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Vendredi 10 août 2007

 

zanzilumieres.jpg (c) D.R.


Charlie Chaplin, ce noble clown qui nous a quittés il y a près de trente ans, ne m’en voudra pas j’espère de lui emprunter, pour annoncer cette rubrique, le titre de l’un de ses plus beaux films. Mes adieux à la Ville Lumière sont aussi des adieux aux lumières de la ville. Dans quelques jours, je quitterai enfin la cité de toutes les solitudes. Solitude de celui qui dort dans un grand lit froid et vide. Solitude de celui qui déambule au milieu de la foule sans tenir la main de quelqu’un qui l’aime et qu’il aime. Solitude du téléphone muet qui ne sonne presque jamais. Solitude que l’on tente en vain de tromper en perdant des heures devant un ordinateur.
Car les minutes se transforment en heures
Les heures se transforment en jours
Et les jours font des semaines
Et les semaines font des mois
Et les mois deviennent des années… et des années…

Je n’ai plus d’ordinateur ni Internet chez moi. Cela tombe bien. Je peux enfin remettre le nez dehors. Des échos résonnent en moi, dans la grande vallée du passé. En cette fin de journée de juillet, plus clémente que les autres, mes pas me conduisent vers des lieux autrefois familiers. En divers endroits, j’ai dansé aux rythmes des nuits du Paris joyeux ; j’ai éprouvé des émois qui depuis ont déserté mon ressenti ; j’ai échangé des baisers doux, fougueux, passionnés, hésitants, espiègles, toute une gamme de bisous ; j’ai séduit et me suis laissé séduire ; j’ai cueilli des instants et laissé d’autres m’échapper sans espoir de retour.

Au Carré, j’essaie de rassembler mes pensées malgré le vacarme de la « musique d’ambiance » qui couvre les conversations. Bien que l’endroit soit bruyant, je me suis plu à m’y rendre quelquefois et j’y ai même écrit plusieurs textes qui dorment encore dans mes tiroirs. Parmi la clientèle, de jeunes gens trop beaux, en couple, me renvoient l’image de ce bonheur simple que je n’ai jamais connu. À cet instant, le film des années perdues déroule sa bobine devant mes yeux. Une tequila sunrise m’aide à faire passer ce moment, de même que le stylo noir qui jette ces mots sur mon bloc-notes. Écrire, pour exorciser le passé, oublier le présent et préparer l’avenir.

Le serveur est très mignon. Il s’appelle Emmanuel. Je l’aurais volontiers emmené dans mes rêves, rien qu’une heure. Une heure pour l’éternité. J’ai envie de m’enivrer de cocktails colorés, de me baigner dans un arc-en-ciel psychédélique, de brûler à l’eau-de-vie (l’eau d’envie ?) les heures qui me restent à vivre ici et que je ne sais comment tuer. J’en suis à ma sixième cigarette de la journée. Des Camel pas light. Pas des clopes de pédé, comme on dit. Daniel serait étonné. Je l’imagine me dire : « Six clopes ? Mon œil ! » . Disons que c’est la septième que je grille, et à ce stade, c’est signe de crise. Mes yeux se posent négligemment sur l’écran plasma accroché au mur, et je regarde Madonna faire sa gym dans ce qui doit être probablement son dernier clip. On dirait Véronique et Davina en une. La Ciccone porte belle ses 49 ans (le 16 août prochain), elle est vachement bien roulée, même. Je parie que cette femme va tout faire pour être encore une bombe sexuelle quand elle sera octogénaire.

Il n’y a pas un seul célibataire dans ce bar. Tout le monde, sauf moi, a dû se maquer le soir de la Gay Pride. Mais bon, quel intérêt aurais-je eu de me chercher un compagnon alors que je vais quitter le pays ? Dehors, j’ai croisé beaucoup de cyclistes. Non, il ne s’agit pas de l’arrivée du Tour de France (les événements de ce billet, sauf les flash-back, se sont déroulés au cours de la semaine du 16 au 22 juillet 2007 – Note additionnelle de Zanzi). C’est Vélib’. Pourquoi diable la mairie de Paris a-t-elle attendu mon départ pour prendre une initiative aussi sympa ? J’aurais pu me rendre au boulot à vélo plutôt que de subir les affres du métro infâme et puant. Bertrand, méchante.

Changement de décor. Me voici au Banana Café. Le serveur m’a l’air d’une belle petite pute qui doit adorer se faire niquer à la chaîne. Pardon, je veux dire qu’il a tout d’un garçon fort sympathique qui doit aimer participer à des soirées très conviviales avec ses nombreux amis. Daniel que j’ai en direct live au téléphone, en train de bouffer des croque-monsieur, me dit d’attaquer franco. Je n’ose lui apprendre que Franco est mort depuis presque trente-deux ans, ça pourrait le vexer et être déformé dans sa nouvelle chronique. Aussi me suis-je contenté de reluquer le beau petit cul de ce minet moulé dans un short de plage. Ambiance bananesque !

Flash-back : il y a cinq ou six ans, j’allais de temps en temps au Banana, plus pour le piano-bar du sous-sol qui attirait une clientèle diversifiée et souvent hétéro, que pour les gogos du rez-de-chaussée qui déjà ne montrait rien, sinon qu’ils étaient parfaitement épilés. J’y ai flirté, dragué, je n’y suis pas assez sorti en fait. À deux rares exceptions que je connaissais d’avant et d’ailleurs, les gens que j’y ai croisés sont définitivement sortis de ma vie. Même la célèbre Fanny ne fait plus partie du décor du Banana. Avec le temps…

 


Avec le temps tout a changé. Mes deux années à Bruxelles (2002-2004) ont provoqué une rupture dans le déroulement de ma vie parisienne. À mon retour, il y a trois ans, je n’ai pas retrouvé ce que j’avais quitté. Et tout d’abord, l’Onix Café, le premier bar gay dans lequel j’étais allé, un soir de juillet 2000. Avec sa thématique égyptienne, il devint mon lieu préféré, celui où je pris l’habitude de sortir les vendredis et samedis soir. Je me souviens de Diane et de Carlos, un duo insolite d’habitués, qui m’avaient fait les honneurs de la maison, et bien d’autres encore. Je me souviens du DJ, Eddy, qui animait les karaokés du samedi au sous-sol ; de ce serveur aux longs cheveux noirs que l’on surnommait Pocahontas et qui est parti dans le sud de la France depuis six ans déjà, du couple de filles qui « dirigeait » la boîte, l’une d’elles s’appelait Maève… En 2002 l’Onix s’est transformé et est devenu le Bazooka Café. Le décor avait changé, l’esprit et la clientèle aussi. Le Bazooka est mort à son tour et a cédé la place au Dandy’s. J’y suis retourné il y a quelques jours (début août – note additionnelle) parce que j’y avais aperçu Johan. Il est encore jeune (comme moi, quoi !) mais il a des allures d’antiquité. Ce serveur est le seul qui a connu successivement les trois bars. Dialogue :
Zanzi : — Johan ! Le nom change, la déco change, et toi tu es toujours là !
Johan : — Eh oui, il faut bien un pilier.
Johan, tu es mon pilier de bar préféré…

Même le Bar du Palmier, en face, dans la rue des Lombards, a changé. La déco tropicale a disparu au profit de lignes modernes. Le Bar du Palmier a été sobrement rebaptisé Le Palmier. Mais c’est toujours un bar. Le Déclic, club situé au 12 rue Quincampoix, a fermé ses portes depuis plusieurs années. J’y ai passé quelques soirées très réussies, si vous voyez ce que je veux dire…

Le 19 juillet, j’ai osé entreprendre une excursion dans la proche banlieue ! Quand on est parisien, la banlieue, c’est déjà un autre pays… Je n’ai pas regretté le détour à Bois-Colombes. Au huitième et dernier étage d’un immeuble de l’avenue de Verdun, j’ai pris les lumières de la ville plein les mirettes. Olivier, l’ami qui m’avait invité ce soir-là dans l’appartement de son frère (en tout bien, tout honneur, contrairement aux racontars de « M’sieu Daniel ») m’a expliqué que l’on voyait cinq départements de l’Ile-de-France depuis la terrasse panoramique. À la nuit tombée, en grimpant sur le toit de l’immeuble, le spectacle fut magique. Proches de nous, les tours de La Défense, plus loin, la tour Eiffel, l’Arc de Triomphe et le Sacré Cœur de Montmartre brillaient comme des étoiles. Dans le ciel, les éclairs des lointains orages zébraient l’horizon nocturne pour mon plus grand plaisir. Après avoir vécu sept ans au rez-de-chaussée, j’ai savouré cet instant comme si j’étais enfin arrivé sur le toit du monde…

Dimanche 22 juillet, je suis ressorti de ma garçonnière pour effectuer une dernière tournée des bars parallèles. J’ai commencé par l’Open Café ou je fis une entrée remarquée qui m’a valu de me faire draguer par des gens qui ne sont même pas des lecteurs de ce blog ! Je me dois de reconnaître ici que je me suis amusé à jouer les allumeurs, laissant à d’autres le soin de jouer les pompiers et d’éteindre les incendies que j’ai allumés, à l’Open puis à l’Oh ! Fada et enfin à l’Amnésia que, personnellement, je n’ai jamais aimé. Mes néo-adorateurs m’y ont emmené quasi de force, mais je n’y suis resté que cinq minutes, profitant d’une seconde d’inattention pour leur fausser compagnie. Ils étaient déjà bien tristes d’apprendre que j’allais partir à Caribouland pour vivre de nouvelles aventures. Comme un prince en exil…

 

Pour lire le précédent épisode de Zanzi and the City, cliquez ici.

 

 
par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gay-friendly
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Vendredi 10 août 2007



Fiche technique :

Avec Lara Flynn Boyle, Stephen Baldwin, Josh Charles, Alexis Arquette et Martha Gehman. Réalisé par Andrew Fleming. Scénario : Andrew Fleming. Directeur de la photographie : Alexander Gruszynski. Compositeur : Thomas Newman.
Durée : 90 mn. Disponible en VO, VOST et VF.



Résumé :

Eddy et Stuart partagent la même chambre dans leur campus universitaire. Suite à une erreur administrative, le troisième colocataire se trouve être une fille, Alex. Rapidement, les sentiments prennent place dans leurs vies, des sentiments croisés... Cette improbable situation va finalement les rapprocher pour le meilleur et pour le pire.

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L’avis de Dr Devo de Matière Focale :
Le sujet est inscrit dans le titre : lors d’une rentrée universitaire, trois étudiants sont amenés à partager un logement sur le campus – un macho fêtard (Stephen Baldwin), un jeune à l’homosexualité encore refoulée (Josh Charles) et une superbe jeune femme (Lara Flynn Boyle), qui va naturellement tomber amoureuse du gay, lequel est lui-même attiré par son colocataire qui pour sa part n’est pas indifférent aux charmes de, etc. On est donc, une fois de plus, face à un « film de college », genre fréquemment visité sur mon site (voir Slackers ou Les Tronches par exemple), et qui est loin de provoquer chez moi l’enthousiasme, ou du moins, pas systématiquement –je n’aime pas American Pie, par exemple. Ce qui ne m’empêche pas de reconnaître les caractéristiques et le potentiel d’un genre à part entière, bien qu’il soit typiquement américain, et donc assez peu reconnu dans nos contrées (malgré quelques tentatives d’imitation redoutables du type Sexy boys), et même d’avoir beaucoup de sympathie (College attitude) ou parfois d’estime (Les Lois de l’attraction, ou le superbe Rushmore, à mes yeux le meilleur travail de Wes Anderson) pour une partie de ces films.

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Pourquoi ? Sans doute, tout simplement, parce que le film d’Andrew Fleming m’a semblé assez réussi – je n’aurais peut-être pas fait l’effort d’y jeter un œil si mes collègues ne m’avaient pas promis un très bon film, et j’avoue honnêtement que je n’en attendais pas grand-chose. D’autant plus que Fleming ne m’avait jusqu’alors pas impressionné par ses talents de cinéaste avec des films comme Panics ou encore, avec toujours un pied dans le film de « college », The Craft (Dangereuse alliance), film médiocre qu’il faut tout de même faire l’effort de voir pour la très belle performance de la trop rare Fairuza Balk.

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Attention : je ne suis pas en train de dire que 2 garçons, 1 fille, 3 possibilités est une merveille de mise en scène, loin de là : la réalisation n’a d’autre qualité que celle d’être fonctionnelle dans un registre purement illustratif. Mais les comédiens font un excellent travail, et apportent beaucoup de spontanéité au récit. Plus encore, la sexualité, qui dans ce genre de film est toujours omniprésente mais dans une approche assez creuse et parodique, est ici abordée de façon frontale, non sans parfois une certaine gravité ; le film traite de l’érotisme, de la sensualité, avec un indéniable tact, qui parvient à rendre assez touchant un métrage qui ne dérape, à l’occasion, que dans quelques scènes de comédie plus maladroites ou dans certains dialogues un peu téléphonés (dont une voix-off un rien lénifiante). La vraie limite du film, c’est surtout sa mise en scène conventionnelle (séquences-montages d’une insondable banalité, références appuyées à Jules et Jim, qui est un film que je déteste), mais on sent un projet sincère, qui n’évacue pas certains aspects très cruels du récit (le trio humilie une fille un peu cruche dans une séquence drôle et méchante à la fois) et qui parvient à développer un ton relativement personnel et attachant dans le cadre d’un genre aux pentes bien savonneuses. Un peu fabriqué, certes, mais loin d’être inexistant.

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L'avis de Surfeur51 :
Cette histoire d'une amitié amoureuse entre trois étudiants dans un campus américain, précurseur d'un genre qui allait fleurir dans les années suivantes, est d'un niveau beaucoup plus relevé que les American Pie et autres Allumeuses ! Les dialogues sont savoureux, et les situations cocasses mais crédibles. Alex, la fille, est attirée par Eddy, un garçon sensible et réservé, un peu intello, mais gay. Donc malgré le caractère extraverti, macho et grossier de Stuart, c'est plutôt vers lui qu'Eddy est attiré, alors que Stuart lorgne sur la belle Alex qu'il rêve de mettre dans son lit... Cette situation où les attirances physiques contrarient les connivences intellectuelles, et où l'amitié doit composer avec les peines de cœur et une certaine jalousie, conduit à des rebondissements scénaristiques traités à la fois sur les modes comiques, tendres, romantiques et quelquefois sérieux. Ce méli-mélo inextricable est aussi à l'origine de la seule vraie faille du scénario, à savoir trouver une fin satisfaisante. Ni triste, ni heureuse, la fin laisse le spectateur un peu sur sa... faim.

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Les trois acteurs principaux sont absolument parfaits dans leur rôle, d'un grand naturel (à aucun moment on ne se dit qu'ils jouent la comédie), et l'alchimie entre eux est étonnante. Ils sont tellement dans leur rôle que le réalisateur leur a laissé improviser de nombreuses scènes. Alex (Lara Flynn Boyle), d'abord contrariée de se retrouver avec deux garçons, révèle une nature généreuse, au caractère affirmé, légèrement extravertie (son hobby est de jouer au théâtre), un rien exhibitionniste. Eddy (Josh Charles) est sérieux et réservé. Il ne prend d'ailleurs conscience de son homosexualité qu'en côtoyant ses deux colocataires. Quant à Stuart (Stephen Baldwin), il est excessif, pas très fin, un tantinet macho et limite obsédé sexuel.

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Ces trois caractères dissemblables se rapprochent néanmoins dans une amitié sincère, que les attirances sexuelles vont compliquer. Le scénario approfondit essentiellement cette dualité amitié-sexualité, ce qui donne l'occasion à plusieurs épisodes d'un érotisme assez poussé, mais jamais gratuit. Ce ne sont d'ailleurs pas les scènes de nudité qui sont les plus osées (la baignade dans le lac est plutôt sage), mais celles où le réalisateur cadre les orgasmes d'Alex sur son visage particulièrement expressif. Les comédiens se sont d'ailleurs apparemment lancés sans retenue dans leur rôle, comme nous le révèle le réalisateur dans ses commentaires. Andrew Fleming fait preuve de beaucoup de tendresse envers son attachant trio de personnages, et il a inséré dans le scénario de nombreuses anecdotes personnelles vécues quand lui-même était en faculté. Son traitement de l'homosexualité masculine est par ailleurs d'une grande modernité pour un film tourné en 1993.

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Cette petite comédie n'a pas eu le succès qu'elle mérite, peut-être de part son classement restrictif lié au caractère érotique des scènes et à certains propos à la limite du scabreux. Mais cette peinture alerte, amusante et sans temps mort des rapports amour-amitié de jeunes adultes est une réussite notable, à voir ou revoir avec délectation.

Pour plus d’informations :

par Dr Devo & Surfeur51 publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Vendredi 10 août 2007

Fiche technique :
Avec Ohad Knoller, Yehuda Levi, Assi Cohen, Aya Koren, Hani Furstenberg, Sharon Regiano, Yuval Semo, Yaniv Moyal, Hanan Savyon et Erez Kahana. Réalisé par Eytan Fox. Scénario : Avner Bernheimer. Directeur de la photographie : Yaron Scharf. Compositeur : Ivri Leder.
Durée : 71 mn. Disponible en VO, VOST et VF.



Résumé :

Basé sur une histoire vraie, Yossi et Jagger dépeint la liaison amoureuse de deux officiers israéliens dans une base militaire à la frontière Israélo-Libanaise. Ils sont soldats, ils sont amoureux l’un de l’autre, et ils essayent de trouver leur propre place dans un système opprimant et rigide, qui les envoie pour défendre une cause dans laquelle ils ne croient pas nécessairement.

Yossi et Jagger
dépeint la vie de jeunes Israéliens aujourd'hui. Le film présente un ensemble de jeunes hommes et femmes qui sont supposés, dans cette période de leurs vies, danser, étudier et aimer. Au lieu de cela, en raison du service obligatoire d'armée et de la situation compliquée dans la région. Ils doivent consacrer leurs plus belles années à leur pays, pour être des soldats, pour tués et être tués.Ce film raconte l'histoire de ces jeunes gens essayant de survivre dans un monde impossible.

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L’avis de Arnaud Gallay :
Havatzelet, une station d’observation perdue quelque part dans les neiges de Haute Galilée, à la frontière syrienne ou libanaise. Engagé dans le Tsahal – l’armée israélienne – Yossi, le jeune commandant bourru, batifole secrètement avec Lior, son second. Quant aux autres soldats, lorsqu’ils ne sont pas en faction, ils bouffent des Flips (« la nourriture des héros »), improvisent une techno party dans le dortoir, s’initient à la confection de sushis au corned beef, et, bien sûr, flirtent – car oui, il y a aussi deux meufs à Havatzelet. L’une s’envoie de mauvaise grâce le colonel, tandis que l’autre attend un prince charmant qu’elle imagine sous les traits de Lior. Tout est là pour un marivaudage en vert-de-gris, tant la guerre et la mort sont lointaines... sauf qu’une « embuscade » se prépare. Bientôt tout s’obscurcit, les scènes légères et décalées font place à une atmosphère étrange et tendue.

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Un des aspects les plus remarquables de Yossi et Jagger est de dépeindre des rapports amoureux (et sexuels) empreints de contrainte, exacerbés ou frustrés par la discipline militaire. Depuis son premier long-métrage, After en 1990, où un soldat en permission tombait sur son supérieur en pleine action... dans un parc public, c’est visiblement un sujet qui tourmente Eytan Fox. « Toute l’expérience militaire vient pour nous à un âge critique, explique-t-il. En sortant du service, j’ai tout de suite voulu en faire un film. Rétrospectivement, je réalise que c’était une forme de défoulement, le pur produit des frustrations qui m’ont été imposées dans l’armée comme dans la société. »
Fox poursuit : « Entre temps, Israël a changé. Moi-même, en tant qu’homme et en tant que réalisateur, je me suis autorisé à être plus romantique. Je me permets maintenant de parler de relations où l’amour et le long terme sont en jeu. »
Pour autant, Yossi et Jagger ne joue ni sur la guimauve, ni sur le contraste entre un pur amour et l’hostilité ambiante : « Ce n’est pas vraiment un film qui dénonce l’homophobie dans la mesure où personne ne voit, ou ne veut voir l’homosexualité: ni l’armée, ni la famille. Si homophobie il y a, elle est intériorisée: ainsi Yossi est sûr que l’on ne peut pas être à la fois un gai et un bon officier – un vrai homme en somme. »
Réalisé pour la télévision, Yossi et Jagger a remporté en Israël un succès considérable, sur petit, puis sur grand écran. Fox admet que cet accueil avait initialement un lien avec la présence dans la distribution de l’idole des adolescentes, le sexy – et très straight – Yehuda Levi (Lior).

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Mais le succès a révélé un engouement plus profond. « Au départ, le film est inspiré d’une histoire véridique de l’un de mes amis pendant le conflit libanais. Or, j’ai réalisé qu’avec les circonstances actuelles, une relation intime se créait entre le film et un public très large. A ma grande surprise, j’ai vu que beaucoup allaient voir le film en groupe ou en famille, et restaient dans la salle après la fin du générique pour discuter. En fait, je crois que les gens ont vraiment besoin d’une manière d’exprimer leur émotion, et de mettre à plat la confusion et le trouble qui les habitent en cette période. Et de réaliser, je l’espère, que nous sommes en train de perdre la partie au profit de la guerre. »
À l’inverse, certains critiques israéliens ont reproché à Yossi et Jagger d’avoir adapté un mythe militariste et patriotique aux gays. La controverse agace prodigieusement le réalisateur : « C’est si loin de la manière dont Yossi et Jagger a été perçu ! En plus, l’histoire est tout sauf héroïque : il n’y a pas de combat, pas d’ennemi... La plupart des personnages se foutent de l’armée, de la patrie et du sionisme. Tout ce qu’on voit, c’est l’absurdité de leur situation. » Il ajoute : « J’ai tenté de parler de l’acceptation de soi et des autres à travers ce qui pour moi est le plus profond et le plus intime en tant qu’Israélien, antimilitariste de gauche, et aussi en tant que gay. Au bout du compte, je crois pouvoir faire bouger les choses en choquant, en émouvant, et en trouvant de vrais sujets. À ce titre, je reste persuadé qu’avant de pouvoir résoudre leurs relations de voisinage, les Israéliens doivent se regarder dans une glace, et commencer à s’occuper d’eux-mêmes. Ils sont incapables de faire la paix parce qu’ils sont tellement terrorisés, tellement à côté de leurs pompes... Il n’empêche, c’est à nous de faire le pas, parce que dans cette histoire nous sommes les agresseurs – ou peut-être des pères indignes. »

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Son format ramassé rapproche Yossi et Jagger d’une fable sur « les conséquences tragiques de vivre dans le non-dit ». Du coup, le film paraîtra sans doute un peu trop lisse et linéaire à certains. Et c’est vrai, l’émotion y tourne à vide par moments.
Mais toute prévisible qu’elle soit, l’histoire tient la route, soutenue par un humour omniprésent, allant du potache absurde à l’ironie sombre du dénouement. Par ailleurs, les personnages demeurent formidablement crédibles et attachants ; on les voit céder aux règles militaires, à leurs propres préjugés, et au fond, à leur incapacité à communiquer. Ainsi le romantisme de Yossi et Jagger n’est pas gratuit ; il propose de montrer une communauté détruite non pas tant par la guerre que par la peur: celle de sortir du rang pour dire non à la contrainte et non au silence.

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L'avis de
Matoo :
J’avais vraiment beaucoup aimé Tu marcheras sur l’eau du même réalisateur israélien, Eytan Fox, et le sujet m’a tout de suite donné envie de voir ce film-là, pourtant antérieur. Il ne passe qu’au cinéma le « Quartier Latin », mais je crois qu’il a même été diffusé sur Arte. Ce film très court (un peu plus d’une heure) et à la réalisation un peu artisanale, raconte l’histoire d’amour entre deux soldats. L’un, Yossi, est un militaire de carrière et commandant de ce qu’on peut prendre pour un poste frontière. L’autre, Jagger, est un appelé qui aura bientôt terminé son service.
On découvre rapidement l’accointance particulière entre les deux héros, et le réalisateur ne se penche pas du tout sur la genèse de leur idylle. Les deux personnages représentent deux types très différents d’hommes et d’homosexuels. On sent Yossi particulièrement « straight-acting » et opportuniste, alors que Jagger est manifestement un homo qui s’assume.

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Le film se déroule dans un endroit reculé en pleine montagne et dans la neige. Il n’y a qu’un groupe de soldats (dont Yossi est le chef) pour garder la place, et partir de temps en temps en manœuvres. La relation entre les deux protagonistes principaux est discrète mais leur intimité et complicité se remarquent, jusqu’à susciter quelques réactions. Jagger est un très beau mec, et son indifférence aux jolies filles du groupe le rend quelque peu suspect. On suit la vie au quotidien de ces soldats, appelés pour la plupart, et dont le service militaire est à la fois long et dangereux, puisqu’ils peuvent être mis en péril dans des combats réels.
J’ai été sous le charme de ce film car, comme une midinette, l’histoire m’a vraiment plu. Et du coup les maladresses, et de réalisation et de scénario, ont plus été perçues comme les charmantes hésitations et gaucheries d’un premier film que comme des bévues impardonnables. La manière dont il a figuré la relation entre les deux hommes, et les ébauches de personnalités, m’ont énormément touché. L’amour, le désir et la complicité sont véhiculés avec une force et une simplicité remarquables.
Cela reste un film court et qui aurait mérité qu’on s’attarde un peu plus sur les personnages (principaux et secondaires) et qu’on étoffe un peu les diverses intrigues. Mais il possède un charme et des atouts indéniables. Il faut que j’ajoute que le charme des deux héros n’est pas non plus étranger à mes émois…
Pour l’anecdote, l’armée israélienne n’a pas soutenu le film, mais pas parce qu’il s’agissait d’une relation homosexuelle entre deux militaires. Non, simplement car une relation entre deux soldats de grades différents est inconcevable. Mouaaaarf !
À noter aussi que le coup de la « Playstation hongroise » est assez irrésistible.

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L'avis d’Alex :

Quelques années avant le magnifique Tu marcheras sur l'eau qu'il est criminel de ne pas avoir vu, Eytan Fox avait réalisé ce petit film que l'on peut enfin voir à Paris au cinéma Quartier Latin (le film est aussi disponible en DVD).

Yossi et Jagger
traite de l'histoire d'amour entre deux hommes de l'armée israélienne dans un poste frontière. Tout comme dans Tu marcheras sur l'eau, Eytan Fox mêle une histoire d'individus à l'histoire des peuples, de la fraternité ou de l'amour qui naît dans un contexte de guerre ou de haine. Évidemment Yossi... n'est pas aussi abouti que Tu marcheras... (que je n'hésite pas à qualifier de chef d'œuvre). Le film possède de nombreuses faiblesses (réalisation pas toujours maîtrisée, scénario hyper classique, musique et chansons un peu trop présentes) mais qui font aussi le charme des premières oeuvres.

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Ces défauts ne doivent cependant pas retirer au film ce qui fait sa valeur. En voulant parler d'une histoire d'homosexualité au sein de l'armée israélienne, Eytan Fox s'est attaqué à un tabou. Ce qui est admirable, c'est que le film peut paraître dérangeant pour certains mais qu'il n'est jamais provocant. Loin de tout désir de polémique, Eytan Fox recherche l'émotion brute. Ce que l'on lit sur le visage des personnages c'est la frustration, le désir, la recherche d'amour et l'envie de paix qui font surgir la lumière et la chaleur dans l'univers glacial du poste frontière. À tout cela se greffe une petite parabole sur la vanité des hommes et de leurs actions et sur l'absurdité des guerres (à aucun moment on ne voit ni ne devine l'ennemi – les soldats se battent contre rien). Comme dans Tu marcheras... ce propos n'est pas martelé à grand renfort de violons mais tient plus de la constatation désabusée. Et au delà de tout, si le film parvient à nous faire verser quelques larmes, c'est bien à cause de cette histoire d'amour « comme dans les films hollywoodiens » et du dernier sourire de Yossi qui sait qu'il a été le seul à connaître et aimer Jagger.

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par Arnaud Gallay, Matoo & Alex publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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Vendredi 10 août 2007
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par Daniel C. Hall publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses communauté : BLOGS GAY
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