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Lundi 3 juillet 2006


Fiche technique :
Avec Jürgen Prochnow, Ernst Hannawald, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg, Hans Putz, Elisabeth Fricker, Walo Lüönd, Edith Volkmann, Erwin Kohlund et Alexis von Hagemeister. Réalisé par Wolfgang Petersen. Scénario de Wolfgang Petersen, d’après l’œuvre d’Alexander Ziegler.
Durée : 100 mn. Disponible en en VO, VOST et VF.

Résumé :
En Suisse, un comédien, Martin Kurath, joué par Jurgen Prochnow qui fut entre autres le comédien principal de L’honneur perdu de Katharina Blum de Volker Schloendorff et que Petersen réemploiera dans Das Boot, Le bateau, est condamné à quelques années de prison pour avoir eu une relation sexuelle avec un mineur. Durant sa captivité, lorsque les détenus obtiennent l’autorisation de monter une pièce de théâtre, il fait la connaissance de Thomas, dix-sept ans (l’angélique Ernst Hannawald), qui a un rôle dans cette pièce. Thomas est le fils d’un gardien de la prison. Le garçon tombe amoureux de Martin. Lorsque ce dernier est libéré, il veut vivre avec son jeune amant malgré l’opposition de ses parents. Le père de Thomas porte plainte et le garçon est envoyé en maison de correction où il subit les pires humiliations. Martin parvient à le faire évader. Ils veulent fuir en Allemagne mais il faut un permis de séjour pour résider dans ce pays. Un politicien homosexuel feint d’aider Thomas à condition qu’il cède à ses avances. Thomas retourne à la maison de correction et retombe sous la coupe d’un garde-chiourme sadique. Après une tentative de suicide, il est envoyé en asile psychiatrique où Martin vient le voir. Quelques jours plus tard Martin apprend que Thomas s’est enfui; il est devenu une épave et erre sur les routes...
L'avis de Bernard Alapetite (Eklipse) :
Le film pâtit de sa date de réalisation car comme tout film de prison, il est difficile aujourd’hui de faire abstraction de l’extraordinaire série qu’est Oz. Il faut également vaincre une certaine incrédulité devant cette histoire de théâtre en prison. Bien qu’elle soit adaptée d’une histoire vraie. Il y a d’ailleurs une preuve cinématographique que le théâtre en prison n’est pas qu’un fantasme car la pièce filmée Cock and bull story de Bill Hayes, le scénariste de Midnight express témoigne que de semblables expériences existent puisque le film est issu de l’atelier dramatique de la prison de Saint-Quentin... Et c’est une pièce gay ! Et enfin admettre le choix d’une photographie très peu contrastée tout en camaïeux de gris. Ces réserves faites La conséquence est un beau film très émouvant, un vrais grand mélodrame gay.
La conséquence est adapté d’un livre autobiographique d’Alexander Ziegler, paru en Suisse en 1975. L’auteur, qui a lui même passé deux ans et demi en prison, a collaboré à l’adaptation de son livre. Il interprète dans le film le détenu Lemmi. Le roman a été publié en France en 1986 par les éphémères édition Entre chiens et loups. La fin du livre est plus ouverte que celle du film.
Tourné avec l'aide, et pour la télévision allemande La conséquence fut victime du boycottage de l'une des régions les plus conservatrices de l'Allemagne Occidentale, la Bavière. Cette attitude suscitant campagnes de presse et milliers de lettres a paradoxalement aidé la carrière cinématographique du film et sa présentation au festival de Berlin. À cette époque où les films gays étaient rarissimes, La Conséquence a eu un grand retentissement dans le cœur de beaucoup comme en témoignait Cyril Collard pour les quarante ans des Cahiers du cinéma : « Les lumières de la salle s’éteignirent. Générique, l’adolescent est dans une barque qui se balance sur des eaux calmes. Il s’appelle Thomas. Son visage envahit l’écran et comble d’un coup les vides de mon corps et de mon cœur. Ange blond mais sans aucune fadeur, sans tiédeur, ange noir. Il y a un éclatement blanc dans mon cerveau et tout bascule... J’ai l’impression d’être né dans cette salle. »
Le film ne s’embarasse pas de symbolique. Il traite frontalement les rapports amoureux entre un homme et un adolescent. Il énonçe clairement que le fondement de leur relation est sexuel. Un adolescent amoureux d’un homme adulte défend son droit à l’amour libre par delà tous les préjugés et les interdits sociaux. Le spectateur, sur la base d’une empathie sentimentale, reconnait la passion homosexuelle comme une forme d’accomplissement affective à part entière. Le ton de plaidoyer vibrant évite les clichés même si l’on reste dans la problématique classique de l’éraste et l’éromène. Le scénario montre avec une grande intelligence comment la répression entraine chez Thomas une destruction de l’individu en lui inculquant une haine tournée vers les autres mais aussi contre lui même. La conséquence participe directement de toute une tradition du cinéma classique qui, pour chaque époque considérée, a toujours placé le meilleur de lui-même dans la lutte contre les formes sociales, juridiques et psychologiques de l’oppression.
La vie d’Ernst Hannawald, le Thomas de La conséquence ferait un parfait scénario pour un mélo. Il a passé son enfance dans les orphelinats puis, à la suite de problèmes avec la drogue, dans une maison de correction. C’est là qu’à seize ans, Wolfgang Petersen l’aurait découvert. Aprés  La conséquence, Hannawald tourne une trentaine de rôles pour le cinéma et surtout pour la télévision. En 1980, il est très affecté par la mort de sa soeur jumelle dans un accident d’automobile. Il est lui-même victime d’un grave accident de la route en 1986 dans lequel son ami est tué. À partir de là, c’est la dégringolade dans l’alcool et la drogue qui se termine en 1999 lorsque Ernst Hannawald est condamné à cinq ans de prison pour la participation à deux casses de banque qu’il a fait pour payer son dealer !

Pour plus d’informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 3 juillet 2006
Fiche technique :
Avec Pascale Rocard, Nicolas Silberg, Jean-Louis Rolland, Florence Giorgetti, Patrick Raynal, Séverine Vincent et Albert Dupontel. Réalisé par Paul Vecchiali.
Durée : 87 mn. Disponible en VF.
Résumé :
L'histoire de Louis, père et mari heureux qui tout à coup décidé de vivre une vie plus intense. Il quitte tout, job, femme et enfant et se découvre un goût pour les hommes. Il ira jusqu'au bout de ses amours, jusqu'au bout des ses passions où l'attend tranquillement une terrible maladie.
L'avis de Jean Yves :
L'histoire est simple et fatale : un homme découvre à quarante ans qu'il peut aimer les hommes. Il ira jusqu'au bout. Jusqu'au sida, sans concession. Mourir vivant plutôt que vivre mort. Un film choquant, sans doute, révoltant pour certains, mais pas pessimiste, en ce sens qu'il montre un parcours sans faute dans la dignité et l'acceptation de soi.
Avec son fond musical funèbre, le générique dans le couloir du métro où l'on fait connaissance avec Louis apparaît d'emblée comme un tunnel vers le bout de la vie, en même temps que l'apparition rapide de Vecchiali lui-même indique qu'il revendique totalement le thème très dur de son film.
Le processus filmique adopté pour Encore est original : une suite de dix plans-séquences d'environ neuf minutes chacun. Du 15 octobre 1978 au 15 octobre 1987, le spectateur suit Louis dans son rapport à l'amour (sa femme, sa fille, puis Frantz, Michel et les hommes), qui ne peut devenir qu'un rapport à la vie, à la mort et à soi-même.
Le film est un peu comme une toile où chaque plan, qui marque donc chaque fois une année de plus, apporterait quelques touches de plus au personnage de Louis et à son entourage.
1978 : la première séquence débute sans fioritures sur le malaise du couple : dans le lit, Louis et Sybèle souffrent d'être ensemble, lui parce que cette relation ne le satisfait simplement plus, elle parce qu'elle ressent bien cette insatisfaction muette de Louis, qui a décidé de la quitter.
1979 : on parle de divorce, Sybèle est à l'heure du Tranxène, « oui, ton corps me répugne, je n'ai plus envie de te toucher », dit Louis, qui avoue ne pas avoir de maîtresse.
1980 : scène du métro et rencontre de l'ambigu Ivan qui incarne le passeur, celui par qui Louis pourra basculer dans un autre monde.
1981 : Sybèle a un amant, prédication d'Ivan annonciatrice de mort (« Ne faites plus l'amour, c'est le diable qui court dans ceux qui ont dénaturé l'acte divin ») et arrivée de Frantz dans la vie de Louis.
1982 : la boîte et l'exultation de l'époque de la grande baise, rupture avec Frantz et tentative de suicide…
Encore développe ainsi tout un discours amoureux duquel font partie tout ensemble la crise de la quarantaine chez le couple hétéro, l'ambiguïté de l'amour père-fille, l'homosexualité, le sida.
C'est le film des maladies de l'amour, toutes les maladies : celles du cœur, celle du corps.
Vecchiali clame des partis pris bruyants et provocateurs (« Le sida, c'est la vie ! », phrase que prononce Louis), mais le film n'est pas une leçon de morale, seulement un regard sur la difficulté du rapport amoureux illustrée par diverses de ses possibles composantes.
Malade du sida, Louis donne son dernier baiser à Michel qui l'aime, mais son dernier soupir est pour celui qu'il n'a pas cessé d'aimer, Frantz, malade de solitude.
Fort et terrible de bout en bout, le film s'achève ainsi sur une scène plus forte encore : tragique oui, pessimiste non, car aboutissement d'un parcours dans la dignité et l'acceptation de soi.
Pour plus d’informations :
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par Jean Yves publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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