


Fiche technique :
Avec Björn Hlynur Haraldsson, Damon Younger, Lilja Nott Porarinsdottir, Arnaldur Ernst,
Helgi Björnsson, Sigurour Skulason, Porsteinn Bachmann, Björk Jakobsdottir, Hilmar Jonsson, Felix Bergsson et Marius Sverrisson. Réalisation : Robert I. Douglas. Scénario : Robert
I. Douglas. Directeur de la photographie : Magni Agustsson. Compositeur : Bardi Johannsson.
Durée : 85 mn. Disponible en VO et VOST.
Résumé :
Ottar Thor est un joueur de football adulé dans son pays. Mais le jour où il décide de révéler son
homosexualité, il se fait virer de son équipe, le KR (Reykjavik FC).
Il rejoint alors une équipe de footballeurs gays amateurs, mais là encore il doit faire face à l'homophobie des équipes adverses. Son père, le directeur du KR, veut que
son fils retrouve l'équipe à condition qu'il redevienne hétérosexuel. Ottar impose alors une drôle de condition...

L’avis de Frédéric Mignard :
La sortie d’Esprit d’équipe dissimule mal un opportunisme sur lequel on fermerait volontiers les yeux si, sous couvert d’un hymne à la tolérance, cette production islandaise ne nous
assénait pas d’une avalanche de clichés didactiques.

L’argument : Le footballeur Ottar Thor est une star en Islande. Le jour où il déclare son homosexualité il se retrouve sur le
banc de touche de son club. Il rejoint alors un petit club de joueurs gays amateurs où il va découvrir une nouvelle vision du sport, plus ouverte et plus libre...
Notre avis : Généreux et plein de bonnes intentions, le cinéaste islandais Robert I. Douglas brandit l’étendard du film militant
pour changer les mentalités de son îlot tristounet et tente de sensibiliser les spectateurs à la cause des gays dans le microcosme du football. Cependant, incapable de filmer un match et de
présenter des personnages un minimum charismatiques, il se prend vite les pieds dans le ballon et glisse sur le terrain cinématographique sans jamais pouvoir se relever.

Sans aucune idée de mise en scène et avec un scénario incroyablement plat, digne d’un programme télévisé à vocation pédagogique, le réalisateur aligne les maladresses en se contentant de
présenter des caricatures de personnages, avec d’un côté des hétéros bourrins et misogynes, des blondes pas très futées, et dans l’autre camp une bande de gays fanfarons assez vains.
Humainement maladroite, cette production dessert plus sa cause qu’elle ne l’aide à progresser. Les plans laids se succèdent pour le plus grand supplice de nos yeux fatigués qui luttent
continuellement contre l’endormissement.

Les enjeux humains d’Esprit d’équipe manquent finalement de hargne et de rage, tout comme les parties jouées sur le terrain, qui ont des allures de compétitions amateurs. Le cinéaste
ne cacherait-il pas là son jeu et sa misanthropie derrière des relents de ringardise ? Les amateurs de foot et la communauté homosexuelle peuvent sortir leur carton rose face à une telle
faute de goût dont on n’excusera que les nobles intentions.

L’avis de JLD :
Que se passerait-il si l'un des meilleurs footballeurs du pays, en l'occurrence l'Islande, star de
l'équipe KR, déclarait son homosexualité ? Esprit d'équipe, de l'Islandais Robert I. Douglas, est une fiction, et si le cinéaste vise une société islandaise machiste, vouée
au pêcheur viril, grand consommateur d'alcool, sa satire éclabousse tous les pays fous de ballon rond.

Voilà donc Ottar Thor, beau gosse auquel des pin-up demandent des autographes, qui sème la consternation sous les douches, à l'heure où ses coéquipiers arborent leur engin. « Je suis
gay », dit-il à une journaliste trop heureuse de pouvoir sortir un scoop. Ce que le buteur prêt à tout pour décrocher la "une" n'a pas prévu, ce sont les conséquences sociales de son
acte. Le film fait l'inventaire des ravages. Condamnant sa mère aux crises de larmes et à la dépression, suscitant le mépris d'un frère phallocrate, Thor est renié par son père, entraîneur du
club, risée des joueurs, et persuadé que « ça se soigne ! Je vais te trouver un psy ! » Il consterne son épouse (ancienne miss Islande), qui s'enivre tandis que son fils se mure
dans sa chambre. Le président de KR ne veut « pas d'une tapette dans (son) équipe », l'un de ses coéquipiers refuse de jouer avec « un pervers » qui pourrait
« contaminer les autres ». Le voilà banni.

Le cinéaste a choisi le ton de la comédie pour détecter les métastases de l'intolérance. C'est à une radiographie du ridicule qu'il nous convie. Quand Ottar Thor trouve une nouvelle équipe où
l'on accueille les gays, c'est l'hémorragie inverse qu'il provoque. Inquiets pour leur réputation, les hétérosexuels ne veulent plus jouer dans un club « de tantouzes », une équipe
préfère même déclarer forfait que de frayer avec ces gars-là. « Homos : 3, homophobie : 0. » La pelouse devient le cadre d'insultes...

Esprit d'équipe se termine par un défilé de la Gay Pride où le club gay a son char, et par des normalisations diversement
honorables. C'est sans renier sa « différence » que le héros fera la reconquête des siens, et par pur intérêt financier que le KR acceptera de rencontrer l'équipe honnie. Il en est
ainsi dans la vie, où chacun doit lâcher du lest pour pouvoir jouer les prolongations.
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