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L’auteur :
Né sur l'île de Wight en 1962, Patri
L'avis de Matoo :
Attention chef d’œuvre !!!! Ils sont rares les bouquins qui me font un effet tel que, comme Armistead Maupin le commente en quatrième de couverture, je pourrais dire aussi aujourd’hui : « J’envie les âmes heureuses qui vont lire Patri
Ce roman est un putain de roman qui prend aux tripes, qui surprend, qui envoûte, qui rend heureux et malheureux à la page suivante, dont les attentes entre deux chapitres paraissent parfois d’une insupportable longueur. Un livre qui émerveille et qui ne peut laisser personne insensible tant le fond et la forme font que c’est une lecture délectable.
Il s’agit d’un récit qui s’articule autour d’une famille et d’un garçon en particulier dont on suit deux épisodes de vacances estivales à plus de trente ans d’écart, premier épisode dont l’écho retentit de manière curieuse après que bien des secrets de famille furent soigneusement enterrés. Et le livre alterne ainsi entre un épisode lorsque le garçon s’appelle Julian et a 8 ans, et, on le comprend vite, lorsqu’il en a 40 et que, curieusement, il se prénomme alors Will. Les chapitres s’appellent successivement « La maison bleue » et « L’écumeur des sables » d’après le nom des deux endroits de villégiature, dont on se rend rapidement compte qu’ils sont les mêmes à 30 ans d’intervalle. L’écumeur des sables est la villa où se rendent le petit Julian, sa mère Frances et son père, directeur de prison, John, tandis que 30 ans après, la sœur de Will loue pour lui et leurs parents la maison bleue, avec une Frances atteinte de la maladie d’Alzheimer et commençant peu à peu à perdre ses facultés.
Alors, on suit un chapitre sur deux, ces deux intrigues si proches et grâce à l’une et à l’autre, on reconstitue peu à peu le puzzle de ce drame familial incroyable. Le suspense est complet, et les personnages tellement attachant qu’il m’était difficile de les quitter comme ça. J’ai lu du coup en partie en marchant pour aller au boulot et en revenir le soir. L’auteur a fomenté une intrigue dont les mystères se lèvent peu à peu de telle manière qu’on est tenu en haleine, et en même temps complètement troublé par la manière dont l’émotion et la psychologie des personnages sont traitées.
Et puis c’est une histoire qui ne peut se passer qu’en Angleterre, pays du refoulement familial par excellence, et du flegme à toute épreuve. Le personnage central, Will, est gay et est vraiment très bien traité dans le roman en tant que tel. Du coup, c’est vrai qu’il est d’autant plus agréable de s’y identifier et d’adhérer à cette narration. Mais ce n’est pas le seul volet sexuel, le roman est au contraire émaillé de moments où l’expression du désir prend toute son importance, et il en parle avec une sagace habileté. D’ailleurs Will vit une relation passionnelle avec son beau-frère depuis le premier jour de mariage de celui-ci (original !), tandis que la mère est troublée par son propre beau-frère (mari de la sœur de John) en visite ce funeste premier été.
La famille est bien le leitmotiv de cet ouvrage, et on ne peut que se sentir concerné quand on lit ainsi un récit qui analyse, décortique et autopsie avec autant de talent, de délicatesse et d’adresse les liens familiaux entre ces personnages (qui parfois rappellent aussi des souvenirs…). Le lien notamment entre Will/Julian et sa mère est le plus évoqué et est vraiment intéressant et finement démontré. Et puis, il y a aussi cette maladie, la maladie d’Alzheimer, qui rend la mère « innocente » et fragile, et finit par briser certains sceaux.
Vraiment c’est un livre qui a tout pour me plaire, et dont la lecture m’a scotché tous les matins et les soirs. Lisez-le c’est autant fascinant que passionnant !
Pour plus d'informations :
Publié chez Belfond (2002) puis aux éditions 10/18 (2004)
« Si l'on se place du point de vue de la nation, l’homosexualité est un crime contre la nation. Si l'on se place du point de vue de l'humanité, c'est un crime contre l'humanité. » L'insurgé, 1er avril 1996, journal d’extrême-droite.
Traduit par Ursula Burger Oesch
Publié dans la presse : 25 mars 2005
Mise en ligne : dimanche 10 avril 2005
Presque personne n’a encore vu « Go West », le prochain succès annoncé du cinéma bosniaque, mais les médias et les milieux conservateurs islamiques se déchaînent déjà depuis des mois. Le film raconte en effet une histoire d’amour entre deux jeunes hommes, un Serbe et un Musulman, durant le siège de Sarajevo.
Par Snjezana Pavic
Ce film de guerre bosniaque dont les protagonistes principaux sont deux homosexuels – un Serbe et un Musulman a, comme le note le correspondant de la BBC à Sarajevo, suscité une foule de réactions de la part des groupes religieux, et son metteur en scène a même été menacé de mort.
« Go West », drame de guerre sur l’amour de deux jeunes hommes qui sortent de Sarajevo encerclé et veulent s’évader vers l’Ouest, est devenu le film bosniaque le plus attaqué dès le moment où ses premières scènes ont été tournées. Les premiers commentaires issus des premières projections internes du film, notamment celle organisée au Centre André Malraux, devant une vingtaine d’amis, laissent entendre qu’il s’agit d’un nouveau chef d’œuvre du cinéma bosniaque.
Les médias dénoncent « une moquerie sur la tragédie bosniaque »
Ahmed Imamovic, le metteur en scène du film, lauréat du Prix de l’Académie européenne pour son court métrage « Dix minutes » (Deset minuta), est l’un des metteurs en scène de la jeune génération le plus apprécié de Sarajevo, on attend qu’il répète le succès de Danis Taninovic qui quelques années auparavant a triomphé aux Oscars pour son film « No man’s land ». Après le tournage des toutes dernières scènes avec l’actrice française Jeanne Moreau au début du mois de mars, le film a été envoyé à Vienne pour la post-production.
« Nous espérons que la première mondiale du film aura lieu pendant le festival de Cannes, et la première nationale à l’occasion du festival d’été de Sarajevo », explique le régisseur du film, Samir Smajic. Si ce n’est pas Cannes, alors ça sera Venise. Samir Spajic semble y croire. Ahmed Imamovic nous a gentiment refusé une interview, en disant que « cela fait déjà six mois qu’il ne communique pas avec les médias balkaniques ».
En effet, les attaques des médias sont de plus en plus violentes, en prétendant qu’à travers une histoire sur le destin de deux homosexuels durant la guerre, le film se « moquerait de la tragédie bosniaque ». Mustafa Ceric, le chef de la communauté islamique de Bosnie et Herzégovine, dans son discours adressé aux croyants à l’occasion de la fête de la fin du Ramadan, a parlé de l’homosexualité comme d’un mal qui a été importé en Bosnie et Herzégovine par l’Occident pour salir la tradition bosniaque, et qu’il faut donc chasser.
Le plus important est que le film est une excellente histoire, pleine d’émotions, de chaleur et de tolérance. S’il s’était agi de deux amis et non pas de deux amants, personne ne se serait intéressé à l’histoire, prétend Samir Smajic. Dans le film, Tarik Filipovic, jouant le personnage de Milan, et Mario Drmac celui de Kenan, sont deux étudiants dans Sarajevo assiégé. Milan parvient à sortir Kenan à travers les positions serbes en le déguisant en femme. Il l’amène dans son village, chez son père, dont le rôle est joué par Rade Serbedzija. Il le présente comme une jeune fille, du nom de Milena. Les jeunes hommes se préparent pour partir vers l’Occident, à Amsterdam, mais avant cela le père veut marier son fils et prépare la fête de mariage.
Pas de scènes de sexe
Le régisseur Smajic ne s’attend pas à des problèmes une fois que le film sera distribué : les critiques ont déjà vidé leur poumons, et une fois que le film aura été vu, on s’apercevra que les attaques n’avaient aucun lien avec l’histoire. De toute façon, il n’y a pas de scènes explicites de sexe dans le film, affirme le journaliste Dino Bajramovic, pour qui le film est « génial ». Le co-scénariste Enver Puska dit qu’il est tragique que, dans le Sarajevo du 21ème siècle, existent des gens aussi « ignorants et malades », capables de commenter un film qu’ils n’ont même pas vu. « Notre problème est que durant la guerre, notre hôpital pour les maladies psychiques a été dévasté, ce qui fait que les gens qui y séjournaient sont sortis et devenus journalistes », affirme Enver Puska.
Senad Avdic, le rédacteur en chef du journal Slobodna Bosna, qui lui-même a subi des attaques brutales après avoir pris la défense du film, dit que ceux qui ont réagi contre le film étaient des cinéastes radicaux bosniaques, qui considèrent qu’aucun film jusqu’à maintenant n’a montré la tragédie dont les Bosniaques victimes étaient. « Les soi-disant gardiens de la révolution n’ont pu supporter qu’à la place de choisir comme thème le génocide commis contre les Bosniaques, cette équipe tourne un film sur la souffrance des homosexuels dans Sarajevo assiégée », explique Senad Avdic.
L’hebdomadaire Walter attaque avec bassesse
Le principal journal à lancer l’attaque a été l’obscur hebdomadaire Walter, dont Senad Avdic affirme qu’il est le porte-parole de la « droite radicale ultra-primitive ». Pour Vanja, coordinatrice de l’association Queer de Sarajevo, tout ce bruit soulevé autour du film est une chose excellente. Il y a eu plus de réactions positives que d’attaques. Il est très important qu’on parle publiquement de ces choses-là, affirme Vanja. « Les positions sont totalement partagées, mais c’est toujours le cas quand on touche à la problématique liée à la population homosexuelle », estime-t-elle. Une fois que « Go West » sera diffusé, Senad Avdic s’attend pourtant à des attaques encore plus violentes, et cela non pas de la part des radicaux bosniaques mais des Serbes. « Car c’est avant tout un film antiserbe, un film qui parle ouvertement du fascisme de l’armée serbe durant cette guerre », dit l’influent rédacteur en chef de Slobodna Bosna.
© Le Courrier des Balkans pour la traduction
Reproduit avec l’aimable autorisation du Courrier des Balkans
« (...) la cause principale du sida, ce n'est pas l'homosexualité, c'est la sodomie... » Jean-Marie Le Pen, Grand jury RTL-Le Monde, 18 février 1996.

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