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Lundi 24 septembre 2007
par Daniel C. Hall publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ communauté : Gay-friendly
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Dimanche 11 mars 2007
par Daniel C. Hall publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Samedi 10 mars 2007
par Daniel C. Hall publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Mardi 20 février 2007

par Stéphane RIETHAUSER



Le temps de la honte

Nous sommes à New York, dans les années 60. Partout dans l'Etat, il est interdit de servir des boissons alcoolisées aux homosexuels, illégal de danser entre hommes et strictement prohibé de se travestir. Mais au 53, Christopher Street, au cœur de Greenwich Village, le Stonewall Inn est l'un des seuls bars où les gays peuvent se retrouver, malgré les fréquentes descentes de police. Tenu par trois parrains de la mafia, le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle rapporte gros. Plus de 200 personnes se retrouvent le week-end et y avalent des cocktails frelatés. Chaque semaine, "Fat" Tony, le patron, graisse la patte des officiers de police du 6e district en leur remettant une enveloppe contenant 2'000 dollars. Ceux-ci organisent régulièrement des raids au Stonewall. Mais après les humiliations d'usage et quelques arrestations, ils tolèrent la réouverture du bar. Les clients, quant à eux, habitués aux ratonnades et aux insultes, gardent la tête basse et souffrent en silence. Le temps est à la honte. Les quelques organisations homophiles existantes de l'époque, parmi lesquelles la Mattachine Society, fondée en Californie dans les années 50, prônent la discrétion absolue et œuvrent en coulisses.

Craig Rodwell, un jeune homme de Chicago, débarque à New York au début des années 60. Immédiatement, il rejoint les rangs de Mattachine. En 1965, il organise la première manifestation homosexuelle devant le Capitole à Washington. Sous l'œil ahuri de la police et des passants, une trentaine d'intrépides encravatés défilent en silence avec des pancartes réclamant des droits pour les homosexuels. En 1967, Craig ouvre la première librairie gay au monde, le "Oscar Wilde Bookshop" sur Christopher Street, toujours en activité à ce jour.

Année après année, Mattachine répète l'expérience de la manifestation lors de chaque Fête de l'Indépendance à Philadelphie. Mais le désarroi de Craig augmente. Cette poignée de militants à l'allure proprette peut-elle faire bouger les choses ? Les revendications homos restaient lettre morte, et ce même dans le tumulte de la révolution estudiantine, des protestations contre la guerre du Viêt-nam, des revendications noires des Black Panthers, et des premiers pas de la lutte féministe. Les jeunes de la Nouvelle Gauche se refusaient à soutenir la cause gay. Et l'écrasante majorité des homosexuels eux-mêmes n'étaient disposés à sortir du placard à aucun prix.

Une descente de trop

Habitué du Stonewall, Craig, comme les autres clients, subissait les humiliations de la police sans broncher. Mais dans la nuit du vendredi 27 juin 1969, sur le coup d'une heure du matin, alors qu'il s'approche du Stonewall, Craig aperçoit un attroupement à l'extérieur du bar. Une nouvelle descente de police est en cours, la deuxième en moins de quinze jours. A l'intérieur, les flics sévissent plus brutalement que d'habitude. Le panier à salade attend devant l'entrée. Une à une, des drag-queens menottées montent dans le fourgon. Parmi elles, Tammy Novak, 18 ans, une figure emblématique du Stonewall. L'ambiance, cette fois, est électrique.
Le matin même, on a enterré quelques rues plus haut Judy Garland, l'idole de tous les gays. Et voilà qu'en sus de perdre leur star préférée, partie rejoindre son arc-en-ciel, les homos subissent une nouvelle humiliation. La foule, d'habitude silencieuse, commence à manifester. La colère monte, et quelques enhardis osent des insultes : "Sales flics ! Laissez les pédés tranquilles !" Des pièces de monnaie et des bouteilles de bière commencent à voler. Tammy reçoit des coups de matraque alors qu'elle est poussée vers le fourgon. Soudain, elle réplique en envoyant un crochet au policier.
A l'intérieur du fourgon, une autre drag-queen de 18 ans, Martin Boyce, donne un coup de pied dans la porte du van et fait tomber un policier. Deux autres drag-queens s'échappent, mais sont rattrapées et rouées de coups. A partir de ce moment, la foule devient hystérique. "Ordures !", "Putains de flics !", "Gay power !" entend-on hurler. Des briques font éclater la vitrine du bar. Des parcomètres sont arrachés, des poubelles mises à feu. La police, effrayée par la foule, se retranche à l'intérieur du bar. Les gays ont pris le contrôle de la rue. La rage est à son comble. En quelques minutes, les homos s'étaient révoltés.

Les unités anti-émeute ne tardent pas à arriver. Craig Rodwell téléphone immédiatement à la presse, qui dépêche aussitôt des reporters sur place. Les émeutes durent jusque tard dans la nuit. Il y a de nombreux blessés. Vers quatre heures du matin, la police reprend le contrôle de la situation.

Le lendemain, les trois grands quotidiens new-yorkais relatent l'événement. Dès le début de l'après-midi, une foule nombreuse se rassemble à nouveau devant le bar, et les affrontements reprennent de plus belle. Craig a dès le matin rédigé un tract : "Plus de mafia et de flics dans les bars gays !", et par écrit, prédit que les émeutes de la veille vont entrer dans l'Histoire.


Divisions internes

Pendant cinq jours, en intermittence, la bataille de rue continue. Dès lors, une frange de gays, Craig Rodwell en tête, cesse d'adopter le profil bas. Mais la majorité des homos ne voit pas ces événements d'un bon œil - Mattachine en tête, qui fait inscrire sur les murs du Stonewall : "Nous les homosexuels demandons à nos gens de rester pacifiques et d'adopter une attitude tranquille dans les rues de Greenwich Village." Avec des travestis troublant l'ordre public, les stéréotypes étaient renforcés !

Le 4 juillet, après une nouvelle nuit d'émeutes, Craig Rodwell descend à Philadelphie pour la traditionnelle manifestation de la Fête de l'Indépendance organisée par Mattachine. Les affrontements de Stonewall avaient donné du courage à certains. Deux femmes se prennent la main. Mais le leader de Mattachine, Frank Kameny, soucieux de l'image irréprochable à donner, les sépare. C'en est trop pour Craig. A ce moment précis, il devient clair dans son esprit qu'une autre ère doit s'ouvrir. Finies les ridicules manifestations silencieuses cautionnant la honte - il est temps de passer à l'action et de se montrer au grand jour ! "Christopher Street Liberation Day !" pense-t-il. L'an prochain, il s'agira de commémorer les événements de Stonewall !

"Come out !"

De retour à New York, Craig se distancie de Mattachine, mobilise ses proches, et fonde le "Gay Liberation Front" (GLF). En décembre 1969 est créée une autre association, la Gay Activist Alliance (GAA). Du côté des lesbiennes, quelques tentatives pour monter des associations échouent. Mais les femmes, bien qu'en minorité, sont présentes dans le GLF. En parallèle, Craig met sur pied le comité d'organisation du Christopher Street Liberation Day. Foster Gunnison, un autre activiste, souligne les difficultés du comité à rassembler des gens : "Le problème principal est celui du secret et de la peur, l'incapacité des homosexuels à sortir du placard". Mais bien déterminés à faire vivre cette Christopher Street Liberation Day Parade, Craig et Foster font des appels à l'aide financière. Ils ne parviennent à récolter qu'un petit millier de dollars. Ils font faire des affiches - une quinzaine de jeunes gens marchant fièrement dans les rues avec le slogan "Come Out". Lorsqu'ils demandent finalement l'autorisation de manifester, les autorités exigent des garanties à raison de 1,25 million de dollars, et le chef de la police, Ed Davis, affirme publiquement qu' "accorder un permis à ces gens serait incommoder les citoyens en permettant un défilé de voleurs et de bandits." L'American Civil Liberties Union (ACLU), une association frondeuse dans la lutte pour les droits des gays, porte l'affaire au tribunal. Quelques heures seulement avant le début de la manifestation, le dimanche 28 juin 1970, le juge accorde finalement l'autorisation en déclarant les exigences de garantie trop élevées.

Le lieu de ralliement était Washington Place au coin de la Sixième Avenue. Peu avant deux heures de l'après-midi, quelques dizaines de jeunes gens se rassemblent. La nervosité est à son comble. Des centaines de policiers bordent l'avenue. La nouvelle circule que la veille cinq jeunes gays ont été tabassés à coups de batte de base-ball et se sont ensuite fait chasser du commissariat en étant menacés d'être inculpés pour "conduite immorale" s'ils portaient plainte. Personne ne sait si le cri de ralliement va être écouté. Personne ne sait à quoi s'attendre. Les flics ne bougent pas. Quelques insultes fusent, mais rien de plus. Petit à petit, quelques centaines de gays et de lesbiennes se rassemblent sous diverses bannières: "Gay Pride", "Gay is Good". Et à deux heures et quart, vêtus de leur T-shirts ornés du signe Lambda, morts de peur, mais n'ayant plus rien à perdre, ces garçons et ces filles s'élancent ensemble en brandissant le poing et en criant de toutes leurs entrailles : "GAY POWER !"

Au fil du parcours, d'autres homos viennent grossir les rangs des manifestants. Au total, près de deux mille gays et lesbiennes remontent la Sixième Avenue jusqu'à Central Park. A l'arrivée, des larmes de bonheur envahissent les visages de Craig et de ses amis. Ils avaient réussi leur pari. L'euphorie ! Unissant leurs forces, ils étaient finalement chacun parvenus à surmonter leurs peurs pour aboutir à cet inimaginable rassemblement sans heurts. Le premier de l'Histoire des gays et des lesbiennes - témoin d'un passé douloureux et espoir incertain d'un avenir meilleur.

Une étape clé

Les émeutes de Stonewall marquent-elles le début de l'émancipation homo ? Pas vraiment. En Europe, dès le XIXème siècle, des pionniers tels que le Suisse de Glaris Heinrich Hössli et l'Allemand Karl Heinrich Ulrichs osent les premiers revendiquer le droit d'aimer une personne de même sexe. Puis au début de ce siècle, le Berlinois Magnus Hirschfeld, certainement le plus grand activiste gay de tous les temps, lance le Comité Scientifique Humanitaire, puis l'Institut pour la Recherche Sexuelle et contribue au fabuleux mouvement de libération gay dans l'Allemagne de Weimar, avant que la barbarie nazie efface presque toutes les traces de son travail. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c'est de Zürich que résonnent les revendications homos, notamment à travers la publication de Der Kreis (Le cercle), la seule revue gay internationale jusqu'en 1967. Dans la mouvance de Mai 68 se créent en France le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR), et en Suisse le Groupe de Libération Homosexuelle de Genève (GLHOG). Mais les émeutes de Stonewall marquent à n'en pas douter une étape clé de l'émancipation gay. Elles sont la source et le symbole d'une révolution internationale, et sanctionnent le début de la véritable visibilité, un changement d'attitude radical : à la honte s'est enfin substituée la fierté gay, la gay pride.

Dès 1971, on assiste aux premières Gay Pride en Europe, à Londres et à Paris. En Suisse, la première Gay Pride rassemble 300 homos à Berne en 1979. Après Zürich il y a quelques années, le phénomène gagne la Suisse Romande : près de 2'000 personnes défilent dans les rues de Genève en 1997, puis le double l'année suivante à Lausanne. Puis c'est au tour de Fribourg d'accueillir la grande messe homo, qui rassemble plus de 15'000 personnes. Enfin Berne, la capitale, avant que le mouvement ne gagne le Valais en 2001 en suscitant une grande controverse, puis les rives du Lac de Neuchâtel en 2002, pour aller en 2003 investir la capitale jurassienne Delémont.

Oui, les mœurs changent. Le message de fierté fait des adeptes. Trente-huit ans après les émeutes de Stonewall, on célèbre la Gay Pride dans plus de deux cents villes dans le monde. Les pays scandinaves ont déjà adopté le partenariat enregistré depuis une dizaine d'années. La France a voté le PACS et l'Allemagne a fait pareil. Même la Suisse semble disposée à octroyer l'égalité des droits aux couples homosexuels. Mais si une relative acceptation se profile sur le papier, il n'en va pas de même dans la vie quotidienne, une fois sorti de certains milieux urbains. La problématique de fond n'a pas changé : l'homophobie a de solides racines, et la majorité des gays et des lesbiennes continue de vivre recluse dans le placard de la honte et de la peur, au travail, en famille, à l'école, et dans la rue. Puisse la Gay Pride, avec un message politiquement fort, accroître encore la visibilité et la fierté, en proposant le respect des diverses formes de l'amour.

Stéphane Riethauser
Article paru dans 360°, Le Courrier, La Liberté (juin 1999)
Références : Martin Duberman, STONEWALL, New York, Plume Books/Penguin, 1994


*****


NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 14 parties sur le blog Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.



Lire le précédent billet : cliquez ici.


par Stéphane Riethauser publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Samedi 17 février 2007

par Stéphane RIETHAUSER



1. L'horreur des camps de concentration

Entre 1939 et 1945, la dictature nazie règne sur l'Europe. Comme les Juifs, les Tziganes, les handicapés, les communistes, les catholiques, les témoins de Jéhovah, les nains, les épileptiques ou les sourds-muets, les homosexuels sont victimes de la barbarie nazie et déportés en masse dans les camps de concentration. Sous la houlette de Heinrich Himmler, des campagnes d'épuration sont menées au sein même des rangs SS et de la Hitlerjugend (Jeunesses hitlériennes). Dans les camps de la mort, de nombreux homosexuels meurent victimes de monstrueuses expériences "scientifiques" testées par les docteurs du IIIe Reich. Portant le triangle rose sur leur uniforme de prisonnier, entre 5'000 et 15'000 détenus homosexuels périssent derrière (ou parfois jetés contre) les barbelés des camps nazis. En France, le gouvernement de Vichy fait passer l'âge de consentement à 21 ans pour les relations homosexuelles, un décret repris par l'administration De Gaulle à la Libération le 8 février 1945. Une Libération qui a un goût amer pour bon nombre d'hommes qui aiment les hommes : en effet, les homosexuels sont le seul groupe à qui a été déniée toute reconnaissance ou réparation à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une fois libérés des camps, certains homosexuels ont même été remis en prison pour débauche. (au sujet de la persécution nazie, voir l'interview de Pierre Seel)

Tableau Nazi

2. 1945-1968 : l'Europe conservatrice, entre MacCarthysme et Stalinisme

Deux séries d'ordre se mettent en place après la Deuxième Guerre mondiale en Occident : l'approche soviétique, et l'approche républicaine puritaine américaine. Pendant 25 ans, les homosexuels subissent encore les foudres de la société tant à l'Est, sous les purges staliniennes qui voient périr des dizaines de milliers d'homosexuels en Sibérie, qu'à l'Ouest avec la chasse aux sorcières du sénateur MacCarthy aux Etats-Unis qui s'attaque aux homos avec autant de virulence qu'aux communistes.
La réaffirmation de la morale traditionnelle et la dénonciation des déviances est à l'ordre du jour. En Europe, certains groupes homosexuels se reforment à nouveau timidement, à l'image de l'association Arcadie, fondée par André Baudry, qui prône une discrétion absolue.
Les homosexuels sont contraints de vivre dans la honte et le secret : drague anonyme dans d'obscurs endroits, mariages de façade, hantise d'une dénonciation. Car la répression policière est présente. Au lendemain de la guerre, la nouvelle République fédérale allemande garde le §175 dans son code pénal. Entre 1950 et 1965, pas moins de 45'000 condamnations sont prononcées. En comparaison, 9'375 personnes ont été jugées dans les 15 années de la République de Weimar. En Angleterre éclate en 1951 l'affaire des espions de Cambridge, Guy Burgess et Donald Maclean, accusés d'avoir livré des informations confidentielles à l'URSS, largement reprise par la presse, qui renforce l'idée que les homosexuels représentent un danger pour la nation.
Guy Burgess
En France, "l'amendement Mirguet", du nom du député qui le soumet au vote, est adopté par l'Assemblée nationale pour donner les moyens au gouvernement de combattre le "fléau social" qu'est l'homosexualité. Il faudra attendre l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand pour que la légalité complète des relations entre hommes soit rétablie dans l'Hexagone le 4 août 1982 (âge de contentement abaissé de 21 à 15 ans, comme pour les relations hétérosexuelles).
Dans les années 1950-1960, l'homophobie s'accentue encore par le discours médical qui avance ses théories de la déviance et prétend guérir l'homosexualité, les thérapies d'électrochocs étant, selon les docteurs auréolés de l'autorité de la science, un moyen très efficace pour convertir les homosexuels à l'hétérosexualité. Il faut attendre 1973 pour que l'American Psychiatric Association ôte l'homosexualité de la liste des maladies mentales, 1982 pour que le Ministre de la Santé l'imite en France, et le 1er janvier 1993 pour que l'Organisation Mondiale de la Santé fasse de même. Les théories de Krafft-Ebing et de Freud ont aujourd'hui encore beaucoup d'adeptes dans certains cabinets de psychiatres.

3. 1969-2002 : de la libération homosexuelle à la reconnaissance légale

Ce n'est que suite aux contestations de Mai 68 en France et plus particulièrement aux émeutes de Stonewall à New York fin juin 1969 qu'un nouveau mouvement de libération homosexuelle refait surface, luttant pour une reconnaissance juridique et sociale de l'amour entre personnes de même sexe, donnant le coup d'envoi à la révolution sexuelle des années 1970. Depuis 1970, on célèbre à New York la Gay Pride, la fierté gay, qui s'est substituée à la honte. Un mouvement qui va gagner l'ensemble du monde occidental dans les années qui suivent, jusqu'à devenir de gigantesques rassemblements de centaines de milliers de gens dans les grandes villes d'Amérique du Nord, d'Australie et d'Europe. Il faut souligner ici le rôle essentiel joué par les mouvements féministes : début 1970, l'émancipation de la femme redéfinit les rôles sociaux et familiaux, et les revendications homosexuelles profitent largement de ce courant novateur. L'homophobie n'est-elle pas la petite sœur du sexisme ?




Affiche de la première Gay Pride,
New York, 1970
Au niveau juridique, la dépénalisation des relations homosexuelles intervient en Angleterre en 1967. En 1969, c'est au tour de l'Allemagne de finalement ranger le tristement fameux §175 au placard. En Autriche, les relations homosexuelles sont décriminalisées en 1971, tout en stipulant un âge de consentement plus bas pour les relations hétérosexuelles (14 contre 18 ans). L'article 220 du code pénal autrichien qui punit la "promotion de l'homosexualité et de la bestialité" de six mois de prison n'est abrogé qu'à la fin de l'été 2002.
Dans le sillage de Mai 68 est créé en France le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR). En Suisse, il faut attendre le milieu des années 1970 pour voir apparaître le Groupe Homosexuel de Genève (GHOG) et le Groupe Homosexuel Lausannois (GHL), ouvrant ainsi l'ère de la visibilité. Les publications et les actions médiatiques de cette poignée de visionnaires marquent un important tournant dans le travail de conscientisation de la population, et le début des revendications politiques et sociales, préparant le terrain aux victoires futures. Ils doivent affronter non seulement l'homophobie au quotidien, mais aussi les attaques émanant d'homosexuels qui prônent la discrétion et la non-revendication, à l'image du groupe lausannois Symétrie (pendant de l'association française Arcadie d'André Baudry).
L'apparition du virus du sida au début des années 1980 va contribuer de manière significative à une recrudescence du militantisme et de la visibilité homosexuels. Si la maladie ravage la communauté en tuant des milliers de gens, une véritable tragédie, elle permet aussi une médiatisation et engendre une solidarité qui soude le milieu gay et y associe des gens de l'extérieur.
Les revendications des gays et des lesbiennes commencent à trouver un écho : ce sont les pays scandinaves qui sont premiers à reconnaître la légalité des couples de même sexe. Le 1er octobre 1989, le Danemark instaure le partenariat enregistré pour les couples homosexuels, conférant ainsi l'égalité des droits par rapport aux couples hétérosexuels, à l'exception notable de l'adoption d'enfants. Au début des années 1990, la Suède et la Norvège emboîtent le pas à leur voisin. L'Islande fait de même en 1997, octroyant elle le droit d'adopter l'enfant du conjoint. Puis, après des débats plus que houleux et des manifestations homophobes de grande envergure, la France adopte le Pacte d'action civile et de solidarité (PACS) en octobre 1999, qui confère des droits limités aux couples de même sexe. L'Allemagne fait de même en instaurant un partenariat en août 2001, confirmé par le tribunal constitutionnel de Karlsruhe en août 2002 suite à une action légale de contestation des milieux conservateurs. Les Pays-Bas, qui quant à eux reconnaissent déjà les couples gays et lesbiens depuis quelques années, vont au début 2002 jusqu'à autoriser les homosexuels à se marier et à adopter des enfants. En Suisse, le canton de Genève fait office de pionnier en adoptant un PACS en février 2001. Zürich ne tarde pas à suivre : le 22 septembre 2002, par 63 % de oui, les Zürichois acceptent l'instauration d'un contrat de partenariat au niveau cantonal. Quant à la Confédération, elle est en passe de légiférer en la matière : une loi sur le partenariat devrait voir le jour d'ici 2003 ou 2004. (Ce qui a été effectivement le cas. NdDCH. Ajoutons qu'aujourd'hui le Canada, l'Espagne, l'Afrique du Sud ont rejoint les pays légalisant le mariage et l'homoparentalité)



4. Et maintenant ?

Si l'amour entre personnes de même sexe cesse aujourd'hui progressivement d'être vu comme un crime, un péché ou une maladie mentale en Occident, si la population démontre une acceptation progressive de la réalité gay, lesbienne et bisexuelle, le combat pour la reconnaissance sociale et juridique est loin d'être terminé. Il demeure très difficile d'infléchir la courbe dessinée par plusieurs siècles de conditionnement hétérosexiste et de nombreux irréductibles bastions conservateurs subsistent. L'homophobie est toujours institutionnalisée à de nombreux niveaux, notamment dans le domaine de l'éducation, et la censure et la répression continue de sévir à travers le monde.

Quelques pays européens punissent encore actuellement les relations entre personnes de même sexe de peines de prison : Chypre, la Bosnie, la Serbie et la Roumanie, où la loi est appliquée de façon stricte (5 ans de réclusion). Même en Europe centrale, une fois sorti du cadre urbain, il reste difficile de vivre son amour pour une personne du même sexe ouvertement. Ailleurs dans le monde, plus de cent pays criminalisent encore l'amour entre personnes de même sexe. Nombre d'entre eux, de l'Arabie Saoudite à l'Iran, en passant par l'Egypte, l'Irak, le Soudan, ou Zimbabwe prévoient la prison, parfois la peine de mort. En Amérique du Sud, le machisme et la tradition catholique semblent inébranlables.

Encore fortement réprimé, l'amour homosexuel n'a pourtant jamais été aussi visible et accepté qu'en ce début de XXIe siècle. Puisse le mouvement d'ouverture gagner chaque jour encore des esprits. Car dans la dérive sécuritaire de l'après-11 septembre, la morale chrétienne, sexiste et impérialiste distillée par l'administration Bush, la politique de fer de Vladimir Poutine en Russie, l'Italie fascisante de Berlusconi, les pleins pouvoirs au régime conservateur de Chirac et les 20 % d'électeurs d'extrême droite en France, la montée des partis politiques de droite en Autriche, au Danemark et ailleurs, ou encore l'intégrisme islamique qui gangrène de trop nombreux pays, associés à l'instabilité économique et l'explosion démographique, sans parler des guerres qui ravagent la moitié de la planète, la situation politique et sociale ne laisse rien présager de bon pour les minorités sexuelles, ni pour personne. L'Histoire suit son cours.

 


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NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 14 parties sur le blog Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.



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par Stéphane Riethauser publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Mercredi 14 février 2007

par Stéphane RIETHAUSER


4. La montée du national-socialisme et le début de la persécution

Dans les années d'après-guerre, beaucoup de gens, amers de la défaite allemande (1,7 million de morts, 4 millions de blessés), ont commencé à chercher des explications à la déroute de l'armée du Kaiser. L'affaire Eulenburg était encore dans les esprits, et les boucs émissaires étaient tout trouvés : aux côtés des Juifs, les homosexuels étaient eux aussi responsables du déshonneur du pays. L'inflation galopante et la crise économique font que de nombreux groupes paramilitaires se forment, tous plus extrémistes les uns que les autres. Si d'un côté l'émancipation homosexuelle s'accroît en Allemagne, de l'autre un nouveau mouvement s'affirme avec toujours plus de vigueur et de brutalité : le national-socialisme. Les chemises brunes et les croix gammées se font de plus en plus visibles dans le pays et s'en prennent à des minorités choisies : en particulier les juifs et les homosexuels.
En 1921, Magnus Hirschfeld est agressé par une bande nazie à la sortie d'une conférence à Munich. Il est roué de coups et laissé pour mort dans la rue. A Vienne, le 4 février 1923, un groupe paramilitaire d'extrême droite attaque une réunion d'homosexuels à laquelle participe Hirschfeld. Les sympathisants nazis tirent sur le public et blessent des dizaines de spectateurs.
Jeunesses hitlériennes
De manière de plus en plus virulente, les nazis font entendre leur point de vue, en affirmant que Berlin est devenue un centre de dépravation et de corruption, une ville contrôlée par les Juifs et les pervers. L'Institut de Hirschfeld est assimilé à une maison de prostitution, une boîte de travestis et à un centre de pourriture et de débauche.
Une sordide affaire criminelle va saper le travail de Hirschfeld et durablement marquer les esprits : en 1924 est arrêté à Hanovre Fritz Haarmann, un homosexuel qui avoue pas moins de 127 meurtres de jeunes hommes. Haarmann était un déséquilibré mental qui découpait ses victimes en morceaux. La presse en fait immédiatement un démon et il en résulte un violent regain de haine contre les homosexuels parmi le public. Véritable désastre pour les efforts de dépénalisation de Hirschfeld, l'affaire Haarmann va réinstaurer en quelques jours dans les esprits populaires des préjugés négatifs sur les homosexuels.
Malgré cette néfaste affaire, Hirschfeld poursuit sa lutte politique année après année. Mais le parti national-socialiste prend du poids et s'attaque aux efforts du docteur berlinois. Juif, socialiste et homosexuel, il est le bouc émissaire rêvé. Lorsqu'en 1929, juste avant la crise économique, Hirschfeld est sur le point d'obtenir enfin l'abrogation du §175 après avoir réuni une commission parlementaire formée par les Sociaux-démocrates et les Communistes ayant voté en faveur de la dépénalisation, le journal officiel de Hitler, le Völkischer Beobachter, écrit : "Nous vous félicitons, Monsieur Hirschfeld, de votre victoire au Parlement. Mais ne croyez pas que nous Allemands allons tolérer ces lois un seul jour après notre arrivée au pouvoir. Parmi les nombreux mauvais instincts de la race juive, il y en a une de particulièrement pernicieuse qui a à voir avec les relations sexuelles. Les Juifs font la propagande des relations sexuelles entre frères et sœurs, entre hommes et animaux, et entre hommes et hommes. Nous les Nationaux-Socialistes nous les démasquerons et les condamnerons bientôt par la loi. Ces efforts ne sont que de vulgaires crimes pervers et nous les punirons par le bannissement et la pendaison." A la fin de 1929, juste après le crash boursier, le parti National-Socialiste rafle 107 sièges au Reichstag et empêche toute réforme légale. Les nazis ne tarderont pas à mettre leurs menaces à exécution.
Le 30 janvier 1933, Hitler accède à la Chancellerie. Le 23 février, soit trois semaines après leur prise de pouvoir, les nazis déclarent les associations et les publications homosexuelles illégales. Les bars homosexuels de Berlin sont fermés par la police. Le 7 mars, Kurt Hiller, le directeur de l'Institut pour la Recherche sexuelle est arrêté et déporté au camp de concentration de Oranienburg.

Le 6 mai 1933, l'Institut pour la Recherche Sexuelle de Hirschfeld est vandalisé par les jeunesses hitlériennes. Venus par dizaines dans des camions, accompagnés par une fanfare pour ameuter la foule, les jeunes nazis détruisent tout ce qu'ils peuvent. Deux jours plus tard, 20'000 livres et des milliers de photographies sont brûlés lors d'une cérémonie publique sur la place de l'Opéra. Le buste de Hirschfeld est brûlé, ainsi qu'un portrait de Freud.

Berlin, 6 mai 1933
Par chance, Magnus Hirschfeld se trouve en tournée à l'étranger lors de l'accession au pouvoir de Hitler. Impuissant, il assiste à la destruction de son institut depuis la Suisse. Il ne reviendra jamais en Allemagne. Quelques temps plus tard, il s'installe à Nice et œuvre à la mise sur pied d'un centre similaire à son Institut pour la Recherche Sexuelle. Mais une déficience cardiaque l'emporte en 1935, le jour de ses 67 ans, après avoir, selon ses comptes, mené durant sa vie plus de 30'000 entretiens privés. Travailleur acharné, Magnus Hirschfeld cumule plus de 200 ouvrages, articles, pamphlets, livres, et études sur le thème de la sexualité.

Le nom de Magnus Hirschfeld apparaît plus de 70 fois dans ce travail. Mais il est surprenant de constater qu'il ne figure nulle part dans le Grand Larousse Encyclopédique, ni dans le Robert des noms propres, ni dans aucune autre encyclopédie, et qu'il est régulièrement oublié dans les ouvrages d'histoire traitant de cette période. Un homme qui a eu en son temps une renommée mondiale, et qui a à son actif certainement la carrière la plus impressionnante dans le domaine de la sexologie et de l'émancipation homosexuelle. Par contre, on trouve dans ces encyclopédies les noms de Gustav Hirschfeld, archéologue allemand né en 1817, Ludovic Hirschfeld, médecin polonais né en 1815, ou encore Christian Hirschfeld, naturaliste danois né en 1742.

5. La Suisse, dernier bastion de liberté pendant la dictature nazie

Faisant honneur au précurseur Heinrich Hössli, et se calquant sur le modèle berlinois, la Suisse alémanique est à partir de 1922 le théâtre de plusieurs initiatives visant à organiser les homosexuels entre eux et à lutter contre l'homophobie, bien que ce vocable n'existe pas encore. Après plusieurs revers, le Schweizerische Freundschafts-Bewegung (Mouvement suisse de l'amitié) est créé à Bâle et Zurich en 1931. Une fois n'est pas coutume, c'est une femme, Anna Vock (1885-1962), connue sous le pseudonyme de Mammina, qui est à la tête de l'association, dont sont membres de nombreuses lesbiennes. Une originalité sans doute due au fait que la plupart des cantons suisses, à l'inverse des autres États européens, punissent également les relations entre femmes.



Karl Meier
Peu après, l'organisation est rebaptisée Schweizerische Freundschafts-Verband (Association suisse de l'amitié). Le Damenclub Amicitia et l'Excentric-club de Zurich y participent, et ensemble ils lancent le premier magazine homosexuel de Suisse : Das Schweizerische Freundschafts-Banner (La Bannière de l'amitié), qui paraît le 1er janvier 1932.
En 1934, l'acteur Karl Meier, dit Rolf (1897-1974), apprend l'existence de la revue. Très vite, il s'y implique et publie de nombreux articles. Au fil des ans, les lesbiennes se retirent de l'organisation, et Karl Meier en devient le président, faisant de l'Association suisse de l'amitié un groupe entièrement masculin. En 1937, le journal est rebaptisé Menschenrecht (Droit de l'homme), avant de prendre son nom définitif en 1942 : Der Kreis (le Cercle). Karl Meier assure sa publication sans interruption pendant que la guerre fait rage alentour.
Le magazine a un petit nombre d'abonnés choisis, répartis dans de nombreux pays. Une édition en français paraît en 1943, et une en anglais en 1952. Der Kreis est la revue gay la plus influente au niveau mondial jusqu'à ce que sa publication cesse, en 1967. Ecrasé par la barbarie nazie, le mouvement d'émancipation homosexuelle allemand se retranche à Zurich durant les années 1930. Terre d'asile pour Magnus Hirschfeld de 1932 à 1933 et pour de nombreuses autres personnes, la Suisse est le dernier bastion de (relative) liberté pour les homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale et devient - par défaut - pour un temps le centre européen du mouvement de libération homosexuelle. Un mouvement pourtant encore bien timide et confiné à une quasi-clandestinité.
Der Kreis


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NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 14 parties sur le blog Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.



Lire le précédent billet : cliquez ici.


par Stéphane Riethauser publié dans : HISTOIRE DE L'HOMOSEXUALITÉ
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Samedi 10 février 2007

par Stéphane RIETHAUSER