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Samedi 18 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Hilary Swan
ck, Chloé Sevigny, Alison Folland, Alicia Goranson, Brendan Sexton III et Peter Sargaard. Réalisé par Kimberly Peirce. Scénario : Kimberly Peirce.
Durée : 114 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :
Teena Brandon, une jeune adolescente du Nebraska, assume mal sa condition de fille. Elle déménage à Falls City et devient Brandon, un garçon aux cheveux courts, très vite adopté par une bande de désoeuvrés. Teena-Brandon s'intègre au groupe mais reste toujours prisonnière de cette crise d'identité sexuelle qui l'a hantée sa vie entière. Elle tombe amoureuse de Lana, la petite amie de John. En découvrant la vérité sur Teena, ce dernier entre dans une rage meurtrière. D'après un fait divers authentique.
L'avis de Ron Small :
L'histoire de Teena Brandon, c'est plus que la sienne, c'est l'histoire de Mathew Shepard, peut-être aussi l'histoire d'Howard Beach. Shepard a été tué parce qu'il était gay et Beach a été tuée parce qu'elle était black. Les deux ont été tués par intolérance, et aussi bien par peur. Teena a été tuée parce qu'elle était une fille qui voulait être un garçon. Elle a changé son apparence (bandé ses seins, coupé ses cheveux, trouvé une démarche), et son nom (mis Brandon devant Teena), tout ça pour devenir mâle. Choquant ? Pas vraiment. Quand vous avez jeté dehors toute la propagande religieuse et la moralisation dont on vous a bourré le crâne depuis tout petit, vous trouvez que cette histoire est en réalité un conte de fées moderne. Comme le mendiant qui voulait être prince, c'est la fille qui voulait être garçon. Mais contrairement aux contes de fées reconditionnés dont on nous gave, celui-là ne finit pas bien.
Je me rappelle la première fois que j'ai entendu parler de l'histoire de Brandon. C'était le soir avant les examens de fin d'année, une soirée noyée dans la pire angoisse d'avant le spectacle (enfin, presque la pire), mais j'étais à l'abri. J'avais étudié avec un tel acharnement que ma tête était pleine de trucs inutiles que j'aurais oubliés dans une semaine. Avant d'aller au lit, j'ai allumé Cinemax en espérant qu'ils passaient un film cochon quelconque, comme ils en mettent à 2 heures du matin. À la place, j'ai trouvé The Brandon Teena Story, un documentaire mal fichu, et pourtant poignant, sur la courte vie et l'horrible mort de Teena Brandon. C'était à rendre fou; voir ça, c'était comme être le témoin impuissant d'une injustice qu'on aurait pu empêcher facilement. À cause de la stupidité et de l'ignorance d'à peu près tous ceux qui y ont pris part. Et parce qu'une innocente a été sauvagement battue, violée et tuée seulement pour son désir d'être ce qu'elle n'était pas. Et qui parmi nous n'a pas eu ce désir, au moins un instant ? Est-ce que son souhait d'être un homme est trop dur à tenir à notre époque éclairée (« éclairé » signifie aujourd’hui qu'on garde les mêmes vieux préjugés, seulement ils sont gardés soigneusement enfouis sous la couverture, prêts à refaire surface dans la chaleur de l'évènement, comme Do The Right Thing de Spike Lee nous a montré). Après tout, nous ne jugeons pas mal ceux qui ont eu le nez retaillé, une liposuccion, des implants mammaires, toute la chirurgie pour vous faire devenir quelqu'un d'autre; le quelqu'un que vous voulez être. Quand Brandon est confrontée à son échange de réalité (pendant l'enquête sur le viol, rien de moins), elle est pratiquement forcée à dire « j'ai un problème d'identité sexuelle », alors que ce n'est pas vrai, elle se sent simplement mieux en homme.
Ce fichu documentaire m'a tenu réveillé jusqu'à 4 heures, mais ça valait la peine. L'histoire de Teena Brandon a bien plus de signification que tout ce que j'avais ramassé dans le gigantesque manuel de Psychologie que j'avais englouti ce même soir.
Dans Boys Don't Cry, Hilary Swank jouant Brandon va bien au delà de la simple pose macho. Avec ses cheveux courts, sa carcasse frêle, son grand sourire, Swank ressemble à un Matt Damon extrêmement gauche. Mais regardez de plus près son sourire, comment elle se moque sincèrement d'elle-même, sa galanterie naturelle, et vous pouvez l'aimer en homme. C'est facile de comprendre pourquoi la pauvre fille des petites villes tombe amoureuse d'elle. Elle a quelque chose qui manque aux autres mâles, un rien de gentillesse. Elle arrive avec des fleurs alors que les autres amènent des bières et des capotes.
Quand le film commence, Teena quitte sa ville natale de Lincoln pour Falls City, une agglomération de mobile homes. Grâce à une bagarre de bistrot, elle fait la connaissance de deux loulous (tous deux extrêmement bien joués par Peter Sarsgaard et Brendan Sexton) et de leurs nanas. Une d'elles retient l'œil de Teena. C'est Lana, la fille de petite ville, qui comme toutes les filles de petite ville rêve de s'échapper des limites de son patelin. Brandon est dans la même situation, elle rêve d'échapper aux limites de sa féminité. Teena la séduit par la douceur, quelque chose que les hommes du coin ne connaissent pas (certes une généralisation, mais étonnamment appropriée à en juger par le documentaire). Leur relation est au cœur du film, et réussit certainement à équilibrer le style presque médical de la conclusion, brutale et sans frémissement. Ce qui rend la violence bien plus difficile à supporter; on nous apprend à veiller sur le personnage et la cruauté envers elle fait mal, comme elle doit.
Kimberly Peirce (coscénariste et réalisateur ; sûrement un talent à surveiller) renforce la nuance lyrique avec des séquences de paysage de la grande plaine américaine, accélérées jusqu'au point où ce qui bouge n'est plus que des traits de lumière qui se hâtent en clignotant.
Graduellement le film devient moins hâtif, et un peu plus difficile à regarder. Peirce ne nous cache presque rien. Nous voyons les meurtres, les coups, le viol, mais ici ils servent un but, alors que dans une production hollywoodienne comme dans Le déshonneur d’Elisabeth Campbell, ça ne sert à rien. Dans ce dernier film le viol est tourné par Simon West, cinéaste commercial, comme un fantasme de « gang bang » masochiste. West emploie des mouvements de caméra voyants, un style glacé, pour faire ce qui finit par ressembler à une spot de pub bien lisse sur le viol. Peirce bouge à peine la caméra; elle nous montre simplement les faits. Boys Don't Cry ne prêche pas, ne donne pas d'explication morale des personnages, il fait la chronique d'évènements qui ont eu lieu. Et il leur donne de la vie et du sens en nous emmenant dans un roman d'amour étrangement touchant qui a l'air simple en surface. C'est simple comme le romantisme tragique de Roméo et Juliette, mais complexe à cause d'un grand plus.
Le film de Peirce est sans compromis sur le fond. J'imagine à peine comment on aurait pu en faire un film grand public (il y a eu un projet). Ce film offre l'intensité crue, l'exploration des tabous, et la vérité de l'émotion qui étaient (avant Tarantino) la marque de fabrique du film indépendant. Maintenant, au milieu des cadavres puants des machins sarcastiques et tendance, Boys Don't Cry est à une autre hauteur, et on en sort plus réfléchi.

Pour plus d’informations :

par Ron Small publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Samedi 18 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Hilary Swan
ck, Chloé Sevigny, Alison Folland, Alicia Goranson, Brendan Sexton III et Peter Sargaard. Réalisé par Kimberly Peirce. Scénario : Kimberly Peirce.
Durée : 114 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :
1993, Lincoln, Nebraska (USA). Teena Brandon (Hillary Swank) une jeune fille allant sur ses 21 ans, souffre d'une « crise d'identité sexuelle ». En fait, elle se voit comme un garçon. Suivant un traitement hormonal et attendant une opération qui viendra résoudre (?) le problème, elle se coupe les cheveux, enserre sa poitrine dans une bande très serrée et s'habille en garçon. Afin de fuir la police qui la recherche pour vols multiples de voitures, elle part à 100 km de là, dans la petite ville de Falls City (Amérique très profonde, 100 % blanche) et y devient Brandon Teena.
Un garçon.
Brandon y fait la connaissance de la jeune Candace(Alicia Goranson), puis de ses amis : Lana (Chloe Sevigny), John (Peter Sarsgaard) et Tom (Brendan Saxton III). Ces derniers passent leur temps à boire, se défoncer, jouer au billard et à toutes sortes de conneries...
Brandon, avec son air de « petit garçon » est vite adopté par le groupe et tombe amoureux de Lana qui ne résiste pas longtemps à son charme. Tout se passe bien au début, Lana est si amoureuse qu'elle ne s'aperçoit même pas lors de leur premier ébat sexuel qu'il est une fille... Mais le vent va tourner...
Prisonnier(e) de la toile de mensonges qu'il/elle ne peut s'empêcher de tisser, Brandon se retrouve peu à peu suspect(e) puis carrément découvert(e)... La haine et la rage de John et de Brendan, humiliés d'avoir été ainsi « trompés » par leur bon copain, se déchaînent, attisées par la mère de Lana. Cette dernière, refusant dans un premier temps la vérité, conserve toute sa tendresse à Brandon. Mais le drame est inévitable...

L'avis de Philippe Serve :
Histoire tordue et glauque ? Histoire terrible et vraie ! Teena Brandon a réellement existé et vécu comme Brandon Teena. Tout ce qui précède dans ce résumé correspond à la vérité, Kimberly Peirce (et son co-scénariste Andy Bienen) n'a rien inventé, tout juste a-t-elle changé le nom de Candace (en réalité Lisa Lambert)...
S'appuyant directement sur un documentaire, The Brandon Teena Story (Susan Muska and Greta Olafsdottir, 1998), la réalisatrice a respecté à la lettre la terrible histoire de Teena Brandon. À tel point que Lana Tisdel (la vraie Lana) a renoncé à la plainte qu'elle avait déposé contre le film (poussée par sa famille et après avoir commencé à collaborer à l'écriture du scénario). À la vue du film, elle n'a pu que constater sa fidélité aux faits...

Boys don’t cry est un film choc. Certains le détestent peut-être. Ceux que l'histoire de Teena Brandon dérange au plus haut point, ceux, peut-être, qui s'identifient à ses lamentables persécuteurs et assassins.
Un film qui heurte, laisse pantois et force à la réflexion. Nous sommes confrontés à l'un des plus terribles exemples d'intolérance et de bêtise, à la sauvagerie brute dont l'homme est, hélas, trop souvent capable.
La certitude qu'il n'y aura pas de happy end crée une tension qui s'empare très vite du spectateur et ne le lâche plus. La dernière demi-heure nous explose à la figure, la violence ne nous est pas épargnée par la réalisatrice. On peut se demander si la scène du viol de Brandon par John et Brendan, montrée à l'écran dans tous ses détails, était bien nécessaire. Peut-être une ellipse renvoyant l'image de Brandon dans le bureau de l'ignoble sheriff, tuméfié(e) et forcé(e) de raconter son viol aurait eu autant de force. Peut-être, on peut en discuter...
Par contre, la scène où les deux déjantés forcent (avec violence là encore) Brandon à exposer sa véritable identité sexuelle s'impose, bien que provoquant un dégoût physique difficilement supportable...
La mise en scène de Kimberly Peirce (jeune femme de 31 ans) est diablement efficace, elle alterne présent et flash-ba
cks, et monte sa spirale infernale séquence après séquence. La noirceur de l'histoire se retrouve dans les tons du film (beaucoup d'intérieurs et d'extérieurs nuit) et la réalisatrice a essayé (avec succès) d'éviter toute emphase sur-dramatique. La vérité objective est la seule chose qui l'intéresse. Et elle est assez terrible comme ça !
Il est intéressant de noter que le personnage même de Teena Brandon, menteuse invétérée et voleuse, ne nous apparaît pas spécialement sympathique au début du film. Elle le devient peu à peu, plus nous sentons le danger monter, plus les autres personnages montrent leurs vrais visages.

Elle n'est pas une « héroïne », juste une terrible victime.
Et là, bien sûr, il faut parler de la performance de son interprète, Hillary Swank.
25 ans au moment du tournage, à peine remarquée dans des films aussi stupides que Buffy, tueuse de vampires ou Miss Karaté Kid (!), elle réussit un prodige et a mérité l'Oscar de la Meilleure Actrice qu'elle remporta pour ce Boys don’t cry. Son interprétation expose à la perfection tout à la fois l'enthousiasme de Teena/Brandon pour une nouvelle vie, sa naïveté à croire que tout se passera bien, son charme naturel dévastateur, mais aussi sa fragilité, la confusion de son esprit et l'incertitude de sa propre identité. Elle devient très émouvante dans la dernière demi-heure, notamment dans ses rapports avec Lana.
Chloe Sevigny
, qui interprète cette dernière, a aussi rassemblé l'unanimité des critiques et y a gagné un Golden Globe. Elle incarne avec excellence l'aspect grunge de Lana, effacée et peu sûre d'elle au début du film, physiquement quelque part entre Courtney Love et Madonna. Mais la rencontre de Brandon, l'amour qu'elle reçoit de celle qu'elle croit être un garçon, la transforme peu à peu. Et c'est tout le talent de Chloe Sevigny de savoir nous rendre perceptible cette lente évolution et attachant ce personnage.
Les autres rôles sont aussi très bien assurés.
Teena Brandon
, 21 ans, fut assassinée le 30 décembre 1993, ainsi que ses deux amis Lisa Lambert (Candace dans le film) et Philip Devine (et non pas le bébé de Candace). Ses deux meurtriers furent condamnés l'un à la peine de mort (par injection), l'autre à la prison à perpétuité...
Un film à ne pas rater, malgré sa dureté.

Note 1: Le scénario, refusé par les grands studios US, fut finalement tourné par une réalisatrice « indépendante », Kimberly Peirce. 
Note 2: Boys don’t cry (littér: « Les garçons ne pleurent pas », dicton anglais courant), doit aussi son titre à une chanson du groupe anglais The Cure, chanson que l'on entend brièvement dans le film.
Pour plus d’informations :

par Philippe Serve publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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