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Dimanche 5 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Tom Hanks, Denzel Washington, Mary Steenburgen, Jason Robards, Antonio Banderas, Ron Water, Daniel Chapman, Charles Glenn, Joanne Woodward et David Drake. Réalisé par Jonathan Demme. Scénario : Ron Nyswaner. Directeur de la photographie : Tak Fujimoto. Compositeur : Howard Shore, Bruce Springsteen et Neil Young.
Durée : 119 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :
Andrew Beckett, brillant avocat, est appelé à une carrière fulgurante. Adulé par son milieu, rien ne semble pouvoir ralentir son ascension. Mais, le jour où ses associés apprennent qu'Andrew est atteint du sida, ils n'hésitent pas à prétexter une faute professionnelle pour justifier son renvoi. Andrew décide de ne pas se laisser faire et attaque le cabinet pour licenciement abusif.
L'avis de Figo (site) :
Andrew Beckett est un brillant avocat, appelé à suivre une carrière d'exception. Si bien que ses associés décident de lui confier un dossier éminemment important pour leur agence. Seulement, le jour où ceux-ci apprennent qu'Andrew est atteint du virus du sida, ils ne tergiversent pas bien longtemps et le renvoient. Ils justifient leur acte par une prétendue faute professionnelle. Bientôt, Andrew s'adresse à plusieurs avocats de Philadelphie, parmi lesquels le très médiatisé Joe Miller, afin de présenter à la Cour les responsables de cette sordide affaire de licenciement abusif.
Depuis l'apparition des toutes premières réalisations cinématographiques, le but inavoué de tous les cinéastes a toujours été d'émouvoir, de tout mettre en oeuvre pour prendre chaque spectateur par la main et le sortir de sa torpeur quotidienne en le rendant psychiquement actif d'une façon ou d'une autre. À partir de là, plusieurs styles sont apparus tour à tour, si bien que le cinéma ne s'est jamais véritablement laisser embourber par une complaisance quelconque. Le septième Art a toujours su se renouveler tout au long de son histoire à travers le génie de plusieurs de ses illuminés. Si bien que le cinéma a toujours été une activité, une pratique particulièrement appréciée du grand public, puisque éternellement variée, régulièrement intéressante et finalement assez abordable pour Monsieur et Madame Tout-le-monde.

Philadelphia n'est ni une comédie dramatique ni un drame plutôt amusant mais bien une œuvre purement et simplement dramatique. Elle met en scène un jeune homme, qui sombre tous les jours un peu plus vers sa propre disparition. Ce jeune homme est un éblouissant homme de Loi, que ses proches adorent, que ses employés adulent et que ses confrères ont appris à respecter à sa juste valeur. Ses honorables associés n'entendent cependant pas garder auprès d'eux bien longtemps un homme aussi peu recommandable, puisque malade, physiquement affaibli, moralement instable... et homosexuel, par-dessus le marché. Son licenciement le renvoie auprès d'un avocat qu'il a déjà dû affronter et dont il n'apprécie pas tellement les manières. Dès lors s'engage un véritable combat et la descente aux enfers du héros laisse place à une bataille juridique pour la reconnaissance de ses droits, de son formidable talent mais aussi de sa condition d'homme et de l'honneur qu'il est en droit d'attendre d'une société qui se dit civilisée.
Il serait totalement inadapté de reprocher aujourd'hui au film les nombreux clichés qui le parcourent de bout en bout. Les temps changent, voilà tout. Et Philadelphia était un film à faire, puisque aucune autre tentative n'avait été entreprise jusque là pour que le sida soit un jour sous le feu des projecteurs. Certes, la musique, la mise en scène et le jeu de certains acteurs accentuent parfois assez péniblement l'aspect dramatique du film. On devine aussi assez aisément la quasi-totalité de l'intrigue dès les quelques premières prises de vue. Mais l'émotion qui se dégage de cette œuvre parfaitement achevée est intacte. Philadelphia est une incroyable prouesse, terriblement sincère, aussi merveilleuse que bouleversante sans être pour autant une expérience totalement désespérante. Philadelphia est plutôt une ode à la tolérance, à l'amour et à la magnificence de la vie dans sa globalité. La scène au cours de laquelle les deux principaux protagonistes se laissent emporter par les quelques notes d'un opéra de Umberto Giordano et par cette formidable interprétation de Maria Callas est en tout point admirable : parfaitement orchestrée, cette scène est un invraisemblable dialogue de sentiments qui laisse entrevoir tout cet amour qu'Andrew porte à la vie. Ce bref passage parle de lui-même : Philadelphia n'est en aucun cas une initiative cinématographique désespérément traumatisante, puisque Jonathan Demme met en scène la mort d'Andrew comme il porte à l'écran la renaissance de Joe. En somme, Ron Nyswaner a opté pour la plus abominable des maladies pour faire de son Philadelphia une formidable initiation à la vie.
Au-delà de cette folle interprétation scénaristique, Philadelphia ne serait certainement pas aussi convaincant sans son célèbre duo d'interprètes : Tom Hanks et Denzel Washington, plusieurs fois encensés pour leurs performances cinématographiques. Quant à la jolie contribution musicale de Bruce Springsteen pour ce film, elle est mondialement reconnue. Et encore une fois, au-delà de tout ce bla-bla sans véritable intérêt, Philadelphia est un récital d'une grande pureté, une œuvre à revisiter de temps à autres pour satisfaire ses sens et titiller cette forme d'angoisse profonde que chacun affronte un jour ou l'autre ou bien ne cesse de refouler à sa manière : la peur de l'inconnu.

Pour plus d’informations :

par Figo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Dimanche 5 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Stéphane Giusti, Jean-Michel Portal, Marcial Di Fonzo Bo, Mathilde Seigner, Vittoria Scognamiglio et Jacques Hansen. Réalisé par Stéphane Giusti.
Durée : 87 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Martin rencontre Lucas, maître-nageur de la piscine où il vient d'être engagé. Martin tombe aussitôt fou amoureux de lui, mais Lucas vie avec une jeune fille, Lise. Pourtant, ses sentiments pour Martin bousculent sa nature, ses désirs, ses habitudes et se transforment peu à peu en amour véritable.
L'avis de Francis Lamberg (La Lucarne) :
L'homme que Martin aime est maître-nageur dans la piscine où il travaille. De surcroît, l'objet de son désir est hétérosexuel et vit en couple ! « Des mecs comme toi, y en a plein la piscine et moi je tombe juste sur le mauvais. » Mais Martin est obstiné. Lui, le charmeur à qui personne ne résiste sauf Lucas, va mettre tout en œuvre pour arriver à ses fins. Le froid et distant Lucas saura-t-il rester insensible à la cour assidue que lui fait le fantasque, infantile et franc Martin ? Martin qui vit dans l'urgence à cause de sa séropositivité, va briser le ménage de Lucas et va révéler ce dernier à lui-même.. Cette fiction, Stéphane Giusti l'avait conçue comme un film de cinéma. Faisant le constat que personne ne veut le produire, il le proposera à Arte qui acceptera d'emblée et sans aucune censure de le produire comme téléfilm. C'était avant le succès de l'hilarant Pourquoi pas moi ?
Ce film où Lucas et Martin ont, finalement, tout pour être heureux si ce n'est la maladie de Martin, est également un brillant manifeste Act-Upien. C'est une œuvre résolument optimiste qui traite de la dignité dans la maladie voire de la dignité de la maladie. Pour le personnage de Martin, Giusti s'est inspiré de Clews Valley, figure historique, emblématique et charismatique d'Act Up Paris. Tout cela est expliqué par Giusti dans l'interview-bonus. Marcial Di Fonzo Bo donne beaucoup de force et de nuance dans son interprétation de Martin. Tandis que Jean-Michel Portal traduit très bien le cheminement d'un Lucas glacial et bourru qui fini par fondre imperceptiblement devant la fougue, l'insistance et l'amour de Martin. Mathilde Seigner campe une Lise également tout en subtilité et justesse.

Pour plus d’informations :

par Francis Lamberg (La Lucarne) publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Dimanche 5 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Pascal Greggory, Nathalie Richard, Cyrille Thouvenin, Vincent Martinez, Julie Gayet, Alain Bashung et Bulle Ogier. Réalisé par Ilan Duran Cohen. Scénario : Ilan Duran Cohen et Philippe Lasry. Directeur de la photographie : Jeanne Lapoirie. Compositeur : Jay Jay Johanson.
Durée : 94 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Les désirs d'Alain (Pascal Greggory ; Zonzon), avocat de quarante ans, sont confus. Il balance entre la sécurité des relations stables et l'ivresse de rencontres fantasmées. Que doit-il faire ?
Épouser sans amour Laurence (Nathalie Richard), avocate elle aussi, vivre avec Christophe (Cyrille Thouvenin), un jeune garçon, laisser libre cours à ses fantasmes avec Marc (Vincent Martinez) détenu dont il assure la défense, ou céder à la tentation de Babette (Julie Gayet), la fiancée de ce dernier.
Ces personnages en pleine confusion, en quête d'absolu, entrent dans une ronde désenchantée, tendre et cruelle.

L'avis de Traveling avant :
Second long métrage d'Ilan Duran-Cohen, davantage connu comme écrivain – son premier long, Lola Zipper, n'a guère laissé de traces dans l'imaginaire des cinéphiles – La Confusion des genres aborde de façon à la fois franche et comique le désarroi existentiel, amoureux et sexuel de notre époque incertaine. Dans ce film aux dialogues incisifs, porté par une qualité d'écriture, une acidité du ton et une acuité du regard qui ne se démentent pas, il est question d'absence ou de redéfinition des repères amoureux et du nouveau discours qui en résulte, qui remet en question, du moins en crise, les notions de monogamie, de fidélité, de relation stable et de confiance. Avec primauté du sexe et du désir sur le sentiment amoureux, qui en prend pour son rhume. L'originalité et la qualité du regard de Duran-Cohen se situent dans sa volonté d'explorer autre chose que la détresse et l'auto-destruction qui sont habituellement associées à ce constat de crise généralisée des sentiments amoureux. Car ici, l'indécision et la confusion ne sont pas synonymes de misérabilisme moral : point de jugement, plutôt un constat et son illustration, souvent même amusée, de la nature à la fois vaine et nécessaire d'une telle circulation non linéaire des élans de passion.
Sorte de variation-version trash et sexuelle du Goût des autres – ici, le goût est à prendre au sens propre de l'élan physique – le film de Duran-Cohen s'épuise, et nous avec, en un incessant mouvement du désir d'un homme, avocat quadragénaire (excellent Pascal Greggory) marqué par l'indécision et la multiplication des partenaires amoureux - quoique le terme, ici, ne soit plus tellement approprié. Bisexuel, à la fois insatiable et saturé par ses rencontres et expériences, résolument et irrésistiblement anticonformiste au niveau de ses relations personnelles, Alain ne peut se satisfaire d'un lien unique : refusant la stabilité émotionnelle, il s'étourdit en une série ininterrompue et cahotique de va-et-vient entre sa collègue et amie (Nathalie Richard, délicieuse de froide ironie) avec qui il entretien le fantasme désabusé et cynique d'un mariage « de raison », son très jeune amant jovial et à l'emportement juvénile qui l'irrite (Cyrille Thouvenin), une jeune coiffeuse (Julie Gayet) et son amant obsessif emprisonné (Vincent Martinez) dont Alain a la charge. Tous ces amant(e)s-partenaires voient Alain jouer à partir-revenir à en donner le tournis : eux-mêmes, il faut dire, se complaisent et participent de plein gré à cette dynamique du sexe et du hasard dont le personnage de Pascal Greggory alimente sans cesse les lignes de rupture et de continuité.
Il en résulte un jeu de cha-cha sexuel et émotif, tango des corps et yoyo des désirs continuel et étourdissant, sorte d'éternel retour de l'incertitude et de la valse hésitation qui marque dans l'ensemble la dynamique du film. Le portrait qu'en dresse Duran-Cohen pourrait lasser, tant il est un peu exagéré et redondant dans son déploiement scénaristique. Mais le film est sauvé par son écriture et ses interprètes. Si La Confusion des genres ne casse rien au niveau de la réalisation, il repose en entier sur ces bases solides : un scénario, plutôt des dialogues et des personnages remplis d'une verve étincelante qui multiplie les morceaux de bravoure et les répliques assassines ; une interprétation convaincante de personnages qui évitent la caricature ou l'excessive typification grâce à des acteurs qui ne surjouent jamais. Outre les excellentes interprétations de Pascal Greggory et Nathalie Richard, très inspirés, soulignons aussi le jeu d'un Alain Bashung surprenant dans un petit contre-emploi amusant. À la manière de Pascal Bonitzer - La Confusion des genres est à placer tout près de films comme Encore ou Rien sur Robert - Duran-Cohen parvient à trouver le ton qui convient à une comédie intellectuelle héritière, d'une certaine manière, des marivaudages d'Eric Rohmer, ici transformés en confusion amoureuse chronique et inguérissable marquée au fer rouge du sexe. À ce titre même, cette approche satisfait davantage que celle du Goût des autres, au sens où les personnages sont moins théâtraux et ne sont pas employés comme des symboles ou des archétypes sociaux comme c'est le cas chez Bacri-Jaoui. Dans la confusion, une certitude : un bon moment de cinéma.

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par Travelling avant publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Dimanche 5 novembre 2006

Fiche technique :
Avec : Edith Meeks, Larry Maxwell, Scott Renderer, Susan Gayle Norman et James Lyons. Réalisation : Todd Haynes. Scénario : Todd Haynes, d’après l’œuvre de Jean Genet. Musique : James Bennett. Image : Maryse Alberti.
Durée : 90 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Un essai en forme d'hommage à Jean Genet, contant en trois volets, trois petites histoires sur la déviance sous toutes ses formes.
L’avis de Jean Yves :
Poison sent-il le soufre ? Les Américains, en tout cas, s'étaient si mal accommodés du film, à sa sortie, qu'ils l'avaient classé X.
Qu'est-ce donc qui a pu épouvanter les chastes yeux yankees, dans ce triptyque inspiré par l'œuvre de Jean Genet ? Est-ce la scène où les lèvres tout ouvertes d'un adolescent recueillent le crachat collectif des garçons qui lui font cercle ? Ou l'érotisme si doux de ces paluches de forçats qui se passent la dope ?
Ou une scène de viol qui, si l'on y tient, peut passer pour perversement homophobe.
Le réalisateur a mêlé trois histoires de style différent qui donnent au film une construction éclatée, composite. Trois parties, mais imbriquées les unes dans les autres.

— «  Horror », en noir et blanc, est un pastiche des horror films américains des années 50 : un certain "docteur Graves" a découvert le secret scientifique des pulsions sexuelles, mais il avale le breuvage magique, et devient un monstre sexuel, de surcroît contagieux. Tout ça finit très mal pour lui et sa laborantine qui l'aime d'amour fou.
— « Héros » répond plutôt à l'esthétique vidéo du téléreportage, mais ici, l'enquête porte sur un miracle : un enfant tue son père, et s'envole par la fenêtre. Pourquoi ? Comment ? La caméra se plante, six ans plus tard, devant les témoins. La mère, les voisins, les petits camarades du dangereux parricide. Et on commence à comprendre.
— « Homo », enfin, fait passer dans le monde des prisons et des maisons de correction : John Broom adulte retrouvera, en tôle, Jack Bolton, son ancien bourreau adolescent de la prison de Fontenal. L'appellation est transparente pour tout lecteur de Genet, qui connaît par cœur les noms de Mettray ou de Fontevreau. Son passé s'incruste, en abyme, dans le récit de ces retrouvailles entre mâles, dans l'ambiance confinée des cellules. Jack (le prisonnier incarné par James Lyons) fait le dur et nie l'existence de son attirance pour John. Mais en fait il bande pour lui.
Le spectateur habitué aux narrations linéaires, est certes déconcerté mais il y a, aussi, quelque chose de stimulant à passer d'un sujet à l'autre à travers trois styles différents.

Ces trois histoires ont en commun le sujet de la déviance, de la transgression, du rejet. À Genet, le réalisateur a emprunté, plus que des passages, mais des thématiques et un certain regard de rebelle sur le monde. Inspirées de Notre-Dame des fleurs et du Miracle de la rose, elles composent trois variations autour d'un même personnage : le hors-la-loi.
Pourquoi ce titre, Poison ? Le poison, c'est peut-être la souffrance, l'oppression sociale. C'est aussi ce qui est en soi, et qui vous dévore. Ou au contraire ce qu'on rejette loin de soi.
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par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Dimanche 5 novembre 2006


Fiche technique :
Avec Tony Leung Chiu Wai, Leslie Cheung et Chang Chen. Réalisé par Wong Kar-Wai. Scénario de Wong Kar-Wai. Compositeur : Danny Chung.
Durée : 96 mn. Disponible en VO et VOST.


Résumé :
Deux amants, Lai et Ho, quittent Hong Kong pour l'Argentine. Leur aventure tourne mal et ils se quittent. Lai retourne à Buenos Aires et travaille comme aboyeur dans un bar de tango pour économiser l'argent de son retour à Hong Kong. Ho réapparait et s'intalle chez Lai. Il trouve du travail dans un restaurant chinois où il rencontre Chang, qui vient de Taiwan.
L'avis de Philippe Serve :
Réalisé entre Les Anges déchus (1995) et In the Mood for Love (2000) qui consacrera définitivement dans le monde entier son réalisateur, Happy together frappe fort en 1997, remportant le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes.
Certains critiques ont parlé, à juste titre me semble-t-il, de « film de chambre ». Tout en conservant sa patte très personnelle s'exprimant notamment en quelques vues accélérées (le trafic en ville avec une horloge géante dont les chiffres des minutes défilent à toute allure), quelques ralentis annonçant ceux, plus sublimes encore de In the Mood for Love, les éternelles fumées de cigarettes, la photo dont la brillance est amplifiée par l'usage de pellicule à haut contraste, des images 16-mm filtrées, des séquences coloriées et aussi de subtiles arrêts sur images, si brefs qu'ils en sont presque subliminaux, Wong Kar-Wai réussissait une avancée importante dans une œuvre remarquablement cohérente. On retrouve en effet ses thèmes de prédilection: la solitude, l'amour désiré et impossible, la perte, la mélancolie, la nostalgie, le Temps... Pas très gai, tout ça ? Non, c'est vrai et pourtant les films de WKW ne sont jamais déprimants. Par quel miracle ? Sans doute car il sait, en dernière minute et mieux que personne, laisser une fenêtre (même minuscule) ouverte à l'espoir… Ici, l'espérance apparaît à la toute dernière séquence, brillantissime: Fai, dont le retour à Hong-Kong est filmé en accéléré, esquisse sur son visage un sourire de renaissance, le dernier plan du train arrivant en gare se figeant en arrêt sur l'image… Une gare, symbole d'arrivée (et ici de retour) mais aussi promesse de nouveaux départs…
Comme dans tous ses autres films, WKW filme la ville où se débattent ses personnages, surtout la nuit. La surprise vient de le voir filmer Buenos Aires exactement comme il le fait de Hong-Kong, ce qui tend bien sûr à abolir les distances aussi bien géographiques, spatiales, qu'humaines, transformant ce qui est montré sur l'écran en histoire universelle… Histoire aussi de faire sentir qu'ici ou là-bas, il n'y a pas d'échappatoire à un amour qui se meure… Autre explication à l'universalité du film: le refus (déclaré) de WKW de faire « un film gay » et donc de céder à la « gay attitude » trop souvent à la mode. Ce qu'il nous montre est juste un couple, peu importe leur sexe respectif (si j'ose dire…) : « Ce film n'est pas seulement sur deux hommes mais sur la relation humaine, la communication humaine et les moyens de la maintenir ; ce sont deux hommes mais ça pourrait être n'importe quel autre couple... » (WKW, Conférence de Presse, Cannes, 17/05/97).
Je faisais allusion à la présence, ô combien importante, de l'un des thèmes de prédilection de WKW : la solitude. Ici, à la solitude affective et sexuelle habituelle vient s'ajouter celle des immigrés que sont Fai et Po-Wing. Ni l'un ni l'autre n'ont d'amis argentins, les seuls qu'ils rencontrent étant des partenaires sexuels de passage dans des toilettes publiques ou au cinéma porno…
Si Happy together reste un magnifique exercice sur le plan formel, WKW « esthétise » moins ici (on ne trouve quasiment plus d'images déformées par des focales « œil de poisson ») qu'il ne l'avait fait dans ses trois films précédents: Les Cendres du Temps, Chungking Express et Les Anges déchus, ce dernier apparaissant comme le point d'orgue d'un style alors poussé à son extrême et qui commençait d'ailleurs à être copier ici ou là…
Ni poursuite aveugle du style, ni rupture, Happy together fut bien le chaînon qui devait mener à l'apothéose de In the Mood For Love. La bande son en est un parfait exemple: aux morceaux de Frank Zappa viennent s'ajouter les tangos d'Astor Piazzolla (« Je choisis ma musique de façon très exacte. La musique est là pour représenter la ville. Le film est un tango. » WKW, id.), pont musical menant aux irrésistibles mélodies latinos de son film suivant…
Enfin, concernant l'interprétation, je ne peux que la louer et en tout premier lieu la performance de Tony Leung Chiu-wai, justement récompensé par un trophée du Meilleur Acteur à Hong-Kong et qui semble ne l'avoir raté à Cannes que d'une voix (il se rattrapera trois ans plus tard avec… In the Mood For Love !!). Cet acteur est un vrai bonheur à voir jouer tant ses interprétations, intériorisées, dépouillées, sobres, crèvent l'écran… Face à lui, Leslie Cheung est efficace même si, peut-être, un tout petit ton en dessous. Quand à Zhang Zhen (ou Chang Chen), il prouvait après A Brighter Summer Day d'Edward Yang et avant Tigre et Dragon d'Ang Lee, qu'il faudrait désormais compter avec lui….
Et puis, bien sûr, une critique louant un film de Wong Kar-Wai ne saurait oublier d'y associer Chris Doyle, le fidèle et formidable directeur photo des films du réalisateur cantonais !
Un superbe film à ne surtout pas rater et à ne pas hésiter à revoir car, comme tous les films de WKW, il y gagne !

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par Philippe Serve publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Dimanche 5 novembre 2006

Fiche technique :
Avec Vittoria Scognamiglio, Jacques Nolot et Sébastien Viala. Réalisé par Jacques Nolot.
Durée : 82 mn. Disponible en VF.

Résumé :
Un cinéma porno est le cadre d'une histoire d'amour entre une caissière, un homme de cinquante ans et un projectionniste nettement plus jeune.
La caissière abuse de la naïveté du projectionniste pour draguer l'homme de cinquante ans, tandis que ce dernier se sert de la complicité de la caissière pour séduire le jeune garçon.
L'avis de Anthony Sitruk (filmdeculte) :
Les allées et venues des spectateurs d’un cinéma pornographique, navigant entre la salle, les toilettes et le hall d’entrée dans lequel la caissière donne à qui veut l’entendre ses conseils sur la vie.
SANS QUEUE NI TÊTE
Il y a dans le film du comédien Jacques Nolot (Les Roseaux sauvages) un côté exaspérant mal compensé par l’évidente sincérité du projet. Ayant lui-même fréquenté les cinémas pornographiques, il y a quelques années, le cinéaste ne peut être taxé de menteur, mais il devient malgré tout rapidement évident qu’il porte sur ses personnages un regard peu compréhensif, les peignant comme autant de détraqués. Bien entendu, ces personnages ne sont pas systématiquement mauvais ou pitoyables, certains s’en sortent plutôt bien aux yeux de Nolot, mais il semble peut-être un peu trop facile de porter un regard et un jugement aussi dur sur des personnages plus ou moins réalistes sans leur laisser le moindre droit de réponse. Tous ne sont que des images, des stéréotypes dans la bouche desquels Nolot ne met que des dialogues maladroits soulignant leur mal-être. Le film, devant cette galerie de personnages, devient un peu trop facilement complaisant, maladroit, et donc répugnant. Non pas par ce qu’il montre, mais par la manière dont il juge ce qu’il voit : des hommes se déculpabilisant de leur homosexualité en allant voir un film présentant des scènes sexuelles hétéros.
Pourtant, il y a dans le film quelques instants de toute beauté, notamment lors de ses nombreux travellings latéraux filmant en un seul plan les orgies organisées aléatoirement dans la salle. Une douceur, un flottement dans la caméra, qui ne trouve que rarement d’écho dans les divers dialogues du film. Sauf peut-être dans les anecdotes biographiques de cette femme, la caissière, très bien jouée par la touchante Vittoria Scognamiglio. Racontant sa vie à qui veut l’entendre, elle constitue la seule marque d’espoir de ce film malheureusement pas assez attachant.
Pour plus d’informations :
Lire la fiche n°1, l'avis de Jean Yves
par Anthony Sitruk (filmdeculte) publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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