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Mercredi 9 avril 2008

 

Fiche technique :
Avec Radha Mitchell, Gabriel Mann, Charis Michaelson, David Thornton, Anh Duong, Ally Sheedy, Patricia Clarkson, William Sage et Helen Mendes. Réalisé par Lisa Cholodenko. Scénario : Lisa Cholodenko. Directeur de la photographie : Tami Reiker.
Durée : 95 mn. Disponible en VO, VOST et VF.



Résumé :
Malgré la récente promotion qu'elle vient d'obtenir dans le prestigieux magazine de photo Frame, où elle travaille, Syd reste préposée aux cafés. Elle vit confortablement et depuis longtemps avec son ami James. Une fuite au plafond de la salle de bains va l'amener à rencontrer sa voisine du dessus, l'insaisissable Lucy Berliner, célèbre photographe qui a décroché depuis dix ans et qui va lui faire découvrir un monde étrange et captivant.

 


L’avis de Yann Gonzalez :
High Art est le récit touchant d'un amour désespéré. Syd (Radha Mitchell), jeune et charmante intellectuelle, travaille pour Frame, un magazine de photos important, mais est quelque peu frustrée par sa place dans la hiérarchie de l'entreprise. Elle fait un jour connaissance avec sa voisine, Lucy (Ally Sheedy), ex-photographe à succès dont le travail fascine Syd d'emblée. Celle-ci n'a alors plus qu'une idée en tête : remettre Lucy sur le devant de la scène par le biais de Frame. Parallèlement, les deux femmes vont vivre une liaison tourmentée, Lucy ayant de graves problèmes liés à la fois à sa maîtresse allemande, Greta (Patricia Clarkson), et à la drogue...


Lisa Cholodenko a un talent évident pour filmer la passion : que ce soit celle du couple Syd et Lucy ou celle, plus ancienne, existant entre Lucy et Greta, mais qui ne reste effective que par le lien mortifère de l'héroïne. La jeune cinéaste, dont c'est le premier film, sait mettre en valeur ses actrices (toutes épatantes) et leurs corps confrontés à un désir gangrené par la mélancolie (on lit dans les yeux d'Ally Sheedy l'impossibilité du bonheur). Elle possède également un don particulier pour installer une atmosphère aux tonalités sombres (renforcée par l'envoûtante musique de Shudder To Think), filmer des visages, laisser du temps aux personnages qu'elle aime et qu'elle sait aimer. On regrette alors que le film ne se focalise pas davantage sur son trio principal et nous impose sa vision pas très originale du milieu superficiel de la photographie contemporaine, insistant également sur l'arrivisme inconscient de Syd dans ses rapports avec Lucy. Le film était déjà assez amer et l'on n'avait pas besoin de cette mesquinerie inhérente aux rapports professionnels dont on a la désagréable impression qu'elle intervient comme un surplus dramaturgique.


L'avis de Pierre Guillemot :
L'histoire : Syd, jeune Américaine blanche en bonne santé, commence sa carrière à New York comme rédactrice-stagiaire et porte-café dans un magazine de photo d'art branché. Elle a un appart, un jules gentil, tout va bien sauf qu'elle aimerait monter en grade. Elle tombe par hasard sur Lucy, vieille New-Yorkaise, héroïnomane, qui vit avec Greta, Allemande non moins ravagée, dans le petit monde de l'art pénible. Et Lucy photographie ça, et c'est très bon; Syd voit sa chance, révéler à ses chefs un nouveau talent; pas de veine, c'est une vieille gloire, qui a arrêté de publier; mais si Syd arrive à la refaire travailler, on en fera la prochaine couverture du magazine d'art branché.


La suite est à l'horizon : Syd fera ce qu'il faut : se défoncer, dévouer son corps, pour que ça marche pour elle. Ça finit mal.
Bon, ça se veut subtil, l'initiation à la vraie vie de la jeune arriviste, la vieille qui se croyait le cœur tanné et qui fond à nouveau, les dégâts de l'amour et de l'abandon. Avec une image en couleur très joliment travaillée, les décors; des bureaux trop nets où les meubles ont l'air d'être coupants, des appartements citadins déglingués et étouffants, on a l'impression qu'il n'y a jamais de fenêtres (il y en a mais on ne voit rien à travers) et brusquement le dimanche à la campagne, un autre monde, d'autres couleurs. Petit plaisir de voir mises en scène les images des images, ce qui vient de se passer est devenu une photo et celle qui est dessus en discute (Lelouch avait fait plus et mieux; Hasards et coïncidences et la caméra vidéo). 


Et puis quand même, le film montre ce que les filles se font entre elles. Pour une fois autrement que M6 le dimanche soir, et pas comme les militantes de Go fish. C'est beau et ça émeut (très, très voilé, n'y allez pas pour ça, on en voit moins que sur la photo de l'affiche).


Mais avec tout ça, la réalisatrice ne nous sort pas du petit monde de l'art parisien (new-yorkais mondialisé cette fois, c'est pareil). Sauf quand Lucy va chez sa très vieille maman Juive, qui n'oublie jamais de rappeler à sa fille qu'elle vit, à son âge, avec les sous que son papa avait sortis d'Allemagne quand il était encore temps. Drôles de scènes qui n'ont rien à voir avec le reste. Un morceau de l'histoire personnelle de l'auteur ?
Un film qu'on peut voir.
Pour plus d’informations :
par Yann Gonzalez et Pierre Guillemot publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Mercredi 9 avril 2008
Visuel (c) GayClic.com


Avant les J.O., l'ambiance n'est pas très gay


Article de Doug Ireland, publié sur Bakchich.info.
(reproduit sur ce blog avec l'autorisation de Laurent Léger de Bakchich.info)


La police chinoise fait le ménage. Et rien n’échappe à sa vigilance. La communauté gay en fait les frais. Les rafles se multiplient dans les quartiers homosexuels de Pékin, où il ne fait décidément pas bon sortir de la norme !

La vague d’intimidation et de répression en Chine avant les Jeux Olympiques cible aussi les homosexuels. Selon un courriel du Docteur Wan Yanhai, le militant gay et anti-Sida le plus en vu en Chine, le mois de mars a été l’occasion de nombreuses rafles policières à Pékin et à Shanghai. Il estime que les autorités chinoises ont sévit contre la communauté gay « au niveau national ».

Le Dr. Wan Yanhai n’est pas n’importe qui. Fonctionnaire dans le ministère de Santé publique, il a perdu son poste en 1994 à cause de sa participation à des campagnes d’information sur le sida et à son soutien pour l’idée d’égalité des droits des homosexuels, hommes ou femmes. Après son licenciement du ministère, Wan Yanhai a fondé l’association anti-Sida Aizhixing Action Project (les caractères chinois pour « Aizhixing » représentent l’amour, le savoir, et l’action, et sont un jeu sur le mot chinois pour Sida). L’association milite également pour la liberté d’expression sur Internet.

Enlevé et arrêté en 2002 pour avoir diffusé un rapport gouvernemental interne sur le scandale du sang contaminé en Chine (près d’un million de personnes ont été contaminé par le VIH dans 23 des 30 provinces chinoises), Wan Yanhai n’a été libéré qu’un mois plus tard après une campagne mondiale protestant contre son arrestation. En 2006, il était de nouveau arrêté pour avoir accusé le gouvernement de « s’être endormi » sur le Sida en Chine. Dans le même temps, une conférence sur le Sida qu’il avait organisé, où était attendu des délégués des associations et fondations anti-Sida du monde entier, était purement et simplement annulée sur ordre gouvernemental. Son travail sur le Sida et pour les droits de l’homme est pourtant reconnu. Ainsi a-t-il reçu un prix de l’association Human Rights Watch.


Rafles en série


Dans son courriel, Wan Yanhai raconte en détail certaines des rafles. Tout a commencé le 9 mars 2008 par une descente de police à « Destination », la boîte gay la plus branchée de Pékin. Les autorités ont prétexté que la discothèque était « surpeuplée » et ont ordonné sa fermeture plusieurs jours durant. Selon d’autres informations récoltées a Pékin par Bakchich, la police avait vidé la discothèque de tous les non-asiatiques avant de procéder aux interpellations et cela afin d’éviter qu’un diplomate ou un étranger influent puisse témoigner de la manière de procéder des forces de l’ordre.

Le 17 mars, des policiers armés et des officiers du Bureau de la sécurité publique descendaient dans le parc Dongdan dans le secteur Est de Pékin, connu comme un lieu de drague gay. Selon Wan Yanhai, la police a « amené les gays dans le commissariat qui se trouve à l’intérieur du parc, où au moins une quarantaine de personnes ont dû attendre leur tour pour être interroger. Tous ont été contraints de montrer leurs papiers d’identité. Ils ont ensuite été forcés d’écrire leurs noms sur une feuille et de la tenir sur leur poitrine pendant que la police les photographiait. Les plus réticents ont été retenus pour des interrogatoires prolongés. Un bénévole de l’Aizhixing Action Project faisait parti du lot. Les policiers ont prétendu qu’ils ne retrouvaient pas son nom dans les fichiers informatiques, et il a fallu l’intervention de l’avocat de l’Aizhixing Action Project pour qu’il soit libéré.

La police a justifié cette arrestation collective par un meurtre qui avait été commis dans le parc quelques jours auparavant. Mais lors des interrogatoires, pas une seule question sur le sujet ! Durant les jours qui ont suivi cette rafle, des véhicules de polices ont continué à patrouiller et à faire des contrôles d’identité inopinés. Pour la moindre imprudence, les gens étaient amenés au commissariat. Dans l’après-midi du 22 mars, deux jeunes gens étaient arrêtés au moment même où ils entraient dans le parc. »


Bains gays, chat room… Rien n’échappe à la police de Pékin


Un autre épisode du même genre s’est produit le 20 mars dans l’Oasis, les bains gays les plus populaires de Pékin. Selon Wan Yanhai, « plus de 70 personnes, tous des clients ou des employés du club, ont été arrêtés. Après plus de 30 heures de détention, les clients de l’établissement étaient libérés, alors que les employés étaient eux gardés derrière les barreaux. A l’aube du 21 mars, la police descendait à nouveau dans un autre bain Oasis près du Pont Dongsishitiao, où cette fois, les employés étaient tous arrêtés. A ce jour, les deux bains restent fermés sur ordre de la police. Un bain gay dans un autre secteur de la ville était aussi fermé par les autorités, ainsi qu’un bain gay à Shanghai. »

Par ailleurs, selon une annonce du chat room gai Beijing Tongzhi (le mot « tongzhi », littéralement « camarades », a été largement adopté par les gays chinois pour se désigner eux-mêmes), au moins 80 « travailleurs du sexe » ont été arrêtés. Selon l’annonce, « depuis quelques jours Pékin nettoie la ville et sévit contre le commerce du sexe. Plus de 80 travailleurs du sexe sont actuellement sous les verrous. Pourtant ce site n’accueille personne dont les intentions sont illégales. Nous espérons que tout le monde se concerte pour s’opposer à cela. Merci pour votre coopération ! »

Wan Yanhai n’est pas le seul à faire part des actions policières contres les gays. Selon le site internet chinois le Shanghai-ist, « la rafle dans la boîte Destination de Pékin a eu lieu le même soir qu’une rafle contre le PinkHome de Shanghai, où plusieurs gays ont été arrêtés. De telles mesures répressives prises si rapidement contre les lieux et les espaces publics fréquentés par les gays sont inédites en Chine, notre effarement n’en est que plus justifié. »

Il est vrai que le nombre de boites, bars, et bains gay a connu un accroissement ces dernières années, notamment depuis le changement du statut des homosexuels. En 1997, le terme de « voyou » a été retiré du Code criminel à l’égard des gays arrêtés pour « sollicitation » dans des endroits publics (C’était l’accusation préférée contres les gays que la police soupçonnait de draguer.) Les actes homosexuels ont ainsi eté décriminalisés et, en avril 2001, l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales.


Nettoyage avant les J.O.


Selon un interlocuteur de Bakchich à Pékin, « les autorités ont commencé ce ‘nettoyage’ pour signaler à la communauté gay qu’il fallait qu’elle se montre discrète pendant les JO. Le gouvernement voyant d’un mauvais œil tout ce qui n’est pas considéré comme ‘normal’ ou ‘bien rangé.’ Pékin veut faire fuir des grandes villes tout ceux qui ne possèdent pas le passeport interne requis pour y résider. En outre, certains soupçonnent que les rafles dans les boîtes et les bains pourraient avoir un rapport avec la corruption. De nouveaux commissaires de police ont été nommés à Pékin, et il n’est pas rare qu’ils intimident des commerçants gays en leur demandant de payer un bakchich pour pouvoir travailler tranquillement. »

Malheureusement, cette vague évidente d’intimidation des gays chinois n’a pas encore attiré l’attention de la presse. Tout comme le fait que Hu Jia, le dissident condamné à trois ans et demi de prison le 3 avril, est aussi un militant anti-SIDA notoire et un proche collaborateur de Wan Yanhai. Ni Le Monde, Libération, Le Figaro, France-Soir, ou le Nouvel Observateur, en rapportant la réclusion de Hu Jia, n’ont trouvé nécessaire de mentionner le fait qu’il est le directeur exécutif de l’association Aizhixing Action Project fondée par Wan Yanhai, mais aussi qu’il est le fondateur d’une autre association anti-SIDA, Love Source. (Entre 2002 et 2005, Hu Jia passait plusieurs mois par an dans les "villages du sida" des régions où des paysans très pauvres ont été victimes de l’affaire du sang contaminés dans des centres de transfusion. « Beaucoup de gens mouraient, se souvenait-il ; en tant que bouddhiste, il m’incombait de passer du temps avec eux pour alléger leurs souffrances. » )

Et si Hu Jia croupit aujourd’hui au fond d’une cellule, il y a lieu de s’inquiéter aussi pour l’avenir de son ami Wan Yanhai.

par Doug Ireland sur Bakchich.info publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants ! communauté : Gay-friendly
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