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Mercredi 25 juillet 2007

 

(c) D.R.


Par manque d’inspiration sur des sujets trop communs ou trop farfelus, je vais continuer la série de mes révélations fracassantes. Après Flora, la fille LGBT, voici l’histoire de ma petite-cousine Stéphanie.

Stéphanie est née en mil neuf cent soixa deux ans après moi. Sa mère est ma cousine germaine. Sachant que ce blog possède un lectorat de qualité et d’un haut niveau intellectuel (donc capable de lire et de comprendre les critiques de films de mon cher collègue Bernard Alapetite), en principe je ne devrais pas être plus explicite mais, la blogosphère étant ce qu’elle est, des ignares pouvant se retrouver sur cette page tout à fait par hasard, je vais quand même préciser à toutes fins utiles que la mère de Stéphanie ne s’appelle pas Germaine. Elle se prénomme Nicole et il s’agit de la fille d’un de mes oncles paternels. Donc, pour être plus clair, mon grand-père était l’arrière-grand-père de Stéphanie, dont la mère était la fille de mon oncle qui était le frère de mon père. Si vous avez du mal à comprendre, contactez Stéphane Bern.

Je voyais peu la famille paternelle, celle-ci vivant en Normandie et moi sous des cieux moins campagnards où mon père avait élu domicile en épousant ma mère. Nos trop rares visites sur ma terre allodiale constituaient toujours un événement. La famille étant grande de ce côté-là, la tournée prenait du temps et l’allure d’un marathon culinaire. Le grand-père de Stéphanie (donc mon oncle si vous avez suivi l’exposé généalogique) était le deuxième enfant de mes grands-parents paternels, mon père étant le huitième et dernier de la fratrie. Il y a vingt ans de cela, jeune adolescent pas encore perverti par la vie (mais en voie de l’être), j’ai flirté avec ma petite-cousine.

Je l’ai charmée sans peine avec mes armes traditionnelles que, déjà, je maniais avec dextérité. Un poème à la gloire de sa beauté juvénile fit rapidement sa conquête. Je me souviens l’avoir écrit sur une nappe en papier chez l’oncle qui était malade et avait déjà un pied au tombeau.

Un saut dans le temps et onze ans plus tard, mes parents et moi allâmes en famille (sauf mon frangin qui tourdumondait avec sa copine de l’époque) au mariage de Stéphanie. Son fiancé s’appelait Stéphane (vous imaginez ça ? c’est un peu comme si j’épousais Zazie !) et ressemblait à un pirate des Caraïbes, les oreilles furieusement bouclées. Johnny Depp en nettement moins bien et certainement pas Orlando Bloom (non, ça, c’est l’un de mes arrières petits cousins… rhââââlovely !).

Je suis arrivé au mariage dans mon costume de cour, le prince charmant personnifié, éclatant de beauté, d’élégance et de classe ; en un mot comme en cent, exactement comme il fallait que je sois pour éclipser le marié. Telle n’était pas mon intention, mais pouvais-je deviner quel était son look hasardeux ? Quoi qu’il en soit, mon apparition des plus sublimes a causé un choc. La dernière fois que j’avais vu Stéphanie, c’était huit ans auparavant, lors du mariage de notre rhââlovely cousin Didier (dont la mère est aussi ma cousine germaine ainsi que celle de la mère de Stéphanie. Allô Stéphane Bern ?). D’un bout à l’autre d’une décennie, l’adolescente était devenue une jeune femme dont les grâces qui lui venaient de l’enfance s’étaient envolées avec le temps… va, tout s’en va. En la revoyant après toutes ces années, j’ai éprouvé une sensation bizarre. Cela s’est aggravé lorsque j’ai revu son père qui m’a carrément battu froid. Il s’est même comporté de la plus étrange des façons avec mes parents avec qui, pourtant, il s’entendait bien d’habitude.

Avec le recul, je réalise que je n’étais manifestement pas désiré ni attendu à ces noces. Pour le dîner, on me plaça à une table où je ne connaissais personne. Au cours du repas, les mariés firent le tour des tables, chacun présentant à l’autre sa parentèle ou ses amis que le nouveau conjoint ne connaissait pas encore, et lorsqu’ils arrivèrent à celle où je me trouvais, Stéphanie m’ignora superbement, comme si je n’existais pas ou étais invisible, accroissant davantage mon isolement. Il va sans dire que ce fut la plus nulle des soirées de mariage à laquelle il m’ait été donné d’assister. À tel point que je suis navré de vous décevoir en vous apprenant que, non, personne n’a parlé pour empêcher le mariage de se faire. Cela aurait mis du piment dans le récit de cette journée plus fastidieuse que fastueuse.

De retour à l’hôtel, je ne pus m’empêcher de faire part à mes chers géniteurs du malaise que j’avais ressenti face au comportement singulier de ma cousine. Eux-mêmes avaient éprouvé la même chose face à celui de leur neveu par alliance (le père de la mariée, vous vous souvenez ?). C’est alors que ma mère, avec une limpidité déconcertante, a levé le voile sur les raisons de ce mystère :
— Je crois que c’est parce que Stéphanie était amoureuse de toi.

J’étais abasourdi. Non que je ne me souvenais point du poème fleur bleue que je lui avais écrit une dizaine d’années auparavant, mais ce qui fondait mon étonnement, c’était d’apprendre de la bouche même de ma mère, après tout ce temps, que ce qui, dans mon souvenir, n’était rien qu’un badinage d’adolescent, avait été pris des proportions plus sérieuses du côté de ma cousine Stéphanie. C’est ainsi que j’appris que, plusieurs années durant, elle avait régulièrement demandé de mes nouvelles, ma mère ayant perçu le sentiment sous-jacent lorsque, en déplacement professionnel dans l’ouest, il lui arrivait de séjourner chez les cousins. Jusque là, elle ne m’en avait jamais rien dit. Ah, les mères ! Je vous jure…

Stéphanie dut être cruellement déçue de ne pas obtenir de réponse à ses sollicitations qui, bien entendu, ne me sont jamais parvenues. Je pense que ma mère ne se sentait pas le courage d’entreprendre un jour les démarches nécessaires auprès du Saint-Siège afin d’obtenir une dispense pontificale autorisant le mariage entre deux cousins à un degré prohibé par le droit canonique, encore que cela était monnaie courante dans les familles royales. Demandez à Stéphane Bern. Bref…

Avec le temps, la malheureuse avait tourné la page. Hélas ! Mon apparition inopinée à son mariage a fait ressurgir tout un flot de souvenirs qu’elle avait enfouis au fond de son cœur de midinette. Le secret de cet amour, sans doute l’avait-elle partagé avec son père qui, de son côté, ne pouvait espérer de plus beau parti pour sa progéniture, rêvant de la voir entrer dans le club des altesses intergalactiques auquel elle ne pouvait appartenir en raison de sa filiation paternelle (bah tiens, la princesse, c’est ma cousine germaine, pas lui !). Telle est l’explication de leur comportement inqualifiable à mon égard le jour de cet étrange mariage.

Depuis, l’eau a coulé sous le pont de Vaison-la-Romaine. Le cousin par alliance est revenu à de meilleurs sentiments envers moi. La cousine Stéphanie est toujours mariée à son pirate et elle vient de mettre au monde leur troisième enfant. Comme quoi, ma mère a bien fait de s’en mêler en ne s’en mêlant pas. Cela dit, je suis toujours célibataire…

 

 

 

 

 

Pour lire le précédent épisode de Zanzi and the City, cliquez ici.

 

 

 
 
par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Mercredi 25 juillet 2007

Fiche technique :
Avec Vincent Dieutre, Andrzej Burzynski, Hubert Geiger, Léo Bersani et Antonino Ivorio. Réalisé par Vincent Dieutre. Scénario de Vincent Dieutre. Directeur de la photographie : Jean-Marie Boulet, Benoît Chamaillard et Gilles Marchand.
Durée : 77 mn. Disponible en VF.


Résumé :
Leçons de ténèbres reconstitue par fragments un voyage fatal placé à l'ombre de l'oeuvre sensuelle du peintre italien le Caravage.
A Utrecht, Naples et Rome, deux histoires d'amour guident l'itinéraire nocturne d'un homosexuel en mal de beauté.
A la fois journal intime et documentaire baroque, Leçons de ténèbres de Vincent Dieutre (Rome désolée) est un film esthétique sur l'amour et l'amour de l'art.

L'avis de Jean Yves :
Leçons de Ténèbres est un film rare, difficile, exigeant. À la limite de la vidéo d’art contemporain et du cinéma expérimental, le second long-métrage de Vincent Dieutre sollicite du spectateur un regard décalé et nouveau… nouveau quant au fond (donner une autre image de l'homosexualité) et nouveau quant à la forme (plans sombres, « bougés » et subjectifs, utilisation du super-huit et de la DV).
Leçons de Ténèbres (titre tiré de certaines compositions musicales du XVIIe Siècle) suit les déambulations nocturnes d'un quadragénaire (Vincent Dieutre dans son propre rôle) à travers trois villes : Utrecht, Naples et Rome. En ces trois cités, Vincent Dieutre nous fait part de sa passion pour la peinture du Caravage et de ses rencontres amoureuses. Sans scénario, sans acteur ni véritable mise en scène, le film est une sorte de journal intime accompagné d'une voix off qui crée une distance avec les évènements vécus. Les ténèbres, ici, s'avèrent le chemin indispensable vers la lumière et la vie. Vincent Dieutre tend à montrer qu’à la source de celle-ci se trouvent la mort et l’obscur (maladie, drogue, rupture, etc..).
Malgré une grande part d'improvisation et de hasard, le film est extrêmement structuré : divisé en trois blocs ou leçons qui correspondent aux trois villes, il utilise encore trois formats (Super-huit, DV, 35 mm) et fonctionne (grâce à la voix off utilisant le « tu ») selon une triangulation cinéaste-film-spectateur ayant pour but de faire circuler, entre ces entités, affects, formes et sensations.
La bande-son, toujours en décalage avec l’action, intervient à la manière d'un contre-point ou d'un élément parasitant toute tendance vers la fiction ou la narration. Plus généralement le film est rythmé par des coupures (plans « cut ») et des ruptures abruptes : Dieutre intercale notamment de nombreux plans sur les tableaux du Caravage et de ses disciples, ou encore des plans fixes sur un mur lépreux, une ruelle aveugle. Il offre au spectateur une véritable expérience de cinéma et de vision, à l'instar du Caravage qui, en son temps, faisait table rase du maniérisme en vogue pour aborder la réalité et la trivialité des corps. Si Vincent Dieutre s’essaye à de nouvelles formes et à de nouveaux dispositifs, c’est en effet pour capter le réel épars et fuyant des hommes et des villes, trop étouffé aujourd'hui par un regard dominant esthétique et uniforme. Rien n’empêche de voir ce film comme un journal imaginaire, une échappée fictive qui viendrait combler un manque profond.

Pour plus d’informations :

Voir Mon voyage d’hiver, de Vincent Dieutre

par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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