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Mercredi 13 juin 2007

Fiche technique :
Avec Michel Serrault, Ugo Tognazzi, Michel Galabru, Claire Maurier, Rémi Laurent (voir casting). Réalisation : Édouard Molinaro. Scénario : Francis Veber, Édouard Molinaro, Marcello Danon et Jean Poiret. Musique : Ennio Morricone. Images : Armando Nannuzzi. Montage : Monique Isnardon et Robert Isnardon.
Durée : 108 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Le fils (Rémi Laurent) du patron homo d’une boîte de nuit de Saint Tropez veut épouser la fille du secrétaire général (Michel Galabru) d’un parti politique ultra conservateur et puritain. Le garçon a invité ses futurs beaux-parents chez son père (Ugo Tognazzi) pour qu’ils fassent connaissance. Le problème est que son père vit avec Zaza (Michel Serrault), une folle perdue… Il ne lui reste plus qu’à le faire passer pour une femme...


L’avis de Bernard Alapetite :
Il est presque indécent d’attribuer ce film à Édouard Molinaro qui n’a fait que mettre platement en images la pièce de Jean Poiret dont on regrettera éternellement qu’il n’ait pas repris son rôle, dans lequel il a triomphé sur scène, pour de sombres questions de coproduction franco-italienne. Malgré son grand talent, Ugo Tognazzi ne parvient pas à se hisser au niveau de Jean Poiret, c’est dire. Il faut louer aussi l’efficace adaptation par Poiret lui-même, bien aidé par ce grand professionnel qu’est Francis Veber. Le succès est surtout dû à l’extraordinaire numéro de Michel Serrault qui s’abandonne avec délice, avec délire, à son personnage de Zaza Napoli, outrant la caricature jusqu’à une ambiguïté et une étrangeté qui, par instant, entraînent le film au-delà de la gaudriole. L’acteur sera récompensé par le César d’interprétation masculine ! Rémi Laurent, qui joue le fils d’Ugo Tognazzi, débuta dans À nous les petites anglaise et est décédé du sida en 1989.
Cette Cage aux folles vient de loin, de 1935 exactement, année où Jean Poiret, âgé de neuf ans, voit Fanfare d’amour dans lequel Carette et Fernand Gravey se travestissent en femmes. L’enfant est fasciné par le déguisement et la grosse farce. Plus tard, dans les années 50, le duo Poiret et Serrault campe dans les cabarets un couple d’antiquaires précieux. Le déclic qui marque véritablement la naissance de La Cage vient à la fin des années soixante lorsque Poiret voit L’Escalier de Charles Dyer (il existe une adaptation cinématographique de cette pièce due à Stanley Donen et jouée par Richard Burton et Rex Harrison) dans laquelle Paul Meurisse et Daniel Ivernel jouent un vieux couple d’homosexuels qui se déchire constamment. Poiret décide alors que sa prochaine pièce aura pour personnages principaux deux folles d’un âge certain, pas des folles aigries mais des folles flamboyantes. C’est ainsi que le public parisien découvre en janvier 1973, au Théâtre du Palais Royal, La Cage aux folles dans une mise en scène de Pierre Mondy. C’est un immense triomphe. L’adaptation cinématographique draina 5,3 millions de spectateurs en France, connu un prodigieux succès international et obtint l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood.
On peut penser à propos de Poiret que s’il est venu qu’assez tardivement à l’écriture théâtrale entièrement soumise aux codes du boulevard, c’est seulement lorsqu’il a compris et accepté qu’il ne serait jamais un nouveau Sacha Guitry, son maître qui lui avait donné son meilleur rôle dans Assassins et voleurs, ce dont s’est souvenu Claude Chabrol pour son inspecteur Lavardin.


Au début, la communauté gay reprocha à la pièce de n’être qu’une caricature grossière. Pourtant aujourd’hui, Zaza trône dans l’olympe de la culture gay (pour constater cette évolution, il suffit de comparer le passage que consacrait au film en 1984 Bertrand Philbert dans son livre L’homosexualité à l’écran : « Le talent de Michel Serrault emportait à l’arraché bien des passages de cette concrétisation cinématographique d’un imaginaire bien français ; là où les américains font une fixation sur l’homosexuel à l’aspect viril, même hyper viril (qu’il s’agisse des cuirs SM de Friedkin ou des routiers des frères Cage), une peur intériorisée, les gaulois évacuent tout ça grâce à l’image de la folle et du travesti, renvoyant l’homosexualité à une caricature asexuée de l’éternel féminin. Ce qu’opère La Cage aux folles, c’est une immobilisation de ce qui peut menacer, grâce à l’exorcisme du rire. La folle, malgré les affirmations contraires des militants du Fhar ou des G.L.H., dérange moins l’hétérocratie qu’elle ne la conforte dans ses certitudes par rapport à ce qu’elle pense de l’homosexualité. Que le film de Molinaro soit monté haut dans le box-office ne peut que le confirmer » au long article laudateur de Didier Roth-Bettoni, intitulé « La Cage aux folles, histoire d’un succès », dans le Idol d’octobre 1999. Sept ans plus tard dans son remarquable L’Homosexualité au cinéma (éditions La Musardine), il n’a pas changé d’avis comme le démontre cette sentence : « Ce qu’incarne la Zaza de Serrault, c’est le droit absolu à la différence, et la sympathie que ses cris perçants et sa folie douce inspirent immanquablement aux spectateurs ne peut que plaider en ce sens. »
Pour en savoir plus sur la genèse de La Cage aux folles, il faut lire la biographie que Dominique Chabrol a consacré en 1999 à Jean Poiret : Jean Poiret l’art d’en rire aux éditions Belfond. Le film eut deux suites peu recommandables. Dans La Cage aux folles II (1983), réalisé également par Édouard Molinaro, Zaza est aux prises avec une affaire d’espionnage. On y retrouve avec plaisir pour un de ses derniers rôles Marcel Bozzuffi. Pour le dernier avatar, La Cage aux folles III (1985), dans lequel on cherche à marier Zaza, Molinaro a laissé les commande à Georges Lautner.
Mais l’histoire de La Cage aux folles n’est pas qu’européenne. En 1982, voyant le film dans un cinéma de Los Angeles, Jerry Herman, gay et surtout auteur et compositeur d’Hello Dolly et de Mame décide d’en faire une comédie musicale. Il fait appel à deux autres gays : Arthur Laurents, librettiste de West Side Story et de Gypsy qui fera la mise en scène, et Harvey Fierstein, auteur-comédien de l’inoubliable Torch Song Trilogy qui travaillera sur le livret. La Cage aux folles ainsi reliftée connaîtra un succès phénoménal à Broadway, jouée des années et remportant six Tony Awards.
Hollywood aussi s’en emparera en 1995 pour un remake poussif: The Birdcage.

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 13 juin 2007

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