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Mercredi 11 octobre 2006

par Jean Yves


Comment ces deux abrutis de Laurel et Hardy ont pu échapper aux bistouris de la censure ? Parce que, dans leurs films, ça y va franchement : des mollets poilus aux talons aiguille, des pantalons envoyés en l'air, des nuits blanches transpirées dans le même lit, et même, des envie de faire un bébé ensemble…

Alors, le petit Laurel et le gros Hardy seraient-ils l'archétype même du couple homosexuel clandestin ?
Il faut toutefois faire attention aux clichés bâtis à la truelle ! Facile de dire : « Oliver Hardy, le balaise, le moustachu, celui qui lance les ordres et qui bougonne comme un gros ours, c'est l'homme. Et Stan Laurel, le maigrelet aux épaules en forme de cintre, c'est la femme. » Non, c'est plus subtil que cela.

La mythologie « Stan-Ollie » commence en 1927, avec le film Putting Pants on Philip. On y découvre les premiers signes d'une sex story latente : Laurel, déguisé en Écossais-jupette, débarque en Amérique et retrouve son oncle Hardy. Un Hardy tout efféminé, quasi manucuré, alors que Laurel, lui, sautille de joie (mouvements de jupette) en rencontrant des bouquets de femmes en pâmoison. Outré comme un pape, affligé par cette mascarade, et sans aucun doute jaloux de ne pas pouvoir garder son neveu pour lui tout seul, Hardy va tout faire pour remplacer le kilt de Laurel par un vrai pantalon de bonhomme. Avec une avalanche de gags : on trouve dans ce film le coup de la bouche d'aération (cf. Marilyn, la robe qui s'envole), particulièrement corsé, puisque Stan, jupette au vent, perd en plus sa petite culotte en éternuant. Ensuite, sous prétexte de mesurer sa longueur de jambe, Hardy abuse d'un Laurel abasourdi et complètement désorienté.
Faut-il voir dans ces rapports un symbolisme sexuel ? Quand Hardy impose le port du pantalon à Laurel pour qu'il passe inaperçu, le désir de possession semble clair. Alors qu'en apparence on pourrait attribuer le rôle de la femme à Laurel, il se révèle – quand sa jupe se soulève et que des femmes s'évanouissent - qu'il est un mâle en pleine possession de ses moyens. Viril, donc, Laurel est une menace pour Hardy, lequel a besoin de s'affirmer par rapport à l'autre pour prouver une supériorité, qui, ratée, l'obligerait à reconnaître sa nature véritable.

Il faudra attendre Early to Bed [Laurel hérite de son oncle], (1928), pour voir s'orienter avec plus d'évidence les rapports des deux compères. Dans Putting Pants on Philip, Laurel est encore un sacré coureur de jupons. Ici, il devient un être quasi asexué, en tout cas nettement moins attiré par les corsages. Après une scène de ménage à vous faire valdinguer tout le mobilier du château de Versailles, après une lutte gréco-romaine orchestrée par Laurel pour envoyer Hardy au lit, le couple se réconcilie avec une chaleur inusitée. Early to Bed ne symboliserait-il pas le passage de Laurel et Hardy devant monsieur le maire ?
Le comble de l'allusion homosexuelle est atteint en 1929, avec le célèbre Liberty [Vive la liberté] : évadés du bagne, Laurel et Hardy ont enfilé en vitesse deux, trois vêtements civils. Hélas, ils ont interverti leurs pantalons. Tout au long du film, ils vont tenter de s'échanger leurs culottes, sombrant ainsi dans des situations délicieusement scabreuses.


Si les personnages de femmes sont rares dans l'univers de Laurel et Hardy, c'est qu'ils se placent délibérément sur un terrain où les femmes ne sont guère indispensables. Liberty pousserait ainsi, à l'extrême, l'utopie d'un paradis des hommes seuls. Il offrirait – à celui qui sait lire – le geste irréprochable de l'amour contre nature.

Mais si les deux comiques jouent sur des éléments équivoques de l'intrigue, ne faut-il pas y voir qu'un ressort comique, et non pas un hymne à l'homosexualité ?

Il reste que de nombreux films de Laurel et Hardy offrent des éléments concrets au plaidoyer homosexuel : le curieux attachement indéfectible des deux compères, la misogynie qui se dégage de toutes les comédies matriarcales dont ils furent les interprètes, et, plus concrètement, les nombreuses scènes de lit, les déshabillages intempestifs, les jeux de travesti, les scènes de jalousie et les triangles passionnels dès qu'une femme montre le bout du nez. Ainsi, dans Their First Mistake [Bonnes d'enfants] (1932), Hardy, marié, se voit réprimander par sa femme : « Si tu te promènes encore avec ce Laurel, c'est fini nous deux ! »
Embarrassé, Hardy va quand même se confier à son ami : « Elle prétend que j'ai plus d'affection pour toi que pour elle. », ce à quoi Laurel réplique, ingénument : « Et c'est vrai, n'est-ce pas ? », et Ollie, bougon, enchaîne : « N'entrons pas dans ces détails. » Des détails, on le voit, qui laissent pas mal de sous-entendus. Un peu plus tard, dans le même film, la conversation se poursuit :

Stan : Sais-tu ce qui nous manque pour être heureux ?
Ollie : Quoi ?
Stan : Un bébé dans la maison !
Ollie : Je ne saisis pas le rapport.
Stan : Mais si, de cette façon, l'esprit de ta femme sera occupé ! Et tu pourras sortir avec moi, ça lui sera complètement égal !
Ces sous-entendus se trouvent carrément mis au jour quand la femme de Hardy demande le divorce et fait poursuivre Laurel pour « détournement des sentiments de M. Hardy ». On croit rêver !

Dans Brats [Les bons petits diables] (1930), il est toujours question d'enfants, mais, cette fois-ci, c'est à Laurel et Hardy de jouer les papas-poules. Leurs femmes ayant pris la clé des champs le temps d'une leçon de tir, nos deux compères se transforment en parents pour s'occuper de leurs gamins (des Laurel et Hardy en version miniature). Alors, Laurel et Hardy font-ils vraiment tout pour chasser les femmes de leur vie ? Sans doute, si l'on compte le nombre de films où les épouses trahies, jalouses, ou tout simplement excédées, plaquent le nid conjugal et s'en retournent chez leurs parents.

En 1929, Stan et Ollie tournent That's My Wife [C'est ma femme]. L'histoire est simple : l'épouse de Hardy, minée par la présence de Laurel, fait ses valises une bonne fois pour toutes. Le même jour, Hardy reçoit une lettre d'un oncle richissime. Celui-ci lui annonce qu'il lui léguera sa fortune à condition que la bonne entente continue à régner dans son ménage. Aucun problème : Laurel saute dans un décolleté, et le tour est joué.
Les deux héros n'hésitent jamais à se glisser dans un fourreau, bas de satin sur les guiboles et colliers de perles sur la poitrine ! Laurel et Hardy : des virtuoses du travesti, des amoureux de la jarretelle, des siphonnés du soutien-gorge… En un mot : deux folles divines !

Dans Twice Two [Les Joies du mariage] (1933), Laurel et Hardy sont tous deux travestis, jouant leur propre personnage et ceux de leurs épouses (Stan version « homme » étant le mari d'Ollie version « femme », et vice versa).
Ce double rapport ne suggère-t-il pas, on ne peut plus directement, l'amour physique qui existe entre eux ?

par Jean Yves publié dans : DOSSIERS : Les Etudes Roses
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Vendredi 10 mars 2006

Paul Etheredge-Ouzts interviewé par Frédéric Mignard

Interview reproduite avec l’autorisation de l’auteur et du site A voir/A lire

Les miracles d’Internet... Il est désormais facile de s’entretenir avec des cinéastes de derrière notre écran d’ordinateur, sans même avoir à traverser l’Atlantique quand il s’agit de réalisateurs américains... Paul Etheredge-Ouzts s’est prêté au jeu de l’interview virtuelle pour nous parler d’Hellbent, une petite production horrifique indépendante dont nous ne sommes pas forcément fan mais qui a le mérite de détonner dans le genre du slasher en proposant des personnages et une intrigue 100 % gay. On connaissait les scream queens, des donzelles déshabillées hurlant à la vue d’un couteau de pacotille, voici maintenant les gym queens, des messieurs bodybuildés en proie aux mêmes affres de la vie. Enfer et damnation ? Le cinéaste a répondu à nos réserves avec une bonne volonté et une bonne foi qui le rendent éminemment sympathique.

Tout d’abord, est-ce qu’Hellbent a été tourné pour les salles de cinéma ?

Tout à fait. Il a été produit dès le départ dans l’espoir d’être distribué en salles.

Pourquoi ne pas avoir réaliser un film d’horreur conventionnel en incluant juste un ou deux personnages homosexuels ?

Mes producteurs et moi avons toujours été conscients qu’il existe un marché pour le cinéma horrifique gay. Hellbent n’a pas coûté bien cher et son budget publicitaire était minuscule. Nous avons donc exploité tous les atouts que nous avions en mains pour faire exister notre film dans cette niche. Attirer l’attention constitue la moitié du travail pour une production indépendante en quête d’un public.
L’aspect homosexuel du film n’est pas purement mercantile. Je voulais reprendre l’intrigue d’un slasher des années 70 en changeant de point de vue, et en le peuplant de jeunes gens sympathiques et bien dans leur tête qui se trouvent être gays. Tout à fait le type de personnages que l’on voit peu au cinéma, tous genres confondus.

Mais n’est-ce pas difficile de tourner un tel film à notre époque alors que l’Amérique traverse une vague de puritanisme ?

Non, nous n’avons pas vraiment rencontré de problèmes. Vous savez, une portion seulement de l’Amérique est puritaine. Mais c’est celle qui sait se faire entendre.

Pensez-vous que le public d’un film comme Hellbent est entièrement gay ou que le film peut espérer trouver un public plus large ?

Il est presque impossible de déterminer à l’avance qui constituera le public d’un tel film. Une fois qu’Hellbent sera dans les salles, de nombreux professionnels scruteront l’audience pour vérifier qui le film attire. Je pense que si le film parvient à trouver un public gay et s’il parvient à attirer les fans de films d’horreur, le bouche-à-oreille devrait alors générer un buzz favorable auprès d’un public plus large.
Pour ma part, j’ai écrit Hellbent pour qu’il soit accessible au plus grand nombre. Je ne pense pas qu’il faille être gay pour vouloir que les protagonistes s’en sortent sains et saufs.

Quelle relation entretient le public gay avec le cinéma d’horreur et la violence en général ?

Certains intellectuels pensent que la plupart, si ce n’est tous les films d’horreurs, traitent de l’homosexualité et de la peur viscérale qu’éprouve notre société pour "l’autre". Comme je ne suis pas vraiment un expert, je préfère recommander à tous ceux qui s’intéressent au sujet de jeter un coup d’œil au livre de Harry M. Benshoff, Monsters in the closet : homosexuality and the horror film.

Quelles sont vos références dans le genre ?

Pour Hellbent, j’ai été particulièrement influencé par "l’âge d’or" du film d’horreur, c’est-à-dire les années 70. A cette époque, les standards reposaient sur un savant mélange de violence extrême, de gore, mais aussi d’esprit ! Et puis les personnages étaient forts. Je considère Black Christmas de Bob Clark et Halloween de John Carpenter comme deux des meilleures productions de cette époque. Et puis il y a Massacre à la tronçonneuse que je trouve toujours plus délirant à chaque vision. Sinon mes autres références sont Black Orpheus, Black Narcissus, Invaders from Mars et le cinéma de Kenneth Anger.

Vous savez, je ne suis pas totalement convaincu par les qualités d’Hellbent en tant que film d’horreur. Vous tendez à le noyer dans le second degré alors que beaucoup de spectateurs attendent un film plus sérieux et plus effrayant...

J’ai eu beaucoup de mal à accoucher du script, car je n’arrivais pas à me décider sur le ton. La première ébauche était un peu trop cérébrale (voire prétentieuse) et proposait un conflit de perspectives apolliniennes et dionysiennes incarnées respectivement par le héros et le tueur. Le script comprenait de nombreuses séquences psychédéliques. Un vrai film d’étudiant.
Le deuxième jet était incroyablement violent, sans aucun humour et finalement assez abject. Le film s’achevait sur une scène où le héros et le tueur s’entredévoraient les parties génitales. Cela préfigurait un peu la scène choc d’Hannibal. Une histoire vraiment très moche. Je n’imaginais pas un public voulant voir un truc pareil.
Puis, finalement, j’ai trouvé ce que je recherchais vraiment : un petite dose de sang, une petite dose de sexe et un peu d’humour. Au final Hellbent est un divertissement enlevé, rythmé aux sons punk ro
ck. Il n’a aucune autre prétention.

Photographie (c) DR


Parlons un peu des personnages. Ce sont tous des canons ! Pourquoi ne pas avoir choisi un casting plus proche de la réalité. Vos belles gueules font en effet un peu clichés et tendent de ce fait à rabaisser le niveau de votre long métrage.

On peut prendre Hellbent comme l’archétype du slasher auquel on aurait rajouté des personnages homosexuels. Si je m’étais risqué à m’écarter encore plus des formules du genre, j’aurais pu perdre tout l’aspect nostalgique de mon film. Or je voulais rendre hommage aux standards des années 70 et 80.
J’ai effectivement exploité les stéréotypes de ce genre de film, à savoir le mauvais garçon, l’obsédé sexuel et le vierge de service, mais en faisant en sorte de leur ajouter du relief, et de les rendre essentiels à l’intrigue. J’étais conscient qu’Hellbent devait proposer des personnages homosexuels possédant une certaine profondeur et de l’humanité. Je ne voulais pas qu’ils soient juste de la chair fraîche, bonne à trucider. Le public jusqu’au bout peut espérer qu’ils vont s’en sortir, ce qui nourrit le suspense.
Les jeunes gens d’Hellbent sont des gars positifs, bien dans leur tête. Leur sexualité n’est pas ce qui les définit, c’est juste une caractéristique de plus. Les protagonistes de mon film n’en sont plus à se demander si c’est bien d’être gay. Ce sont des mecs normaux, normaux mais beaux (après tout on est là pour s’évader également).

Vous auriez peut-être pu développer votre scénario et parler un peu plus du tueur dont on ignore tout. Nous ne savons même pas si c’est un être humain ou tout simplement une créature infernale. C’est frustrant...

Les peurs des individus sont tellement variées et spécifiques à la fois. J’ai justement essayé de garder cela en tête afin de laisser le public imaginer ce que bon lui semblait. Si j’avais donné au tueur un motif, la moitié du public me l’aurait immédiatement reproché. De même si je l’avais fait parler, certains n’auraient pas trouvé sa voix effrayante. En fait, chaque détail que j’ajoutais au tueur le rendait moins menaçant. Le mieux était donc de le définir le moins possible.
Je tiens à rajouter que contrairement à de nombreux films de ce genre, Hellbent ne cherche pas à établir un lien entre la mort et le sexe. Mes personnages ne sont pas punis à cause de leur sexualité. Je ne tiens pas à perpétuer un tel message. J’ai fait en sorte que mon film soit clair à ce sujet, les crimes qui y sont commis ne sont pas homophobes.

En ajoutant quelques meurtres vous auriez peut-être pu mieux rythmer votre film. De même, on pourrait vous reprocher de donner plus dans le carnaval gay que dans l’atmosphère horrifique...

Bien que je sois un grand amateur de films d’épouvante, j’avoue ne pas trop apprécier les scènes gores gratuites et sadiques qui ponctuent souvent ce cinéma. Je préfère la terreur psychologique, les thrillers ou les films de monstres plutôt que les boucheries cinématographiques. Le film que j’ai écrit devait d’abord me correspondre. Même si Hellbent est un slasher, je lui ai inculqué une dose d’espérance et d’humanité plutôt inhabituelle pour le genre.

Enfin, quelle est votre sentiment sur la violence croissante du cinéma américain alors que la MPAA est toujours aussi rétive en matière de sexualité à l’écran ?

Que puis-je dire ? Parfois l’Amérique est un pays arriéré.

 

par Frédéric Mignard publié dans : DOSSIERS : Les Etudes Roses
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Jeudi 5 janvier 2006

Un voyage à l’intérieur de l’identité israélienne

Avec Eytan Fox, au sujet de son film Tu marcheras sur l’eau
 

Extrait de L’Arche n° 562, février 2005 - Reproduit sur Les Toiles Roses avec l'autorisation de la revue
Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com


Depuis son premier long métrage, Le chant de la sirène (Shirat Hassiréna), une comédie romantique dont l’action se déroule pendant la première guerre du Golfe, Eytan Fox - homosexuel déclaré et fils de rabbin conservative - n’a jamais cesser de questionner l’identité israélienne. Il est connu en France depuis son film de fin d’études, un court métrage intitulé La perm diffusé sur Arte en 1998, sur un jeune homosexuel israélien, officier dans une unité combattante.
Dans son dernier film, Tu marcheras sur l’eau, vendu à quarante pays (c’est une première pour un film israélien), il décrit l’identité israélienne dans sa relation avec l’histoire de la Shoah, d’une part, et avec l’homosexualité, d’autre part.
Seconde génération de rescapés de la Shoah, Eyal est un agent du Mossad (on le voit en action au début du film à Istanbul). C’est un représentant type de l’Israélien fermé, cynique et même intolérant. Alors que sa femme vient de se suicider, il est amené à espionner un petit-fils de criminel nazi, Axel, homo vivant à Berlin, qui débarque en Israël pour rendre visite à sa sœur vivant au kibboutz.
La rencontre entre ces trois personnages que tout oppose est le point de départ d’une histoire à suspens, avec enquêtes secrètes et poursuite implacable jusqu’en Allemagne, qui nous mène finalement dans un voyage à l’intérieur de l’identité israélienne.

Alors que vous permettez aux Allemands d’enterrer leur passé nazi, vous jugez sévèrement votre personnage principal dans son identité israélienne. Pourquoi ce film aujourd’hui ?

Il y a différents niveaux. Le premier est mon travail sur la masculinité en général et la masculinité israélienne en particulier, un sujet qui me préoccupe dans tous mes films. En tant qu’homme et citoyen de ce pays, ayant deux frères et un père, j’essaie de comprendre comment cet homme israélien est devenu ce qu’il est. Quels sont ses problèmes ? Doit-il et (ou) peut-il changer ? Dans quelle mesure, en tant que cinéaste, puis-je proposer un chemin ou une direction qui le préserve des traquenards et, éventuellement, l’aider à changer ?
C’est ce que j’ai essayé de proposer dans la série télé Florentine sur « la nouvelle masculinité israélienne ». Réalisée en 1997, elle relatait la période Rabin. Dans une scène, on voyait un des personnages principaux révéler son homosexualité à ses parents et à sa famille alors qu’ils sont en train de suivre la transmissraélienne s’est reconnue en elle.
Dans Tu marcheras sur l’eau, je m’adresse plus aux gens de ma génération en essayant de faire ressentir cette impression dans laquelle j’ai grandi : être Israélien, c’est quelque chose de très spécifique. Il y avait un seul choix, vers lequel nous étions tous dirigés. À 18 ans, c’est l’armée, et il nous fallait nous engager dans les paras ou faire partie des unités combattantes les plus dangereuses. Qu’on le veuille ou non, on ne pouvait s’en dispenser (des jeunes se sont d’ailleurs suicidés pour cette raison). Aujourd’hui, heureusement, on sait reconnaître et accepter ceux qui ne sont pas faits pour l’armée et on les aide à trouver d’autres solutions.
J’essaie de comprendre la formule « homme israélien » en regardant en arrière, quand nos parents et grands-parents sont arrivés ici venant de la Shoah. Un peuple battu, affaibli et meurtri, dont la plus grande partie a été exterminée « comme des moutons ». Ils ont eu raison de se dire : ici nous créerons un nouveau peuple d’hommes forts, des combattants, des Israéliens qui ne laisseront jamais une telle horreur arriver. Des choses magnifiques ont été réalisées : un État pour le peuple juif, et un monde dans lequel je peux vivre libre et créer. Mais ces hommes ont payé, et nous aussi après eux, un prix énorme qui nous a obligés à renoncer à tout un éventail de sentiments, de sensations et d’options de vie afin de ne pas faillir à cette mission de défense, de protection et de combats incessants.

Y avait-il vraiment d’autres choix ?

Je ne discute pas de savoir s’il y avait ou pas d’autres options. Je parle du lourd tribut payé pour atteindre ce but collectif. Aujourd’hui on peut dire qu’il y a d’autres possibilités, alors qu’avant la guerre du Kippour nous avons combattu pour notre survie. En même temps, nous avons créé une sorte de « complexe de la survie » qui était nécessaire et consistait à refouler nos sentiments pour aller de l’avant. Les gens de mon âge, de 35 à 45 ans, en paient encore le prix.
Dans le film, Lior Ashkénazi interprète magnifiquement le rôle d’Eyal, un prototype d’Israélien ayant fait ce parcours. Ses parents sont passés par la Shoah, lui est devenu agent du Mossad. Je le mets devant sa réalité en lui disant : « O.K., tu t’es fait avoir, toi tu ne le sais pas encore et tu n’en es pas conscient, mais ta femme le sait. La preuve, elle en est morte. » La question est de savoir si l’homme israélien tel qu’il est représenté par Eyal va continuer à souffrir et à faire souffrir. Ce sont d’abord les femmes et les enfants, mais aussi les hommes eux-mêmes, qui en souffrent le plus.

Eyal apprend à connaître des jeunes Allemands qui n’ont pas forcément hérité des travers inion en direct des funérailles de Rabin. Pour cette génération, le monde s’est écroulé avec l’assassinat de Rabin. Tous les tabous sont tombés, chacun faisant ce qui semble bon pour lui sans tenir compte de rien. La grande popularité en Israël de cette série (sur trois saisons, de 1997 à 2000) est la preuve que la jeune génération ishumains de leurs parents. On assiste alors à son apprentissage « pour devenir un homme meilleur » et à sa transformation en vrai père de famille. C’est un parcours un peu rapide, non ?

À l’origine, cette histoire m’a été racontée par mon psy, qui s’était occupé d’un agent du Mossad dont le parcours est encore plus extraordinaire. En rentrant d’une mission de quelques jours, il trouve sa femme pendue et une lettre explicative le mettant en cause (vivre à ses côtés la rendait complètement folle, car elle avait un mur devant elle). Bref, le bonhomme décide de se soigner. Il quitte le Mossad et s’inscrit à la fac, au département d’art et littérature, où il rencontre un jeune étudiant avec lequel il vit une histoire d’amour incroyable. Au bout de six mois, il fait la connaissance de la sœur de ce dernier, en tombe amoureux. Ils se marient et fondent une famille.
Je pense sincèrement que pour devenir meilleur dans sa relation avec les femmes, l’homme doit se confronter avec son autre lui-même pour essayer de comprendre ce qu’il est et comment il fonctionne. Je ne veux pas dire qu’il doit passer par une expérience homosexuelle. Après avoir vu mon film, certains l’ont critiqué comme « un film missionnaire » qui plaide pour la cause homosexuelle. Ils ont tort et ne sont pas très intelligents. Je ne pense pas que les hétérosexuels doivent devenir homos. Pour moi, Eyal est un homme dont le destin est de vivre avec une femme en créant une famille et des enfants.

Il y a une quinzaine d’années, il était très difficile en Israël, voire impossible, de traiter de l’homosexualité au cinéma. En revanche, aujourd’hui il est plus difficile de proposer des films sur la Shoah malgré son importance dans notre vie...

La Shoah est présente dans nos vies mais nous ne voulons pas vraiment nous en occuper. Nous en sommes las et ça nous dérange. Ce n’est pas en feignant de l’ignorer que les problèmes seront résolus. J’ai donc insisté dans mon film sur son influence quotidienne dans nos relations avec nos parents et grands-parents, avec Israël, l’armée, notre identité, le judaïsme, nos relations avec les Palestiniens, les Territoires, l’Intifada, les attentats suicides. En acceptant de mettre en relation notre passé, prétendument archaïque et peu pertinent, et notre actualité, on se rend compte combien la Shoah est profondément ancrée dans notre âme.

Propos recueillis par GAD ABITTAN

« Les jeunes Allemands ne veulent pas trop entendre parler de la Shoah »

Eytan Fox n’a jamais eu la vie facile avec les maisons de production. Les sujets de ses films ont prêté à controverse, notamment dans la mesure où ils touchaient à l’homosexualité. Il est vrai que la démarche d’Eytan Fox et de son scénariste et compagnon, Gal Uchowski, était a priori plutôt dérangeante. « Nous avons commencé à travailler sur Tu marcheras sur l’eau en 1999. Le Fonds israélien du film [l’équivalent israélien du CNC, qui attribue des avances financières aux films] a rejeté notre film à deux reprises. Ils ne comprenaient pas notre message ; ils avaient du mal à accepter la manière dont nous mélangions des thèmes comme le mythe viril israélien, la Shoah et nos rapports avec les Palestiniens. Ce n’est qu’avec le succès commercial de notre film Yossi et Jagger, surtout aux États-Unis, en Italie et en Suisse, que nous avons pu trouver des financements. »

Avec les co-producteurs allemands, le dialogue n’était pas facile non plus. « Ce qui les gênait était le lien établi dans le film entre la nouvelle Allemagne et le nazisme : nous présentons une famille allemande actuelle qui continue de défendre le grand-père nazi. Les jeunes Allemands ne veulent pas trop entendre parler de la Shoah parce qu’ils se sentent libres de toute culpabilité. Ils ne s’intéressent qu’aux clips diffusés sur la chaîne MTV, à Britney Spears et aux boîtes de nuit de Berlin. Les jeunes Israéliens veulent, eux aussi, vivre dans un monde d’internet et de SMS. Mais ce n’est pas ainsi qu’on résout les problèmes. Il faut y faire face. »

En revanche, les partenaires allemands ont beaucoup aimé le personnage secondaire du jeune Palestinien qui accuse les Israéliens d’être devenus, parce qu’ils s’identifient aux souffrances des Juifs dans la Shoah, insensibles à leur propre brutalité envers les Palestiniens. « Je m’identifie avec cette déclaration », dit Eytan Fox. Pourquoi, alors, l’avoir mise dans la bouche d’un Palestinien ? « Peut-être parce que ce personnage du film est pauvre et mal habillé. »

Le rôle du vieux nazi est joué par un Juif allemand. « C’est un comédien, aujourd’hui âgé de 91 ans, qui a pu quitter l’Allemagne à temps. Il a joué à Hollywood, mais sans y faire vraiment carrière. Il est revenu en Allemagne en 1964, et a repris son activité. Il est assez connu dans le pays. Après chacune de ses prises, l’équipe allemande du tournage l’applaudissait. »

Lior Ashkénazi, qui joue le rôle du « macho » israélien, dit que dans la vie il est très différent de son personnage. « Nous vivons dans une société très dure, très fermée, et travaillée par des craintes existentielles qui sont profondément juives. Mais les choses sont en train de changer. Ma génération est beaucoup plus ouverte. » Il a cependant un point commun avec son personnage : il déteste les danses folkloriques israéliennes, à l’exemple de celle qui est au centre d’une des dernières scènes. « Eytan Fox voulait que j’y prenne part, et j’ai refusé. Alors, en plein tournage, il a envoyé la comédienne qui jouait le rôle de la bonne pour qu’elle me fasse entrer dans le cercle. Je l’ai fait à contrecœur, et ce qu’on voit dans le film est ma réaction spontanée. »

Les scènes du film qui se déroulent à Berlin ont été tournées en 2003. « C’était ma première visite en Allemagne, dit Lior Ashkénazi. J’ai été frappé de découvrir que la génération actuelle des Allemands ressemble à notre propre génération : les parents ne parlent pas du passé, et il faut payer beaucoup d’argent à des psychologues pour prendre en compte l’héritage familial. » Il ne s’est pas heurté à des manifestations de xénophobie (« et pourtant, j’ai tout fait pour les provoquer »). La scène où il affronte des jeunes néo-nazis dans un couloir de métro à Berlin a été la plus difficile pour lui. « Je n’arrivais pas à prononcer correctement les injures en allemand. »

Igal Avidan (Berlin)

par Daniel C. Hall publié dans : DOSSIERS : Les Etudes Roses
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Vendredi 21 octobre 2005

L'homosexualité dans le cinéma classique :

de la fascination inavouable au néo romantisme


— par Francis Moury —


Note : ce texte est paru initialement en deux parties dans les n°3 (Mars-Avril 1995) et 4 (Mai-Juin 1995) de la défunte revue Cinémascope, puis publié dans sa version intégrale, de surcroît revue et augmentée sur cineastes.net en 2003. Il a été retravaillé spécialement pour notre blog avec l’amical concours de son auteur.

Francis Moury est né en 1960 à Versailles. Ancien élève du lycée Louis le Grand (Paris) en 1979-1981, D.E.A. de philosophie de Paris-IV (Ontologie et métaphysique) en 1983. Agrégatif et doctorant à Paris IV (1984) et Paris I (1998). Membre de la S.A.C.D. (1991), Moury contribue régulièrement (en français comme en anglais) à divers sites Internet d'histoire et d'esthétique du cinéma mondial ainsi qu'au catalogue annuel de L'étrange Festival parisien. Certains écrits plus purement philosophiques, politiques et littéraires ont paru dans des revues (notamment Dialectique, Contrelittérature, La Soeur de l'Ange, Les Temps modernes)  ; d'autres sont édités en ligne sur le "blog" de Juan Asensio, Le Stalker-Dissection du cadavre de la littérature.

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« À gratter à peine le joli vernis dont Gilling enduit ses réalisations, on trouve toujours à la base de cette atmosphère équivoque une véritable universalité (si l’on peut dire) de la perversion sexuelle. Non que la perversion constitue jamais un "sujet" pour Gilling; mais elle est constamment sous-jacente, inhérente à sa vision du monde. Nécrophilie (The Flesh and the Fiends), bestialité (The Reptile), homosexualité (The Plague of the Zombies) sont les constituants psychologiques de personnages qui, privés d’eux, n’auraient pas d’existence filmique. »
Jean-Marie SABATIER, Les classiques du cinéma fantastique, article John Gilling, p.182, éd. Balland, Paris 1973.

« Que l’amour ose ou n’ose pas dire son nom; qu’il soit, comme disent les gens, "normal" ou "anormal", les vérités de l’amour restent les mêmes. Et d’abord celle-ci : l’amour relève de la tragédie. Et L’ Escalier, film d’amour, est un film tragique. »
Jean-Louis BORY, Dossiers du cinéma - Les films, tome 2, article L’Escalier/The Staircase, p. 74, éd. Casterman, Belgique 1972.

I

 
Mis à part le domaine du cinéma pornographique (et de sa version aseptisée “soft” nommée pompeusement “érotique” par la critique), la représentation de la sexualité au cinéma est soumise à de multiples règles.
Les industriels du cinéma ont toujours eu pour but la rentabilité et ont toujours conçu leurs films comme des produits destinés à un marché. Ce marché étant le public le plus large possible, il était quasiment impossible de représenter le sexe d’une façon trop vériste et prégnante dans des produits de grande consommation. Les producteurs hollywoodiens ont toujours répété depuis 1920 que leurs films devaient pouvoir être vus, compris et aimés par des gens de 7 à 77 ans. Dès lors, les femmes et les enfants constituant une part non négligeable dudit public, ainsi que les personnes âgées, il n’était pas question de montrer au cours d’un film grand public une scène tant soit peu choquante. Les films étaient, avant tout, une distraction pour “toute la famille”.
De fait, jusqu’en 1950, la dichotomie était claire : courts-métrages pornos clandestins d’une part ou films grands publics d’autre part. Vers 1955 et plus encore vers 1960, les mœurs ayant évolué en Europe occidentale et en Amérique du Nord, les producteurs décidèrent finalement d’introduire des références plus explicites à l’amour physique dans leurs films. Ainsi “Tant qu’il y aura des hommes / From here to Eternity” (1953) de Fred Zinnemann provoqua un certain émoi du fait d’une torride étreinte entre Deborah Kerr et Burt Lancaster.
Il y avait eu des précédents : scène d’orgie dans la partie babylonienne du film de D.W.Griffith, “Intolérances” (1917) ou encore les plans fétichistes de Bunuel dans “L’âge d’or” (1930) et le “Chien andalou” (1928) sans parler du fameux “Erotikon” tourné en Tchécoslovaquie par Gustav Machaty en 1929. Une histoire précise du sexe au cinéma peut d’ailleurs en repérer bien davantage (Lo Duca & Maurice Bessy, Gérard Lenne, Jean-Pierre Bouyxou, pour ne citer qu’eux, y ont contribué dans leurs célèbres ouvrages sur ce sujet) mais ces précédents correspondaient à des tentatives isolées, marginales.

II

Il est certain que les années 60 ont été celles de la libération de l’image. De l’image mais aussi des sujets abordables par les scénaristes, et d’ailleurs effectivement abordés. Dont l’homosexualité explicite.
Certes les films français comiques des années 30 regorgent d’allusions comiques concernant l’homosexualité (féminine ou masculine) et cette tradition bien gauloise se perpétue régulièrement (Poiret et Serrault ont repris le flambeau, puis Depardieu et Michel Blanc plus récemment). Jacqueline Audry a déjà dépeint les aventures amoureuses des “Garçonnes” (1957), elle va bientôt s’attaquer à plus délicat : “Le Secret du chevalier d’Éon” en 1960 ! Quant à Jean Delannoy, il dépeint avec classe “Les Amitiés particulières” en 1964.
Mais le salut vient d’ailleurs. “The Servant” en 1963 et “L’Escalier” en 1969 adaptés d’ Harold Pinter par Losey puis Donen décrivent en profondeur les affres de la relation homosexuelle tandis qu’aux États-Unis le réalisateur
Mark Rydell recrée en 1967 avec une sensualité impressionnante la relation lesbienne décrite par D.H.Lawrence dans “The Fox/Le Renard”. “Un dimanche comme les autres / Sunday, Bloody Sunday” de John Schlesinger (1971) dépasse le simple constat enregistré dans “Midnight / Macadam Cow-Boy” deux ans plus tôt et oriente l’analyse vers la bisexualité et sa résonance psychologique. En 1968, “Flesh” de Morrissey invente un nouveau langage adapté à la réalité décrite : Joe Dallesandro chemine à la recherche de la pureté, entre drogue, transexuelles et climat social d’un New York quotidien et désabusé. Idem pour le deuxième volet : “Trash” (1970) et le troisième volet « Heat » (1972).
Cela n’empêche pas Gordon Douglas de dénoncer la traque policière dont sont victimes les homosexuels à l’occasion d’une enquête menée par “Le Détective” (1968) dans lequel Sinatra descend aux enfers new-yorkais. Même chose pour Henri Fonda qui est amené à deux reprises à fréquenter les lesbiennes et les homosexuels de Boston dans “The Boston Strangler / L’Étrangleur de Boston” (1968) de Richard Fleisher.
En 1969 Tony Tenser, le sémillant producteur de la britannique Tigon Pictures, lance sur le marché le premier film érotique anglais explicitement consacré aux amours lesbiens : “Monique” avec Sibylla Kay et Joan Alcorn ! Quant aux Nordiques, ils n’ont pas attendu pour aborder les aspects les plus réalistes des variétés de l’amour : “Je suis curieuse - version jaune” de Sjöman date de 1967. Les Italiens ne sont pas en reste puisque “Les Garçons” de Bolognini datent de 1963.

III

 
Cependant le traitement de front de l’homosexualité est beaucoup moins riche que son traitement allusif dans l’histoire du cinéma. Moins riche quantitativement en tous cas. Et c’est par le biais du cinéma de genre qu’il faut passer pour apercevoir la grande richesse du sujet dans l’histoire du 7ème art.
En effet, la France ne cesse de lorgner vers les homosexuels et les lesbiennes dans son cinéma policier populaire classique. Les films de Decoin, de Ralph Habib, de Robert Vernay, de José Bénazéraf qui relèvent de ce genre contiennent de très nombreuses suggestions de relations homosexuelles. Qu’il s’agisse de “Nuit blanche et rouge à lèvres” (1957), “Les Compagnes de la nuit” (1953), “Razzia sur la chnouff” (1954), “La Drogue du vice / Le Concerto de la peur” (1961). Mentionnons bien sûr les films de Bresson “Les Anges du péché” (1943) contant la trouble amitié entre une aventurière maudite et une soeur fascinée ainsi que “Les Dames du Bois de Boulogne” (1944) qui pénètre les tréfonds de la perversité humaine. Aucune vulgarité mais un climat moite, tendu, étouffant plus sexuel que la moindre comédie érotique moderne avec Jane Birkin ou Mireille Darc.
La Grande-Bretagne aborde le thème homosexuel par le biais du cinéma policier - The Victim (GB, 1961) de Basil Dearden, par exemple – aussi du cinéma nudiste d’Harrison
Marks mais surtout par celui du cinéma fantastique, au premier chef celui de la Hammer Film : “Les Maîtresses de Dracula/The Brides of Dracula” (GB 1960) de Terence Fisher contient quelques scènes stupéfiantes par leur force et leur densité dramatique de vampirisation d’un homme par un homme et d’une femme par une femme. Roy Ward Baker reprendra plus explicitement le flambeau dans les années 70 avec “Scars of Dracula / Les Cicatrices de Dracula” (aux options “délibérément fétichistes et homosexuelles” comme l’écrivait Sabatier, op. cit.) et “The Vampire Lovers” qui contient de troublantes scène entre Ingrid Pitt et Madeline Smith d’après “Carmilla” de l’écrivain gothique Sheridan Le Fanu. La peur au cinéma passe par le jeu névrotique avec le désir. L’homosexualité du châtelain, à la tête d’une escouade de jeunes cavaliers blonds et racés, est nettement posée dans “The Plague of the Zombies / L’Invasion des morts-vivants” (John Gilling, 1965) mais elle se double d’un désir de domination et d’un narcissisme, tous deux forcenés. L’héroïne de “The Reptile / La Femme-reptile” vit cloîtrée avec son père, à l’origine d’une malédiction qui la transforme périodiquement en serpent avide.
L’Italie suit le chemin rapidement : Mario Bava centre l’intrigue du sketch d’ouverture des “Trois visages de la peur/ I tri volti della Paura” (1963) sur la lutte entre une lesbienne et un proxénète, déterminés à reconquérir une Michèle Mercier terrorisée. Unité de temps, de lieu et d’action pour ce pur joyau dont la perversité scintille toujours d’un très sombre éclat. Antonio Margheriti orchestre pour sa part une “Danse macabre / Danza Macabra” (1963) placée sous le signe cormanien d’Edgar Allan Poe. La star Barbara Steele y incarne une jeune femme bisexuelle maudite, fantôme condamné à revivre les affres d’une passion brûlante et meurtrière. Comme chez Roger Corman, les éléments du décor et le découpage temporel de l’action renvoient à l’interprétation freudienne des rêves. Margheriti en fera un remake 8 ans plus tard (“Nella Stretta Morsa del Ragno/Les Fantômes de Hurlevent”) avec Klaus Kinski et Michèle Mercier.
Par ailleurs, le peplum italien des années 1955-1965 fourmille de transcriptions de scènes homosexuelles suggérées. Non seulement certains titres (“Sapho, vénus de Lesbos/Saffo, venere di Lesbo” de Pietro Francisci, 1960) mais certaines scènes précises dépeignent les amours interdites : ainsi la rencontre d’Hercule avec les Amazones lesbiennes et bisexuelles tueuses dans “Hercule et la reine de Lydie / Ercole e la regina di Lydia” (1958) encore de Francisci et dont la direction de la photo fut assurée par Mario Bava.
Le film de