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Mercredi 7 mai 2008

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Fiche technique :
Avec: Nicolas Gob, Michaël Cohen, Clémentine Célarié, Nozha Khouadra, Bérénice Béjo, Valérie Donzelli, Valérie Mairesse, Sophie Quinton, Carlo Brandt, Philippe Lefebvre, Cyril Descours
, Jean Dell, Alexandre Mercouroff, Sophie de La Rochefoucauld, Isabelle Ferron et Dominique Frot. Réalisateur : Renaud Bertrand. Scénario : Véronique Lecharpy & Pascal Fontanille. Image : Marc Koninckx. Son : Jean Casanova. Montage : Laurence Bawedin. Musique : Stéphane Zidi.
Durée : 200 mn. Disponible en VF.



 

Résumé :
Nous sommes au début 1981. Lors d’un match de foot, un beau brun (Michael Cohen), genre intello mais qui soigne ses abdos, kiffe sur un blond (Nicolas Gob), Bruno de style plus rustique, dans la douche des vestiaires. Tout ce qui va suivre est raconté par le brun. Nicolas et Bruno deviennent amis. Bruno a une petite amie, Isabelle (Sophie Quinton), qui se trouve être la sœur de Nicolas. Isabelle accouche de Jérémy mais Bruno n’en est pas le père. De son coté Nicolas, homo et grand fêtard, a un meilleur ami, Jérôme (Cyril Descours), avec lequel il couche régulièrement. Jérôme tombe amoureux d’un steward américain. Ce dernier ne tarde pas à tomber malade et meurt ; c’est une des premières victimes du sida. Jérôme est contaminé. Bruno voudrait se marier avec Isabelle et reconnaître Jérémy. Isabelle hésite. Bruno réussit à la convaincre. Quelques jours avant de s’unir, passant par là, le couple est victime de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers. Isabelle est tuée, Bruno très gravement blessé. Hélène (Clémentine Célarié), la mère de Nicolas, élève Jérémy. Nicolas est désespéré et se jette dans la drogue et la fornication intensive. Bruno sort du coma mais il est paralysé des jambes. Nicolas arrache Jérémy à sa mère Hélène pour s’en occuper et le rendre à Bruno. La séparation d’avec l’enfant rend Hélène folle. Bruno se rééduque et tombe amoureux de son infirmière Nadia (Nozha Khouadra), d’origine algérienne. Elle est mariée avec Nabil, militant de Touche pas à mon pote. Elle a deux enfants. À cet instant, nous sommes à la quarantième minute du film et si les scénaristes n’ont pas chaumé, il y a néanmoins beaucoup de trous dans la narration. Nous ne savons pas alors par exemple ce qui nourrit au sens propre comme au sens figuré, Nicolas, son père ou Jérôme...

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Nicolas fait accueillir Bruno, en chaise roulante, dans la belle et grande maison de ses parents. La famille recomposée disperse les cendres d’Isabelle dans un fleuve voisin.
1983, Jérôme développe le sida. Vers la quarante-cinquième minute, on comprend enfin que Nicolas est le secrétaire d’une importante politicienne de droite, tout en s’occupant de Jérémy et en cohabitant avec la marraine de l’enfant qui lui sert d’alibi dans sa profession. Dix minutes plus tard, on apprend que le père va enseigner à l’université de Montréal. Nicolas et Bruno prennent un appartement ensemble pour élever Jérémy. Au bout d’une heure de film, Bruno tente d’avoir une relation sexuelle avec Nicolas, mais il n’arrive pas à bander, fin de l’expérience, ce qui nous vaut tout de même de voir Bruno nu de dos. La cohabitation des deux hommes est difficile. Presque guéri, Bruno a repris son emploi d’ouvrier menuisier.
1985, Nadia se bat pour faire éclater la vérité sur le sang contaminé. La mère de Nicolas vire alcoolique grave. Nadia s’aperçoit que Bruno a été contaminé lors d’une transfusion. La mère de Bruno divorce et se remarie avec le patron de son ex-mari. Nicolas devient l’attaché parlementaire d’un député de droite qui recherche à faire éclater la vérité sur le scandale du sang contaminé. Le député en question, tout marié qu’il est, est un un pédé dans le placard. Il drague Nicolas et rapidement ils couchent ensemble, la première fois dans leur bureau de l’assemblée nationale. Mais leur histoire doit rester secrète. Bruno est viré de son boulot lorsque l’on découvre qu’il est séropositif. Le jeune et joli Jérôme meurt du sida. Fin de la première partie.

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1986, Jérémy apprend que Bruno est malade et qu’il n’est pas son père. Nicolas est très amoureux de Pierre (Philippe Lefèbvre), son député. Bruno retrouve du travail chez un vieil ébéniste. Nadia, qui a été chassée de son hôpital à cause de son engagement sur le sang contaminé, travaille maintenant dans un laboratoire spécialisé dans le suivi des malades du sida. Le sida de Bruno se déclare. Il développe une première maladie opportuniste. Nadia passe de plus en plus de temps à son chevet. Nabil est jaloux. Bruno se remet.
1989, il se trouve une nouvelle copine, Fabienne (Bérénice Béjo). Quelque temps après, il développe une autre maladie opportuniste. Nadia se sépare de Nabil et vient vivre avec les deux hommes. Bruno se relève encore et décide de vivre avec Fabienne. La mère de Nicolas n’accepte pas la nouvelle liaison de Bruno. Le député de Nicolas devient secrétaire d’État et lui, chef de cabinet. Bruno retombe malade mais cette fois encore il s’en sort grâce à la bithérapie. Hélène se suicide par noyade le matin de Noël 1995. Bruno a une nouvelle maladie dont il ne se remet pas. Nadia lui injecte la piqûre de la délivrance devant la télévision sur laquelle Bruno vient de voir la France être sacrée championne du monde de football. Pierre s’oppose au PACS. Nicolas menace Pierre de l’outer. Ils se séparent. Pour se consoler, Nicolas, qui a trop bu, lève un jeune mec au matin ; il s’aperçoit que son coup d’une nuit est séropo et qu’ils ont eu un rapport non protégé. Nicolas est contaminé. Pour récupérer Nicolas, Pierre rend public son homosexualité. Ils se remettent ensemble.

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L’avis de Bernard Alapetite :
Contrairement à l’habitude, je n’ai pas écrit un résumé car il n’aurait pu être que trompeur, mais ce que l’on appelle, dans le jargon cinématographique, une continuité dramatique pour bien, je l'espère, montrer l’incongruité de cette histoire causée par un trop plein de péripéties. C'est cette continuité dramatique que l'on présente aux producteurs pour essayer de les convaincre de monter le film et aux différentes autorités pour essayer de récupérer quelque argent.
Dès les premières images, on sent que l’on va droit à la catastrophe artistique, plan trop serré sur l’action, les figurants c’est cher, donc le réalisateur resserre le cadre pour que le spectateur ne s’aperçoive pas que la foule que le cinéaste est censé filmer, ne se résume en fait qu'à une demi douzaine de clampins. Mais surtout, la voix off, nous expliquant le pourquoi du comment de ce que l’on devrait voir, est presque toujours un aveu d’impuissance cinématographique ; c'est ici patent.

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L’échec du film tient autant à son esprit qu’à sa forme. Déblayons tout de suite la forme technique de la chose, n’importe quel producteur de bon sens devrait se rendre compte que traiter 27 ans d’histoire en 3 heures, avec une foule de personnages lancés dans des péripéties des plus romanesques, est déraisonnable. Si la chaîne (1ère diffusion le 26 Mars 2008 sur la 2) avait été vraiment courageuse et responsable, elle aurait dû produire une mini série de cinq à six épisodes de 90 minutes. Mais le péché originel de Sa raison d’être est d’avoir voulu mêler des genres qui se révèlent antagonistes, soit le mélo cinématographique façon Douglas Sirk, avec le roman feuilleton genre Eugène Sue, qui a engendré le feuilleton télévisé tombé en désuétude depuis la mort de l’ORTF. La différence principale des deux genres réside dans leur construction : le premier se nourrit d’un nœud gordien aussi inextricable qu’improbable et est d’essence fondamentalement pessimiste ; le deuxième ne vit que par une incessante avalanche de péripéties tragiques et également peu réalistes mais rendues crédibles justement par leur arrivée continue dont la fréquence empêche le spectateur de réfléchir. Dans cette dernière forme, au bout du compte, après bien des tragédies, quelques personnages arriveront au terme de ce chemin infernal et toucheront au paradis. On le voit, des conceptions bien différentes, tant par leurs philosophies que par leurs rythmes. Les scénaristes Véronique Lecharpy et Pascal Fontanille, qui étaient déjà aux commandes du très bon Un Amour à taire, ont voulu de surcroît faire coller les aventures particulières de leurs personnages avec l’Histoire de la période traversée : élection de François Mitterrand, pandémie du sida, scandale du sang contaminé... La seule idée raisonnable qu’aient eu les auteurs est de rendre compte de toute cette foisonnante période par le biais d’un regard spécifique, en l’occurrence celui des gays, personnifiés par le narrateur Nicolas. Non que la bonne idée ait été de choisir le regard gay, aucun communautarisme dans mon propos, ce regard en vaut un autre pas plus, mais surtout, il réduit le champ narratif de ce scénario, qui par ailleurs explore beaucoup trop de sujets jusqu’à toucher au ridicule par leur accumulation et veut tout embrasser sans rien étreindre...
Dans la deuxième partie, bien meilleure que la première si l’on excepte la toute fin lourdement didactique, le rythme devenant moins frénétique laisse enfin passer l’émotion. Les scènes entre Bruno et Fabienne, par exemple, sont réussies.

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Le parti pris de ne pas vieillir les acteurs par le maquillage (les personnages, au cheveu près, ont presque le même aspect du début à la fin du film alors que plus de vingt-cinq ans ont passé, sauf Jérémy qui est joué par des garçons différents au fil du temps) est une bonne solution. N’imagine-t-on pas souvent les autres (et soi-même) avec un aspect qu’ils ont cessé d’avoir depuis longtemps ? Autre bonne idée de faire des réunions de la famille élargie dans la grande maison des parents de Nicolas qui constituent des bornes sur la route du temps.

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Si les poncifs ont souvent leur part de vérité, il est déconseillé à un réalisateur d’en faire un catalogue quasi exhaustif dans son film, comme c’est le cas dans Sa raison d’être. C’est forcément un steward qui a contaminé le joli Jérôme, lourde allusion au « patient zéro » ; quand une femme est enceinte, elle ne peut que vomir ; le jeune prolo (Ah les gros plan sur le torse de Gob en marcel ! Un grand moment !) est bien sûr homophobe et fils d’un routier. La politicienne de droite ne peut être qu’une caricature façon Boutin revue par Marie-France Garaud...
Les allusions à l’actualité du moment (la guerre des Malouines, les régimes communistes en Europe de l’est...) sont plaquées artificiellement dans les conversations entre les personnages et arrivent comme des cheveux sur la soupe.

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Il serait grand temps que les cinéastes s’aperçoivent que situer un film en 1981, présente les mêmes difficultés logistiques que de filmer une action se déroulant pendant les guerres napoléoniennes ou le premier conflit mondial. Dans les trois cas, les objets de la vie quotidienne sont complètement différents de ceux d’aujourd’hui. Il y a même la difficulté supplémentaire, lorsqu'une fiction se déroule dans les quarante dernières années, que bon nombre de spectateurs qui verront le film se souviendront des détails de ce temps-là et qu’ils n’auront pas oublié les visages connus d’alors. Et bien avec des moyens limités, Renaud Bertrand s’en tire très honorablement, évitant les anachronismes trop flagrants (je n’ai guère vu qu’un sweet capuche peu plausible lors d’un entraînement de foot en 1981). La reconstitution du Palace est plausible, en revanche l’avatar de Fabrice Emaert est grotesque et n’a aucune ressemblance avec son modèle dont la physionomie est encore bien présente dans la mémoire de ceux qui sont passés au Palace.

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Le miracle est qu’au milieu de séquences parfaitement ridicules, super téléphonées et très mal dialoguées, certaines scènes parviennent à être des îlots d’émotion, comme lorsque Bruno annonce à sa mère qu’il est séropositif, et qui parviennent donc à étrangler notre rire continu tout au long des deux parties.
Cela est dû principalement aux comédiens (Michael Cohen et Nicolas Gob ont tous deux reçu, à juste titre, le Prix d’interprétation masculine à Luchon) qui dans ce mélo improbable, se débattant dans des situations impossibles, débitant un texte parfois indigent, parviennent à rendre leur personnage convaincant et nous force à rester devant l’écran pour connaître la suite.

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Pour plus d'informations :

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Ciné DVD
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Mardi 6 mai 2008

Fiche technique :

Avec Robert Stadlober, Kostja Ullmann, Alicja Bachleda-Curuce, Miriam Morgenstern, Marlon Kittel, Jürgen Tonkel, Hanno Koffler, Tristano Casanova et Alexa Maria Surholt. Réalisé par Marko Kreuzpaintner. Scénario : Marko Kreuzpaintner et Thomas Bahmann. Compositeur : Niki Reiser.
Durée : 98 mn. Disponible en VO, VOST et VF.



Résumé :

Tobi et Achim sont copains depuis des années. L'un barreur, l'autre rameur dans une équipe d'aviron, ils vont disputer la plus grande régate de la région. Lorsque le flirt d'Achim et Sandra devient sérieux, Tobi comprend que ses sentiments pour Achim sont plus que de l'amitié.
Arrive alors dans la compétition une équipe de jeunes homosexuels athlétiques qui affichent fièrement leurs tendances. Tobi et ses camarades sont forcés de revoir leurs préjugés, leurs craintes, et leurs secrètes attirances. Au fur et à mesure que la tension monte, une confrontation entre les jeunes gens devient inévitable, en même temps qu'une violente tempête menace d'éclater sur le lac...

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L'avis de
Clément Graminiès :
Pour son premier film, le jeune réalisateur allemand, Marko Kreuzpaintner, met en scène un adolescent qui prend peu à peu conscience de ses attirances sexuelles pour son meilleur ami. Si la sincérité de la démarche ne fait aucun doute, la médiocre mise en scène parvient difficilement à traduire l’ambivalence de cette situation attendue et entretient malheureusement bon nombre de clichés sur la communauté gay.

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Amis de longue date, Tobi et Achim partent pour un championnat d’aviron avec leurs copines respectives. Encore peu expérimentés pour ce qui est des choses de l’amour et du sexe, les deux adolescents entretiennent une relation forte et teintée d’ambiguïté. Au cours de ce voyage, Tobi va pleinement prendre conscience de son attirance pour son meilleur ami. Pour faciliter les choses, le réalisateur a choisi d’isoler le groupe d’adolescents du reste de la société pour constituer un microcosme très réduit où chacun revêt une fonction type (l’homophobe, la fille compréhensive). Et pour faciliter encore plus le coming out de Tobi, l’équipe adverse est uniquement composé de jeunes homosexuels assumés et affichés. En partant d’un postulat simpliste et binaire, le réalisateur va forcément limiter la portée de son propos.

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À la relation d’amitié trouble qui aurait pu donner matière à une passionnante réflexion sur l’amour frustré, Marko Kreuzpaintner préfère le comique de situation en confrontant de jeunes allemands remplis de préjugés à une horde d’homosexuels décomplexés. Si certaines scènes peuvent prêter à sourire, on n’en oublie jamais le drame intime qui se joue pour Tobi et auquel le film ne donne finalement qu’une moindre importance. La mise en scène, aussi paresseuse qu’un téléfilm grand public de première partie de soirée, n’accompagne jamais l’adolescent dans cette quête du désir, dans sa demande de vérité ; elle ne fait que l’illustrer platement. Au mieux, la seconde partie insiste – assez pathétiquement d’ailleurs – sur le désarroi soudain du jeune homme enfin révélé à ses désirs, comme si au dernier instant, le réalisateur s’était souvenu des raisons pour lesquelles il avait pensé ce projet. Du coup, on n’échappe que trop rarement aux poncifs sur le mal de vivre de l’adolescent qui assume mal sa sexualité. Mélancolie et solitude se donnent forcément rendez-vous, sur fond de musique triste illustrant un enchaînement de fondu au noir à l’esthétique clip.

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Du rose mesuré au noir puis au rose grandiloquent, Summer storm peine péniblement à trouver sa couleur, et tente de combler tout un ensemble de handicaps par une bande-son digne d’une compil’ gay élémentaire. Du Power of love des Frankie Goes To Hollywood au Go West des Village People, le gay power s’affirme avec toute la mollesse d’une comédie familiale, bien loin du ton orageux qu’aurait pu nous laisser espérer le titre, finalement très illustratif.

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À chercher par tous les moyens à ne pas repousser le grand public, le réalisateur s’handicape de trop nombreux compromis. Totalement dépourvue d’audace - tant au niveau de la mise en scène que d’un traitement trop timoré du désir sexuel – la portée du projet de
Marko Kreuzpaintner s’émiette rapidement. Dommage pour les acteurs, Robert Stadlober en tête, naturels et spontanés, seuls capable de donner corps à ce récit initiatique particulièrement laborieux et sur lequel il serait malheureusement bien inutile de s’attarder.

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Pour plus d’informations :

Lire l’interview de Marko Kreuzpaintner

par Clément Graminiès publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Gays news
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Mardi 6 mai 2008


Fiche technique :
Réalisateur : Olivier Meyrou. Compositeur : François-Eudes Chanfrault. Monteuse : Cathie Dambel.

Durée : 85 mn. Disponible en VF.



 

Résumé :
À Reims, suite à l'agression mortelle de leur fils François, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu ont accepté de se livrer à la caméra. Avant, pendant et après le procès aux assises, le film montre le parcours d'une famille qui dépasse sa douleur pour s'engager dans un combat en faveur de la tolérance et du respect de l'autre, pour aller Au-delà de la haine.



L’avis de Matoo :
François Chenu n’est pas très connu, et pourtant il est le « Matthew Shepard » français. En septembre 2002, trois skins le rencontrent dans le parc Léo Lagrange de la ville de Reims. Faute d’avoir trouvé un arabe à casser, ils décident de retourner leur haine sur un pédé. François Chenu n’a pas survécu à cette attaque, ils l’ont d’abord laissé pour mort, battu à mort, puis l’ont jeté dans une rivière pour se débarrasser du corps, ce qui a finalement noyé le garçon.


Ce documentaire est un extraordinaire témoignage des parents et de la famille de François. Deux ans après le drame, alors que les assassins passent aux assises, le réalisateur, Olivier Meyrou, filme les parents. Des parents qui sont arrivés à pardonner à ceux qui leur ont enlevé leur fils aîné.
Ce documentaire est bouleversant du début à la fin, et ne laisse vraiment pas indemne. Il est aussi prenant qu’il est sobre et pudique, et cela met finalement encore plus en valeur, subtilement, la dureté et l’âpreté des faits. Car ce crime fut horrible et crapuleux, une décharge de haine sanglante et la bêtise incarnée qui a tué un homme innocent, et a plongé sa famille dans une inconsolable douleur.


Et malgré tout cela, le film se contente de nous montrer ces gens qui tentent de faire leur deuil, même sans avoir vu le corps qui n’était presque pas identifiable tant il était tuméfié, et surtout qui essaient de comprendre les meurtriers. Et en effet, on peut comprendre ces mecs paumés, ces skins aux idées d’extrême droite et de néonazisme, l’intolérance chevillée aux corps, et une imbécillité congénitale qui fut certainement le meilleur engrais de cette haine. « Congénitale » car le documentaire en ébauchant simplement un portrait des parents des skins nous fait rapidement comprendre la misère sociale, morale et intellectuelle de ce milieu.


Il reste les parents de François, et son frère, ses deux sœurs, qui s’interrogent, qui alternent entre colère et lutte contre l’envie de vengeance. Et cette sacro-sainte morale républicaine qui les retient de devenir comme leurs bourreaux, mais au contraire les pousse à croire et espérer en la Justice. D’ailleurs la mère de François l’explique bien en réalisant qu’elle a donné des bases morales dans l’éducation de ses enfants, du respect d’autrui et de la tolérance, des choses que ces skins n’ont malheureusement pas eues.


La réalisation d’Olivier Meyrou est parfois presque aride, mais ces longs plans fixes sur le parc, avec le témoignage de la sœur ou des parents, sont autant de moments où l’émotion se cristallise. Ces gens sont remarquables à bien des égards, et ce sont des gens simples, pas des intellos ou des CSP++, des français tout à fait moyens, qui montre que la raison humaine et humaniste n’est pas encore complètement perdue.


Ils pardonnent aux meurtriers de leur fils, et ils souhaitent qu’ils regrettent leurs actes (ce qu’ils n’ont pas encore fait), et qu’ils changent pour devenir un jour heureux avec eux-mêmes.
Le documentaire ne se focalise pas sur l’homosexualité de François, puisqu’il s’agit d’un acte d’intolérance qui aurait pu avoir une autre cible. Mais on ne doit donc pas oublier que ce genre de chose est toujours possible aujourd’hui, et que des personnes d’extrême droite paumées comme cela, et dangereuses, il en existe pléthore encore aujourd’hui dans nos rues.


En tout cas, voilà un témoignage d’exception, à ne rater sous aucun prétexte.
Pour plus d’informations :

 

par Matoo publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Ciné DVD
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Vendredi 2 mai 2008

 

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Fiche technique :
Avec Brett Barsky, Judy Kain, John Lizzi, Jonah Rooney, Stephen Tobolowsky, Cory M. Miller, Allen Doran et Lindsay Pomerantz. Réalisation : Peggy Rajski. Scénario : James Lecesne. Musique originale : Danny Troob. Image : Marc Reshovsky. Montage : John Tintori.
Durée : 17 mn. Disponible en VO.
Résumé :
L'innocence de Trevor, 13 ans, fan des chansons de Diana Ross, est brutalement brisée quand son meilleur ami, le garçon le plus populaire de sa classe, se retourne soudainement contre lui en comprenant que Trevor est gay et amoureux de lui. Les camarades de Trevor commencent à se moquer de lui, trouvant qu’il marche comme une fille... La détresse de Trevor culmine avec une tentative de suicide mais dont on peut douter du sérieux, malgré la solennité de la mise en scène car le garçon décide de mourir en avalant un tube d'aspirines... Mais à la fin, sa forte volonté et sa détermination l'aideront à accepter son homosexualité...

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L’avis de Bernard Alapetite :
Ce film, tourné il y a déjà plus de dix ans et dont l’action est sensée se dérouler en 1981, n’a pas pris une ride et l’on peut ajouter "malheureusement", car il traite de sujets presque tabous : le suicide chez les jeunes gays et la sexualité chez les préadolescents. Sa principale qualité est de traiter ces sujets sans pathos et avec un humour certain. Cette mise à distance par le ton n’empêche pas l’empathie que l’on éprouve pour Trevor.
Dès les premières minutes du film (avec ses mises en scène de suicides, que Trevor organise pour que ses parents s’aperçoivent qu’il existe, de véritables appels au secours à des sourds autistes pour qui leur fils a la transparence d’une vitre et la densité d’un ectoplasme), on pense à Harold et Maud. Trevor est un Harold de 13 ans confronté à des parents indifférents.
Le court-métrage avançant, c’est à un autre film que l’on pense, 50 façons de dire fabuleux. Trevor est le quasi jumeau du héros du film d’Aitken, même physique un peu ingrat au corps trop enveloppé, même naïve follitude, même goût de l’évasion dans des rêves de paillettes joint à la passion de l’introspection.
La réalisatrice utilise pour faire avancer et densifier son histoire un procédé à hauts risques qui donne généralement de très mauvais résultats : la voix off. Pourtant ici, on a jamais le sentiment, comme c’est trop souvent le cas avec cette figure cinématographique, qu’elle n’est là que pour palier le manque de moyens ou la médiocrité d’un acteur amateur incapable de faire passer ses sentiment par le dialogue ; jamais non plus elle est redondante avec l’image et cela grâce à une astuce : cette voix off est celle de Trevor qui lit son journal intime en contrepoint de ce que l’on voit sur l’écran. Pour que ce soit convaincant, faut-il encore comme ici que le texte soit écrit à hauteur de celui d'un enfant comme Lecesne, le scénariste, est parvenu à le faire, sans doute parce que tout cela est très autobiographique. En 17 minutes, le film réussit à mélanger réalité et désir. Il ne faut jamais oublier que ce que l’on voit n’est peut-être finalement que seulement ce qu’écrit Trevor. Alors où commence le rêve ou le cauchemar et où finit la réalité ? Ce qui peut donner une interprétation complètement différente du film (voir le résumé) et en particulier de sa fin.
Plastiquement, le film ne manque pas d’audace puisque parfois Peggy Rajski brave l’interdit du regard caméra ; ainsi Trevor semble s’adresser à nous, cadré en plan moyen sur un fond neutre. J’ajouterais pour terminer que l’image est soignée avec des cadres inventifs sans maniérisme et une belles lumière. La musique n’est pas non plus pour rien dans le charme que dégage le film.
Le film de Peggy Rajski est couvert de prix , en 1994 Trevor a obtenu l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction, le Teddy award 1995 du meilleur court-métrage à Berlin.
Suite aux réactions engendrées par le film au sujet du suicide chez les jeunes gays, James Lecesne, Peggy Rajski et Randy Stone ont mis sur pied une fondation "Trevor project" qui, sous forme d’une écoute téléphonique ouverte 24 heures sur 24, se propose d’aider les jeunes gays en crise qui seraient tentés par le suicide. Le but de l’association est la prévention du suicide. Elle guide et oriente les jeunes qui s’adressent à elle pour qu’ils surmontent leur désespoir. Des permanence sont ouvertes à Los Angeles, San Francisco et New-York.
Pour plus d'informations :
Ci-dessous l'intégrale du film
English Language
Running Time : 16 minutes 53

par Bernard Alapetite publié dans : FILMS : Les Toiles Roses communauté : Ciné DVD
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Mercredi 30 avril 2008


Fiche technique :
Avec Brady Corbet, Joseph Gordon-Levitt, Bill Sage, Elisabeth Shue, Michelle Trachtenberg, Chase Ellison, George Webster, Mary Lynn Rajskub, Jeffrey Licon, Lisa Long, Kelly Kruger et Billy Drago. Réalisé par Gregg Araki. Scénario de Gregg Araki, d’après le roman de Scott Heim. Directeur de la photographie : Steve Gainer. Compositeur : Robin Guthrie.
Durée : 99 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


 



Résumé :
À huit ans, Brian Lackey se réveille dans la cave de sa maison, le nez en sang, sans aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Sa vie change complètement après cet incident : peur du noir, cauchemars, évanouissements...
Dix ans plus tard, il est certain d'avoir été enlevé par des extraterrestres et pense que seul Neil Mc Cormick pourrait avoir la clé de l'énigme. Ce dernier est un outsider à la beauté du diable, une petite frappe dont tout le monde tombe amoureux mais qui ne s'attache à personne.
Il regrette encore la relation qu'il avait établie avec son coach de baseball quand il avait huit ans. Brian tente de retrouver Neil pour dénouer le mystère qui les empêche de vivre.


L'avis de Mérovingien02 :
Gregg Araki a beau être un cinéaste doué et majeur du circuit indépendant, ses films ne parvenaient pas vraiment à se sortir de la case « gay branchos MTV sur la jeunesse qui se la joue faussement paumée ». Son esthétique soignée n'empêchait pas des débordements trashs certes plaisants mais révélant un cinéaste nihiliste au possible, bien que passionnant. Chose nouvelle : pour une fois, le scénario est tiré d'un livre et le sujet sensible marque d'emblée une orientation plus adulte et mature.
Et ça paye. Comme s'il était obligé de canaliser ses ardeurs déviantes, Araki fait preuve d'une plus grande rigueur, montre une vraie sensibilité (à ne pas confondre avec sensiblerie) et au final, livre son métrage le plus abouti et le plus mature, partant pourtant sur une base similaire à tous ses autres opus (l'adolescence perdue). Le thème délicat sera traité de la même manière : avec délicatesse, sans tomber dans le pathos ni la diabolisation à outrance. Ou comment deux gamins abusés sexuellement vont gérer de leur propre manière le trauma. On ne se place pas du côté du bourreau et encore moins du côté des ligues de vertu prêtes à bondir pour dire que la pédophilie, c'est maaaaaaaaaaaaaaaaaaal. Non, Araki choisit le regard sans complaisance des victimes, offrant deux facettes d'une même personne (la victime de pédophilie) par l'intermédiaire de Neil, adolescent extraverti et Brian, adolescent introverti. Deux individus pour renforcer l'ambiguïté des relations avec le bourreau.


Le film se déroule sur une longue période, narré par les voix-off évoquant les tourments des héros. Selon que l'on passe sur Brian ou Neil, le traitement graphique sera différent. Pour Brian, le trauma (qui ne sera explicite qu'à la fin du récit) se manifeste par des trous noirs, comme une plongée dans la quatrième dimension. Pour fuir ses démons, l'enfant à lunettes se construit un délire où des extraterrestres (réminiscence du Nowhere d'Araki et annonçant déjà son prochain métrage de SF, CrEEEEps !). À grands coups de merveilleux, de mystère OVNI et d'expériences sortis des X Files, l'enfant assimile le viol de son corps mais aussi de son âme (voir son regard vide du début à la fin) à des expériences inconnues qui laissent des cicatrices non visibles dans son nez, là où une femme porte une marque sur la hanche. L'individu qui va le souiller n'a pas de visage dans un premier temps. Il n'est qu'une forme longiligne, floue, semblable à un OVNI, vision étrange causée par une perte des lunettes qui modifie par la même occasion le regard sur le monde. Le sexe, pour l'enfant, est comme un vaisseau spatial qui survole sa maison : un monde inconnu. Un monde étrange nimbé de lumière bleutée, renvoyant aussi à la couleur associée aux garçons et dans lequel il est seul, ne parvenant même plus à assouvir ses désirs sexuels lorsqu'une fille se présente à lui.


En contrepoint, Araki pose la figure de Neil. Contrairement à l'autre, il n'est pas à première vue mal dans sa peau. Il n'est pas celui qui va se refermer sur lui-même mais plutôt celui qui va se révéler à lui-même. Précoce, le gamin va découvrir sa sexualité avec son entraîneur de baseball (le viril à tomber Bill Sage) et s'assumer. La relation qui le lie à l'entraîneur est bien entendu malsaine mais Araki évite l'aspect choc pour mieux déranger. Car Neil, à l'inverse de Brian, vit très bien cette relation. S'il va de soi que l'enfant est manipulé par un homme bien plus détraqué que l'on croit (d'amour pédophile, il se révèle être encore plus détraqué, demandant carrément à être fisté par les enfants contre de l'argent), on s'aperçoit néanmoins que l'enfant aime encore plus son bourreau.
Victime consentante, Araki ne peut s'empêcher de mettre le doigt là où ça dérange en adoptant le point de vue de l'enfant pour qui l'abus sexuel est vécu comme un jeu et une source de plaisir. La question n'est pas de savoir si l'entraîneur est amoureux de l'enfant (la réponse est des plus évidente) mais bien de voir si le gamin n'est pas lui aussi attaché à l'adulte. C'est finalement ça le plus dérangeant dans le film : le fait qu'un jeune gamin très précoce soit aussi attaché à un homme qui le manipule. Car au final, le gamin ne retient pas tant les jeux sexuels auxquels il s'est adonné avec plaisir (entraînant même d'autres enfants) que les moments de joie où les céréales pleuvent sur lui.



On pourra ensuite à loisir disserter sur le fait que cette expérience sexuelle précoce a complètement transformé Neil, faisant de lui un tapineur autodestructeur pris dans une spirale. Mais on pourra également se demander si ce n'est pas le fait que son histoire n'ait pas duré qui l'a mené à s'autodétruire, l'entraîneur ayant disparu (parti ? en prison ? le film ne le précise pas, pour mieux laisser libre cours aux interprétations). D'ailleurs, des propos même d'Araki, Mysterious Skin est une histoire d'amour. Et c'est finalement ça qui semble déranger : le fait qu'un gamin abusé puisse être heureux et amoureux avant l'âge. Polémique en vue.
Il serait d'ailleurs trop facile de dire que parce que Neil est abusé, il va forcément se mettre à tapiner. Bien entendu, le sexe et les jeux de l'enfance sont étroitement liés dans son esprit, au point de fixer des rendez-vous aux hommes dans un parc à enfants. Mais on oublierait alors qu'il y a des clients pour Neil, des clients qu'il s'est déjà tous fait deux fois dans son bled. Ces clients ont-ils aussi leur propre histoire ? Sont-ils tous tellement en manque de sexe qu'ils doivent forcément aller voir Neil ? Et Neil ne prend-il finalement pas du plaisir à s'envoyer en l'air avec tous ces hommes en dépit des risques de mort qu'on lui martèle et dont il se moque (on ignore même s'il va se prendre en main après le film) ? Il le dit lui-même : « ce qui est arrivé cet été-là fait partie de moi ».


Il ne dit pas que c'est ce qui a fait l'homme qu'il est devenu. Si cette accumulation de queues sert à brosser le tableau d'une société à la dérive, allant crescendo dans les délires sexuels et les dangers encourus (bleus, morpions, sida, viol... Araki, t'étais peut-être pas obligé de surligner le message à ce point !), elle permet surtout de représenter l'homme comme un être déviant et perdu. Que ce soit le père absent auquel l'entraîneur se substitue ou le malade du sida qui ne cherche qu'un contact humain, le mec viril qui ne cherche qu'à se faire prendre comme une salope ou au contraire le type ultra violent qui confond fantasme avec réalité. Une vraie galerie de détraqués, heureusement nuancée par le final onirique en forme de retour à l'innocence (chant de Noël à l'appui). L'homme n'est finalement pas si perdu que ça, pouvant d'ailleurs compter sur le soutien d'une fille et d'un ami gay très efféminé. Si la génération adulte n'est pas capable de transmettre quoique ce soit à ses enfants, les enfants doivent se serrer les coudes pour ne pas suivre le même chemin (la neige tombe d'ailleurs lorsque Neil est avec Wendy, campée d'ailleurs par la toujours aussi craquante Michelle Trachtenberg).


Assez proche de Larry Clark et de son Ken Park, Gregg Araki livre un film touchant avec ses thèmes de prédilection, tout en délaissant ses tics habituels. Son film est beau sans être aussi voyeuriste qu'avant (le scène de viol est tout sauf esthétique), dur sans être trashouille, pop sans être MTVisé. Et comme souvent chez Araki, le film est désespéré, les deux jeunes ne pouvant plus que disparaître du monde (la caméra s'éloignant et les faisant s'effacer dans le noir), ne saisissant la gravité de ce qui leur est arrivé que trop tard, ayant vécu une chose que le monde extérieur ne peut comprendre.


L'avis de Matoo :
Inévitablement, j’ai pensé au film L.I.E. qui avait traité avec une incroyable justesse et sobriété le thème de la pédophilie (et avec un scénario relativement proche). Avec un Gregg Araki qui ne fait jamais dans la dentelle, et que j’adore depuis Doom Generation (et Nowhere), on obtient un film à la crudité parfois embarrassante et troublante, mais qui réussit à évoquer le parcours de deux victimes de la pédophilie sans voyeurisme ni commisération.


Le film est beaucoup moins trash et fantasmagorique que les opus précédents, par contre on retrouve une manière de tourner aussi talentueuse et une superbe photographie. Il met vraiment une attention particulière (et particulièrement réussie) dans la manière de filmer les visages de ses comédiens. Les couleurs aussi sont tout à fait du registre classique de cet auteur singulier : les visages illuminés, les lumières blanches projetées, les halos bleuâtres, les couleurs acidulées, les ambiances gothiques, etc.
Dans le fond, malgré quelques petites pépites oniriques, l’histoire est simple, linéaire et concentrée. On suit les destinées de deux gamins sur une dizaine d’années. Tout commence un été de 1981, ils ont alors 8 ans. Brian reprend conscience dans sa cave, il saigne du nez, cinq heures ont été complètement annihilées de sa mémoire. Neil dans le même temps, un gamin élevé par une mère célibataire libérée, découvre le base-ball avec un entraîneur pour qui il ressent un certain désir. Ce coach se révèle être pédophile et abuse régulièrement de l’enfant. Brian et Neil font partie de la même équipe de base-ball.


Le film déroule alors les quelques années d’apprentissage pour ces deux garçons qui ont des vies diamétralement opposées. Dix ans après cet été de 81, Neil est un mec paumé qui se prostitue avec tout ce qui bouge, tandis que Brian reste obnubilé par ses amnésies et finit par croire qu’il a été victime d’un enlèvement par des extraterrestres. Néanmoins, il a la vision rémanente d’un enfant dans ses souvenirs, qu’il reconnaît comme étant un des enfants avec qui il jouait au base-ball. Il s’agit de Neil qu’il tente alors de retrouver, car il pense que ce dernier a du aussi subir ce kidnapping.
Brian va peu à peu recouvrer la mémoire, grâce à Neil qu’il arrive enfin à retrouver. Ce qui est révélé à Brian est un secret de Polichinelle pour le spectateur, qui comprend dès les premières images que l’enfant a aussi été abusé par le coach. Araki met donc en scène deux manières radicalement différentes de survivre à des abus pédophiles à travers ces deux victimes, dont les personnalités et les types de réactions varient du tout au tout.
Le scénario prend toute sa valeur et son ampleur, car ce n’est pas seulement l’image évidente de l’enfant victime et « en souffrance ». Il s’agit de Neil qui a été abusé dans ses sentiments « amoureux » et son affection envers cet homme, et qui s’est retrouvé à avoir des rapports sexuels presque « consentants ». Brian, lui, a été complètement floué par des stratagèmes qui ont mis en scène Neil (le « rabatteur »), et a subi un choc tellement traumatique lors de ces attouchements, qu’il a tout refoulé et a « oublié » ce qui s’était passé.
 

Pour les deux, le pédophile a été une bombe dans leur développement. Neil est devenu un être presque incapable d’émotion, qui trouve dans la prostitutio