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Samedi 11 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Yoshinori Okada, Kota Kusano, Ayumi Hamazaki, Koji Yamaguchi et Kumi Takada. Réalisé par Ryosuke Hashiguchi.
Durée : 129 mn. Disponible en VOST.


Résumé :
Ito, collégien, est amoureux de son meilleur ami Yoshida, qui ne se doute de rien et est lui-même attiré par Aihara, la jeune rebelle de la classe. Aihara perce le secret d'Ito et celui-ci découvre qu'elle a subi un viol. Ils deviennent amis et forment bientôt un trio romantique des plus étranges.
L'avis de Bastian Meiresonne (Eiga go go !) :
Après son premier long métrage très remarqué Petite fièvre des 20 ans qui eut pour effet de relancer une vague de films indépendants au Japon, le réalisateur Ryosuke Hashiguchi revendique son coming-out homosexuel dans ce drame intimiste.
Le jeune collégien Ito est secrètement amoureux de son meilleur ami Yoshida. Des rumeurs devançant sa déclaration de flamme, il devient rapidement la risée de ses copains de classe et se distancie de Yoshida. La rebelle Aihara le soutient dans son épreuve, refoulant – elle aussi – un lourd secret. Jouant les entremetteuses, elle tente de rapprocher les deux garçons, malgré l'attirance naissante de Yoshida à son égard.
L'homosexualité est encore un sujet tabou au Japon. Tournée en dérision ou apparentée aux travestis (en grande partie dû au traditionalisme kabuki), elle n'est que difficilement tolérée, voire carrément discriminée au Pays du Soleil Levant. Hashiguchi prend donc un pari très risqué en réalisant une œuvre toute entière dédiée à ce sujet, tout en déclarant ouvertement sa propre homosexualité à une presse japonaise médusée. Réalisateur porte-parole d'une renaissance du cinéma indépendant suite à son relatif succès de son premier long Petite Fièvre des 20 ans et acteur renommé de la série télévisée Tsuge Yoshihara World 1 & 2, cette nouvelle œuvre sera un relatif échec dans son pays d'origine, mais gagne une certaine reconnaissance mondiale en remportant de nombreux prix dans divers festivals (Rotterdam, Dunkirk et Turin). Injustement cantonné depuis aux rayons « 'gays et lesbiens »' des magasins, le film mérite pourtant mieux, malgré quelques faiblesses.
Contrairement à bon nombre de productions du même genre, Hashiguchi a le mérite d'opter pour une approche distanciée et respectueuse de son sujet. Mis en scène sans dramaturgie exacerbée, ni fioritures arrangées, le réalisateur ne prend aucun parti. Au-delà de son sensible sujet, il réussit à capter parfaitement le comportement d'une adolescence pubertaire. Les potins font rage dans les cours de recréation et les collégiens sont d'une rare cruauté envers leur prochain. Une fois la rumeur de l'homosexualité d'Ito lancée, le jeune garçon se retrouve irrémédiablement écarté par ses congénères et la risée de tous. Deux jeunes adolescentes récoltent de l'argent pour une amie dite enceinte, alors qu'elles ne cherchent à se faire de l'argent que pour organiser une soirée. D'autres rumeurs affirment avoir vu une collégienne sortant d'un hôtel en compagnie d'un vieil homme… Au milieu du tourbillon, le jeune Ito n'a d'yeux que pour son ami Yoshida. Ce dernier ne rejette pas son ami, allant même jusqu'à se faire embrasser pour – sans doute – expérimenter ce que cela pourrait bien lui faire. N'y trouvant pas de goût, il ne rejette pas pour autant son ami, mais s'écarte progressivement de lui, embourbé dans ses propres premiers émois sexuels. Maladroit dans l'approche des filles, il sort sans grande conviction avec une première fille, avant d'éprouver une irrévocable attirance pour Aihara. De banales histoires en somme, mais tellement difficiles à capter comme en témoignent de nombreux films réalisés sur le même sujet. En même temps, cette distanciation par rapport au sujet principal manque quelque peu de profondeur. En choisissant de cadrer en longs plans larges, Hashiguchi perd en intensité émotionnelle. Les doutes et le désœuvrement d'Ito ne sont esquissés qu'à de rares moments ; la révélation du lourd secret d'Aihara semble un brin caricatural par ce procédé.
Reste l'audace du projet très personnel au réalisateur, quelques scènes de toute beauté par leur apparente simplicité (la scène du baiser échangé entre les deux garçons, les séances chez le docteur, la « méprise » finale sur la plage) et la parfaite retranscription d'une jeunesse désœuvrée pour en faire un rare témoignage sur une « différence », qui ne devrait pas être… Et au réalisateur d'éviter tous les clichés et poncifs du genre, qui plomberont son long métrage – autrement plus commercial – suivant : Hush!.

Pour plus d’informations :
Voir la fiche n°1, l'avis de Jean Yves

par Bastian Meiresonne (Eiga go go !) publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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