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Vendredi 30 novembre 2007
par Daniel C. Hall publié dans : WEBSERIE : GAY FRIDAY communauté : Gay-friendly
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Vendredi 30 novembre 2007

(4.04)


Cap-Pel--.JPGZanzi sur la plage de Cap-Pelé le 14 octobre 2007 (photo prise par sa mammarazzi)

 


Au bout de mon premier trimestre en terre cariboulandaise, je peux dresser un premier bilan.

Au positif :

1. je n’ai plus à prendre les transports en commun pour aller au bureau. D’ailleurs, là où je vis, ils sont quasi inexistants. C’est donc de loin que j’ai vécu les dernières grèves qui ont importuné les Français (ceux qui prennent le train), et les parisiens (usagers usagés du métro overbondé). Une photo du malheur de mes compatriotes, aperçu dans le Globe & Mail, m’a remémoré des scènes d’horreur que j’espère ne plus jamais vivre : l’attente interminable, la bousculade, l’agressivité des gens et leur transpiration puante. Anonyme noyé dans une foule d’anonymes, je pense que j’aurais opté pour le Vé’lib ou la marche. Quarante-cinq minutes, ce n’est pas la mer à boire… Tout au contraire, à Moncton, je me déplace en voiture, cheveux au vent (mais là plus avant le retour du printemps), écoutant la musique à fond sans gêner personne. Et personne ne me gêne : les 240 km de bouchons sur le périph’ m’ont semblé figurer un lointain cauchemar irréalisable à Moncton. Tandis que les franciliens perdaient des heures dans les embouteillages, le trafic sur mon « wheeler boulevard » était d’une fluidité limpide…

2. je vis dans une grande maison non mitoyenne et, de l’étage, je peux voir la couleur du ciel. Adieu mon petit studio de 28 m2, garçonnière de mes jeunes années, dont on peut faire le tour en dix secondes. Ma demeure d’ici est huit fois plus grande, et ce n’est que le début de mon nouveau parcours résidentiel. Pas de voisins aussi bruyants qu’inconnus, pas de concierge ni d’interphone. Je peux partir toute la journée sans « barrer » la porte ; par ici il n’y a pas de vol. Pas de fientes de pigeons dans ma cour, mais des écureuils qui se promènent sous mes fenêtres. Je vis dans une sorte de havre de paix et de tranquilité.

Au négatif : j’ai importé avec moi mes mauvaises habitudes : sens inné du désordre, heures perdues en masse sur Internet pour tromper le vague à l’âme qui a suivi mes bagages, absence totale d’organisation pratique. Je vis seul et me sens démuni pour faire face au quotidien. Comme à Paris, je regarde le film de ma vie se dérouler devant mes yeux, plus spectateur qu’acteur. Et encore… cela fait deux mois que je n’ai plus mis les pieds dans une salle de cinéma.

Qu’ai-je donc fait de ma vie depuis trois mois ? Pas grand-chose. J’ai reçu mes parents début octobre, en ressentant leur visite comme une épreuve et une intrusion à un moment où je campais encore dans mon salon et n’était pas prêt à les recevoir décemment. Un mois et demi plus tard, je ne suis pas davantage mieux installé. Je suis victime de vraies-fausses difficultés financières. Mon écrin serait décoré si les magasins d’ameublement voulaient bien m’accorder un paiement étalé sur 24 mois, mais n’ayant pas d’historique de crédit à Caribouland je suis inéligible à cette faveur et doit donc tout acheter cash. Comme j’ai reversé à des œuvres de charité la somme astronomique que Daniel m’a offerte pour cette laborieuse saison 4, vous comprenez ma gêne… De fait, j’ai perdu le goût de faire les magasins pour m’acheter des fournitures. Et j’habite un grand ensemble vide.


vive-le-luxe.jpgVive le luxe !

 

Je me console en allant dans les hôtels de luxe. Ayant passé mes dix premières nuits canadiennes au Crowne Plaza, j’ai pris goût aux chambres avec lit king size. Récemment, j’ai séjourné au Hilton de Saint-Jean du Nouveau-Brunswick. J’y ai cependant mal dormi, non que le lit soit inconfortable, mais parce qu’il est peut-être néfaste pour la qualité du sommeil de passer la nuit seul dans un lit où 3 ou 4 personnes peuvent prendre place ensemble. N’y eût-il eut qu’une deuxième personne pour me tenir compagnie que ma danse avec Morphée s’en fût trouvé apaisée. Hélas, personne. Même topo quelques semaines plus tôt à l’hôtel Marriott Courtyard de Halifax. J’avais concocté un programme sympa, à l’abri des bourrasques impétueuses de l’ouragan Noël qui nous remontait des Caraïbes où il venait de semer la mort et la désolation. Mon invité m’a fait faux bond. Tout simplement. Tout cela avait un air de déjà-vu. C’est un scénario qui peut se répéter à l’infini avec des interprètes différents.

L’avantage de séjourner dans des hôtels de luxe, c’est que la solitude y est moins pesante que dans les motels minables. Lové dans un environnement raffiné, je peux regarder le verre et me dire qu’au lieu d’être à moitié vide, il est à moitié plein. Alors je décide d’en profiter, et je savoure en prenant des bains, des douches (et tant pis pour mon empreinte écologique), en vidant le minibar, en piquant une tête dans la piscine et en me décontractant dans le spa… je me donne un air de fête avec un peu de faste et dès lors, il m’arrive même de prendre en pitié ceux qui n’ont pas voulu prendre part à ce banquet plus hédoniste que platonicien.

Je ne trompe personne en fin de compte, et surtout pas la solitude qui est depuis toujours ma plus vieille compagne. Je pense à toi, mon précieux, qui m’avoues tes sentiments à demi-mots mais qui trompes ton ennui dans les bras de quelqu’un d’autre. La réciprocité a failli se produire ici. Je pense au prochain Noël que je passerai seul, en terre étrangère, dans le froid, loin de ma famille, loin de mes amis, loin de mon Paris. Vanessa Paradis a allumé les Champs Elysées et, on dirait un fait exprès, les lumières de la ville ne m’ont jamais semblé plus belles que cette année. Et je ne pourrai pas les voir de près…

Suis-je donc satisfait de ma solitude ? On pourrait le croire. J’aurais trop honte de recevoir qui que soit dans une maison vide. Je préfère encore rester seul. Et maître absolu chez moi. Ma chère maman en sait quelque chose, qui s’est imprudemment avisée de se mêler de mes affaires (ce dont je la remercie, ça peut sembler paradoxal, mais elle n’était pas ici pour rester et tout régenter à sa manière).

Alors… better alone que mal accompagné ? Assurément. Quoi qu’il puisse m’en coûter au tréfonds de mon âme, je ne veux plus perdre une seule minute avec des gens qui n’en valent pas la peine. En définitive, les échecs me font moins mal qu’autrefois. Je ne les rumine pas. Ça ne va pas marcher ? Je prends le téléphone, je zappe et me coule dans un bain chaud et moussant minimum 4 étoiles. Dans l’eau bienfaisante, je philosophe : la vie est-elle faite de rendez-vous manqués ? Suis-je en retard ou en avance sur l’horaire, moi qui aime être ponctuel ? Le Piper Heidsick est-il meilleur que le Moët et Chandon ? Qu’importe, pour le réveillon je m’achèterai une bouteille de Dom Pérignon que je boirai… seul.



Pour lire l'épisode précédent, cliquez ici.

 

par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gay-friendly
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Jeudi 29 novembre 2007
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : Les Pubs Roses communauté : Gay-friendly
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Jeudi 29 novembre 2007
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Fiche technique :
Avec Pauline Acquart, Adèle Haenel, Louise Blachère, Warren Jacquin, Serge Brincat, Jérémie Steib et Christophe Van de Velde. Réalisation : Céline Sciamma. Scénario : Céline Sciamma. Directeur de la photographie : Crystel Fournier. Compositeur : Para One (Jean-Baptiste de Laubier).
Durée : 85 mn. Disponible en VF.



Résumé :

L'été quand on a 15 ans. Rien à faire si ce n'est regarder le plafond. Elles sont trois : Marie, Anne, Floriane. Dans le secret des vestiaires leurs destins se croisent et le désir surgit. Si les premières fois sont inoubliables c'est parce qu'elles n'ont pas de lois.


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L'avis de
Chori :

A priori pas trop pour moi : une histoire de filles, avec que des filles, des adolescentes, des qui s'aiment et d'autres pas, des premiers émois, des djeunz, de la natation synchronisée, du gel et des paillettes, des petits dessous (non non rassurez-vous on n'est pas chez David Hamilton...) bref je craignais de bailler au bout de cinq minutes et de m'enfuir au bout du quart d'heure. Pas du tout. Marie, Floriane et Anne. Environ 45 ans à elles trois. La plate, la belle et la dodue, pour résumer trivialement les choses. L'une est amoureuse de l'autre et copine avec la troisième, qui convoite un mec de l'équipe de water-polo qui lui est attiré par la belle en question (comme visiblement tous les mâles du coin). Car l'originalité du film est de présenter les mecs de loin, comme des organismes étranges et étrangers, des quéquettes à pattes, des joyeux bourrins juste bons à ahaner, à sentir la sueur, à faire les cons avec leur maillot sur la tête ou à ricaner en bande. Pas idyllique comme vision, mais plutôt... réaliste, non ?
Serait-ce alors comme l'envers du film de Lou Doillon (Et toi t'es sur qui ?) où il était aussi question de copines qui voulaient le faire. La tchatche et la verve en moins. Mais une intensité poétique indéniable. Un regard juste sur la confusion des sentiments. On aime, mais on ne sait pas exactement ce que ça veut dire. Le corps et le cœur, le cul et les sentiments, à cet âge-là, c'est compliqué, c'est embrouillé. On ne sait pas sur quel pied danser. L'une veut passer pour une salope, mais ne couche pas, l'autre est amoureuse mais ne parvient pas à l'exprimer, et la troisième voudrait qu'on l'aime mais se débat dans sa solitude.
Et avec tout ça, il faut en plus se débrouiller seule(s). Car si le film est focalisé sur ces demoiselles, les adultes n'y existent quasiment pas, les parents en sont tout à fait absents, abstraits. C'est un autre monde. Et son centre est la piscine, un univers idéalement géométrique et désincarné, où justement les troubles et les désirs vont idéalement prendre corps. Que ce soit dans l'eau, lors des compétitons, dans les vestiaires, sous les douches, c'est là, au milieu des carrelages humides, que ça se noue, que ça se joue.


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J'aime ces frémissements, ces maladresses touchantes de faons, ces frôlements, (un regard qu'on croise, une main qu'on cherche, un baiser ébauché) ces espoirs flous, ces égarements, ces attentes, ces déceptions (où le contenu d'un sac poubelle jeté par l'autre sera conservé comme une preuve d'amour puis jeté à nouveau, où le mec qu'on convoitait vient finalement à vous, mais juste parce qu'il n'a pas pu faire son affaire avec l'autre, où le baiser reçu, pourtant tant attendu, sera finalement lavé et effacé à l'eau chlorée de la piscine, où un bijou volé
dans la bouche ! aura un curieux itinéraire circulaire...)
Les friselis électroniques de la bande-son (par le groupe Para One dont je n'avais jamais entendu parler jusque là je dois l'avouer mais dont il serait bien de bientôt reparler) viennent idéalement parfois accompagner, parfois envelopper et parfois juste chatouiller la narration, contrepoint sonore d'une idéale finesse (tristesse ?).
Et, contrairement à certains ces derniers temps (pas mal de réalisateurs à vrai dire), je ne dirais, non pas que ça finit bien, mais plutôt que la réalisatrice le finit bien. Oui, Céline Sciamma sait boucler parfaitement son affaire. La dernière scène est l'aboutissement logique, le point d'orgue. Et montrée comme telle. Tout y est, le rythme du montage, la force des contrastes, la précision, la musique. On en sort quasiment chaviré. Troublant...

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L’avis de Dr Orlof :
A priori, rien de nouveau sous le soleil. Naissance des pieuvres se présente comme une de ces chroniques intimistes qu’affectionne particulièrement le cinéma français. La cinéaste décrit avec minutie les états d’âme de trois jeunes adolescentes confrontées à leurs corps, à leurs désirs et à la sexualité. Pourtant, certains détails nous mettent la puce à l’oreille. Que l’univers du film soit, par exemple, totalement débarrassé de la présence des adultes. Le spectateur se dit alors que ce n’est pas le côté « sociologique » (un film sur la « jeunesse » d’aujourd’hui) de la chose qui intéresse Sciamma et c’est une bonne nouvelle. De la même manière, on appréciera que les personnages n’aient jamais recours au téléphone portable, ce fléau des temps modernes, et qu’ils aient recours à des stratagèmes hors d’âge pour sortir et voir leurs petits amis (demander à la copine de passer à la maison et de faire le planton pendant que le couple batifole). Naissance des pieuvres n’hésite donc pas à rompre avec le naturalisme pour présenter une vision stylisée du monde dont la métaphore (très bonne idée) serait la piscine.
C’est effectivement au cours d’un gala de natation synchronisée que Marie, la jeune héroïne du film, développe une fascination irrésistible pour cette discipline et ses rites. Elle s’attache à Floriane, une nageuse plantureuse dont toutes les filles sont jalouses (on la considère comme la « salope » du groupe, comme celle qui couche avec tout le monde) et s’éloigne de la fidèle Anne, dotée a contrario d’un physique plus ingrat…

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La première partie du film frappe par sa justesse et Céline Sciamma déroule habilement le fil de sa métaphore en montrant cette piscine et ses vestiaires comme le lieu où entrent en conflit l’individu et le groupe. Le passage de l’adolescence est ce moment où il faut intégrer les normes du groupe et synchroniser ses mouvements à ceux des autres. La cinéaste filme parfaitement bien ces corps engoncés dans leurs imperfections (le moment où Anne se fait surprendre nue par un garçon), et la difficulté de les assumer sous les regards des autres ou, inversement, l’arrogance et les privilèges que confèrent la beauté (Floriane et ses regards hautains sur un monde dont elle sait être le centre) dans cette univers.
Ce monde de la natation est un univers violemment normatif (c’est notre monde !), comme le prouve cette scène absolument glaçante (peut-être une des plus fortes du film) où l’entraîneuse de l’équipe « inspecte » les aisselles des nageuses et repère le moindre poil qui dépasse en réprimandant la fautive. Rien de plus caractéristique de ce délire hygiéniste qui caractérise notre époque et il y aurait long à écrire sur cette phobie du poil qui la caractérise, comme si cette dernière trace du vivant était le plus grand crime envisageable (Pascal Thomas dans son délicieux et résistant Le grand appartement l’avait fort bien compris et avait, à juste titre, interdit à Laetitia Casta de s’épiler sous les bras…)
Comme dans le récent Douches froides de Cordier, la cinéaste force l’intérêt par la manière qu’elle a d’inscrire ces corps juvéniles dans le cadre et de les faire exister à l’écran.

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Mais une fois les personnages présentés, il faut en faire quelque chose et c’est là, à mon sens, que le bât blesse. Car au milieu du film (j’ai regardé ma montre parce que la rupture est manifeste), il se produit une cassure où un discours sous-jacent vient malheureusement enrober la réalité de ces corps.
Ce moment, vous me pardonnerez de le déflorer (« l’histoire » n’est pas ce qui importe le plus dans ce film), c’est celui où la belle Floriane avoue justement à Marie qu’elle ne l’a jamais été (déflorée !). En faisant cette révélation, ce beau personnage hautain et dédaigneux devient soudain une « victime ». En fait, la belle est pure et vierge mais si tout le monde la prend pour la «Marie-couche-toi-là » du club, c’est parce que son physique avantageux amène tout le monde à le penser et attire tous les regards. Les coupables, sont donc, bien entendu, les hommes qui gravitent autour d’elle comme les guêpes autour d’un pot de miel !
Le film, qui jusqu’à présent se focalisait assez justement sur une réalité précise, dévie finalement vers l’acceptation de ce monde et de sa nouvelle donne : féminisation à outrance (je disais que les adultes étaient évincés mais c’est la même chose des garçons), disparition du sexuel (nous allons y venir) et victimisation outrancière.
Alors que Floriane a pour elle la beauté, qui est l’arme la plus absolue pour réussir dans les affaires du monde aujourd’hui et le plus grand vecteur d’inégalités, la réalisatrice a le culot d’en faire une victime de tous ces sales bonhommes qui veulent jouir de ladite beauté (voir la scène la plus ratée du film, celle où les deux lolitas – mange Google, mange ! – éconduisent et punissent un « vieux » (au moins la trentaine !) dragueur Soralien à la sortie d’une boite de nuit).
Floriane est donc la victime désignée du regard que portent sur elle les hommes. Et pour être conforme à cette image, elle désire perdre sa virginité avant de coucher avec le garçon avec qui elle flirte. Et c’est là que le film déploie son discours qui, à mon sens, est le plus antipathique ; lorsque la jeune fille, après avoir fait une croix sur le plan « mon premier sera un vieux rencontré en boite » décide de confier cette délicate tâche à… Marie, son amie.

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Outre que la scène est, là encore, assez ratée (qu’on songe, par comparaison, au fameux « fondu au rouge » des Deux anglaises et le continent de Truffaut ou à 36 fillette de Breillat : y a pas photo !), c’est ce qu’elle sous-tend qui effraie : dans notre monde matriarcal, la violence et l’altérité qui naissent de l’acte sexuel peuvent être évincées au profit d’un « petit arrangement entre copines » ne prêtant plus à conséquence.
Bien sûr, les choses sont plus compliquées que ça et Céline Sciamma a le talent d’être plus nuancée (son film est intéressant, je le répète). Cette histoire entre Marie et Floriane peut aussi se lire comme le récit d’une « amitié particulière » à quoi je n’ai rien à reprocher.
Mais on ne m’ôtera pas de la tête qu’il s’agit, dans Naissance des pieuvres, d’en découdre avec le sexuel (en tant qu’il différencie l’homme et la femme) et les hommes qui en sont porteurs (1).
Pour conclure, nous dirons donc que Naissance des pieuvres est un film juste, au deux sens du terme. Juste dans la manière qu’il a de présenter un monde odieusement normatif et prophylactique. Juste dans la manière dont la cinéaste parvient à donner naissance à de jeunes corps et dans la manière qu’ont les trois actrices (parfaites sans exception et étonnamment justes) de les incarner à l’écran.
Juste par contre dans les limites que la mise en scène ne parvient pas à transcender : limites d’un discours sous-jacent assez convenu, limites d’un film qui ne parvient pas à s’élever au-dessus de notre époque et qui finalement semble accepter ses contours de plus en plus fuyants, à l’image de ces deux gamines flottant à la surface d’un grand bain amniotique final.
Ces trois gamines et leur désir de régression sont le monde d’aujourd’hui : infantile, débarrassé du sexuel et outrageusement « féminin ».
Pas sûr qu’il faille s’en réjouir…

(1)
On va dire que j’ergote pour des détails mais il est intéressant de voir comment la cinéaste « déshabille » ses actrices. A celle dont le physique est un peu plus ingrat que les deux autres (tout est relatif), elle offre quelques scènes de nu comme si c’était un droit : puisque vous ne la regarderiez pas en temps normal, je vous « force » à la contempler. C’est presque une mesure anti-discriminatoire (tout comme elle aura droit à une scène d’amour physique). Par contre, les deux autres sont plus jolies et il n’est donc pas question de révéler une seule parcelle de leur nudité : manquerait plus que des « vieux porcs » (c’est ainsi qu’est traité notre dragueur Soralien !) viennent jouir de ce spectacle !

L’avis de Matoo :
Comment ne pas être conquis par un film qui dès les premières images montrent le magnifique théâtre (violet et vert pétant) de mon Cergy natal. Et encore plus, lorsque j’ai réalisé que la piscine qui est montrée (celle du parvis de la préf) est la piscine où j’ai aussi vécu quelques heures (tristes) de mon adolescence. Donc ces passages dans les vestiaires et le bassin et cette ambiance adolescente m’ont particulièrement impressionné de leur authenticité. Et puis je reconnaissais aussi les moindres plans de la ville, des plus connus (comme les colonnes de Saint Christophe) aux plus anonymes (parvis, lotissement de brique, passerelles du boulevard de l’Oise etc.).
Mais ce n’est pas tout car le film de Céline Sciamma possède bien des qualités, et aussi des maladresses, il faut l’avouer. Car oui c’est bien un film un peu marqué : premier film d’une tout juste sortie de la Fémis, et la réalisation est somme toute très classique et convenue. On peut donc lui reprocher d’avoir un peu trop glaner du côté « ciné français intello » et de s’attarder parfois un peu trop sur certaines scènes. Un film aussi intelligent et sensible aurait mérité un traitement un peu moins académique peut-être.
Mais je n’en boude pas moins mon plaisir, car j’ai vraiment beaucoup beaucoup aimé. Evidemment, un film qui évoque l’homosexualité chez des gamines de 15 ans, c’est déjà pas mal. Et la prouesse là est de le faire avec une vérité, une simplicité et une clairvoyance qui m’ont vraiment frappé. En outre, les trois comédiennes Pauline Acquart (Marie), Louise Blachère (Anne) et Adèle Haenel (Floriane) sont épatantes et convaincantes dans ces rôles très délicats.
Marie est amie avec Anne. Cette dernière est un peu la grosse adolescente classique qui fait de la natation, tandis que Marie est étrangement attirée par une autre fille de la piscine : la capitaine de l’équipe de nage synchronisée, Floriane. On suit donc les trois filles, avec leurs problèmes, leurs émois, leurs petites vacheries et autres souffrances adolescentes. Floriane est une « fausse salope », Anne donne son corps faute de mieux, et Marie essaie de voir clair dans ce qu’elle ressent…
Les parents sont totalement absents du film, mais je pense que ce n’est pas tant pour marquer un renoncement que pour ancrer le film dans un univers totalement adolescent. Et en effet, j’ai trouvé que ça fonctionnait très bien, on se retrouve vraiment dans une atmosphère et des codes que nous avons tous connus, et qui n’ont pas bien changé à vrai dire. Le scénario est à ce niveau là particulièrement brillant, dans les intrigues, l’épaisseur psychologique des personnages ou bien les dialogues, il y a énormément de choses qui sonnent très justes, et font mouche.
Le film du coup n’est pas tant une œuvre qui parle d’homosexualité, mais plutôt de femmes et de leur entrée dans la vie adulte. Certaines scènes sont très agréablement soulignées par une bande son originale particulièrement belle et efficace, signée Para One. L’ensemble donne vraiment à cette œuvre beaucoup de charmes et de qualités, et viennent facilement estomper les quelques défauts qu’on pourrait y trouver.

Pour plus d’informations :

 

par Chori, Dr Orlof & Matoo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Mercredi 28 novembre 2007
EspritdA0.gifespritdA1.jpgespritdA2.jpg

Fiche technique :
Avec Björn Hlynur Haraldsson, Damon Younger, Lilja Nott Porarinsdottir, Arnaldur Ernst, Helgi Björnsson, Sigurour Skulason, Porsteinn Bachmann, Björk Jakobsdottir, Hilmar Jonsson, Felix Bergsson et Marius Sverrisson. Réalisation : Robert I. Douglas. Scénario : Robert I. Douglas. Directeur de la photographie : Magni Agustsson. Compositeur : Bardi Johannsson.
Durée : 85 mn. Disponible en VO et VOST.




Résumé :
Ottar Thor est un joueur de football adulé dans son pays. Mais le jour où il décide de révéler son homosexualité, il se fait virer de son équipe, le KR (Reykjavik FC).
Il rejoint alors une équipe de footballeurs gays amateurs, mais là encore il doit faire face à l'homophobie des équipes adverses. Son père, le directeur du KR, veut que son fils retrouve l'équipe à condition qu'il redevienne hétérosexuel. Ottar impose alors une drôle de condition...

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L’avis de Frédéric Mignard :
La sortie d’Esprit d’équipe dissimule mal un opportunisme sur lequel on fermerait volontiers les yeux si, sous couvert d’un hymne à la tolérance, cette production islandaise ne nous assénait pas d’une avalanche de clichés didactiques.

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L’argument : Le footballeur Ottar Thor est une star en Islande. Le jour où il déclare son homosexualité il se retrouve sur le banc de touche de son club. Il rejoint alors un petit club de joueurs gays amateurs où il va découvrir une nouvelle vision du sport, plus ouverte et plus libre...
Notre avis : Généreux et plein de bonnes intentions, le cinéaste islandais Robert I. Douglas brandit l’étendard du film militant pour changer les mentalités de son îlot tristounet et tente de sensibiliser les spectateurs à la cause des gays dans le microcosme du football. Cependant, incapable de filmer un match et de présenter des personnages un minimum charismatiques, il se prend vite les pieds dans le ballon et glisse sur le terrain cinématographique sans jamais pouvoir se relever.

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Sans aucune idée de mise en scène et avec un scénario incroyablement plat, digne d’un programme télévisé à vocation pédagogique, le réalisateur aligne les maladresses en se contentant de présenter des caricatures de personnages, avec d’un côté des hétéros bourrins et misogynes, des blondes pas très futées, et dans l’autre camp une bande de gays fanfarons assez vains. Humainement maladroite, cette production dessert plus sa cause qu’elle ne l’aide à progresser. Les plans laids se succèdent pour le plus grand supplice de nos yeux fatigués qui luttent continuellement contre l’endormissement.

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Les enjeux humains d’Esprit d’équipe manquent finalement de hargne et de rage, tout comme les parties jouées sur le terrain, qui ont des allures de compétitions amateurs. Le cinéaste ne cacherait-il pas là son jeu et sa misanthropie derrière des relents de ringardise ? Les amateurs de foot et la communauté homosexuelle peuvent sortir leur carton rose face à une telle faute de goût dont on n’excusera que les nobles intentions.

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L’avis de JLD :
Que se passerait-il si l'un des meilleurs footballeurs du pays, en l'occurrence l'Islande, star de l'équipe KR, déclarait son homosexualité ? Esprit d'équipe, de l'Islandais Robert I. Douglas, est une fiction, et si le cinéaste vise une société islandaise machiste, vouée au pêcheur viril, grand consommateur d'alcool, sa satire éclabousse tous les pays fous de ballon rond.

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Voilà donc Ottar Thor, beau gosse auquel des pin-up demandent des autographes, qui sème la consternation sous les douches, à l'heure où ses coéquipiers arborent leur engin. « Je suis gay », dit-il à une journaliste trop heureuse de pouvoir sortir un scoop. Ce que le buteur prêt à tout pour décrocher la "une" n'a pas prévu, ce sont les conséquences sociales de son acte. Le film fait l'inventaire des ravages. Condamnant sa mère aux crises de larmes et à la dépression, suscitant le mépris d'un frère phallocrate, Thor est renié par son père, entraîneur du club, risée des joueurs, et persuadé que « ça se soigne ! Je vais te trouver un psy ! » Il consterne son épouse (ancienne miss Islande), qui s'enivre tandis que son fils se mure dans sa chambre. Le président de KR ne veut « pas d'une tapette dans (son) équipe », l'un de ses coéquipiers refuse de jouer avec « un pervers » qui pourrait « contaminer les autres ». Le voilà banni.

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Le cinéaste a choisi le ton de la comédie pour détecter les métastases de l'intolérance. C'est à une radiographie du ridicule qu'il nous convie. Quand Ottar Thor trouve une nouvelle équipe où l'on accueille les gays, c'est l'hémorragie inverse qu'il provoque. Inquiets pour leur réputation, les hétérosexuels ne veulent plus jouer dans un club « de tantouzes », une équipe préfère même déclarer forfait que de frayer avec ces gars-là. « Homos : 3, homophobie : 0. » La pelouse devient le cadre d'insultes...

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Esprit d'équipe se termine par un défilé de la Gay Pride où le club gay a son char, et par des normalisations diversement honorables. C'est sans renier sa « différence » que le héros fera la reconquête des siens, et par pur intérêt financier que le KR acceptera de rencontrer l'équipe honnie. Il en est ainsi dans la vie, où chacun doit lâcher du lest pour pouvoir jouer les prolongations.
Pour plus d’informations :

 
par Frédéric Mignard et JLD publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Mercredi 28 novembre 2007

par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : Rose divers communauté : Gay-friendly
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Mardi 27 novembre 2007

 

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Les humeurs apériodiques de Bernard Alapetite



Remarque préalable : toutes les images de cette chronique sont cliquables pour être agrandies.


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autoportraitcadmus30018_Paul_Cadmus_bioPaul Cadmus est avec Edward Hopper, le plus grand peintre figuratif américain du XXe siècle. Pourtant il est quasi inconnu en Europe et n’a pas encore complètement la place qu’il mérite en Amérique. Il est né à New York en 1904, au coin de la 103e rue et d'Amsterdam Avenue, dans une famille d’artistes pauvres, son père est lithographe et sa mère illustre des livres pour enfants. Ils l’encourageront dans son aspiration à devenir peintre, lorsqu’il aura abandonné une brève carrière dans la publicité.
Cadmus a étudié les arts plastiques en Amérique. Mais c’est un long périple dans toute l'Europe au début des années 1930 qui sera décisif pour l’accomplissement de sa vocation. Il est accompagné dans son voyage par son amant, le peintre américain Jared French (1905-1988). Dans les musées des grandes capitales européennes, il se frotte aux grands maîtres de la peinture classique. Il s’en souviendra pour élaborer un style qui n’appartient qu’à lui, dont le trait dominant est peut-être à la fois de détourner et de transcender le classicisme pour l’appliquer à des sujets quotidiens particulièrement triviaux travaillés par ses fantasmes homosexuels.



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Toute sa vie, il s’intéressera à l’histoire de la peinture. Il sera un grand admirateur de la peinture de la renaissance italienne dont l’influence est immédiatement perceptible dans un bon nombre de ses œuvres. Mais il admirait également des peintres comme Gérôme et Eakins. Sa connaissance de la peinture figurative de son temps, que ce soit l’expressionnisme allemand ou le réalisme-socialiste, se retrouve dans ses tableaux. Il n’ignore pas non plus les créations des artistes de son pays ou celles des muralistes mexicains.

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À son retour aux États-Unis, il est employé et financé par le gouvernement américain dans le cadre du PWAP, une structure mise en place par Roosevelt, dans l’esprit du new deal pour aider les artistes américains pendant la grande crise des années 30. De cette commande naît sa série, la plus fameuse, sur les marins où l’on voit des matelots en goguette avec des prostituées... mais ceux-ci semblent souvent préférer s’amuser entre eux !

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La toile “The Fleet's In” n’est pas du goût de l’amiral Hugh Rodman qui ordonne que les tableaux de Cadmus soient retirés de l'exposition de peintures parrainée par le gouvernement à la Corcoran Gallery of Art, où, cinquante ans plus tard, les photos de Mappelthorpe subiront la même indignité. L’affaire fait les gros titres des journaux, mais la plupart des critiques soutiennent l’artiste !

 

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180px_Paul_CadmusDans une de ses dernières interviews, Cadmus se souvenait de sa fascination pour les marins : « J'ai été fasciné par les marins, et j'avais l'habitude de m'asseoir sur un banc et de les regarder durant des heures. En fait, Riverside Park autour de la 96e rue était un excellent terrain de drague dans les années 1930, en grande partie parce que c'était là où les navires de guerre étaient amarrés. Les uniformes étaient tellement serrés et leur forme ajustée qu'ils étaient une source d'inspiration. J'étais assez jeune pour que les marins me fassent des propositions, qu’ils m’invitent à me ramener sur leur bateau, mais je n'y suis jamais allé. Ils étaient trop peu attrayants, ou peut-être que j'ai été trop timide. Je ne sais pas. »


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Coney Island


"Coney Island" est la première peinture que Cadmus fait après qu'il ait cessé de travailler pour le PWAP. Elle est typique de ses peintures de cette période, par le thème et la forme. Cadmus a regardé prosaïquement l'activité des baigneurs sur une plage. Il retranscrit la scène en poussant tout à l’extrême vers une caricature dévastatrice. Cette peinture évoque irrésistiblement une description de Céline... Il pousse l'amusement des plaisirs insouciants des plagistes jusqu’à l’absurde. Cadmus accumule un assortiment de bizarreries, de gestes grotesques, de corps brûlés... Les baigneurs sont inconscients de leur ridicule et de leur grossièreté. Ils recouvrent toute la plage, leurs corps sont étrangement entrelacés, leurs bouches sourient béatement. Tout y est exagéré. Il y a à la fois du Breughel et du Dubout dans ce tableau ! Peint par petites touches, cette manière donne une qualité clignotante à la surface du tableau, qui intensifie l'impression que les figures sont constamment en mouvement.


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