L'HISTOIRE ET LA CULTURE DES FILLES QUI AIMENT LES FILLES ET DES GARÇONS QUI AIMENT LES GARÇONS...






L'auteur :
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L'avis de Matoo :
J’avais un peu commencé à l’envers avec Renaud Camus en lisant d’abord le Lac de Caresse avant ce monument de la littérature gay qu’est Tri
Je comprends qu’à l’époque ce truc a du vraiment choquer, et être considéré comme de la pornographie. Donc les divers préfaces ou notes liminaires devaient affirmer la valeur littéraire intrinsèque d’un tel ouvrage, ce n’était ni de la pornographie, ni des récits érotiques, ni sociologiques ou romanesques. Il s’agit d’une suite de textes qui racontent le plus froidement et chirurgicalement possible des rapports sexuels fugaces entre hommes, et rédigés selon les souvenirs, parfois parcellaires, de l’auteur.
Je lis donc cela presque trente ans après, et surtout après la véritable émancipation des gays, après le SIDA et après Dustan et ses coreligionnaires. Donc ma première réaction quand j’ai commencé à lire ce bouquin fut de ricaner aux avertissements. C’est bien du cul dont ça parle, et de manière bien crue, mais tout va bien, ce n’est pas comme si j’étais une oie blanche. Donc aujourd’hui, on peut affirmer que ces récits ont une puissance sexuelle assez extraordinaire, et qu’ils ont une certaine portée sociologique pour qui s’intéresse aux pratiques des gays de l’époque. Evidemment, Renaud Camus évoque ses propres expériences, mais ne réduit pas sa vie à cela. Au contraire, il ne raconte que sa collection de Tri
J’ai d’abord pensé à Dustan, puisque ce dernier a aussi donné dans la description banale de ses actes sexuels. Mais clairement, l’objectif n’est pas le même, et le contexte fait énormément la différence, même si j’avais lu dans Dustan cette même volonté de s’exposer et de raconter sa réalité sans tabou, ni fioriture. Camus est dans une dimension parallèle lorsqu’il rédige et vit ses Tri
Ces récits montrent combien un homo de l’époque pouvait avoir de partenaires et de relations sexuelles. Enorme ! On voit là sur une période très courte, comment l’auteur rencontre et couche avec des dizaines et des dizaines de mecs, ce qui aujourd’hui est encore légion pour certains, mais manifestement moins qu’à cette époque.
Je ne vais pas m’appesantir sur les récits en eux-mêmes car ils sont un peu répétitifs et le scripte est assez redondant. On retiendra rapidement que Camus aime les bruns virils et poilus, bien foutus et versatiles, et que ces récits sont assez excitants évidemment (merci la lecture dans le métro…) mais vraiment pas faits pour cela (simple dégât collatéral). J’ai seulement retenu que je me sentais beaucoup plus proche de ses pratiques que de celles que j’ai pu lire dans les Dustan & Co. Camus est plus simple, naturel, bienveillant et cool en fait. Mais justement au bout de quelques histoires, on se met à guetter le changement, ou bien la petite inflexion qui en dit d’avantage, où l’auteur égare une miette supplémentaire qui en dit un peu plus sur lui-même.
Ce qui m’a beaucoup intéressé et amusé, c’est aussi le fait que l’écrivain ait revu sa copie lors des différentes rééditions (1978, 1982 et 1988), et qu’il ait alors mis à jour certaines informations. A la fin de chaque tri
Ce sont ces minimes variations dans cet enchaînement de textes qui m’ont plu, comme cette infime modification dans le motif musical d’un Glass ou d’un Reich qui retient l’attention et qui donne un plaisir dingue. J’ai apprécié aussi cette plongée dans la sexualité d’un pédé qui avait mon âge en 1978, et évidemment l’identification est immédiate et extrêmement stimulante (intellectuellement ?). Et si j’aime aussi une chose chez Renaud Camus, c’est bien ce mélange, incongru pour tout un chacun, entre un intellectuel, lettré à outrance que j’imagine aujourd’hui comme un homme plutôt bourge et respectueux, et un homo qui a assumé de placer ses relations sexuelles dans un bouquin et tout ce qu’elles ont pu provoqué de négatif dans son image par la suite. Mais bon, il n’avait peut-être pas imaginé leur impact. J’écris tout cela alors que je ne connais rien de ce mec, et donc je suis peut-être complètement dans le faux. Mais comme d’habitude, je livre le fruit de mon ressenti immédiat quelques trente minutes après avoir fermé le bouquin.
Pour plus d'informations :
Disponible chez P.O.L. (France)
Site de Renaud Camus
Site de la Société des lecteurs de Renaud Camus
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