et NTM à fond dans les oreilles. Quelques mois plus tard, dix tableaux voyaient le jour, pas mal de dessins et des centaines de photos. J’ai pu ainsi transposer sur mes toiles et dans mes photos sa fragilité, sa pudeur et aussi sa force.
La vulnérabilité d’un acteur a quelque chose d’émouvant, la sienne lui donne parfois un côté enfantin qui le rend attachant. Qui dit enfant, dit rebelle et qui dit rebelle dit dissident.
Salim est un rebelle attaché à ne pas le montrer. Il y a une grande retenue dans ses faits et gestes, même quand il donne l’impression de se livrer. Vous pouvez partager une soirée avec lui, à rire, boire, parler et au bout du compte, le lendemain, vous vous apercevez qu’il est resté secret, inquiet même et qu’il n’a livré de lui que ce qu’il voulait bien. Cette ambiguïté que je cultive moi-même m’a donné le fil conducteur des toiles que j’ai peintes autour de sa personnalité. J’ai symbolisé sa fragilité en associant son image à celles d’oiseaux meurtris, captifs ou mêmes morts. Je voulais absolument le transporter dans un univers à la fois onirique, sombre et fantastique qui puisse réveiller nos propres inquiétudes, parfois nos angoisses, mais toujours, nos meurtrissures humaines, nos peurs face à la souffrance, à la mort : notre impossible envol. Cet impossible envol est un des thèmes récurrents de ma peinture dont l’esthétisme n’est jamais qu’un moyen d’accrocher le spectateur et où, par la suite, il perçoit tout le drame qui s’y cache.

Les toiles de Salim seront exposées à la galerie Benchaïeb, 64 rue Mazarine à Paris du 23 novembre 2006 au 23 janvier 2007 au mois de Novembre. Ce sera la première étape de mon travail autour de Salim, avant la sortie d’un livre sur lui au printemps 2007.

D'autres toiles sont visibles sur le site de Salim.


Note de Daniel C. Hall : Nous retrouverons Michel cette semaine. Néanmoins qu’il me soit permis de dire à quel point nos longues conversations téléphoniques m’ont touché. Michel Giliberti est un grand artiste, un grand bonhomme. Michel sera à l’honneur en 2007 sur Les Toiles Roses. Et une semaine n’y suffira pas. Merci à toi, Michel et j’ai hâte de te rencontrer et de continuer notre dialogue. Merci aussi à Jean-Charles Fishhoff, des éditions Bonobo, de m’avoir permis ce contact.

par Michel Giliberti publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mercredi 25 octobre 2006

 

 

Le commentaire de Salim Kechiouche :

Mécir (Salim Kechiouche). Photo d'exploitation. (c) D. R.


Pour Grande École, je suis plus mature, plus consciencieux, trop peut-être. Robert est très technique. Pour moi c'est une étape. Avant je n'avais pas le trac, là c'est la première fois que j'avais le trac, je connaissais mon texte par cœur six mois avant, trou noir avant de tourner.
C'est un rôle de composition, pour lequel j'ai dû changer la voix, plus douce, c'est un rôle plus gentil. C'est un vrai travail. Il fallait que je me mette en position de faiblesse, de demande, genre le petit candide. Un jour ça m'a fait chier, je suis revenu au style caillera et Robert a crisé, d'autant plus que je lui avais donné « le vrai Mécir » aux répétitions, parce que je savais que c'était cela qu'il voulait.
Le réalisateur, c'est le maître dans le vaisseau, c'est lui qui a écrit son truc. Si on a t'a donné une Super 5, c'est pas le lendemain que tu roules en Porsche. Ça l'embêtait aussi de me demander de ne pas sortir de l'enclos.
En voyant le film je me dis vraiment que ce n'est pas moi, c'est un personnage, c'est Mécir, je ne connais pas son nom. Le personnage est là, il est incarné, je suis content par rapport à ça, j'ai essayé de le servir au maximum. C'est vrai que j'avais eu le trac mais ça a servi le rôle, cette pression mise par Robert a sûrement servi à ce que le personnage soit juste. Ce trac venait des concessions que je devais faire par rapport à ce personnage. Parfois, ses réactions par rapport à sa vie m'énervaient, ça ne pouvait pas être moi.
En ce qui concerne la coupe, mes cheveux étaient plus lisses et ça donnait au personnage ce côté lisse, qui subit, même si d'un autre côté, c'est quelqu'un qui s'assume socialement, qui bouge, qui vit, il travaille, il a sa carte bleue.
Ce rôle c'est un retour sur les écrans avec un film d'auteur, Robert Salis, que je respecte et qui respecte beaucoup ses comédiens. Je sais que j'ai vraiment partagé une bonne expérience.

© Pascal Faure pour salimkechiouche.com

Fiche technique :
Avec Grégori Baquet, Alice Taglioni, Jocelyn Quivrin, Salim Kechiouche, Elodie Navarre, Arthur Jugnot, Yasmine Belmadi et Eva Darlan. Réalisation : Robert Salis. Scénario : Robert Salis et Jean-marie Besset, d’après l’œuvre de Jean-Marie Besset. Directeur de la photographie : Emmanuel Soyer.
Durée : 110 mn. Disponible en VF.




Résumé :
Un groupe de jeunes gens intègre l'une des grandes écoles où se forment les futurs dirigeants et où s'entrouvrent les portes du pouvoir. Ils sont la crème des étudiants et constitueront l'élite de demain.
Mais la vie a toujours plus d'imagination que nous. Grandes écoles, oui, grands amours aussi, difficiles à vivre parfois. Le trouble du je et du jeu, des sentiments, de l'esprit et de la chair désinhiberont leurs certitudes. Ils devront faire avec eux-mêmes, devenir ce qu'ils sont et s'apercevoir que l'école qui est grande n'est peut-êyre pas celle annoncée.
L’avis de Media-G :
Malgré les apparences, l'intrigue ressemble curieusement à celle de Maurice (James Ivory-1987), où un aristocrate britannique tombait sous le charme – sans conclure – d'un de ses copains étudiants de Cambridge. Puis, bravant les barrières sociales, tombait dans les bras d'un ouvrier et se découvrait tel qu'il était. La ressemblance s'arrête là.
Prenant le décor d'une quelconque école supérieure de commerce déshumanisée, Grande École entend parler de la Grande École de la Vie, donc du travail et celle de l'amour. Partant d'un sujet pourtant intéressant et peu traité dans le cinéma français (hormis à travers des gaudrioles effroyables à la Sexy Boys) le film trahit très rapidement ses origines théâtrales et se plante tout droit dans le décor.
Les personnages sont réduits à des caricatures monofacettes : l'ambitieux, la manipulatrice, le travailleur coincé... sans jamais essayer de voir au-delà des apparences. Seul Paul (Gregori Bacquet, formidable), torturé dans l'âme entre ses idéaux en train de se morceler et sa sexualité vacillante, donne lieu à une véritable étude de caractère. Mécir (Salim Kechiouche, épatant et émouvant) reste lui fidèle à ses convictions : c'est bien le seul qui sorte digne de cette histoire. Peu dupe de sa qualité d'objet de désir, il se laisse prendre au piège de ses émotions. Mais reste un tantinet prisonnier du cliché du bel arabe fantasmé les mains dans le plâtre : le film se prend un peu les pieds dans le tapis des clichés qu'il souhaite décrire.
Le rythme languissant n'arrange en rien cette impression de lourdeur démonstrative. Chaque effet est appuyé d'un dialogue explicatif (genre explication de texte au cas où personne n'aurait compris), le ton engoncé dans un montage mou. Ça traîne, ça se pose des questions, ça ne répond jamais : on tourne en rond, acteurs, histoire comme spectateur. La cerise sur le gâteau, ce sont les dialogues : ampoulés, déclamés comme au théâtre, ils tombent régulièrement à plat, oubliant que le passage au cinéma s'accompagne de l'oubli de la scène et que les acteurs n'ont pas à articuler comme des bêtes pour se faire entendre. Résultat : des scènes supposées emplies d'émotions (la scène d'explication finale) provoque l'hilarité de par le peu d'emprise sur la vie réelle.
Et l'amour dans tout ça ? L'amour... hum... le film ne lésine en scènes de cul à tous les étages. Peu avare en nudité masculine, on est gratifié de deux scènes de douche après un match de water-polo. Dont l'une supposée représenter le trouble du héros. Trop longue pour être honnête, elle apparaît totalement gratuite. La sexualité apparaît survoltée dans les scènes hétérosexuelles mais sensuelle, un peu hors du temps et onirique dans celles homosexuelles. Vision hédoniste d'un moment suspendu dans le temps, aboutissement du désir, cet impossible objet.
Comme dans tout film français parlant de sexualité compliquée par le désir, d'ordre et de désordre (amoureux ou professionnel), les héros ne savent pas choisir. Comme le dit le héros à la fin « je veux choisir de ne pas avoir le choix ». Mouais, un peu facile. la conclusion est au diapason du film : incapable de choisir entre théâtre et cinéma, le cul entre deux chaises d'une sexualité non épanouie. Cette description d'un monde industrialisé à outrance dans ses choix de société où les rapports sont prévus à l'avance, demeure statique, démonstrative, d'une lourdeur emphatique qui mène à un ennui grandissant. C'est très dommage car il y avait matière à moins verber et à agir plus : indécrottable prétention auteurisante à la française.
Le héros du livre et du film Maurice, prenait une décision radicale : celle de s'assumer. Celui de Grande École ne sait pas (ne veut pas ?) prendre cette décision, tout comme le film qui ne sait pas (ne veut pas ?) s'assumer comme tel.
Pour terminer, Robert Salis est le réalisateur de l'inénarrable documentaire sur le naturisme Vivre Nu – À la recherche du paradis perdu. Son dernier film, Grande École, est terminé depuis longtemps mais a peiné afin de trouver un distributeur et une fenêtre de sortie.
Grande École est sorti en DVD chez Optimale.
L’avis de Polo :
Une grosse déception que ce film qui aborde pourtant l’homosexualité d’une manière assez originale à travers la vie d’un groupe d’étudiants en grande école, promis à un avenir professionnel radieux.
Des textes qui ne sont pas sans rappeler les classiques du théâtre que nous avons tous étudiés au lycée mais qui, à l’instar de séries comme celle très célèbre du nom de Dawson’s Creek, sont parfois difficiles à imaginer dans la bouche de protagonistes aussi jeunes. Bref, un texte bien trop littéraire qui nous permet de ne pas oublier une seconde que ce film est l’adaptation d’une pièce de théâtre, ajoutant de la difficulté à la compréhension de ce scénario parfois pesant. La trame de fond reste limpide mais ce sont tous ces petits dialogues parallèles qui paraissent confus car inadaptés aux personnages.
Il ne suffit pas de montrer quelques corps masculins nus ou à demi nus pour faire d’un film « gay themed » un bon film. Il n’en demeure pas moins que cette petite touche sympathique reste un des attraits principaux de ce film dans lequel on se réjouit de revoir l’acteur Salim Kechiouche, que nous avons déjà pu suivre avec beaucoup de plaisir lors de son apparition dans le film Les Amants criminels de François Ozon ou plus récemment dans Le Clan de Gaël Morel.
Contrairement à d’autres sentiments dont on ressent moins la sincérité à travers leurs jeux, les acteurs, réussissent parfois à faire passer la sensualité de certaines scènes, malgré un texte ne leur permettant pas vraiment de s’exprimer en étant très crédibles mais il n’en reste pas moins que leur jeu est souvent plat ce qui rend certains passages plutôt désagréables.
Le thème était pourtant intéressant : Exprimer le contraste que l’on peut trouver dans ces très grandes écoles entre les certitudes de futurs dirigeants et les doutes qu’on peut avoir à un âge où tout se bouscule facilement.
Les deux points positifs de ce film restent à mon avis la nature des sentiments troubles que peut avoir le personnage principal pour son colocataire mais surtout la touche de fraîcheur apportée une fois de plus par Salim Kechiouche qui mériterait qu’on lui offre sa chance d’avoir son premier rôle.
L’avis de Olivier Valkeners (LaLucarne.org) :
Était-il vraiment besoin de prouver qu'une œuvre théâtrale s'adapte mal au cinéma ? Si cela était le cas, ce film en est la preuve ultime ! Bon d'accord, je schématise, il est vrai que de nombreuses pièces à succès se sont vues adaptées brillamment à l'écran. Mais définitivement pas celle-ci ! Des garçons de bonne famille, Paul, Louis Arnault et Chouquet (!), pétris de valeurs et de certitudes, intègrent une grande école de commerce où ils vont être formés à devenir les futurs dirigeants du monde moderne. Mais avec la cohabitation naissent sentiments et troubles. Choc des cultures et des classes, désirs charnel, intellectuel, rien ne va plus au royaume du certain et Paul perd pied.
Dès le générique, on a envie de rire. Avec un titre qui avance vers le spectateur pour emplir l'écran, comme ça se faisait dans les années 80, on sent toute la dimension de grandeur et de théâtralité pompeuse que le réalisateur a voulu insuffler à son film. Et peut-être aussi le fait qu'il n'ait plus réalisé de fiction depuis 84 ! On ne sait si c'est par ambition artistique ou pour s'éloigner du réalisme des documentaires filmés entre temps par Salis, mais bien qu'ayant été retravaillée, la pièce n'a nullement l'air d'avoir été adaptée ! Les acteurs, aussi bons soient-ils, ont un mal fou à se dépêtrer des dialogues littéraires au langage châtié et malgré tout le talent qui les habite, peinent à nous faire croire au naturel de leurs mots et des situations, poussées jusqu'à l'insupportable dans le ridicule.
Alors, bien sûr, c'était dans l'intention du réalisateur que de conserver un style théâtral par l'usage du jeu et de décors propres à la scène, afin de déstabiliser le spectateur et lui faire ressentir le trouble émotionnel des personnages, mais si le concept peut paraître intéressant, le résultat est loin d'atteindre les espérances d'une présentation sur papier. Dans quelle mesure un film peut-il être personnel au point d'en devenir inaccessible ? Je ne suis pas en faveur d'un cinéma commercial (loin de là) qui privilégierait les attentes d'un soi-disant grand public, mais lorsqu'on réalise une œuvre cinématographique, aussi artistique que puisse être la démarche, n'est-elle pas destinée à un public ? Est-ce qu'en cinéma, on peut rester aussi égoïste dans l'écriture d'une œuvre qu'on pourrait l'être dans une autre discipline ? Et si même c'était le cas, le minimum ne serait-il pas d'au moins le faire un peu correctement ?!
Entre la mise en lumière des décors aussi naturels que la décoloration des protagonistes et le montage de scènes surjouées, on ne sait que choisir ! Peut-être les choix musicaux, énormes et lourds, ruinant les séquences, l'une après l'autre, transformant notamment cette scène de douche au vestiaire en vulgaire et pathétique matage de culs quand elle devrait signifier le paroxysme du trouble ressenti par Paul, le personnage principal. Grégori Baquet a bien du mal avec son Paul, et seul Jocelyn Quivrin réussit plus ou moins à s'en sortir avec naturel. Une distribution de jeunes acteurs/trices au talent indéniable que l'on se doit de saluer, vu le caractère périlleux de l'exercice !
Un film à oublier, mais des comédiens à suivre.
L’avis de Oli :
Trois colocataires sur le campus d’une grande école de commerce, dont deux ont une copine. Des considérations humanistes ou financières sur le monde du travail, des pulsions homosexuelles naissantes, un petit jeu au sein d’un couple sur qui séduira un tiers. Et en toile de fond, une tentative de réflexion sur les sentiments humains, prétention audacieuse de la part du scénariste.
Tiré de la pièce éponyme, ce film a essayé d’en garder le style théâtral, avec le jeu de langue presque racinien (« Andromaque, que ne me prêtes-tu pas ton polycopié de finance sur les swaps ? »). Sous couvert de justification par le milieu huppé qui fréquente cette école, censé parler couramment XVIe. Mouaif, admettons. Seul le beur ouvrier (Salim Kechiouche) a un langage normal, tant mieux pour lui. Pour le reste, faut aimer les incohérences et les inaboutissements. Une certaine dénonciation des préjugés en matière sentimentalo-sexuelle contrebalancée par un discours caricatural sur les grandes écoles. On n’est sûr que d’une chose : le scénariste n’y a jamais mis les pieds. Et sinon, comme écrivait ma prof de philo quand je présentais une copie insuffisante : « des pistes intéressantes qu’il faut davantage creuser ».
N’y aller que pour les sexes masculins visibles, le reste n’a pas grand intérêt.
L’avis de Zvezdo :
Ce film est une soupe peu homogène de choses ratées et réussies...
Pour ceux qui l'ignoreraient, c'est l'adaptation d'une des pièces les plus personnelles de Jean-Marie Besset. (Je vous recommande sa très jolie interview ; il dit drôlement que Les Lettres sont suspectes (...) moins que des cours de danse, mais plus que des leçons de piano et ne sent pas très en accord avec la vision bisexuelle du désir que véhicule le film – ouf!!!!!)
J'ai vu avec enthousiasme tout le théâtre de Besset depuis Ce qui arrive et qu'on attend que nous étions allés voir en meute à Montparnasse en 1993; et j'ai vu Grande école au théâtre 14, sans doute au moment de sa création. J'ai lu depuis que Guillaume Canet et Romain Duris ont joué le rôle ; je n'en ai pas le moindre souvenir, ils devaient être beaucoup plus jeunes, et totalement inconnus. En tous cas, j'ai le souvenir que c'était formidablement bien joué, ce qui n'est pas le cas dans le film.
J'y vois deux défauts principaux (au film) : 1) trop de maïzena, 2) des acteurs trop fadasses, pas vraiment crédibles.
Trop de maïzena, trop de sauce, trop de kitsch. Dès que le réalisateur ne sait plus quoi faire, on a droit à des effets ridicules (effets de miroirs, etc. La seule chose amusante dans ce registre, ce sont les gambettes de nageurs vus à l'envers; en reflet dans l'eau :-). Sur le plan de la musique, c'est une compile de tubes classiques mal assortis (Bizet, Puccini), sans que soit assumée la moindre ironie. La scène où le héros dissimule mal son trouble dans les vestiaires de la piscine face à l'objet de son désir dure des plombes... et c'est filmé comme un mauvais clip, pas de trouble, rien, que de l'eau qui coule.
Les filles sont fadasses, modèle Star’ac. Le héros (Grégori Baquet) n'est pas mauvais, mais, je vais être horrible, il a au moins 2 défauts : 1) il n'a pas l'âge du personnage et çà se voit, 2) il se teint les cheveux et ça se voit aussi.
C'est dommage, parce que le sujet me touche : le passage de la province à Paris, la vaine attirance pour un garçon hétéro. Les scènes avec Salim Kechiouche, le jeune beur, sont très bien, on croit au personnage, à l'enthousiasme et la rage mêlées.
Je pense que les pièces de Besset sont plus intéressantes qu'une simple description sociologique ; c'est du bon théâtre, qui supporte bien de bons acteurs. Je crois, j'espère qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait une école de commerce ni prépa à Ginette pour les apprécier (je n'ai fait ni l'un ni l'autre, je tiens à le préciser...)
Pour plus d’informations :
par Media-G, Polo, Olivier Valkeners, Oli et Zvezdo publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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Mercredi 25 octobre 2006

Fiche technique :
Distribution :
Une pièce de Jean-Marie Besset.
Une mise en scène de Gilbert Désveaux. Avec Marianne Basler, Xavier Gallais, Jean-Michel Portal, Salim Kechiouche.

Descriptif : Un couple reçoit à dîner le meilleur ami d'adolescence de l'épouse, retrouvé depuis peu, avec qui ils sympathisent tous d eux... Par le glissement progressif de la culture au sexe, du sexe au sentiment, du sentiment à la famille, LES GRECS dynamite l'hypocrisie, les mensonges et les malentendus sur lesquels repose la famille dite "nucléaire".
N’EST PLUS A L’AFFICHE ACTUELLEMENT

L’avis d’Olivier Razel (Afrik.com) :

L’ange beur chez les Grecs
Une pièce cruelle et drôle de Jean-Marie Besset

Le "Petit Montparnasse" à Paris crée une pièce très actuelle de Jean-Marie Besset, Les Grecs, féroce satire des conformismes de la société contemporaine, que vient transpercer soudain le regard franc d’Osman, jeune Algérien joué par Salim Kechiouche.

La pièce est belle, intelligente, judicieuse dans sa progression, et les acteurs sont immédiatement à la hauteur de cette dérision suprême qu’exige d’eux Jean-Marie Besset : jouer la lucidité avec détachement, jouer avec foi cette farce dont personne n’est dupe, qui forme le conformisme confortable des intellectuels de gauche.

Fin de dîner, fin de partie

L’action commence à la fin d’un dîner, au moment où une vague ébriété effiloche les raisonnements et donne soudain du champ à l’expression de ce qui devrait être tu. Les protagonistes sont d’abord trois : Léna, Henri forment un jeune couple de privilégiés, baignant dans le milieu culturel parisien, leurs enfants dorment à l’étage, ils reçoivent ce soir-là un vieil ami de Léna, Alain. Ils ont été amants à la fin de leurs études, c’est une histoire ancienne, d’autant plus qu’Alain, désormais, préfère les hommes.
Léna règne, impériale, sur le trio : son mari amoureux, son ancien amant, intellectuellement son complice. Elle se complaît à l’évocation de leur voyage en Grèce, de leurs fouilles communes, de leurs exaltations partagées... Admirablement interprétée par une grande actrice, Marianne Basler, Léna jouit pleinement de sa position centrale, dominant la conversation, supérieure entre ses deux hommes successifs.
Mais insensiblement, par touches légères, par degrés progressifs, l’ordre apparent se désagrège. La façade sociale, l’illusoire amitié, la familiarité jouée, toute cette comédie se révèle pour ce qu’elle est : factice. Tout d’un coup le cothurne grec ne leur va plus, les personnages boîtent, ils se retrouvent nu-pied, leurs discours abandonnent toutes convenances, les voilà à vif, jetant sur la scène leur misérable petit tas de secrets, leurs désirs refrénés éclairant leurs mensonges, leurs travers. On s’amuse beaucoup dans la salle.

L’ange beur paraît

Et c’est à l’acmé de ce dévoilement brutal des corps que surgit l’ange beur, Osman. Peu importe qu’il soit l’amant d’Alain, guidé par la jalousie. Son intrusion clarifie le jeu : il met fin aux derniers faux-semblants, oblige chacun à avouer devant les autres ce qu’il désire. Osman surgit, et parce qu’il rend manifeste l’ultime défaite de Léna, elle se donne à lui.
Le tour de force de Jean-Marie Besset, servi admirablement par Salim Kechiouche, dont cette interprétation prouve une nouvelle fois le talent, c’est que ce bouleversement total des rôles sociaux se produit sans manichéisme. La subversion des codes, le renversement des équilibres initiaux s’accomplissent avec un naturel désarmant. Tout est par terre, et on a envie de dire : "so what ?"

Salim Kechiouche impeccable en Heurtebise

C’est l’alchimie propre de l’ange beur : il dit la vérité, sans calcul, sans stratégie. Ses paroles ont la netteté authentique des faits. Du couple qu’il forme avec Alain, il dit que c’est un couple -ce qu’Alain n’assume pas, ni socialement, ni intellectuellement. Il trie dans les actes des uns ou des autres ce qui relève de la méchanceté ou de la bonté. Il affirme des valeurs simples -frustes, naïves ? Il faudrait plutôt dire justes, comme sont justes les images d’Epinal et les morales enfantines. Et finalement, lui, aime les femmes, rendant à Léna son pouvoir.
Difficile alors de ne pas voir se profiler derrière le profil brun d’Osman la pâleur de l’Ange Heurtebise, ce passeur calme qui dans plusieurs oeuvres de Cocteau ouvre les portes d’espaces invisibles. Si Osman détruit les apparences et dévoile ce qui est, c’est qu’il faut probablement conclure avec le poète, dans son poème "l’Ange Heurtebise" qui date de 1925 :
"Heurtebise ne t’écarte plus de mon âme, j’accepte. Fais ce que dois, beauté. Qu’il est laid le bonheur qu’on veut Qu’il est beau le malheur qu’on a."
Ce qui forme probablement la saine et roborative morale de cette aventure drôle et cruelle. Et chapeau à Jean-Marie Besset d’avoir trouvé des acteurs assez puissants pour porter sans faiblir cette formidable mécanique de mots et nous faire rire si fort -de ce que nous sommes.

* Olivier Razel, romancier, essayiste, critique littéraire, a notamment publié "Le Temps qu’il faut" aux éditions Plon. Son texte est publié avec l’autorisation d’Afrik.com.

L’avis de D. Dumas :

Léna (Marianne Basler) et Alain (Xavier Gallais) s’étaient connus à Delphes, à la fin de leurs études, et leur amour de la civilisation grecque antique les a rapprochés. Ils ont partagé le même sac de couchage, mais ils n’ont jamais couché ensemble. Alain revendique son homosexualité, et s’il vient dîner chez Léna, c’est parce qu’il éprouve un désir violent pour Henri (Jean-Michel Portal), le mari de Léna.
On reconnaît dans Les Grecs l’univers de Jean-Marie Besset, construit sur ses admirations, ses penchants et ses choix. Il reprend aussi les propos de Michel Vinaver comparant le cheval de Troie aux avions s’écrasant sur le World Trade Center. Guerre éternelle de l’Occident contre l’Orient pour Jean-Marie Besset, nouveau mythe pour Vinaver.
Le vin est capiteux, on boit beaucoup, les propos s’égarent, se cristallisent autour d’Achille et de Patrocle et les appétits sexuels s’exacerbent. Alain ne cache rien de ce qui l’anime, et Léna se fait provocante. Mais celui qui va jouer le rôle du cheval de Troie dans cette villa tranquille de bobos de la banlieue Ouest, c’est un jeune Arabe. Osman (Salim Kechiouche) vient chercher Alain chez qui il vit. Ainsi, Alain est en contradiction avec ses propos : « pas de PACS […] pas de pax romana ». Léna, comme Hélène, (Léna n’est-il pas un diminutif de ce prénom ?) enlève ce beau Pâris tandis qu’Henri cède à l’amour grec d’Alain.
Le décor rouge et gris de Serge Coiffard, conçu sur deux plans pour cette maison d’architecture moderne, souligne les propos que tiennent les protagonistes. Gilbert Désveaux y présente avec une grande finesse, un étage pour l’intime, un rez-de-chaussée pour les invités. Il dirige avec pudeur les outrances de l'instant où tout bascule dans la nuit américaine de Frank Thévenon qui règle les lumières. Les amis deviennent amants. Ce n’est pas une partouze, ni une orgie, juste l’abandon d’un « samedi soir ». Le lendemain, Henri et Léna se jurent de « ne plus recommencer », tandis qu’Osman quête en vain un geste de tendresse. Alain affiche un peu trop son cynisme, fabrique trop de bons mots pour qu’on ne se demande pas quelle est sa secrète blessure. Xavier Gallais est parfait dans ses propos sournois. Chaque comédien joue sa partition avec justesse. On devine que la satisfaction des sens conduit chacun au regret, à l'échec.
Car pour l’amour des Grecs, faut-il se contenter du plaisir physique ?

L’avis d’Alex & Greg :

C'est la curiosité qui nous a poussés à aller voir Les Grecs de Jean-Marie Besset, au Petit Montparnasse
Dans Les Grecs, on retrouve des thèmes apparemment chers à l'auteur tels que la confusion des genres, la critique de la bourgeoisie française et sa haine des conventions morales ou sociales. L'histoire tient en quelques lignes. Tout commence à la fin d'un repas dans l'ambiance cosy d'une maison qui transpire la réussite sociale. Léna et Henri, couple modèle, reçoivent à dîner le meilleur ami de Léna, Alain, retrouvé depuis peu et avec qui elle avait eu une aventure alors qu'ils étaient étudiants. Sauf qu'Alain lui préférait les hommes. Au démarrage, les protagonistes se lancent dans une conversation convenue sur l'Illiade d'Homère mais peu a peu, les langues dérapent, déliées par l'alcool ; la façade se fissure et les règles se modifient. La confusion devient totale à l'arrivée du petit ami algérien d'Alain. La discorde se trouvera résolue d'une manière qui défie toutes les conventions sociales.
Au final, Les Grecs laissent un sentiment de déception. Cette pièce n'a pas la classe de Marie Hasparren ni l'élan de Grande Ecole. Elle se veut choquante en abordant frontalement sexualité et chocs culturels aux relents de racisme, mais l'ensemble sonne étonnamment faux. La vulgarité désirée du texte s'accorde mal avec son écriture soignée, savamment construite et contrairement aux deux autres pièces précitées, j'ai eu l'impression que tout n'était qu'effleuré et que l'on ne voyait que la surface des choses et des personnages.
Néanmoins, je ne peux pas être totalement critique à l'endroit de cette pièce. La mise en scène de Gilbert Desveaux est efficace et permet plus facilement de rentrer dans l'histoire. Les comédiens Marianne Basler, Xavier Gallais, Jean-Michel Portal et Salim Kechiouche sont vraiment excellents. Et si au final le texte ne m'a pas séduit, l'ensemble de la représentation est loin d'être ennuyeuse (excepté la conversation du début sur l'Illiade, lourde à mourir) et mérite tout de même le coup d'œil.

Lire aussi la critique du Figaro.

La captation de la pièce sortira prochainement en DVD chez COPAT.fr (merci Bernard !)

par Olivier Razel, D. Dumas, Alex & Greg publié dans : Spécial SALIM KECHIOUCHE
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