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Mardi 22 avril 2008




HISTOIRE DE FILMS LESBIENS OU QUAND UNE HÉTÉRO TOMBE AMOUREUSE D'UNE LESBIENNE

Une chronique d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
 

Hight Art


Dernièrement en regardant les films étiquetés lesbiens sous un jour différent, j’ai pris conscience d’un fait étrange. Régulièrement, des héroïnes hétérosexuelles qui se considèrent comme telles dès le générique d’introduction tombent amoureuses de lesbiennes. J’ai réfléchi, tenté d’agrandir la liste de films et réalisé que ce schéma se répétait très souvent.

J’ai donc essayé de savoir pourquoi. En effet, une découverte de ce genre doit forcément amener un semblant de réflexion. Parce que lorsque vous y réfléchissez quelques secondes, le scénario, une femme ordinaire à qui la vie réussit rencontre une autre femme qui l’attire irrésistiblement et dont elle tombe amoureuse, ça vous rappelle quelque chose.

Oui, ça vous rappelle des réalisations allant de When Night Is Falling à Imagine Me & You en passant par High Art, It’s In The Water, Fire, D.E.B.S., But I’m A Cheerleader, The Incredibly True Adventures Of Two Girls In Love, Fucking Amal, Loving Annabelle et j’en oublie volontairement.


Imagine Me & You


Le point commun de ces longs métrages ? Leur cible. Le public lesbien. Leur autre point commun ? Une hétérosexuelle sexy en couple avec un homme ennuyeux qui réalise petit à petit que ce dernier ne la comprend pas. Elle rencontre alors une femme, notre lesbienne en question qui se définit très souvent rapidement comme telle.

On sait dès les premières minutes que Luce (Imagine Me & You) est lesbienne ; sa déclaration à Heck en témoigne quand il lui demande si elle envisage de se marier, elle répond « Maintenant que les lois ont changé. » et devant son regard interrogateur et sa question elle ajoute « Je suis gay. » Les autres personnages lesbiens sont souvent déjà définis par leur sexualité dès le début du long métrage de manière à faire gagner du temps. Dans High Art, D.E.B.S., But I’m A Cheerleader, The Incredibly True Adventures Of Two Girls In Love, c’est clair dès le premier instant.



Maintenant, d’où vient cette ligne narrative commune et quelque part relativement banale où une femme qui s’est toujours considérée comme hétérosexuelle tombe amoureuse d’une autre femme ? Est-ce le désir de la scénariste ou de la réalisatrice, qui sont lesbiennes la plupart du temps (pas tout le temps non plus mais très régulièrement tout de même) ?

On peut effectivement se demander si ce n’est pas une manière de s’approprier une histoire racontée pendant des siècles par des hommes hétérosexuels qui desservait la communauté lesbienne. En s’appropriant cette trame archi-connue, en la détournant et amenant les deux héroïnes à tomber réellement amoureuses et à vivre une passion vraie, les lesbiennes ne deviennent-elles pas maîtres d’une culture qui les a souvent montré comme des victimes suicidaires ? Ce serait ainsi une manière de s’affirmer en criant au monde, on sait qui on est, on n’en a pas honte et on peut séduire n’importe qui. Il serait question de libération, de pouvoir et de reconnaissance. Une femme ne serait pas ici moins qu’un homme mais son égale puisqu’elle parvient à détourner durablement une femme des bras de ce dernier.


Loving Annabelle


Il ne serait plus question de victime ou d’absence de reconnaissance d’une relation, il serait alors question d’égalité entre les sexes. Une égalité entre les femmes et les hommes. En effet, si une femme parvient à séduire une autre femme déjà en couple avec un homme, homme souvent parfait d’ailleurs, et l’amène à l’aimer en retour, il n’est plus question de cet à priori encore répondu qui veut que les lesbiennes sont lesbiennes parce qu’elles n’ont pas trouvé l’homme qui leur convient. Ce serait valider une existence et une relation.

Si l’on continue du côté des scénaristes-réalisatrices, est-ce qu’elles se contentent de reprendre un fantasme lesbien connu, à savoir ce rêve de parvenir à convertir une hétéro ? Je veux dire est-ce un fantasme qu’elles ont et qu’elles mettent en image pour le reconnaître ou, d’une autre manière, comme ce long métrage est destiné à un public lesbien, ont-elle conscience des attentes de ce public et donc choisissent-elles ce sujet pour plaire à leur public ? Est-ce une manière de dire aux lesbiennes, je suis comme vous, je sais ce que vous voulez, je vous ai entendu ? Est-ce donner vie à un fantasme féminin dans une sphère masculine qui les nie en permanence ?


Imagine Me & You


Autant de questions que l’on est en droit de se poser, surtout quand on réalise que les films lesbiens sont souvent calqués sur ce même schéma. Cette rencontre, cette montée du désir qui devient étouffant, ces actes manqués qui débouchent finalement sur le baiser tant attendu. Parce que si vous essayez de vous souvenir de tous ces baisers dans les films lesbiens, vous verrez qu’ils sont toujours très travaillés. Je veux dire, ils n’apparaissent pas comme le début de quelque chose mais plutôt la fin d’une attirance, d’un désir, d’une passion. Ils sont désirés à la fois par les deux héroïnes qui se sont tournées autour pendant longtemps et par les spectatrices qui ne rêvent que de les voir se rapprocher vraiment. Un moment où les souhaits des personnages rejoignent ceux du public et permettent une identification réelle.

C’est comme si ce baiser revêtait une signification particulière. Le franchissement ultime de l’interdit pour notre héroïne hétérosexuelle ? Mais pourquoi ? Dans la plupart des comédies romantiques hétérosexuelles, les baisers n’ont pas autant d’importance. Dans la plupart des films hétérosexuels,  ils ne sont pas aussi attendus et calculés. Ici, ils donnent le sentiment de représenter le summum de la passion, du désir, la transgression de l’interdit, le moment clé du film.


When Night is Falling


Si l’on y réfléchit, ils ont parfois plus de valeur que la scène d’amour qui n’arrive souvent pas tout de suite mais après quelques minute supplémentaires. Comme s’il était nécessaire de dissocier le baiser de la scène d’amour. Le baiser qui serait l’aboutissement de l’amour ressenti et sentimental parce que pas encore totalement accepté vu comme les héroïnes se tournent autour et la scène d’amour où l’amour serait vécu et physique. Une manière de dissocier les deux ? Pas certain au vu de scènes d’amour guimauve à l’eau de rose totalement éloignées de la réalité où tout est doux et gentil. Un besoin de refuser le physique et de rester sur la sentimentalité ?

Dans les films lesbiens, le baiser est toujours un instant partagé et voulu. Il n’est jamais forcé. Il a quelque chose de profondément respectueux. Une découverte souhaitée, un respect partagé, un désir commun. Sa signification est profonde. Il a plus d’importance que l’amour physique où le corps de la femme ne possède pas cette force. Comme si l’on savait que ce corps pouvait être violé et maltraité. Ici, le baiser impose un partage total de l’âme. Une réelle connexion que ne véhiculent jamais les scènes d’amour ou de baise. Il amène leur relation à un plan beaucoup plus intellectuel et sentimental que physique.

C’est comme si ces histoires avaient été créées en réaction à tous ces films pornographiques masculins mettant en scène des lesbiennes. Le propos n’est pas : non, les lesbiennes n’aiment pas le sexe. Non. Le propos est plutôt : regardez, deux femmes peuvent être vraiment amoureuses l’une de l’autre sans que vous n’ayez même conscience de ce que cela implique.

 

Imagine Me & You

 

Et pourtant cette absence d’érotisation des relations lesbiennes ne me semble pas la solution pour répondre à cette exploitation masculine. Des réalisations nouvelles du genre de Loving Annabelle, Saving Face et surtout The L-Word me semblent plus intéressantes. Elles apportent un réalisme manquant à de nombreuses créations plus politiquement correctes.

D’un autre côté, si l’on prend au premier degré cette rencontre et ce désir naissant d’une femme pour une autre femme, on réalise que la notion de sexualité dépasse la simple étiquette, hétéro, bi et gay. Il n’est plus question de catégorie, de boîte de rangement mais de l’amour d’une personne pour une autre personne. Bien sûr, la question du sexe entre forcément en ligne de compte mais parfois ce n’est pas le sujet principal du long métrage comme dans Loving Annabelle ou Imagine Me & You.

 

Fucking Amal

 

Il est également question de s’accepter tel que l’on est sans avoir honte de ce que l’on ressent. Parce que l’héroïne hétéro se pose obligatoirement une multitude de questions et s’interroge sur qui elle est. Mais la beauté de l’amour qu’elle porte à cette autre femme dépasse le sentiment de malaise qu’elle pourrait ressentir et lui permet d’être enfin elle-même.

En refusant de catégoriser une fois pour toute les personnages principaux et en ne les définissant pas entièrement par leur sexualité, ces films lesbiens ne jouent-ils pas un rôle primordial dans la banalisation de l’homosexualité et de la bisexualité ?

Parce que comme le dit si bien Shane dans The L-Word : « Sexuality is fluid, wether you’re gay, straight or you’re bisexual you just go with the flow...” » (« La sexualité est fluide, que tu sois gay, hétéro ou bisexual tu as juste à te laisser porter par le courant… »)

Isabelle

par Isabelle B. Price publié dans : CINE/TV : ET LES FILLES, ALORS ? communauté : Culture Lesbienne
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Mardi 22 avril 2008


Fiche technique :
Avec John Cusa
ck, Kevin Spacey, Jack Thompson, Irma P. Hall, Jude Law, Alison Eastwood, Paul Hipp, Chablis et Kim Hunter. Réalisé par Clint Eastwood. Scénario de John Lee Hancock. Directeur de la photographie : John N. Green. Musiques de Johnny Mercer et Lennie Niehaus.
Durée : 155 mn. Disponible en VO, VOST et VF.




Résumé :
Savannah : une petite ville entourée de marécages où évolue une population stratifiée en classes et dont, pourtant, les différents milieux communiquent par des voies secrètes. Il en va ainsi pour le plus grand notable de la ville, un antiquaire et collectionneur d'art, qui, pour d'obscures raisons, invite un jeune écrivain à partager un temps sa compagnie. Peu à peu, le jeune homme devine l'homosexualité honteuse de son hôte, qui cache (pour ne pas faire de peine à sa maman) une relation agitée avec une petite frappe. Mais le jeune voyou a des exigences et demande toujours plus d'argent.




On le retrouve mort dans la demeure de son amant. Celui-ci plaide la légitime défense, soutenu par un puissant avocat. L'écrivain se retrouve dans la position inconfortable de témoin qui en sait trop. Il est intimement convaincu qu'il ne s'agit pas de légitime défense, mais de meurtre. Doit-il intervenir au nom de la justice ou va-t-il plus confortablement choisir de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas ?



L'avis de Jean Yves :
Minuit dans le jardin du bien et du mal est un film des plus étranges. Il aurait pu être un film à thèse s'articulant autour du cas de conscience de l'écrivain. Pas du tout, il n'est en rien un réquisitoire contre une justice à deux vitesses. Le riche pédé qui a tué son amant prolo est filmé comme l'innocence même, une sorte de grand gosse qui a simplement fait une bêtise. Autour de lui, tous les habitants de la ville sont plus dérangés les uns que les autres : le jury, par exemple, est composé d'abrutis, dont un cinglé qui fomente d'empoisonner la ville entière.
Mais le plus étonnant c'est que ce film paraît, à plusieurs reprises, abandonner son sujet. Sur sa route, le jeune écrivain croise une drag-queen noire, Lady Chablis, star du sud de la Floride, ici dans son propre rôle. Elle prend l'ascendant sur le récit d'une façon stupéfiante comme si Clint Eastwood avait été fasciné par elle et lui avait écrit des scènes sur mesure, semblant oublier jusqu'à l'histoire qu'il avait commencé à raconter.

Minuit dans le jardin du bien et du mal est un très beau film, non pas sur le milieu gay, mais avec le milieu gay.

 



L'avis de Neil :
Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère…
Prononcez tout d’abord doucement le titre, en version originale qui plus est : Midnight in the garden of Good and Evil. Un régal pour l’oreille et tout un programme en perspective. Nous sommes à la fin des années 90 et Clint Eastwood est en plein dans sa période polars : après Les Pleins pouvoirs et avant Jugé coupable, le réalisateur ne se met cette fois pas en scène mais laisse le rôle du détective, ici amateur, à John Cusack. Cela dit Minuit dans le jardin du Bien et du Mal diffère pas mal des deux films sus-cités puisqu’il repose avant tout sur l’ambiance de la petite ville de Savannah, en Géorgie. John Kelso doit y faire le compte rendu d’une fête huppée donnée chaque année par le richissime John Williams. La nuit précédent son retour, il est brusquement réveillé par le tapage occasionné par le meurtre de Billy Hanson (Jude Law toujours aussi sexy). Tout porte à croire que c’est John Williams qui a fait le coup, mais le doute subsiste. Kelso va finalement rester quelques jours de plus pour élucider cette affaire.



C’est à un polar à ambiance que nous convie donc Clint Eastwood dans Minuit dans le jardin du Bien et du Mal. L’héroïne du film est bien Savannah et ses habitants hauts en couleurs : un intrigant millionnaire aux mœurs dissolues, un transsexuel au charme vénéneux, une prêtresse vaudou énigmatique... les personnages ne manquent pas d’allure, et le jeune blanc-bec John Kelso fait bien pâle figure (tout comme son interprète John Cusack). Comme tous les films à procès, Minuit dans le jardin du Bien et du Mal traîne parfois en longueur et accumule les scènes de plaidoirie qu’on aurait volontiers zappées. Malgré tout, on assiste à la fine description d’une société riche et oisive qui cumule pas mal de tares. Non contents d’être quasiment tous homophobes, les charmants habitants de cette petite communauté se révèlent bien souvent lâches et hypocrites. Clint EastwoodKevin Spacey s’en tire à merveille avec un rôle taillé sur-mesure où il prend un malin plaisir à s’auto parodier. Les amateurs y découvriront aussi Allison Eastwood (la fille de …) et son joli minois dans un de ses premiers grands rôles. Tout ça pour dire que Minuit dans le jardin du Bien et du Mal est un film plaisant qui nous montre une ville du sud des États-Unis bien ancrée dans ses traditions, sans doute pas le meilleur film de son réalisateur mais en bonne place dans sa filmographie. parvient toutefois à ne pas sombrer dans la critique vaine et stérile, mais tisse un propos très pertinent sur la Vérité et les Mensonges qui larvent chez tout un chacun. Bien malin qui pourra dire au final quel est le coupable, si tant est qu’il faille y en avoir un. Dans ce petit jeu machiavélique,
Pour plus d’informations :
par Neil et Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gays news
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Mardi 22 avril 2008
par Daniel C. Hall publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses communauté : Gay-friendly
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