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Lundi 27 août 2007

 

DSCF1430.JPG Casablanca by night en flou artistique (c) Zanzi


Ceci est une parodie de la chronique de M’sieu Daniel, pour narrer avec mon style à moi que j’ai mon bref et récent séjour à Casablanca.

1ère nuit (du vendredi 10 au samedi 11 août)

J’ai bousculé mes habitudes pour goûter aux joies (croyais-je… quel naïf !) de l’incognito en voyageant low-cost avec la plèbe. Quelle erreur ! Je suis parti de l’aéroport du roi Charles avec une compagnie quelconque au nom débile : Jet4You. Le seul jet for you (and me) que je pratique, c’est l’éjaculation. Premier ennui technique dans la « zone stérile » ou une énooooorme grosse belge très laide a commencé à m’asticoter quand ma petite valise rouge (made in USSR), que j’emmenais en cabine, a fait du bruit en passant au contrôle. Le collègue de la grosse vache, un type au demeurant pas moche, m’a emmené dans une espèce de « cabine d’essayage » pour une fouille au corps. L’idiot n’en a même pas profité pour me faire passer un moment agréable. Ensuite la grosse a demandé si elle pouvait ouvrir ma valise. J’ai accepté. Nouvelle erreur ! J’aurais dû répondre à cette loutre jamais baisée que les conventions de Vienne lui interdisent de me faire subir le traitement des gens du commun. Je suis une Altesse Intergalactique !!! Cette bougresse a vidé ma trousse de toilette de presque tous ses éléments : parfum Kenzo (cadeau de ma belle-sœur, snif…), huiles et crèmes solaires, etc., jusqu’au tube de dentifrice. Tout ça à cause de ces maudits terroristes qui trouvent le moyen de transporter des matières dangereuses dans les objets les plus anodins ! Après ce vol qualifié de mes effets personnels, vint le vol proprement dit dans un misérable Boeing 737 – bon pour la casse – qui pouvait faire craindre le pire. Et le pire est arrivé : une intolérable douleur à l’approche de l’atterrissage, qui a commencé dans l’oreille pour se répandre dans la mâchoire puis dans le crâne. Je n’avais pas connu un tel calvaire depuis le siècle dernier !

1er jour (samedi 11 août)

Ma sœur adoptive m’emmène à la plage. Nous allons à Mohammedia, station balnéaire des Marocains qui font du tourisme au Maroc. Dans l’appartement, je retrouve ses filles. Peu de garçons dans les parages, ma sœur n’a eu que des filles. Mon bébé Mayman est un petiot de 3 ans qu’elle a adopté à la marocaine. Heureusement, il y a là son neveu qui a beaucoup changé en un an, il arbore une coupe punk (c’est revenu à la mode ce truc ?). Il y a aussi un autre garçon de son âge (16-17 ans) : c’est le fils de la bonne. Mmmm… il a l’air bon le fils de la bonne. Les garçons m’emmènent à la plage et là j’ai de nouveau 17 ans (normal, ces chéris adorables m’ont donné dix ans de moins ! ils sont mimiiiiiiiiis). Le sable est brûlant au soleil de midi, et il faut négocier pour obtenir un parasol. Ma blanche peau rougirait de honte sous les rayons d’Amon-Râ. Principe de précaution : je me baigne en t-shirt. Après la pause déjeuner, retour à la playa vers 4 heures de l’après-midi. J’accepte de me défaire enfin de mon t-shirt et les garçons m’obligent à jouer dans l’eau avec eux. C’est une course-poursuite à trois qui tourne au jeu nautique limite homo-érotique. Le neveu a l’idée curieuse de vouloir ôter son maillot de bain au fils de la bonne… avec mon aide. Je maintiens la victime à moitié consentante pendant qu’elle se débat, ce qui donne lieu à des attouchements au bon endroit. Après la blancheur de ses fesses contrastant avec le bronzage, j’ai eu la vue plongeante sur son kiki mis à l’air, battu par les vagues de la marée basse. Un millier de bronzeurs et de surfeurs font semblant de ne rien voir. C’est viril, c’est maghrébin, ce n’est rien. Ce sont trois ados qui s’amusent dans l’eau…

2e nuit (du samedi 11 au dimanche 12 août)

Retour à Casablanca. Nuit calme et paisible dans la chambre de la fille aînée qui est partie à Marrakech avec une amie française. C’est vraiment l’auberge espagnole chez ma sœurette.

2e jour (dimanche 12 août)

Réveil en douceur. Les bonnes (elles sont 3) s’affairent dans la cuisine. Nous partons en famille déjeuner à l’extérieur. J’attends M., un ami de Fès qui a promis de m’emmener en ballade dans le Moyen Atlas. Chouette, je vais pouvoir passer deux jours loin du gynécée. Pas de bol : il m’annonce que le trekking est annulé pour cause de rupture de canalisation dans le village. Je ne peux pas échapper à la malédiction du harem. Ma sœur est inquiète : un homme de plus dans le sérail, c’est un loup dans la bergerie. Je la rassure, je tiendrai M. en laisse. Ma sœur a-t-elle trop regardé la série préférée de ses filles qui passait sur M6 l’an dernier ?

3e nuit (du dimanche 12 au lundi 13 août)

Nuit de canicule. Il fait 40° dans la chambre. Sont-ce les effluves du whisky de Daniel qui parviennent jusqu’à moi, ou s’agit-il de la présence de M. ? Anyway, le thermomètre a explosé deux fois.

3e jour (lundi 13 août)

M. fait ses bagages pour retourner au bled. Nous allons faire des courses et manger une pizza (c’est original). Je l’emmène à la gare routière et rentre en ville où je vais me promener au Kissariat. Je salue les commerçants qui reconnaissent « le prince Selim » (c’est mon nom au Maroc). Amdullah ! Comme les sultans ottomans, j’aime me promener dans les souks à la rencontre des vrais gens. Le soir, projection d’une vidéo familiale dans le salon d’apparat. C’est plein de youyous et de falbalas. Je suis dans un harem, je vous le rappelle.

4e nuit (du lundi 13 au mardi 14 août)

J’ai manqué dormir à la belle étoile. La fille aînée de ma sœur et son amie sont déjà revenues de Marrakech. Heureusement, je suis dans un pays civilisé où l’homme a encore la préséance sur les femmes. Celles-ci s’en vont docilement dormir dans le salon. Amdullah !

4e jour (mardi 14 août)

Je peux enfin m’échapper au café du coin pour faire une pipe parfumée à la pomme. Croyez-moi sur parole, rien ne vaut une bonne pipe en ce bas monde.

5e nuit (du mardi 14 au mercredi 15 août)

Nuit agitée par des rêves idiots. J’ai envie de faire exploser le thermomètre mais il ne fait plus aussi chaud que la veille de la veille avec Zanzi.

5e jour (mercredi 15 août)

Road-movie jusqu’au hammam avec le neveu de ma sœur. Il me prend en croupe sur son scooter, sans casque ni aucune protection, et surfe entre les véhicules qui rendent la circulation à Casablanca si folklorique. Ma mère crèverait d’une attaque de trouille si elles nous voyaient en ce moment. Au hammam, j’ai droit au masseur mignon et bien foutu. Sous son caleçon, je devine une belle bite côté face et côté pile, un beau petit cul serré et bien ferme. Le bougre bride sa sensualité et a hâte de terminer le massage pour s’en aller décompresser sur sa litière. Quand il se relève, il ne peut dissimuler une belle érection. Quel gâchis ! Le soir, je vais à la pâtisserie faire des folies pour offrir un goûter royal à mes hôtes. Biscuits aux amandes et à la fleur d’oranger obligatoires. Ces dames ont de quoi grossir pour une semaine.

6e nuit (du mercredi 15 au jeudi 16 août)

Je me pose une question existentielle : est-ce que je ronfle ?

6e jour (jeudi 16 août)

Premier levé. Ma sœur m’envoie faire les courses pour le petit déjeuner. Est-ce le jour de congé de la bonne ? J’en profite pour m’acheter une chemise repérée la veille dans une boutique de prêt-à-porter. Les heures filent à toute allure et déjà il nous faut aller à l’aéroport. Mayman pleure de me voir partir. Mon petit garçon n’a que trois ans. Je reviendrai l’an prochain pour la grande fête de sa circoncision, incha Allah !



Pour lire le précédent épisode de Zanzi and the City, cliquez ici.
 
par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gay-friendly
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Lundi 27 août 2007


KIMLOGOGF-copie-1.png


Premier article d'une série consacrée à la place des gays et des lesbiennes dans la société française par
Kim, 31 ans
. L'analyse de sondages permet de faire un point sur l'homophobie en France.




En cette période de campagne électorale [Ce premier article date du 11 avril 2007. Note de Daniel] où la question des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) s’impose progressivement aux candidats à propos du mariage et de l’adoption notamment, où l’on voit de plus en plus d’homosexuel(le)s réels ou fictifs dans les médias, où des histoires de coming-out qui se terminent bien se multiplient ici même sur ce forum [Celui de Et alors. Note de Daniel], on constate aussi depuis quelques années une augmentation de la médiatisation des propos, actes et agressions homophobes, dont même les journaux télévisés ou le forum se font aussi de plus en plus souvent écho.
Ces évolutions contradictoires nécessitent donc de faire une mise au point sur l’évolution de l’homophobie en France, ou pour faire un titre plus positif, sur l’évolution de la tolérance et de l’acceptation des gays et des lesbiennes en France.


L’homophobie recule en France.


Document 1

Pour mesurer l’évolution de l’opinion de la population au sujet de l’homosexualité, on peut se baser sur une série de sondages qui interrogent les Français depuis une trentaine d’années (document 1). Ce sondage montre la montée progressive de l’opinion que « l’homosexualité est une manière acceptable, ou une manière comme une autre, de vivre sa sexualité », passant de 24 % en 1973 à 78 % en 2006. Cette progression s’est faite au détriment des deux préjugés à l’époque largement ancrés dans les esprits, à savoir que l’homosexualité était soit une maladie, soit une perversion. Il y a donc plutôt de quoi se réjouir.

Il est toutefois dommage de ne pas connaitre pour le coup l’évolution des opinions considérant l’homosexualité comme une maladie ou une perversion. En effet, l’année 1997 marque une rupture statistique, suite à l’arrêt du sondage dans sa forme de questionnement après cette date. Cette rupture s’explique premièrement par le fait que l’homosexualité n’était plus officiellement considérée comme une maladie mentale en France dès 1981 et par l’Organisation Mondiale de la Santé en 1993. Elle s’explique deuxièmement par l’adoption en 1999 du PaCS, qui avait été précédé par de nombreux débats sur l’homosexualité en France au sein de la population, et qui avait grandement changé les problématiques de questionnement sur l’homosexualité, faisant entrer ce sujet dans la modernité. D’une certaine manière, il était donc normal d’arrêter de proposer ces deux types de réponses, entérinant les changements de mentalités de la société française.

Mais je persiste à dire dommage, car on peut se demander dans quelle mesure s’est faite la montée de l’opinion que « l’homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité », au détriment des deux autres opinions plaçant l’homosexualité comme une anormalité dans le cadre médical ou moral : ont-elles chuté toutes les deux dans les mêmes proportions, ou l’une d’elles résiste-t-elle mieux que l’autre ? Mystère… Car si nous pouvions constater une nette diminution de l’opinion que « l’homosexualité est une maladie que l’on doit guérir », passant de 42 % en 1973 à 23 % en 1997, accompagnant ainsi l’enlèvement officiel de l’homosexualité de la liste des maladies mentales par les législateurs et l’OMS, il n’en est pas de même pour l’opinion que « l’homosexualité est une perversion sexuelle que l’on doit combattre », qui n’a finalement que peu régressée entre 1973 et 1997, ne passant que de 22 % à 17 %. Ce qui peut inquiéter dans le contexte actuel de la montée de l’intégrisme religieux.

Quoiqu’il en soit, la conclusion principale de cette série de sondages reste quand même le recul de l’homophobie déclarée au sein de la population française. En soit, il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle. Mais en fait, les choses sont plus compliquées que cela…


Mais il existe un gros décalage entre l’acceptation et la tolérance des homosexuels au sein de la société française.

Document 2

Deux sondages, l’un réalisé par IFOP et publié dans le quotidien Le Monde du 22 juin 1996, l’autre réalisé par IPSOS et publié dans le mensuel Têtu de mars 2004, ont notamment sondé l’opinion de la population par rapport aux démonstrations d’affection en public d’un couple homosexuel. Certes les questions ne sont pas posées de la même manière, mais on peut constater que la proportion des personnes non choquées en 1996 ou non réticentes en 2004 a progressé, passant de 36 à 55 %.

Mais ce que l’on constate surtout, c’est que la proportion de personnes non réticentes aux baisers gays ou lesbiens échangés en public (55 % en 2004 donc) ne correspond pas du tout à la proportion de personnes déclarant dans le précédent sondage que l’homosexualité est une manière comme une autre de vivre sa sexualité (je rappelle : 78 % en 2006). Une contradiction ? En fait, ce gros décalage, d’une bonne vingtaine de points, ne peut s’expliquer que par le fait qu’il existe une différence marquée entre tolérance et acceptation des gays et des lesbiennes par la population française.

La notion d’acceptation des personnes LGBT implique les notions de liberté et d’égalité, d’absence de pensée qu’il existe des différences fondamentales entre hétérosexuels et homosexuels, différences qui empêcheraient ces derniers, d’une part, de vivre comme ils le souhaitent, d’autre part, d’être traités de la même manière que le reste de la population, et donc par exemple de pouvoir montrer comme tout le monde son amour en public.

La notion de tolérance retient bien évidemment l’idée de liberté (d’exister donc), mais aussi par contre l’idée de différence, c'est-à-dire la pensée que la différence d’orientation sexuelle est suffisamment importante pour justifier un regard différent, un traitement inégalitaire. Pourquoi persiste cette idée de différence ? Nous y reviendrons bien plus longuement dans un autre article. Mais pour faire vite, si vous parcourez des forums de discussions sur internet, et que vous regardez des topics consacrés à des questions liées à l’homosexualité ou aux droits des homosexuels, on retrouve souvent l’idée de la part de ces personnes, qui disent que les homosexuels ont le droit d’exister et de vivre comme ils le souhaitent, que l’homosexualité est anormale, une anomalie de la nature, un « choix » inapproprié, etc… Ces idées, liées le plus souvent à l’ignorance ou la désinformation, justifient alors pour eux d’un traitement différent, qu’ils n’appellent pas d’ailleurs discrimination. Ainsi, ils estiment que l’homosexualité doit rester une affaire privée, qui ne s’affiche pas en public. On est donc loin ici de l’idée d’égalité. Certains parleront d’homophobie cachée ou inconsciente.

À partir de ce constat, une question se pose : quelle est la part des personnes qui acceptent les homosexuels et celles des personnes qui les tolèrent ? Si on recoupe les deux séries de sondages, on pourrait dire, à titre très grossier et indicatif, que :
- 55 % de la population adopterait une attitude d’acceptation ;
- 23 % de la population adopterait une attitude de tolérance ;
- 22 % de la population adopterait une attitude intolérante (ou homophobe).

Mais en fait la question est bien plus complexe : s’inquiéter de ce que font des personnes inconnues est une chose ; constater ce qui peut se passer dans son entourage proche en est une autre…



La société a pour l’instant plus une attitude de tolérance qu’une attitude d’acceptation…

Document 3

Document 4

Cette troisième série de sondages demande à des personnes depuis une trentaine d’années quelle serait leur réaction si leur fils était homosexuel. Il est à noter qu’il existe un sondage similaire posant comme question « si vous appreniez que votre fille est homosexuelle, qu’elle serait votre réaction ? » (document 4), mais celui-ci a été beaucoup moins régulier puisque nous ne disposons que de deux dates (1981 et 2000), ce qui n’est quand même pas très pratique pour en exploiter en détail les résultats. Mais à dates comparables, les chiffres sont à quasiment similaires. Ce sondage propose aux sondés quatre propositions :
- une proposition très tolérante : « cela ne me gênerait pas ».
- une proposition relativement tolérante : « cela me ferait de la peine mais je le laisserais vivre comme il veut »
- une proposition relativement intolérante : « si possible je chercherais à le faire changer »
- une proposition très intolérante : « je serais profondément choqué et je ferais tout pour le faire changer »
De cette série de sondages, on peut tirer deux constatations.

La première constatation est que l’acceptation de l’homosexualité est bien plus facile dans la théorie que dans la pratique. Ce sondage nous enseigne en effet qu’à l’heure actuelle il est bien plus dur pour une grande partie de la population d’accepter l’homosexualité d’un membre proche de la famille, comme son enfant par exemple.

Ainsi, en 2006, seuls 32 % des sondés déclarent qu’apprendre l’homosexualité de leur fils ne les gênerait pas. Ce chiffre de 32 %, très inférieur à celui des 55 % qui ne se déclaraient pas réticentes aux baisers d’un couple homosexuel en public, montre donc là encore un gros décalage de plus d’une vingtaine de points. En tout cas, ce chiffre de 32 % correspond au minimum de l’adoption d’une attitude d’acceptation au sein de la population, attitude qui doit probablement être compris entre 32 % et 55 % (ce dernier chiffre correspond, je le rappelle, aux sondés qui ont déclaré ne pas être réticents face à un baiser en public d’un couple homosexuel).

Une minorité, mais c’est déjà trop, c'est-à-dire 9 % des sondés, se déclare profondément choqués s’ils apprenaient l’homosexualité de leur fils et qu’ils feraient tout pour le faire changer. C’est dans cette catégorie que l’on rencontre probablement le plus de parents qui expulsent leur enfant homosexuel du foyer familial, même si celui-ci est mineur, ou coupent tous les ponts. Il s’agit ici clairement d’homophobie. Le chiffre de 9 % correspond donc au minimum d’homophobes en France, chiffre qui doit être compris entre 9 % et 22 % (ce dernier chiffre correspond aux sondés qui n’ont pas répondu que l’homosexualité est une façon comme une autre de vivre sa sexualité – voir document 1). Le cumul des deux dernières réponses de ce sondage, pas forcément très tolérantes, soit 16 %, appartient à cette large fourchette, et peut donner une hypothèse moyenne.

Mais en fait, la majorité de la population, soit 51 %, déclare qu’apprendre l’homosexualité de leur fils leur ferait de la peine, même s’il le laisserait vivre comme il veut. Pour 9 % des sondés, la peine serait si profonde qu’ils chercheraient si possible à le faire changer. C’est là que l’interprétation de ces chiffres se complique. Est-ce que ces deux types de réponses correspondent à une attitude tolérante ? Difficile à dire en fait car la formulation de la deuxième proposition de réponse utilise le mot « peine ». Ce simple mot peut à lui seul faire varier les interprétations. En effet, la peine possible ressentie lorsque certains apprennent l’homosexualité de leur enfant peut avoir des causes multiples. En lisant des forums de discussions sur internet, on peut en relever plusieurs types.

Il peut il y avoir par exemple la peine de ne pas pouvoir avoir (pensent-ils) des petits enfants, ou la peine de penser que la vie de leur enfant sera plus dur, voir qu’il risque d’être malheureux (à cause de l’homophobie de la société) : la peine est ici la conséquence d’un deuil de l’idée d’une lignée, ou d’une angoisse, d’une crainte, d’une inquiétude, pour le bonheur de l’enfant. Avec cet état d’esprit, on peut comprendre que certains éprouve de la peine mais laisserait leur enfant faire sa vie comme il l’entend, ou que d’autres si possible chercheraient à le faire changer, dans l’idée de le protéger de la société (mais arrêteraient lorsqu’ils se rendraient compte que cela n’est pas possible).
À mon sens, il s’agit donc de cas correspondant à une forme d’acceptation (même si elle est un peu douloureuse au début).

Mais il peut il y avoir aussi la peine d’avoir fait un enfant considéré comme « anormal », dans le sens où il ne respecte pas l’ordre établi, qu’il soit naturel ou sociétal, ou dans le sens médical, ou encore moral : la peine n’est donc ici pas une inquiétude pour l’enfant, comme dans les cas précédents, mais un regard par rapport à l’environnement sociétal. Là, on peut à mon avis parler dans ce cas de tolérance, quelque soit l’attitude du parent, à savoir le laisser vivre comme il le souhaite, ou de chercher si possible à le faire changer, attitude qui traduit d’ailleurs une totale méconnaissance de ce qu’est l’homosexualité. On peut même parler d’homophobie pour une partie de ceux qui ont répondu « si possible je chercherais à le faire changer » mais qui, réalistes, ne se font pas d’illusion malgré leur conception rétrograde de l’homosexualité.

On le voit, il est difficile ici d’estimer le nombre de personnes tolérantes. A moins de faire une soustraction par rapport aux estimations précédentes données, mais cela donne une fourchette tellement large, entre 32 % et 59 %, qu’elle en est inutilisable. Elle semble en tout cas majoritaire.



Mais l’acceptation progresse désormais au dépend de la tolérance !

La seconde constatation de cette série de sondages est bien plus positive : l’attitude d’acceptation est en progrès continu en France.
En analysant l’évolution des réponses du sondage, on peut ainsi constater que :
- de 1973 à 1984, les attitudes tolérantes progressent nettement (19 % en 1973, 42 % en 1984) au détriment des attitudes intolérantes, même si ces dernières restent encore majoritaires (72 % en 1973, 53 % en 1984).
- la suite de la décennie 1980’ voit une stagnation des différentes opinions, comme si la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 avait figé ensuite le débat et les mentalités.
- les années 1990’ marque la reprise de la progression des attitudes tolérantes, qui cette fois-ci deviennent très nettement majoritaires (80 % en 2000) au dépend des attitudes intolérantes (18 % en 2000).
- les années 2000’ marquent l’arrêt de l’érosion des attitudes intolérantes qui stagnent aux alentours des 16-20 %. Par contre, un basculement s’opère au sein des attitudes tolérantes, puisque la baisse de l’opinion « cela me ferait de la peine mais je le laisserais vivre comme il veut » (passant de 64 % en 2000 à 51 % en 2006) s’explique par la montée en puissance de l’opinion « cela ne me gênerait pas » (passant de 16 % en 2000 à 32 % en 2006).

Si on peut se réjouir de ce basculement vers une attitude bien plus positive et très tolérante, qui n’est toutefois pas encore majoritaire, on peut s’interroger de l’arrêt de la baisse des opinions intolérantes : est-ce une simple phase de stagnation comme durant les années 1980’, ou un réel plancher de la tolérance en dessous duquel on ne pourra descendre ? Le temps nous le dira. Et pour quelle raison cette intolérance persiste ? Est-ce parce que l’homosexualité est toujours considérée comme une maladie ou une perversion par ce cinquième de la population ? Et dans quelles proportions respectives ? Nous manquons hélas de statistiques pour y répondre, même si les propos que l’on peut recueillir sur des forums de discussions sur internet montrent que certains le pensent encore.



En conclusion :


Nous retiendrons tout d’abord que l’homophobie au sein de la population régresse en France. On peut grossièrement évaluer la proportion de réels homophobes entre 9 et 22 % en France, soit grossièrement entre 1 à 2 personnes sur 10 en 2006, contre probablement 7 à 8 personnes sur 10 en 1973 (estimation tirée des sondages montrant qu’en 1973, 76 % ne considéraient pas l’homosexualité comme une manière acceptable de vivre sa sexualité, et que 72 % n’accepteraient pas facilement l’homosexualité de leur fils).
Nous retiendrons ensuite que l’acceptation pleine et entière des homosexuels progresse en France. Pour chiffrer cette proportion d’attitude d’acceptation dans la population, on peut prendre pour hypothèse basse la part des personnes acceptant pleinement l’homosexualité de leur enfant, qui est passé de 3 % en 1973 à 32 % en 2006. L’hypothèse haute est plus difficile à cerner, mais on peut prendre la proportion de personnes ne se déclarant pas réticents à un baiser en public d’un couple homosexuel, soit 55 % en 2006. Ainsi, on pourrait dire qu’approximativement, entre 3 et 5 personnes sur 10 acceptent pleinement les homosexuels en France.
Nous retiendrons enfin que cette progression de l’acceptation des homosexuels en France s’est faite bien sûr au dépend des homophobes, mais aussi, et surtout aujourd’hui, ce qui est nouveauté, des personnes simplement tolérantes (entre 3 et 6 personnes sur 10 en France), qui n’acceptent qu’en partie l’homosexualité et les homosexuels.

Ainsi, les personnes LGBT sont de plus en plus et de mieux en mieux acceptées par la population. Le sont-elles pour autant par la République française ? C’est ce que nous verrons dans notre prochain article.



Petite bibliographie :

* Sondage « Pour vous l’homosexualité est-ce plutôt… »
- données de la SOFRES pour les années 1973, 1981, 1987, 1997
http://www.ambafrance-us.org/fr/aaz/pdf/pacs.pdf
- données d’IFOP pour les années 1986 et 1996. Attention, à dates correspondantes, les résultats ne correspondent pas à ceux de la SOFRES car l’IFOP a proposé comme réponse tolérante la proposition « une manière comme une autre de vivre sa sexualité » au lieu de « une manière acceptable de vivre sa sexualité », ce qui fait baisser le nombre de réponses tolérantes (comme quoi la formulation d’une question et de ses réponses est importante)
http://www.ifop.com/europe/sondages/opinionf/homo.asp
- données à priori provenant d’IFOP pour les années 1995, 1998, 2001
http://www.media-g.net/detail.php?id=IPUEBEEYAC
- données d’IFOP pour l’année 2006
http://www.lesechos.fr/medias/2007/0206//300139765.pdf

* Sondage sur la réaction face à la démonstration d’affection en public par un couple homosexuel.
- données d’IFOP pour 1996 (publié dans le quotidien « Le Monde » du 22 juin 1996)
http://www.ifop.com/europe/sondages/opinionf/homo.asp
- données d’IPSOS pour 2004 (publié dans le magazine « Têtu », n° 88, mars 2004).
http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1310.asp
http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/poll/7893.asp

* Sondage « Si vous appreniez que votre fils est homosexuelle, quelle serait votre réaction ? »
- données de la SOFRES pour les années 1973, 1981, 1984, 1987, 1997, 2002, 2006
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/220606_mariagehom_r.htm#1
- données de la SOFRES pour l’année 2000.
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/190500_femmes.htm

* Sondage « Si vous appreniez que votre fille était homosexuelle, quelle serait votre réaction ? »
- données de la SOFRES pour les années 1981 et 2000.
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/190500_femmes.htm
par Kim publié dans : LES ARTICLES DE KIM communauté : Gay-friendly
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Lundi 27 août 2007
par Daniel C. Hall publié dans : WEBSERIE : NOUS TOUS communauté : BLOGS GAY
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Lundi 27 août 2007


Fiche technique :

Avec Yaniss Lespert, Pierre Mignard, Rodolphe Pauly, Jérémie Lippmann, Marie Bunel, Dominic Gould. Réalisation : Christophe Honoré. Scénario : Christophe Honoré, Diastème. Image : Rémy Chevrin. Musique : Alexandre Beaupin.
Durée : 90 mn. Disponible en VF.



Résumé :

Marcel est un enfant de 11 ans. Un soir, il entend un secret : son frère Léo a contracté le virus du sida. Marcel est le plus jeune d’une fratrie de quatre, ils ont toujours été proches, heureux, complices. Ce drame soudain vient jeter une ombre au sein de cette famille unie. Les parents ont imposé ce secret pour protéger Marcel, pour se protéger eux aussi, faire comme si tout était normal. Mais il n’en est rien, la tension est palpable, et Marcel se rebelle contre le non-dit, il ne veut pas être écarté de son frère même dans le drame.

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L'avis de
Jean Yves :
C’est l’histoire d’un enfant, Marcel, qui allait faire la bise à ses parents avant de se coucher, mais il s’arrête dans les escaliers et entend un secret. Ce secret on a pu le découvrir dans Tout contre Léo livre pour la jeunesse écrit par Christophe Honoré et édité par « L’Ecole des Loisirs », puis M6, pour sa collection « Carnet d’Ado » a demandé à l’écrivain de mettre en image son roman. Les enfants ont pu lire le livre, mais les téléspectateurs français n’ont pas encore eu le loisir de voir ce très beau téléfilm - qui a pourtant été adoubé par tous les festivals où il est passé, et qui est aujourd’hui sorti en DVD dans de nombreux pays (USA, Allemagne, Espagne…) - à cause d’une scène jugée trop osée entre deux hommes, que le réalisateur a refusé de couper à la demande de M6.

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« C’est très énervant de voir que l’homosexualité à la télévision passe s’il n’y a pas d’homosexualité. Dès qu’on veut parler du désir, du corps, et de cette sensualité un peu différente, les gens se crispent et pensent – comme M6 – que c’est susceptible de choquer les gens. » Christophe Honoré.

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Pourtant ce téléfilm n’a rien de polémique. Il relate l’histoire de Léo, 20 ans, il est beau, il a trois frères, il est gay, ses parents l’aiment. Mais Léo apprend qu’il est séropo, et comme c’est grave on ne dit rien à son plus jeune frère, Marcel (11 ans) pour le protéger. On ne sait pas qu’il a tout entendu, et devant ce non-dit, Marcel se rebelle contre l’attitude des adultes. Ce film âpre et émouvant traite de la place de la maladie au sein d’une famille unie, une famille qui doit se préparer à l’inacceptable, faire face à la violence de la mort qui semble si injuste lorsqu’elle touche un jeune de 20 ans. Le sujet est abordé avec justesse. Il évoque les maladresses, les émotions, les élans du cœur autant que la douleur, avec un humour et un style désinvolte toujours pudique.

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Tout contre Léo touche au cœur car ni démagogique, ni mélodramatique, cette histoire demeure avant tout profondément humaine. Christophe Honoré dit ne pas avoir d’imagination et que tout lui vient de sa vie, de la vie des gens qui l’entourent, ainsi que de l’observation. Cette vérité du quotidien, la finesse du regard porté sur cette famille donnent une grande force au film, elle met à nu le spectateur qui ne peut que se laisser porter par l’émotion. Peut-être aussi que la beauté du film réside dans le fait qu’il ait été écrit pour quelqu’un, et que dans ce cas il n’y a pas de faux semblants possibles. « J’avais cette histoire, je voulais dire à quelqu’un qui était en train de mourir de cette maladie-là que je n’arrivais pas à l’aider, et cette personne-là je voulais lui dire ça, que j’étais là. »

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Une des gageures de Tout contre Léo est le portrait que Christophe Honoré donne de Marcel, le plus jeune frère, il y excelle particulièrement à décrire le monde d’un enfant tel qu’il est réellement, un univers débarrassé des poncifs habituels, un enfant avec ses interrogations, son parler vrai et sa franchise qui se heurte au monde des adultes. Il est des drames que les enfants ne peuvent ni ne veulent ignorer. Marcel ne veut pas être séparé de son frère par un mensonge, même si c’est pour son bien. Ce film est la première réalisation de Christophe Honoré, avant 17 fois Cécile Cassard, et déjà on trouve tout le talent de mise en scène qu’on lui connaît. Une réalisation inventive mais sobre qui réussit par une suite de tableaux de la vie quotidienne à rendre captivant ce sujet délicat. Christophe Honoré n’a pas peur des silences, ni des temps morts. Il ne cherche pas à dire l’indicible, il le montre. L’image en demi-teinte, comme une bougie qui vacille, parle d’elle même, à cela une économie des dialogues afin de se concentrer sur une contemplation poétique, étrange et sombre qui touche par instants au sublime.

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L’avis de Polo :
Que dire de ce film si ce n’est qu’il est magnifique. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître que réussit l’écrivain Christophe Honoré puisqu’il s’agit de son premier film avant la réalisation de deux autres drames : Dix-sept fois Cécile Cassard et Ma mère. À noter qu’il travailla également avec Gaël Morel sur le scénario de son film Le Clan.

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Jamais larmoyant, ce film grave explore d’une façon juste et sans fausse note les réactions d’une famille unie face à un drame qui les touche. Christophe Honoré explore avec pudeur les sentiments et les réactions d’un père, d’une mère ou d’un frère face à la maladie frappant un jeune de 20 ans à peine.
Aucune fausse note également du côté des acteurs, il faut néanmoins souligner la justesse du jeu de Yannis Lespert dans le rôle pourtant pas si simple de Marcel, le plus jeune frère qui fait passer les émotions de manière formidable.
La réussite de ce film tient principalement au fait qu’il évoque deux sujets tels que l’homosexualité et la maladie sans aucun tabou mais avec tout de même beaucoup de pudeur, loin de certains mélodrames comme on a déjà pu en voir. C’est ce qui fait son originalité et qu’on en tire une bonne leçon de vie tellement on se sent proche de cette fratrie.

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On ne peut s’empêcher de se mettre à la place du petit Marcel et on se rappelle, si on les avait oublié, des valeurs importantes telles que l’amour et la solidarité. On a envie de dire à nos proches qu’on les aime, qu’ils comptent pour nous, ces petites choses si importantes mais qu’on ne dit jamais lorsque tout va bien, ces petites choses auxquelles on pense lorsque le temps nous est compté.

Pour plus d’informations :
Site de Christophe Honoré

par Jean Yves & Polo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gay-friendly
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