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Jeudi 24 avril 2008
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Les humeurs apériodiques de Bernard Alapetite




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Le célèbre film d’Alfred Hitchcock a pour origine un fait divers particulièrement sordide dont deux gays furent les tristes héros.

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Nathan Leopold

Nathan Leopold est né le 19 novembre 1904 et mort en 1971. Richard A. Loeb et Nathan Freudenthal Leopold, Jr., généralement connus sous le nom de Leopold et Loeb, étaient deux étudiants aisés de l'université de Chicago qui ont assassiné en 1924 un garçon de 14 ans. Leur crime, immédiatement très médiatisé, était en grande partie motivé par un besoin apparent que le duo avait de se prouver que leurs intellects élevés les rendaient capables de commettre un crime parfait. Leur crime a eu également un rôle dans l'histoire de l’imaginaire et de la justice américaine. Il est à l’origine de la modification de l’application de la peine capitale aux USA. Léopold était âgé de 19 ans au moment du meurtre, et Loeb de 18 ans. En 1924, ils étaient considérés comme mineurs et à l’époque, dans la plupart des états, la peine de mort ne pouvait leur être appliquée.
Les deux garçons étaient persuadés d’être des surhommes, influencés par leur lecture de Nietzsche. Il est indéniable que les deux amis étaient exceptionnellement intelligents. Leopold avait déjà accompli un beau parcours à l'université et allait à l'école de droit à l'université de Chicago. Il parlait cinq langues et était déjà un expert en ornithologie, alors que Loeb était le plus jeune étudiant dans l'histoire de l'université du Michigan. Leopold projetait d’intégrer l'école de droit de Harvard en septembre, après un voyage en Europe. Loeb, quant à lui, devait entrer à l'université de droit de Chicago.
Leopold et Loeb vivaient à Chicago dans le quartier de Kenwood, peuplé principalement par des Juifs aisés. Le père de Loeb, Albert, a commencé sa carrière en tant qu'avocat puis est devenu le vice-président d’un grand cabinet. Il possédait un manoir impressionnant dans Kenwood, à deux blocs de la maison de Leopold. La famille de Loeb avait également un domaine d'été à Charlevoix dans le Michigan.
La paire d’amis avait, avant le crime, commis quelques petits larcins pour démontrer que leur intelligence les rendait invincibles. Le mercredi 21 mai 1924, ils ont mis en branle leur plan machiavélique en attirant un jeune voisin par un leurre. Dans une voiture de location, Loeb a frappé le garçon le premier avec un burin. Puis Leopold et Loeb l’ont étouffé. Ils ont ensuite caché le corps sous un petit pont d’une voie de chemin de fer de la banlieue de Chicago. Ils avaient au préalable brûlé le corps avec de l'acide pour rendre l'identification plus difficile.
Ils ont voulu faire croire à un kidnapping en demandant 10 000 $ de rançon aux parents du garçon ; la famille de la victime avait assez d'argent pour que cette somme soit plausible. Mais avant que ceux-ci aient pu payer la rançon, le corps avait été retrouvé ! Les enquêteurs virent immédiatement que le crime ne pouvait découler seulement d’un kidnapping, puisqu'il n'y aurait eu aucune raison pour qu'un kidnappeur tue le garçon. Les policiers découvrirent près du corps une paire de lunettes qui, par la suite, s’est avérée appartenir à Nathan Leopold. Ils trouvèrent que la demande de rançon avait été dactylographiée sur une machine à écrire que Leopold avait utilisée avec son groupe d'étude de son école de droit. La police interrogea Leopold et Loeb sur leurs alibis. Ils se décomposèrent et chacun admis sa participation au crime. Bien que leurs confessions s'accordent au sujet de la plupart des faits principaux, chacun accusa l'autre d’avoir tué de ses mains la victime.

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Ils avaient passé des mois à préméditer le crime, réfléchissant à la meilleure manière d'obtenir l'argent de la rançon sans être démasqués. Ils avaient pensé que le corps serait découvert longtemps après qu’ils aient touché la rançon. Mais l’argent n'était pas leur but principal, leur famille leur donnant tout l'argent dont ils avaient besoin. En fait, ils ont admis avoir été conduits au meurtre par désir de puissance et par l’excitation que l’acte de tuer devait leur produire.
Comme satisfaits de leur soudaine notoriété, ils régalèrent les journalistes à plusieurs reprises avec des détails sinistres du crime.
Le meurtre atteignit bientôt une “célébrité” mondiale. Une partie de la fascination qu’il provoqua était causée par le fait qu’il était perçu comme crime “juif”. En 1924, Chicago était principalement peuplé par des émigrants de fraîche date ou des enfants d’immigrés. La politique locale se basait beaucoup sur les étiquettes ethniques. Paradoxalement, ni l'un ni l'autre des meurtriers n'étaient juifs, leurs mères ne l'étant pas... Si le père de Loeb était bien juif, son fils était un catholique pratiquant. La famille de Leopold, bien qu'éthniquement juive, s'était convertie au christianisme.
Leopold et Loeb admirent sous la pression avoir eu entre eux un rapport sexuel, ce qui à l’époque, pour beaucoup, augmentait considérablement l’aspect sinistre de leur forfait.
Le procès était déjà présenté par les médias comme un spectacle et le procès du siècle.

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Clarence Darrow en 1925

La famille de Loeb chargea Clarence Darrow, célèbre avocat, âgé alors de 67 ans de la défense des deux garçons. Darrow augmenta encore sa célébrité l’année suivante pour avoir représenté John Thomas Scopes dans le fameux « procès du singe » face au célèbre procureur William Jennings Bryan. Il y défendit les thèses évolutionnistes avec succès contre les créationnistes. Il reste connu pour son esprit, sa compassion et son agnosticisme qui ont fait de lui l'un des plus célèbres avocats américains.

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Clarence Darrow et Loeb

Tandis que tous les médias s'attendaient à ce qu'ils plaident non coupable, pour cause de folie, Darrow étonna en demandant à ses clients de plaider coupable. Désamorçant ainsi l’explosion de haine qu’aurait provoqué la non reconnaissance de leur faute par les deux jeunes hommes.
Darrow plaida durant douze heures. Il a ensuite dit que c’était la meilleure plaidoirie de sa carrière. On peut penser que Darrow a accepté de défendre les deux criminels parce qu’il savait que son discours serait imprimé dans de nombreux journaux de par le monde et que cela allait lui offrir une tribune extraordinaire pour plaider l’abolition de la peine de mort, donnant une publicité inespérée à sa thèse comme quoi il ne fallait pas exécuter des meurtriers qui se repentaient de leurs crimes.

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Darrow lors du procès

En fin de compte, la stratégie de Darrow réussit. Le juge condamna Leopold et Loeb à la prison à vie pour le meurtre et à 99 ans chacun pour le kidnapping. Dans la prison de l’état de l'Illinois, Leopold et Loeb utilisèrent leur instruction pour la bonne cause en devenant professeurs dans l'école de leur prison. En 1944, Leopold a participé à une étude sur la malaria dans la prison de Stateville où il s’est porté volontaire pour se faire inoculer la maladie.

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Darrow et les accusés

Au début de 1958, après 33 ans en prison, Leopold obtint une libération conditionnelle. Libre, il a écrit son autobiographie qu’il a intitulé La vie plus quatre-vingt-dix neuf ans. Il se fixa à Porto Rico pour éviter l'attention des médias. Il y a enseigné les mathématiques et a travaillé dans les hôpitaux et dans les missions catholiques. Il a aussi écrit un livre qui fait autorité sur les oiseaux de l’île. Dans une interview en 1960, il déclara qu’il était toujours profondément amoureux de Richard Loeb. En dépit de cela, il se maria avec une veuve de son âge. Il est mort d'une crise cardiaque le 30 août 1971 à l'âge de 66 ans. Le matin suivant, ses cornées ont été enlevées. Une a été donnée à un homme, l’autre à une femme...
Richard Loeb fut moins ”chanceux”. Il a été assassiné par un codétenu, en 1936, à l'âge de 30 ans. En janvier 1936, Loeb a été attaqué par James Day, un de ses codétenus, dans les douches de la prison, il était armé d’un rasoir. Day lui infligea de nombreuses blessures qui entraînèrent sa mort peu après. Leopold se précipita à l'hôpital de la prison pour être au chevet de son vieil ami pendant son agonie. James Day argua que Loeb avait essayé de l’assaillir sexuellement et qu’il n’avait fait que se défendre. Les autorités pénitentiaires acceptèrent cette version. Day a été acquitté par un jury... 
L'histoire de Leopold et de Loeb s’est enracinée dans la culture populaire. Le crime a donc inspiré le film The Rope (La Corde, 1948) d'Alfred Hitchcock qui en a complètement gommé la judéité de l’histoire, se focalisant sur le complexe de supériorité des deux garçons. Hitchcock a très habilement suggéré l’homosexualité des deux personnages, renforcée par le fait que la victime a l’âge de ses assassins. On peut supputer entre ces jeunes gens rivalités et jalousies sexuelles... Une vision du crime que résume parfaitement Bill Krohn dans son petit livre sur Hitchcock (éditions Cahier du cinéma) : « La troisième absence qui structure La Corde, sans cesse signalée sans être jamais mentionnée, comme la guerre dans L'Ombre d'un doute, est l'homosexualité refoulée. Elle est le mobile du crime, subrogation de l'acte sexuel, bien qu'eux le considère comme une œuvre d'art, puisque commis sans raison. » Contrairement à un premier montage où l’on voyait la future victime avec sa fiancée, Hitchcock a choisit, en coupant cette scène, de ne pas montrer la physionomie du sacrifié, renforçant la possibilité d’identification du spectateur avec le malheureux.

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En 1992, Tom Kalin tourne Swoon, beaucoup plus proche de l’histoire originelle de Loeb et Leopold. Les deux assassins dans le film de Kalin sont clairement juifs et homosexuels. Le réalisateur a ancré le fait divers dans les années trente, choisissant de faire de la victime un enfant que l’on ne fait qu’apercevoir... Craig Chester, qui interprète le rôle de Leopold, apparaîtra dans plusieurs films gays et réalisera Adam et Steve...

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À la lumière du fait divers qui l’inspira, on peut lire La Corde comme une métaphore de l’avènement du nazisme et de ses conséquences. On peut voir dans le personnage interprété par James Stewart le truchement de ces penseurs, au-delà de Nietzsche, de la « Révolution conservatrice allemande » ou comme Baeumler, Spengler et Junger qui donnèrent, presque toujours à leur corps défendant et au grand désespoir des deux derniers, des fondements intellectuels et culturels au nazisme. Leurs idées ayant été déformées par Rosenberg « le penseur » du régime nazi.

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par Bernard Alapetite publié dans : MERCI BERNARD communauté : Gays news
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Vendredi 22 février 2008

 

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Les humeurs apériodiques de Bernard Alapetite



Remarque préalable : toutes les images de cette chronique sont cliquables pour être agrandies.


 

young_gedney_smallGale William Gedney (1932-1989), Bill Gedney (comme l'appelaient ses amis) est un artiste remarquable qui n'a pourtant jamais obtenu une large reconnaissance de son vivant. Au cours des dernières années, son travail a acquis une certaine notoriété. Cette recrudescence d'intérêt pour Gedney a coïncidé avec l’importante exposition qui lui fut consacrée au Musée d’Art Moderne de San-Francisco en 2000, ainsi qu’avec la publication d'un livre de ses photographies, “What Was True : The Photographs and Notebooks of William Gedney”, édité par Margaret Sartor, et la mise en ligne de ses archives qui ont été déposées en 1999 à la Duke University's Special Collections Library. Il reste néanmoins complètement ignoré en France. La plupart de son travail n'était connu de son vivant que de ses proches et amis, et de certains de ses collègues photographes. Grâce au phénoménal site de l'université Duke, un grand nombre de photographies et d'écrits de William Gedney sont disponibles à tous sur le web.

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William Gedney n’a travaillé qu’en noir et blanc et est toujours resté fidèle au format 24 x 36. On peut ranger son travail dans le genre photographique du réalisme social. S’il s’est toujours intéressé aux humbles, il n’y a jamais de misérabilisme dans ses clichés. S’il est incontestablement gay, il est un des meilleurs mémorialistes du combat pour l’identité gay, jamais le sexuel dans ses photos a la primauté sur l’humain. Jamais non plus émerge directement dans son travail sa propre sexualité ou sa vie privée.

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Gedney est né en 1932 à Albany, dans l’état de New York. De 1951 à 1955, il fréquente l'Université de Pratt à Brooklyn où il a lui-même été professeur jusqu’à sa mort, tout en demandant régulièrement la suspension de son enseignement pour réaliser ses travaux personnels. Avant d'enseigner, il a travaillé brièvement pour Condé Nast Publications, puis Time, Inc. Il quitte à chaque fois son emploi lorsqu’il a économisé suffisamment d'argent pour se consacrer à son travail personnel.

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À partir de 1957, il entame une série de photographies du pont de Brooklyn. Il en commence aussi une autre intitulée The Farm, sur ses grands-parents et leur exploitation laitière de Norton Hill dans l’état de New York.

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En 1964, il voyage à l'est du Kentucky à Blue Diamond Mining Camp à Leatherwood, où il rencontre la famille Boyd Couch. Il reste avec la famille et il les photographie durant deux semaines. Puis il rencontre Willie Cornett, un mineur qui a été récemment renvoyé de son travail. Ils passent onze jours à vivre avec la famille Cornett pour les photographier. Il se noue un lien profond entre le photographe et Willie, Vivian et leurs douze enfants. Ils resteront en contact par le biais de la correspondance au cours des années suivantes. Gedney retournera de nouveau les photographier en 1972. Cette série s’inscrit dans la lignée de celles des photographes sociaux de la grande dépression qui parcouraient le pays pour en ramener les images de la détresse de la population américaine à l’administration Roosevelt.

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L'austère mais discrètement sensuel Gedney, dans ses photographies du Kentucky, traque le geste intime, saisit dans la vie quotidienne d’une famille pauvre l'élégance involontaire des gestes dans le labeur quotidien. Il est fasciné par la beauté fruste des jeunes hommes occupés perpétuellement à remettre en état de vieilles guimbardes. On sent que le photographe est amoureux aussi bien de ces hommes que de leurs mécaniques.

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En 1966, Gedney reçoit le Guggenheim Fellowship. Il lui est décerné grâce à une recommandation de Walker Evans. Ce prix lui permet de travailler sur une série de photographies de scènes de nuit des rues de San Francisco, images éclairées uniquement par l’éclairage urbain. Gedney choisit de photographier les maisons traditionnelles de la ville, dans des rues où l’humain est absent, seulement représenté par son automobile. Ces scènes sont étrangement animée par des ombres et de la publicité...

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Parallèlement à ce travail, il photographie un petit groupe de jeunes hippies, hommes et femmes vivant en communauté dans des appartements vétustes qu’ils squattent. Il est le premier à fixer sur la pellicule ce mode de vie avant la ruée médiatique. Dans un de ses cahiers, il spécule au sujet des motivations de ceux qui participent à ce mouvement de contre-culture, sur les raisons de leur style de vie, de leur nonchalance et du rejet des valeurs traditionnelles. Vingt-deux de ses photographies de hippies de San Francisco ont été inclues dans son exposition au Musée d'Art Moderne de New York (décembre 1968 à mars 1969). Plus tard en 1969, Gedney a réalisé une maquette pour une éventuelle publication d’un livre de ses photographies de San Francisco, l'intitulant Un moment de la jeunesse. Dans ses cahiers, il  écrit longuement au sujet de ses méthodes pour choisir et ordonnancer les images de cette maquette. Mais le livre ne sera jamais édité.

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La grande qualité de Gedney est de s’immerger littéralement dans l’environnement des sujets qu’il couvre. Il semble entrer presque immédiatement en communion avec eux. Tout en se positionnant à la lisière du groupe qu’il photographie. Il agit en ethnologue intègre, ne se plaçant jamais au centre de son œuvre, laissant respectueusement toute sa place au sujet. Il enregistre la vie des autres avec beaucoup d’humanité et une clarté remarquable.

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En 1968, Gedney a sa première et seule exposition particulière de son vivant. Elle est organisée par John Szarkowski, au Musée d'Art Moderne de New York. Elle met en vedette les série sur le Kentucky et San Francisco.
L’année suivante, il est choisi pour documenter le travail de l'Administration de la sécurité sociale du Kansas, où il fait également des photographies des patients de la Norton State Hospital.

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Son œuvre postérieure est essentiellement axée autour de ses deux longs voyages en Inde à dix ans d'intervalle (financés par le programme Fulbright et national Endowment for the Arts bourses) qui s'est traduite par une série d'images lyriques sur les habitants pauvres des vieux quartiers des villes indiennes. Le premier, qui sera le plus fructueux, dure 14 mois. Il arrive à Delhi puis se rend à Bénarès, où il réalise l’essentiel de ses photos. Pour son deuxième voyage, il consacre quatre mois à photographier Calcutta.

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Assez surprenant par rapport au reste de son œuvre, le photographe, pour lequel la musique a toujours beaucoup compté, a réalisé une grande série sur les compositeurs américains. On y reconnait Henry Weinberg, Gian Carlo Menotti, Leonard Bernstein... 
gedney_pageTrès attaché à son quartier de Brooklyn, Gedney a pris aussi de nombreuses photos de Myrtle Avenue et de ses habitants, la rue où il habitait à Brooklyn jusqu’en 1974, date à laquelle il a emménagé dans un appartement au sous-sol d'une maison de grès que possédaient ses meilleurs amis de l'école d'art, Arnold et Anita Lobel. New York était l'un des sujets préférés de Gedney. Certains de ses clichés évoquent quelque chose de la solitude que l’on voit dans les toiles de Edward Hopper, une influence que reconnaissait le photographe sur ses images urbaines. En 1969, il a commencé une série de photographies à partir de la fenêtre donnant sur la rue de son appartement du 467 Myrtle Avenue (Paul Auster, lui-même habitant de Brooklyn, s'est il souvenu de cette idée de Gedney lorsqu'il a écrit Brooklyn Boogie ?). Dans ses carnets, comme on le voit ci-contre, Gedney consignait bien d’autres choses que des précisions techniques sur les photographies qu’il avait prises, c’est surtout un véritable journal littéraire avec de fréquentes références à des peintres et à des écrivains.

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C’est dès le début des années 50, qu’il commence à écrire des pensées et des observations sur les pages de petits carnets de poche. Plus tard, cette habitude a évolué vers un processus plus formel de décrire, transcrire, et souvent recopier ses anciens carnets de poche pour en faire de plus grands volumes qui sont à eux seuls de véritables livres d’art agrémentés souvent de dessins. Cette pratique est directement liée à son travail à La Pratt où il enseignait l’art du livre et de la reliure.

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Contrairement à ce que pourrait laisser penser ses sujets de prédilection en photographie, Gedney n’avait rien d’un homme fruste et inculte. Il fréquentait les musiciens et était assidu aux expositions de peinture.
Il se rend pour la première fois en Europe en 1974, traversant l’Irlande et l’Angleterre. Il fait aussi deux séjours à Paris durant les étés de 1978 et de 1982. Immédiatement, il perçoit la spécifité du lieu. Il y prend des photos très proches de celles que réalisaient à la même époque Willy Ronis ou Doisneau.

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Au cours des dix dernières années de sa vie, Gedney a relativement peu photographié, sinon la communauté gay new-yorkaise et en particulier la parade annuelle des gays, en juin, qui commémore les émeutes de Stonewall de 1969. Alors que ces images sont les plus festives de son œuvre, celles aussi où les sentiments s’affichent le plus, souvent par le jeu des regards que Gedney sait parfaitement capter, on ne peut regarder ce beau témoignage sur l’histoire des gays sans malaise, un peu comme on regarde les photos d’un shetel polonais de 1930...

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Gedney apprend qu’il est atteint du sida en 1987 et en est décédé le 23 juin 1989 à Staten Island, New York. Il a confié la garde de son travail à ses amis, le photographe Lee Friedlander et son épouse, Maria. Grâce à la méticulosité de l’artiste, il notait tout sur des carnets, l’objet de ses travaux, la date des prises de vue, le numéro de pellicule, la vitesse de l’obturateur et des réglages qu’il a utilisé, on peut suivre aujourd’hui pas à pas sa démarche artistique.

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par Bernard Alapetite publié dans : MERCI BERNARD communauté : Gay-friendly
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Mardi 22 janvier 2008
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Les humeurs apériodiques de Bernard Alapetite




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Un petit texte pour tenter de réparer une injustice : alors que Tom de Finland connaît une juste renommée internationale, Harry Bush est presque ignoré, en dépit de son talent prodigieux et de son association avec les célèbres magazines illustrés de Bob Mizer et d’AMG. Il faut sans doute chercher la cause de cet oubli dans la personnalité d’Harry Bush car si ses images sont joyeuses et exubérantes, leur auteur vivait en quasi reclus, rendu amer par sa vie et rejetant la culture gay.
Pendant plus de vingt ans, Harry Bush (étonnamment, Harry Bush est son vrai nom) a été un militaire modèle, d'abord dans la marine puis dans l'Armée de l'air. Il termina sa carrière dans l’armée derrière un bureau au Pentagone...

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Il connut sa première expérience homosexuelle lorsqu’il était basé en Europe. C’est aussi à cette époque qu’il se mit à dessiner, selon lui pour soigner le mal du pays. Il déclarait que sans cette transplantation, il n’aurait jamais eu d’expériences gays ni fait de dessins !
 

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51SjncgXkhLÀ 40 ans, il quitte la carrière militaire et Washington pour venir s’installer à Los Angeles. Nous sommes au début des année 60. Très vite, il rencontre Bob Mizer qui publie aussitôt les dessins d’Harry Bush dans ses revues. C’est toujours Bob Mizer qui présente l’ombrageux dessinateur à la scène gay de L.A. Mais la réaction d’Harry Bush devant cette société libérée (pour l’époque) est inattendue. Il rejette en bloc ce milieu qu’il considère comme dégénéré et à l’opposé des valeurs que lui a inculquées l’armée. Harry Bush restera toute sa vie “ultra macho” et “ultracloseted”. Peu d’artiste auront été plus schizophrène que lui, à l’extérieur voulant donner l’image du parfait “straight” et sur sa planche à dessin laissant libre court à ses pulsions. Mainardi, l’éditeur du recueil des dessins d’Harry Bush cite une lettre de Bush à l'illustrateur Tom Jones : « Ces gens étaient les personnes les plus affreuses que j'avais jamais vues. Je n’avais jamais entendu parler d'eux ! Toutes les choses, les gens que j’avais mentalement tenus à distance devenaient un morceau de ma vie. Et j'étais l'un d'entre eux. »

 
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Alors qu’une partie de lui-même rejetait ses dessins, il en a d’ailleurs détruit beaucoup dans les dernières années de sa vie, Harry Bush a en même temps continuellement bataillé avec ses éditeurs pour que ses œuvres soient le mieux reproduites possible, les menaçant maintes et maintes fois de retirer ses dessins. On le voit, l’homme n’était pas à une contradiction près.

 
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Autre incohérence, bien qu’il vivait dans la crainte constante d’être “outé” (il ne voulait en aucun cas que ses anciens camarades militaires apprennent ses goûts, de peur que l’armée lui supprime sa pension), il ne supportait pas que ses dessins paraissent sans sa signature. Il développa une véritable paranoïa du copyright.


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Les dernières années de l’existence de l’artiste ont été particulièrement sinistres. Rongé par une homophobie compulsive, il ne sortait pratiquement plus de sa maison.
À la toute fin de sa vie, Harry Bush, victime d’un tabagisme effréné, souffrait d’emphysème chronique. Il ne pouvait vivre sans l’aide respiratoire d’une bouteille d’oxygène. Il meurt en 1994.

 
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Dans son instructive introduction à Hard boys, Mainardi, véritable “ressusciteur” du dessinateur, écrit très justement :
« Bush était l’ndividu le plus colérique et le plus misanthrope que j’ai jamais rencontré, un vieux bernard l'ermite vivant dans une coquille usée qui l'a abrité de la société dans son ensemble, et de la société gay en particulier. »

 
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Il est difficile d’imaginer une
œuvre en plus grande contradiction avec son auteur. Le trait majeur des dessins d’Harry Bush, avant même leur sensualité, est l’humour qui s’en dégage. Ses modéles types sont des jeunes surfeurs débordants de joie de vivre, baignés dans la lumière du soleil californien.
Harry Bush excelle dans le détournement des stéréotypes de l’adolescence américaine et dans les parodies hilarantes de publicités.

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La plupart du temps, il a travaillé à l’aide de crayons de couleur. Il a fait néanmoins des incursions occasionnelles dans le dessin à la plume et dans l’aquarelle. Dans plusieurs de ses dessins, il a mélangé les techniques. Son style varie, tantôt proche du photo-réalisme, tantôt plus expressionniste aux traits plus lâches et rapides. Bush a travaillé sur certains de ses dessins parfois pendant des semaines et même des mois, pour traduire ses fantasmes en une réalité de papier. Ses images sont très inflencées par la culture populaire de son époque comme les couvertures des pulp par exemple. Harry Bush est un peu un Norman Rockwell  gay.
Oublions la triste vie de l’artiste mais pas son
œuvre à la fois drôle et érotique.

 

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par Bernard Alapetite publié dans : MERCI BERNARD communauté : Gay-friendly
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Mardi 8 janvier 2008

 

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Les humeurs apériodiques de Bernard Alapetite




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Si Platt Lynes a connu la célébrité en tant que portraitiste et surtout photographe de mode, son travail le plus personnel se trouve dans ses photos de danse et surtout dans ses nus masculins.


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GPLselftIl est né à Orange, New Jersey, en 1907. Il passe son enfance dans le New Jersey mais fréquente la Berkshire School dans le Massachusetts. Ses parents l'envoie à Paris en 1925 pour mieux le préparer à l'université. Sa vie change irrémédiablement avec les amis qu'il se fait durant ce périple. Il est subjugué par le style de vie de Gertrude Stein. Il rentre aux États-Unis avec l'idée d'y faire une carrière littéraire. Il ouvre même une librairie à Englewood (New Jersey) en 1927. Cette même année, il rencontre le jeune romancier Glenway  Wescott et son amant Monroe Wheeler. Lynes commence une relation passionnée avec Monroe, ce qui ne semble pas gêner Wescott... Un livre témoigne de cette relation (When we were three : the travel albums of George Platt Lynes, Monroe Wheeler, and Glenway Wescott , 1925-1935).71F9ZT5WVXL
On peut penser que c'est à Paris qu'il rencontre ce couple de jeunes intellectuels américains ; Monroe Wheeler deviendra critique d'art. Jean Cocteau les évoque dans sa préface à sa réédition d'Opéra : « Et je me vois encore circuler entre ma chambre et celles de Glenway Wescott et de Monroe Wheeler pour leur lire les textes du "Musée secret" , textes ou je donnais à nos énigmes la froide allure d'un procès-verbal. » Il renonce à ses ambitions littéraires, probablement sur la suggestion de Gertude Stein dont le portrait a été une des premières photos du jeune homme à être publiée en 1931.

 



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Wescott


Platt Lynes commence à s'intéresser à la photographie en prenant des photos de ses amis et en les exposant dans sa boutique. De retour en France l'année suivante, en compagnie de Wescott et Wheeler, il parcourt l'Europe pendant plusieurs années, toujours l'appareil photo à la main. Il se fit des amis proches parmi un grand cercle d'artistes, dont Jean Cocteau et Julien Levy, le marchand d'art et critique. Ce dernier organise, en 1932, la première exposition individuelle de Platt Lynes dans sa galerie, la Leggett gallery à New York. Cette même année, Platt Lynes ouvre son studio de photos. Il reçoit vite des commandes de Harper's Bazaar, Town & Country... Il fait une couverture du prestigieux magazine Vogue avec celle qui fut un des premiers mannequins vedettes, Lisa Fonssagrives.



Dès 1933, Lynes était une figure centrale dans le monde de la photographie de mode à New York. Il est rapidement devenu célèbre pour ses images fortement stylisées, caractérisées par leur éclairage expressionn