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Samedi 4 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Thierry Pépin, Véronique Jenkins, Jessie Beaulieu, Daniel Lortie, Caroline Portelance et Eric Cabana. Réalisé par Denis Langlois. Scénario : Denis Langlois et Bertrand Lachance. Directeur de la photographie : Stefan Ivanov.
Durée : 88 mn. Disponible en VF.


L'avis de Patrick Lowie (La Lucarne) :
Danny, fils d'un père gay et d'une top modèle morte d'overdose lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, est un garçon qui recherche l'amour. Son plus grand désir est d'entrer dans le monde du luxe, de la célébrité et des apparences. Il décide de devenir modèle malgré l'opposition marquée du père. Les premiers pas dans le monde de la mode vont changer dramatiquement sa vision des choses et il décide de tout abandonner. Il va dédier son temps à découvrir sa vérité profonde, et au fil des rencontres devenir un stripper. Mais c'est en jouant dans un film pornographique, grâce à Karine, une photographe voyeuse, qu'il va découvrir l'amour. C'est lorsqu'il commence enfin à aimer qu'il se fait surprendre par des skinheads dans un bus.
Le film de Denis Langlois étonne à plus d'un titre. L'histoire – malgré quelques clichés – tient la route et on peut suivre, avec parfois une certaine fascination, ce jeune homme perdu dans le monde de la mode, de la drogue et du sexe. Loin du chef-d'œuvre cinématographique, les images quelquefois trop bien léchées de la caméra de Langlois nous mènent dans un labyrinthe où l'on se demande si Danny ne serait pas pédé comme son père. Et qu'il ferait tout pour ne pas lui ressembler. Quoi de plus normal ? Danny est bien hétéro et malgré quelques bisous brutaux d'aficionados et quelques coups de poignards vengeurs, c'est bien avec Karine, la photographe voyeuse et incompréhensible qu'il va trouver son équilibre. Univers chic canadien, lumières bleues tamisées, boulevards nocturnes évocateurs, Thierry Pepin incarne le personnage à merveille : un fils de bourgeois malheureux d'avoir un père pédé qui ne l'a jamais embrassé. Chapeau pour la scène mémorable du père qui vient au night où le fils fait son strip-tease. Danny s'enfuit. Mais dans les coulisses, il est rattrapé par son coacher qui lui dit (avec l'accent québécois) : « Ici, c'est le client qui décide ». Le père demande une séance particulière avec son fils. C'est troublant et réussi.  La scène finale du cousin qui s'est rasé les cheveux et qui se trimbale avec des skinheads tout en montrant Danny du doigt est une caricature et fait penser immanquablement à My Beautiful Laundrette de Stephen Frears. C'est probablement la candeur du jeune homme qui trouble les eaux de ce monde qui en aura vu d'autres mais aussi son regard moqueur qui nous emmène dans les bas-fonds pour y remonter à bord d'une ambulance.

Pour plus d’informations :
Site officiel du film

par Patrick Lowie (La Lucarne) publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Samedi 4 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Vittoria Scognamiglio, Jacques Nolot et Sébastien Viala. Réalisé par Jacques Nolot.
Durée : 82 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Un cinéma porno est le cadre d'une histoire d'amour entre une caissière, un homme de cinquante ans et un projectionniste nettement plus jeune.
La caissière abuse de la naïveté du projectionniste pour draguer l'homme de cinquante ans, tandis que ce dernier se sert de la complicité de la caissière pour séduire le jeune garçon.

L'avis de Jean Yves :
Voilà un film aussi étrange et surprenant que son titre le laisse supposer. Plantant sa caméra dans un cinéma pornographique, Jacques Nolot en filme la faune et s'essaie à capter les émotions et les sentiments des hommes qui y défilent. Construit autour de perpétuels allers-retours entre une salle qui se remplit progressivement et dans laquelle la frustration le dispute au voyeurisme, et une caisse qui voit discuter la volubile ouvreuse avec ses quelques clients sympathiques, le film de Jacques Nolot interroge une humanité différente, secrète, voilée qui d'ordinaire provoque plutôt un détournement des regards.
Dans cette salle surchauffée aux sièges usés et aux spectateurs de tous âges, certains viennent exercer un voyeurisme presque banal tandis que d'autres profitent de l'atmosphère de la petite salle pour vendre leur corps et profiter de la frustration de certains spectateurs. Les langues se délient et les pantalons s'ouvrent, on parle cru et on montre sans fard. La salle, qui n'accueille plus de couples depuis des années comme le regrette un habitué, devient un marché interlope qui voit se mêler travestis et homosexuels se prostituant sur un coin de siège ou contre un mur pour un peu d'argent. Une seule constante à tout cela : la misère sexuelle qu'exprime aussi bien les actes des spectateurs que le discours de la seule femme du film, une ouvreuse désabusée et de ses rares amis.
Mais si le film en montre beaucoup, il offre également matière à réflexion surtout à travers le personnage interprété par Jacques Nolot, vieil homosexuel quelque peu désabusé de voir l'amour réduit à si peu par l'argent et le SIDA. Beaucoup de corps pour illustrer la froideur des cœurs de personnages troubles mais pas forcément troublés. Fermer la porte est facile, Jacques Nolot propose de jeter un regard différent sur un monde trop mal perçu parce que trop mal compris, à chacun d'en garder ce qu'il voudra.
Un regret : si Jacques Nolot ouvre subtilement son film, il préfère un peu trop souvent la crudité à l'ellipse, ce qui à la longue finit par lasser. Un film étrange à regarder comme il est : unique, à part et sans doute dérangeant pour certains mais en même temps révélateur d'un réel malaise social.

Pour plus d’informations :

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Samedi 4 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Pierre Chatagny, Natacha Koutchoumov et Rui Pedro Alves. Réalisé par Lionel Baier. Scénario de Lionel Baier. Directeur de la photographie : Séverine Barde et Lionel Baier.
Durée : 94 mn. Disponible en dvd.

Résumé :
Entre le travail dans une usine de chocolat la journée et le sexe consommé à la chaîne le soir, la vie de Loïc est réglée comme du papier à musique. Mais un jour, il fera quelque chose d'exceptionnel, "de nouveau". Le jeune homme ne sait pas encore quoi, mais économise déjà sur la nourriture en se coupant l'appétit à coup de cachet contre le mal d'estomac.
Il y a Marie également, l'amie d'enfance, celle chez qui Loïc va dormir après avoir été rodé sur internet, puis dans les rues de la ville. Celle dont Loïc est peut-être amoureux.
Mais tout cela va changer, parce que Loïc va faire des rencontres : le type étrange du Mac Donald d'abord, mais surtout Rui, le footballeur star de l'équipe régionale. Le jeune homme va changer, parce que Marie le forcera à aller plus haut. Parce que Loïc n'est pas un garçon stupide...
L'avis de Matoo :
Il est toujours un peu délicat d’évoquer des films tellement étiquetés gay. On peut se retrouver à y voir des choses bien uniquement parce que l’homosexualité y est présente. Or, la pédésexualité n’est pas la pierre philosophale du cinéma. La plupart du temps, je considère que si un même film transposé dans un univers hétéro est nul, alors ce n’est pas en en faisant un film pédé qu’on le transmute en chef d’œuvre. Dans ce cas précis, on est dans un film où le personnage central est bien un homo, mais dont son orientation sexuelle n’est qu’un trait supplémentaire à un caractère singulier et à une histoire plus globale.
Je n’ai pas trouvé que le film était une réussite complète, mais il commence plutôt mal, et s’améliore petit à petit en découvrant quelques pépites qui méritent qu’on s’y attarde. On peut rapidement passer sur les scènes qui justifient que ce soit un film « homo », c’est-à-dire les scènes de plan cul un peu trashy, le joli corps et la belle gueule du héros, les séances de tchat’ sur les réseaux, les rencontres impromptues, etc. Alors, on évolue dans l’univers de Loïc, qui est un jeune garçon paumé, qui bosse dans une usine de chocolat, et dont les loisirs tournent autour de ses plans cul, et de son amie Marie avec qui il entretient une relation ambiguë. Le héros porte bien le titre du film puisqu’il justifie à plusieurs reprises quelques faiblesses culturelles qui ont bien fait rire la majorité de la salle (il ne sait pas qui est Hitler ou ce qu’est l’Impressionnisme).
Il ne sait vraiment pas quoi faire de sa vie. Il prend des photos avec son mobile, et c’est à peu près la seule activité intellectuelle ou artistique qu’il développe. Avec son amie, il est vraiment space. Il lui raconte ses plans avec moult détails pour la choquer ou la dégoûter, en même temps qu’il lui voue un amour étrange, avec beaucoup de jalousie et de possessivité.
Dans le film, l’intrigue se nourrit de trois événements majeurs. Il rencontre un type et démarre une sorte de relation amicale étrange. On ne voit le mec qu’en caméra subjective qui regarde Loïc et qui discute avec, presque sous la forme d’un documentaire. Le mec cherche à s’intéresser à Loïc, ce qui trouble énormément ce dernier, puisque cela ne fait pas du tout partie du processus de rencontre habituel (de la baise chirurgicale et anonyme), et remet en question ses credo en la matière. Ensuite, il se prend d’une passion singulière et obsessionnelle pour un joueur de foot, une « star » locale du ballon rond qui s’appelle Rui Pedro Alves qu’il suit et photographie. Loïc fantasme simplement sur ce mec, son job, son statut, sa popularité, sa famille, son physique… Enfin, un truc un peu plus étrange (et maladroit en terme de narration) est le suicide de Marie qui bouleverse complètement Loïc.
Donc le film prend un peu plus de substance à mesure que le personnage évolue et se découvre. Mais ça ne va pas bien loin, et ce n’est pas non plus superbement joué.
L'avis de ExCalin :
Poussé par de bonnes critiques, je suis allé voir Garçon stupide ; et comme à chaque fois que je vais voir un de ces films gays un peu sombres dont le Festival Gay et Lesbien de Paris semble raffoler (il était au programme du festival 2004), je rentre déçu.
La vie de Loïc est réglée : travail à la chaîne en journée, baise sur Lausanne le soir avec des garçons rencontrés sur Internet. Il dort chez une amie, Marie, à qui il raconte tout ; elle ne veut pas tout entendre, mais joue le rôle de la mère. Malgré le titre, Loïc n’est pas stupide ; mais il manque (cruellement) d’éducation et n’arrive pas à exprimer, voire même concevoir, des sentiments. Ses plans cul ne sont pas plus que ça : de la baise. Mais le jour où l’une de ses rencontres d’un soir mentionne l’existence du désir, Loïc est déconcerté. Plus tard, lorsque Marie rencontre quelqu’un, il devient jaloux.
Tous ces éléments sont prometteurs, les acteurs sont bons, mais la mayonnaise ne prend pas. Loïc est naïf et attachant, mais l’histoire trop tirée par les cheveux. Quand il tombe amoureux d’un footballeur dont il a vu la photo dans un magazine, on se dit que son évolution va un peu trop vite. Et la fin, trop « chabadabada » pour reprendre l’expression employée Télérama, ne convainc pas.
Un bel essai, mais pas transformé.
Pour plus d’informations  :

 
par Matoo et ExCalin publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Samedi 4 novembre 2006


Fiche technique :
Avec Tony Leung Chiu Wai, Leslie Cheung et Chang Chen. Réalisé par Wong Kar-Wai. Scénario de Wong Kar-Wai. Compositeur : Danny Chung.
Durée : 96 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Deux amants, Lai et Ho, quittent Hong Kong pour l'Argentine. Leur aventure tourne mal et ils se quittent. Lai retourne à Buenos Aires et travaille comme aboyeur dans un bar de tango pour économiser l'argent de son retour à Hong Kong. Ho réapparait et s'intalle chez Lai. Il trouve du travail dans un restaurant chinois où il rencontre Chang, qui vient de Taiwan.
L'avis de Jean Yves :
Le récit de Happy together est à la fois très ténu, un peu malingre, mais absolument bouleversant parce que touchant à l'essentiel : ce qui fait la rencontre entre deux êtres, ce qui fait leur séparation, ce qui fait naître leurs désirs et ce qui les éteint.
Au centre de ces interrogations, trois garçons dont deux stars du cinéma asiatique : Leslie Cheung, ici dans le rôle de Ho et qui a déjà participé à Adieu ma concubine, et Tony Leung, ici dans le rôle de Lai et qui a joué dans Cyclo.
Le film s'ouvre sur le couple d'amants, Lai et Ho, dans une scène de sodomie superbement filmée. Les deux garçons vivent en couple et décident de quitter Hong Kong pour l'Argentine dans le seul but de voir les chutes d'eau d'Iguaçu. Arrivés là-bas, ils se déchirent dans de nombreuses scènes de ménage plutôt violentes. Ils voudraient se séparer, et en même temps, ils sont poussés constamment l'un vers l'autre. Quand ils rompent, Lai tente désespérément de recoller les morceaux. Quand ils se réconcilient, c'est dans de torrides étreintes, mais le désir se lasse vite. En voulant se retrouver, Lai et Ho se perdent. Lai rencontre alors dans le restaurant où il travaille, un jeune garçon hétéro, Chang, dont il s'éprend à la folie, tout en sachant que cette histoire ne dépassera jamais le stade d'une amitié - même pas particulière. Une histoire n'arrive pas à finir tandis que l'autre désespère de commencer.
A quel moment faut-il cesser de revenir vers l'autre ? Il y a une terrible mélancolie dans ce film où, même les moments de bonheur sont assiégés par le sentiment que tout ça ne peut durer, que le présent est déjà caduque.
Pour plus d’informations :
par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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