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Jeudi 13 avril 2006
par Daniel C. Hall publié dans : VIDEOS : BA et parodies de films
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Jeudi 13 avril 2006

Fiche technique :
Avec Kirk Douglas, Jean Simmons, John Gavin, Nina Foch, John Ireland, Laurence Olivier, Tony Curtis, Charles Laughton, Peter Ustinov, Herbert Lom, Woody Strode, Charles McGraw, John Dall et Anthony Hopkins. Réalisé par Stanley Kubrick (et Anthony Mann, non crédité). Scénario : Dalton Trumbo. Directeur de la photographie : Russell Metty. Compositeur : Alex North.
Durée : 198 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

Résumé :
A l'époque de l'Empire romain, Spartacus, esclave et gladiateur, conduit ses semblables à la révolte.


L'avis de Jean Yves :
En l'an 73 avant Jésus-Christ, fils et petit-fils d'esclaves de Thrace, Spartacus travaille dans une mine, en Libye, lorsqu'il est remarqué par Lentulus Batiatus, qui dirige une école de gladiateurs près de Capoue.
Il découvre la dure vie des combattants de l'arène, qui apprennent à s'entretuer en donnant du spectacle.
Pour récompenser les plus performants d'entre eux, on jette une femme dans leur cellule. C'est ainsi que Spartacus rencontre Varinia, esclave comme lui. Lorsque le sénateur Marcus Licinius Crassus vient visiter l'école, il oblige Spartacus et son ami Draba, un robuste Ethiopien expert dans le maniement du filet et du trident, à combattre pour son plaisir...
Spartacus (Kirk Douglas), s'évadera de l'école de gladiateurs et, rassemblant plus de cent mille esclaves, ira jusqu'à menacer Rome. Mais Marcus Licinius Crassus mate la révolte et fait crucifier six mille hommes, dont Spartacus, sur la voie Appia.
Le film, inspiré par un best-seller de Howard Fast (1951) avec un scénario signé par Dalton Trumbo, brode sur cette fable une intrigue complexe, cryptée d'un bout à l'autre par une érotique ambiguë. Hollywood ne s'y était pas trompée qui, à l'époque, censura les séquences les plus triviales ou greffa des répliques édulcorées sur certaines expressions jugées alors équivoques.
La plus célèbre scène concerne le dialogue entre Marcus Licinius Crassus (Laurence Olivier) et son bel esclave affranchi Antoninus (Tony Curtis). Crassus alors dans son bain, fait discrètement allusion à son goût sexuel aussi bien pour les hommes que pour les femmes à travers une métaphore gastronomique.
Il convient, d'ailleurs, de reproduire la totalité du dialogue, et non pas seulement la fameuse réplique où le maître dit : « Pour satisfaire mes goûts... il me faut des huîtres et des escargots. » Car cette ultime affirmation est amenée sournoisement, dans la nuit de l'atrium par une série graduelle de propositions charnelles… Cette scène est un délice.
Crassus – As-tu jamais volé, Antoninus ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – As-tu jamais menti ?
Antoninus – Pas, si je peux l’éviter.
Crassus – As-tu jamais déshonoré les dieux ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Te refrènes-tu de ces vices par respect des vertus morales ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Manges-tu des huîtres ?
Antoninus – Lorsque j'en ai, maître.
Crassus – Manges-tu des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Bien sûr que non. Tout est une question de goût, n'est-ce pas ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Et le goût n'est pas semblable à l'appétit et donc n'a aucun rapport avec la moralité, n'est-ce pas ?
Antoninus – Cela pourrait sans doute se discuter, maître.
Crassus – Ça suffit. Mes vêtements, Antoninus. Pour satisfaire mes goûts... il me faut des huîtres et des escargots.
À la sortie du bain, sur le balcon, Marcus Licinius Crassus, couve alors du regard le jeune homme torse nu, et s'écrie :
« Là, mon garçon, c'est Rome…, la puissante, la majestueuse…, nul ne peut résister à Rome… et moins encore un jeune garçon. Il faut la servir, courber la tête devant elle, ramper à ses pieds, il faut l'aimer. ».
La fuite d'Antoninus suit directement ce dialogue, et son évasion a plutôt à voir avec sa peur d'avoir à faire face à l'homosexualité de son maître Crassus.
On trouve également, dans ce film très intelligent, une admirable dialectique du pouvoir, développée en particulier dans la bouche du vieux sénateur Sempronius Gracchus (Charles Laughton), présenté comme homosexuel de façon à peine voilée, mais aussi comme la victime lucide, impitoyable et désignée, de la raison d'État.
Les femmes, quant à elles, cèdent à une concupiscence exacerbée, névrotique ou bien, comme la jolie Varinia (Jean Simmons) délaissée par Crassus (et pour cause !), sont vouées à un amour absolu et sacrificiel. Varinia, enceinte de Spartacus, ira pleurer auprès de la croix où il est supplicié. Dénouement à connotation évangélique qui fait laïquement de la crucifixion, un pur naufrage passionnel.
Le sexe, dans Spartacus, sert d'un bout à l'autre de décodeur. C'est ce qui en fait un chef-d'œuvre de malice perverse.

Pour plus d’informations :

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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