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Lundi 12 mai 2008
 

(4.19)




Tous les guides touristiques vous ont certainement vanté Montréal comme étant un « paradis gay », avec son Village (l’équivalent du Marais parisien), et sa rue Sainte-Catherine. Ces mêmes guides vous auront probablement raconté que les garçons y sont beaux et, contrairement aux parisiens, ne vous jugent pas à l’aune de vos fringues fashion achetées à prix d’or chez Boyz’Bazaar, et ne vous regardent pas comme un morceau de viande en se demandant si vous n’avez pas dépassé la date limite de consommation. Sortez à Montréal et en cinq minutes vous êtes dragué, emballé, et hop ! direction la maison ou l’appartement car, voyez-vous, pas question de s’embrasser en public ! On se croirait en Inde… D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi les films de Bollywood ont autant de succès alors que les scènes de baiser y sont prohibées. C’est pire que le Code Hayes de censure des films de l’âge d’or hollywoodien qui avait sévi entre 1934 et la seconde moitié des années 60. Cette première parenthèse étant refermée, j’en reviens à mon sujet. Ce long préambule a pour objet de vous renseigner sur ce que je manque en étant, non pas à Montréal, mais à Moncton.

Toronto ou Vancouver eussent été des destinations tout aussi convenables que la première métropole francophone d’Amérique du Nord pour y trouver de quoi agrémenter mon exil, mais Montrouductown… Je ne vous raconte pas ! Ou plutôt si, je vous raconte tout. Vous allez pleurer pour moi.

Premier constat : le Nouveau-Brunswick est la province de l’Est canadien la plus arriérée en matière de mœurs. Imaginez Brokeback Mountain… en pire. Première conséquence : sur les sites de rencontres, plus de la moitié des mecs cachent leur visage ou ne mettent même pas de photo. Deuxième corollaire : ce sont aussi des honteuses qui se disent bi et qui, pour la « bonne cause », se marient (avec une femme, cette précision étant d’importance puisque le Canada autorise le mariage entre personnes de même sexe), donc trompent leur conjointe pour assouvir leurs plus bas instincts. Troisièmement, la discrétion est de mise. Raison pour laquelle on ne met pas la photo de son visage, mais plutôt son torse, son cul, sa bite, voire le corps entier, nu ou habillé, peu importe, mais sans la tête ! Voulez-vous coucher avec un guillotiné ? Bien sûr, toute règle a ses exceptions : en l’occurrence, ce sont les mecs jeunes et beaux qui affichent volontiers leur sourire ultra-brite pour attirer le chaland. De là à dire que ceux qui se cachent sont moches…

Deuxième constat : à Montrou, il n’y a qu’un seul et unique bar LGBT. J’insiste sur ces quatre consonnes puisque l’établissement n’est pas, à proprement parler, un bar gay. Il a pour nom « Triangles », au pluriel. Or, qu’est-ce qu’un triangle sinon la représentation d’un vagin ? La raison de cette singularité est que les patrons sont des patronnes, donc des gouines ! Je n’ose écrire que ce sont des lesbiennes, puisque dernièrement, une dépêche de l’AFP datée du 29 avril m’apprit que des habitants de l’île de Lesbos ont saisi la justice hellène pour revendiquer l’usage exclusif du terme « lesbienne », selon eux usurpé par les homosexuelles. Les plaignant(e)s « estiment que les habitants de l'île sont victimes d'un "viol psychique et moral" du fait de la "confiscation" par les homosexuelles d'un qualificatif au départ géographique ». Cette deuxième parenthèse étant refermée, j’en reviens à nos amies les femmes qui aiment les femmes.

Mais, me disais-je encore vendredi soir lorsque avec Jason j’ai osé mettre les pieds dans ce lieu de perdition, ces femmes sont-elles réellement des femmes ? Look para-militaire, démarche masculine, cheveux coupés en brosse, ce sont des caricatures de camionneuses qui semblent consacrer des efforts colossaux à gommer toute trace de féminité. J’avais envie de crier, comme autrefois Patrick Juvet : « où sont les feeeeeeeeeeemmmmmmes ??? » Jason me fit justement remarquer que certains minets avaient l’air nettement plus féminin que ces demoiselles biologiques. Enfin, pour le peu de monde qu’il y avait là. Et je vous épargne les détails sur la sélection musicale qui ne donne pas envie de se trémousser sur la piste de danse. Quelques vieux habitués tentaient, sans y croire, leur chance sur les quelques bandits manchots qui traînent à l’arrière du bar principal, près de deux ou trois billards où les goudous, telles de vrais mecs, jouent avec une queue et des boules.

Dernier et ultime constat navrant pour votre serviteur qui a connu les nuits parisiennes du crépuscule jusqu’à l’aube avec leurs « before » et leurs « after », mais qui illustre de façon criante le choc culturel que j’ai ressenti dans les si peu riantes contrées où j’éprouve la douleur de résider : si tous les établissements ferment à deux heures de la nuit (expression made by Zanzi car pour moi, à 2 heures après minuit il fait nuit, ce n’est pas le matin, donc dire qu’il est « 2 heures du matin » c’est n’importe quoi, na !), donc dis-je, si les établissements ferment à 2 heures en vertu d’une obligation légale (ça rigole pas, je dirais même plus : c’est pas gai !), les clients de celui-ci ne commencent à affluer que vers minuit !

Les pauvresses ! Deux heures à glandouiller dans un endroit dont le design à faire peur mériterait un lifting complet, à boire de la bière pour entretenir son gros bide tout en cherchant du coin de l’œil qui on pourrait bien essayer d’emballer pour ne pas passer le reste de la nuit tout seul, reconnaissez que c’est pathétique. Autant aller au cinéma avec son chum, pour se tenir la main dans le confort d’une salle obscure comme celle de La Dernière Séance d’Eddy Mitchell (et de Gérard Jourd’hui), comme des amoureux des années cinquante. Mais l’heure de la dernière séance étant déjà passée, Jason et moi sommes rentrés nous glisser sous la couette et ça, au moins, c’était chouette !



Lire le précédent épisode, cliquez ici.

 

par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gays news
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Vendredi 2 mai 2008
 

(4.18)






Avertissement de Daniel C. Hall : Je publie les billets de Zanzi plusieurs jours (voire plusieurs semaines) ; après réception du Canada. Pour garder toute l’émotion de son contenu, je vous conseille de ne pas lire mes notes en rouge, qui sont ajoutées après plusieurs lectures. Je ne voudrais pas gâcher ce beau début de ciel bleu pour notre Zanzi national (et je le prie de m’excuser d’avoir placé ces reugneugneu de notes dans son texte original.

 

Lundi 21 avril, de retour [au Caribouland maudit et honni depuis plusieurs épisodes, je tiens à le rappeler ! (Note de Daniel C. Hall)] de ma semaine thérapeutique en France pour évacuer les tourments que l’hiver m’avait infligés, je me suis laissé entraîner par mon ami Nick-le-dynamique à faire une partie de squash. Je fus d’emblée convaincu des bienfaits potentiels de ce sport en constatant que sa silhouette, dont les formes généreuses étaient dues en grande partie à l’infâme nourriture cariboulandaise en gros, commençait à retrouver des proportions plus gracieuses. Sans compter le regain d’énergie induit. C’est ainsi que, ce matin-là, je me suis mis au squash. Au bout de 15-20 minutes de ce cet exercice auquel mon corps n’est point rompu, j’étais déjà éreinté, ce dont Nick-la-malice m’avait prévenu. Le laissant poursuivre son régime sportif avec un autre partenaire, je me suis dirigé vers les vestiaires, baigné de sueur, presque haletant. Et c’est alors que je l’ai vu. Comme un instantané, mon regard a photographié son visage d’ange, son sourire avenant, l’azur de ses yeux, le brun clair de ses cheveux.
— C’est ta première séance ? me dit-il de son accent acadien, quoique pas trop prononcé.

Question qui recouvrait une affirmation que mon état laissait aisément deviner. Je n’en revenais pas, il avait de lui-même engagé la conversation. Quelques banalités plus tard, et juste avant de partir au bureau, nous décidâmes de nous revoir le lendemain. Même endroit, même heure. Mon cœur battait à 88 miles à l’heure [141,60 km/h si j’en crois ce formidable convertisseur en ligne (Note de Daniel C. Hall)] et je fus incapable de me concentrer de toute la journée, au grand déplaisir de mon patron à qui l’andropause donne des humeurs de grossesse nerveuse.

Mardi 22 avril. Mon cœur battait toujours la chamade [Et une autre chose devait palpiter aussi, mais je n’en dirai pas plus pour respecter la pudeur de mon ami Zanzi (Note de Daniel C. Hall)]. Jason serait-il au rendez-vous ? Oui, il était là, encore plus beau que la veille. Dans l’échange de nos balles, je voulais donner le meilleur de moi-même. Un peu de frime à la française, qui fit rire ce joueur plus expérimenté que moi. J’avais réussi à tenir cinq minutes de plus que la veille avec Nick, mais au bord de l’épuisement, je me suis adossé au mur et laissé glisser sur le sol. Jason s’est approché, assis à côté de moi, le temps que je reprenne mon souffle. Puis il m’a pris la main et m’a relevé d’un bond en disant :
— Allez, c’est fini pour aujourd’hui !

Nos corps redressés se tenaient l’un contre l’autre. Captivé par l’océan de son regard qui semblait annoncer les promesses d’un voyage au long cours à un marin qui part à l’aventure sans but précis, je balbutiai :
— T’es dispo ce soir pour prendre un verre ?
— Ce soir, je ne peux pas, je soupe chez mes parents. Mais demain, au St. James, 6h30 (du soir, bien sûr – note de moi-même), ça te va ?
— Oui. Demain, 6h30.

Mercredi 23 avril, St. James’Gate, rue Church. J’étais là à 6h20. Les minutes me semblèrent des heures, et les heures des années. Soudain je le vis arriver. Nous prîmes la table près du portrait du roi George V, un peu à l’écart, pour être tranquilles. Il me parla de son métier de professeur de musique à l’université (il a 26 ans), de sa famille native d’Edmundston, plus grand ville unilingue francophone du continent nord-américain en dehors de la province du Québec, et qui se trouve au nord du Nouveau-Brunswick. Nous nous découvrîmes à travers nos paroles, nos regards, nos mains qui s’effleuraient comme par mégarde. Vint le crépuscule. Pour prolonger ce moment, nous nous dirigeâmes vers la rivière pour admirer le paysage. L’endroit était tranquille, le risque d’être dérangés était infime. Les Canadiens n’aiment pas s’embrasser en public. Et au Nouveau-Brunswick, l’une des provinces les plus arriérées de ce grand pays pourtant plus progressiste que la France, soit Brokeback Mountain en pire, la discrétion est de mise. C’est tout de même dommage de perdre de précieuses secondes à s’assurer que l’on n’est pas épiés, mais une fois cette assurance obtenue, j’attirai Jason vers moi pour goûter au parfum de ses lèvres. Ces quelques secondes me semblèrent irréelles. À moitié paralysé par ma propre audace, je le vis cependant sourire et d’un geste, il m’attira vers lui pour me rendre ce cadeau. Je me sentis en feu comme l’horizon rougeoyant.

Jeudi 24 avril. Journée ponctuée de courriels, de sms, de trois coups de fil. Pour la première fois, l’absence. Comme un naufragé dans le désert qui meurt de soif. Ce soir-là, je devais aller à une soirée officielle dans le cadre d’un festival local. Je n’ai rien écouté, rien entendu. Je ne pensais qu’à lui qui, au même moment, donnait des cours du soir…




Vendredi 25 avril. Je devais le revoir, très vite, avant de passer le week-end à Halifax. Encore des relations publiques. Je voulais, avant le devoir de ma charge, consacrer du temps aux relations privées. Encore une mondanité à assurer, la suite de la veille, un 5 à 7 au restau de Nick. À 6h éclipsé [Bordel, du soir ou du matin ? Tu ne peux pas causer le français de France comme tout le monde ? (Note de Daniel C. Hall haletant d’impatience)].[Des détails ! Des détails ! Mais qu’est-ce que c’est que cette subite pudibonderie ! (Note de qui vous savez)]. Jason m’attendait chez lui. Nos cœurs étaient au bord de l’explosion et nos corps entrèrent en fusion

Samedi 26 avril, Halifax, Royal Nova Scotia Yacht Squadron. Je suis entouré de personnalités importantes dans un club sélect qui a tout le charme des traditions de la monarchie britannique. Mon téléphone se met à vibrer : « you’ve got mail ». C’est lui.
— Tu me manques. Reviens vite.
Le dîner passe comme un rêve. La nuit, dans mon lit king size à l’hôtel Marriott, je ressens son absence.

Dimanche 27 avril, de retour à Moncton. J’ai quitté Halifax et son ciel nuageux pour rentrer chez moi sous un ciel ensoleillé. Je crois aux signes. Il m’attend. Il n’en peut plus d’attendre. Moi non plus. C’est le grand chamboulement et enfin, le miracle que je n’attendais plus. Un professeur de musique qui n’a pas peur des mots et sait mettre des paroles sur les accords de sa mélodie d’amour et qui me dit, les yeux dans les yeux : « je t’aime ».

P.S. : Mariah Carey m’a chargé de transmettre cette dédicace à mes ex.





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par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gays news
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Mardi 29 avril 2008
 

(4.17)


DSCF1214.JPG (c) Zanzi



Après six mois de galère, et finalement grâce à l’aide de mon frère, mon petit studio des Batignolles où vécut Paul Verlaine de 1851 à 1865 a finalement trouvé acquéreur. D’ici la fin de ce mois, la vente devrait être finalisée devant le notaire, et d’ici l’été, mon ancienne garçonnière sera devenue le cabinet d’une psychothérapeute. C’est un signe, un aboutissement logique. La boucle est bouclée. Fin d’un cycle qui avait commencé en septembre 1998. À présent, je n’ai plus de « chez moi » à Paris.

J’ai déjà évoqué certaines choses dans le journal de mes adieux parisiens, je n’y reviendrai donc pas. Il paraît que le lieu où j’ai vécu est une « caisse de résonance ». Le fantôme de Verlaine apparaîtra-t-il nuitamment dans cette pièce qui dorénavant n’aura plus vocation qu’à être occupée de jour ? Les murs, qui furent les témoins silencieux de la plupart de mes aventures, trahiront-ils le secret de mes ébats ?

Revenir à Paris pendant trois jours, il y a deux mois de cela, m’a fait réaliser que je m’y sentais « à la maison ». C’est une sensation que j’éprouve dans d’autres endroits où je me sens bien. Je ne me sens pas bien au Canada, je n’y suis pas chez moi. Voilà pourquoi j’ai décidé d’en partir dès que les conditions pour le faire seront réunies.

Je ne suis pas vraiment entré dans un cycle nouveau, je suis plutôt dans une phase de transition. À la fin de cette transition, j’aurai quitté mon emploi actuel pour m’ouvrir à d’autres horizons en rapport avec mes aspirations profondes. D’abord, je goûterai au plaisir de ne rien faire, faisant mienne la philosophie d’Ava Gardner : « Je ne suis vraiment heureuse que lorsque je ne fais rien, absolument rien. Je ne comprends pas les gens qui aiment travailler et parlent de leur métier comme d'un foutu sacerdoce. Pour moi, ne rien faire, c'est comme flotter sur une eau tiède. Le délice, et la perfection.»

Ensuite, lorsque mon corps et mon esprit seront suffisamment reposés, je pourrai envisager autre chose pour aboutir, je l’espère, à la réalisation de mes espoirs et de mes rêves.

 

[Note de Daniel C. Hall : Ce billet de Zanzi date du 10 avril 2008. Je le gardais en réserve. Depuis, Zanzi est revenu en France pendant quelques jours. Nous nous sommes beaucoup téléphoné. De retour au Caribouland, il m’a adressé un nouveau billet aujourd'hui que je publierai vendredi et qui devrait secouer ses fans… moi le premier… Et ce n’est pas un cliffhanger ! Je croise les doigts et autre chose]



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par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gays news
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Vendredi 18 avril 2008
 

(4.16)





Même si, selon la tradition cariboulandaise, il devrait se produire une dernière tempête de neige d’ici le mois prochain, le printemps, à l’image de la star de ce blog, fait son come-back.

Tandis que La Niña vient faire son show froid en France, le soleil revient se produire en vedette américaine sur l’Est canadien. Les écureuils recommencent à gambader, les oiseaux font leur nid, et les couples se forment. Dernièrement, trois de mes contacts locaux sur Facebook, et prétendants potentiels, sont passés du statut de « single » (célibataire) à « in a relationship with » (en couple avec) suivi d’un lien vers leur nouveau chéri. C’est là que les choses deviennent amusantes. Les élus de leur cul cœur sont franchement risibles.

Tout en écrivant ce billet, je me demande à haute voix dans ma tête si je vais me censurer car, j’entends déjà mon cousin écrire sur MSN (j’adore faire des phrases post-modernes qui a priori ne veulent rien dire mais qui sont pleines de sens pour mes contemporains) : « ce que tu es bitch ». Oui, je fais ma langue de pute, je balance, vitupère, conspue et je même qu’en plus je pète dans le trou de la couche d’ozone. Je me gausse, me défoule, et que ça roule ! Non, je ne vais pas m’autocensurer, je vais prendre plaisir à me rendre insupportable. Ce billet sera donc bitchy et je l’assume du haut de mon statut de star capricieuse, divine diva divagante.

Reprenons. J’en étais à vous révéler que les nouveaux « chums » de ces trois contacts sont, comment dirais-je ? Tout à fait quelconque. Des « average Joe », genres de « guy next door » qui ne peuvent en rien rivaliser avec mon sublime charisme, mes yeux multicolores, ma voix de crooner, et mes éjaculations abondantes. Cela dit, je vous confesse que je n’ai pas fait le moindre effort pour entreprendre la conquête de l’un des trois gugusses précités durant le temps où chacun était libre de succomber à mes charmes. L’hiver, dont j’évoquais les conditions insoutenables dans mon précédent billet, avait annihilé toute ma volonté de sortir de ma retraite forcée.

À présent, je dois dire que je n’ai aucun regret. Quand un prétendant ose me préférer quelqu’un sur lequel je n’aurais jamais daigné poser les yeux, je me détourne en haussant les épaules et continue mon chemin comme si de rien n’était. D’autre part, si quelqu’un que j’ai la faiblesse d’aimer ne me retourne pas la faveur, mais s’entête à nourrir un sentiment insensé pour une nullité qui lui pourrit la vie et le vampirise, je ne peux pas faire grand chose sinon le plaindre, et regarder vers d’autres horizons. À quoi bon être trois à souffrir d’une telle situation ? Deux, c’est bien suffisant.

À vrai dire, le printemps est arrivé mais je ne le ressens pas. Les effusions amoureuses ne m’intéressent plus… pour le moment. Je ne veux plus qu’on me parle d’amour. Parlez-moi plutôt du temps qu’il fait à Manosque, des parfums et des épices que l’on respire dans les souks orientaux, de la douceur de l’Océan indien lorsque ses vagues viennent caresser le rivage de Zanzibar… Je flanche. Voici que je redeviens poète alors que je voulais endosser le rôle du salaud qui se moque du monde.

Je vais vous faire une confidence. L’épreuve que je viens de traverser, et dont je ne suis pas encore tout à fait sorti, m’a fait prendre conscience de certaines vérités. Seul, face à moi-même, j’ai découvert qu’il était inutile de chercher l’amour comme un assoiffé cherche une source d’eau vive. Je n’aurai rien à offrir à quiconque tant que je ne me serai pas libéré de mes prisons mentales. Avant d’être capable de rencontrer mon autre, je dois me rencontrer moi-même, rencontrer ma vie, apprendre à m’aimer. Pour cela, je dois sortir de cette spirale d’autodestruction, de mépris et de haine de moi-même. Je dois me reconstruire. C’est un grand défi, peut-être le plus grand défi de ma vie.

P.S. : en me relisant, je m’aperçois que c’est encore une fois parti dans tous les sens. Finalement, seuls les deux derniers paragraphes sont intéressants.



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par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gays news
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Mardi 8 avril 2008

(4.15)

http://pagespro-orange.fr/patrick.corneau/BLOG/Images/paysneige.jpg


L’hiver s’éteint à Caribouland. La neige fond, lentement, mais sûrement. Les dernières traces blanches disparaîtront en mai. Cet hiver fut long, très long, trop long. Trop dur, trop rigoureux, difficile à supporter quand on est seul et qu’on n’a personne avec qui faire l’amour devant un feu de cheminée. Ajoutons à cela qu’il n’y a pas de cheminée dans la maison…

La Niña est la cousine maléfique d’El Niño. El Niño, c’est le petit garçon qui joue au réchauffement climatique. La Niña, c’est la petite fille frigide qui fabrique des glaçons une fois tous les dix ans, ou plus. C’est une paresseuse, mais son cousin au sang chaud ne lui laisse que peu d’espace pour s’exprimer. Mais quand elle s’exprime, la vilaine, ça fait mal. Elle ne le fait qu’en hiver. Un hiver « à la Niña », tel est celui que je viens de traverser. Douloureusement. Cela s’est traduit par des températures plus froides, et davantage de précipitations. Comprenez par là : des chutes de neige, des tempêtes hivernales, des pluies de verglas.

C’est beau quand ça tombe la première fois, la neige. Tout est immaculé, et le silence qui s’abat avec elle invite à une forme de recueillement. Mais dans le monde contemporain, tout ce qui est pur est appelé à être souillé. L’automobile transforme la neige en gadoue, le « slush », les émanations des pots d’échappement noircissent le blanc manteau neigeux, comme un poumon est encrassé par la fumée du tabac. Et tout devient laid.

L’hiver a tué. Spectaculairement. Au cours de la deuxième semaine de janvier, une équipe de joueurs de basket (15 et 16 ans) a été décimée dans un accident de la route. À cinq minutes de la destination finale, le minibus a dérapé, et comme dans un mauvais film, la fatalité a voulu qu’un camion arrivât en sens inverse. Sept joueurs sur neuf ont perdu la vie, ainsi que l’épouse du coach, ce dernier étant, avec sa fille et deux autres joueurs, l’un des quatre rescapés, mais marqué à vie par la tragédie.

L’hiver condamne à l’enfermement. Les gens se barricadent chez eux. Le climat est primesautier. Un bulletin météo peut être contredit par les faits le lendemain. Dans ces conditions, il apparaît hautement hasardeux de prévoir une excursion un tant soit peu lointaine, le risque étant grand d’être pris n’importe où dans une tempête de neige ou de glace. La vie sociale, au cœur de l’hiver, est une belle endormie dans un coma artificiel.

Je le reconnais, je suis venu ici de mon plein gré. J’avais des projets plein la tête. Ils se sont fracassés sur les rochers de la réalité. Je voulais revoir la neige, que je ne voyais plus en France depuis si longtemps. Las ! j’ai fait une overdose de poudre blanche, transformant un rêve d’enfant en cauchemar d’adulte. Le paradis blanc s’est révélé être un enfer.

J’en sors fourbu, vanné, molesté par une souffrance quotidienne qui ne m’a laissé aucun répit de tout le mois passé. Quand l’esprit vacille, le corps proteste et réagit avec véhémence. De surcroît, il s’enferme dans une logique mortifère et se nourrit de son propre venin imaginaire. Sortir de cette spirale n’est pas chose aisée, mais reconnaître et identifier le problème est un premier pas vers la guérison.

L’hiver s’éteint à Caribouland, emportant avec lui les projets d’avenir que j’y avais formés. Mais la petite flamme à l’intérieur de moi n’est pas morte. Elle a la vaillance du feu grégeois. Elle est plus forte qu’elle ne le croit. Alors, après s’être consumé, le phénix renaîtra de ses cendres et le feu sacré qui l’anime reprendra vigueur, et brûlera, ardemment.



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par Zanzi publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City communauté : Gay-friendly
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Mardi 18 mars 2008
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Jeudi 28 février 2008

(4.14)



L’année où mon père naquit (deux jours avant Charlton Heston), le cinéma était encore muet. Cette année-là (qui n’est pas l’année 1962), en France, Alexandre Millerand tente d’instaurer un régime présidentiel (il a échoué). En Angleterre, le prince Albert, duc d’York (futur George VI) est encore en lune de miel avec son épouse, la future Reine Mère. En URSS, Lénine n’a plus que trois mois à vivre. À Istanbul, Abdülmecid II, dernier Calife de l’islam, contemple mélancoliquement le Bosphore depuis le palais de Dolmabaçe. Aux États-Unis, les gangsters s’enrichissent grâce à la lucrative économie souterraine née de la Prohibition. En Ethiopie, le ras Tafari Makonnen, dont le titre et le nom donneront naissance à un style de coiffure très populaire à la Jamaïque, n’est encore que l’héritier de l’impératrice Zaoditou. De même, au Japon, Hirohito ne règne pas encore. La Société des Nations tente de faire de la cacophonie internationale un concert harmonieux (elle n’y parviendra jamais). Dans l’Allemagne vaincue, Hitler est envoyé en prison où il va rédiger Mein Kampf. Le révolutionnaire Mexicain Pancho Villa est assassiné. Et Walt Disney n’a pas encore créé Mickey Mouse.


C’est dire si mon père n’est pas né de la dernière pluie. Curieusement, l’expression s’applique à quelqu’un que l’on dit bien informé de quelque chose. Ici, je fais volontairement un jeu de mots par antiphrase car il me semble que c’est tout le contraire.


Je ne me souviens plus si j’ai déjà dit dans ces colonnes que je n’ai jamais fait de « coming-out ». La raison est fort simple : je ne me vois pas aborder un sujet aussi sensible en étant célibataire. Cela reviendrait à accréditer la thèse selon laquelle un homosexuel est un être instable, pas sérieux, etc. Personne ne demande à un jeune homme célibataire qui est attiré par les femmes de clamer un jour à la table dominicale qu’il est hétéro. Et pourtant, s’il le faisait, combien de parents penseraient alors : « Ouf, mon fils est normal. Simplement il n’a pas encore rencontré la femme de sa vie » ? Posez-vous la question, ou mieux, posez-la aux parents qui ont des enfants dont le célibat se prolonge… À l’inverse, lorsqu’un homo sans compagnon révèle son « orientation sexuelle », la réaction n’est pas la même. Il est déjà difficile de passer pour un anormal (au sens où, est considéré comme normal celui qui adopte le comportement de la majorité), sans qu’il faille rajouter une louche aux idées reçues.


Je suis donc parti du principe que je n’avais rien à dire, et que l’évidence sauterait aux yeux de chacun. Un homme beau et intelligent qui ne présente jamais de charmante (ni de laide) demoiselle à ses parents ne peut que faire partie de ces êtres à part que leur sens esthétique conduit à aimer leurs semblables (j’adore quand je fais des phrases joliment tournées). Il y a quelques années, j’ai eu avec ma mère une conversation à mots couverts du voile de la pudeur sur ce sujet délicat. Elle en ressortie persuadée que je suis bisexuel. Conviction que partagent notre voyante qui me voit un jour marié et père de trois enfants, et Daniel qui pense que je suis un hétéro refoulé. Le fait est que j’ai commencé ma carrière sentimentale de façon très classique. Mes petites copines de l’école primaire, Nathalie (de 6 à 9 ans) et Odile (de 9 à 11 ans), peuvent en témoigner. Nathalie a même raconté à son mari que j’avais été son amour d’enfance. Alors, n’importe qui peut se dire que si le train a déraillé quelque part, il suffit d’un peu de travail pour le remettre sur la bonne voie. Mais revenons-en au sujet.


S’agissant de la perception de mon père, un homme un peu distrait et souvent « dans la lune », qui s’est créé un univers familier et routinier bien à lui, je m’en suis ouvert un jour à mon frère. Curieusement, le père de la sublime Eva me confia alors que notre distingué géniteur « n’était pas né de la dernière pluie » et que, sous la trompeuse apparence d’homme distrait et inattentif, il était parfaitement au courant de ma situation. Dont acte. Jusqu’à cette conversation que nous eûmes il y a deux semaines lors de mon séjour dans la maison familiale. Comme il s’inquiétait (ce qui lui arrive assez souvent) de savoir si j’étais heureux, je lui fis une réponse de normand des plus évasives, mais qui laissait néanmoins transparaître le poids que représente la solitude. Il me dit alors :
— Il faudrait que tu trouves une femme.


Pour être tout à fait précis, ce n’est pas la première fois qu’il me sort cette platitude, mais je crois que c’est la première fois depuis que mon frère avait levé mes doutes sur son entendement. Autrefois, je lui répondais :
— De ménage.

Cette fois-ci, je suis resté interloqué mais, sans rien laisser paraître, j’ai haussé les épaules sans rien dire. Mon père a continué :
— Regarde, moi, par exemple…


Allusion au fait que je ne suis pas un cas désespéré puisque lui-même s’est marié à l’aube de ses 45 ans. C’est oublier que le mariage de mes parents n’a rien de romantique, et que tous deux ont fait ce qu’il convient d’appeler « une fin ». Certes, ils ne sont pas les seuls dans ce cas de figure, et l’on trouve d’autres exemples dans la famille ; mais ils représentent exactement le contraire de mon idéal conjugal. Par conséquent, que mon père prenne sa propre histoire en exemple pour me remonter le moral témoigne d’une méconnaissance totale de ma sensibilité et de ma personnalité. Je ne peux pas dire que cet échange quelque peu surréaliste m’ait fait retourner dans un placard qu’au fond je n’ai jamais quitté. Mais il m’a rappelé que, si les secrets et les non-dits sont source de confusion et d’incompréhension, il n’est pas non plus aisé d’aborder certains sujets avec un octogénaire qui n’est pas forcément prêt à entendre certaines vérités. Je croyais pourtant que le fait que mon cousin Canadien (neveu et filleul de mon père) ait enfin levé le voile sur sa vie privée (mais lui vit une relation de couple stable) m’aiderait subséquemment à franchir le pas, le moment venu. Je constate qu’il n’en est rien. D’autres que moi auraient répondu du tac au tac :